L'affaire de Quarouble en bande dessinée


Les bandes dessinées sont très importantes dans notre culture. Elles sont plus attirantes qu'un texte brut, et elles conditionnent souvent notre future approche du sujet qu'elles ont traité.
En effet, notre premier contact avec un sujet détermine notre approche future, et ce premier contact, lors de notre jeunesse se fait souvent par une bande dessinée. Ainsi très nombreux sont les gens qui se sont fait une idée sur le problème des OVNI, à travers les bandes de Lob et Gigi.

1968 les Ricains y vont fort.


Atterrissage en France
Un soir de Septembre 1954, comme Marius Dewilde de Quarouble, est tiré de son sommeil
C'est mon chien. Qu'est ce qui le fait aboyer comme ça?

Il se blottit de peur! Quelque chose l'a méchamment éffrayé! Il essaye de se cacher!

Qu'est ce qui peut l'avoir effrayé comme ça? Je vais le découvrir!

Mon Dieu! Il y a quelque chose là sur les rails! Mais qu'est ce que c'est?

Soudain
Des pas... derrière moi!

Dans le fantastique moment suivant
Des hommes... des petits hommes! Mais quel est cet étrange costume qu'ils portent?

Attendez vous deux! Il faut que je vous parle! Je ne vous veux pas de mal!

Mais soudain, un étrange rayon jaillit dans la nuit!

Il est arrivé quelque chose! Peux plus bouger mes bras, mes jambes! Je... Je suis paralysé!

Une porte... s'ouvrant dans cette chose! les deux petits hommes sautent à l'intérieur!
Non! ils ne peuvent pas me laisser comme ceci... incapable de bouger!


Il décolle! Et je peux bouger... merci mon Dieu!

Quand l'hisoire de Dewilde fut enquêtée
Alors vous croyez vraiment cette histoire à propos d'une soucoupe volante?
Mon cher collègue! quelque chose à fait ces marques circulaires sur les traverses de la voie!

Note: C'est ici que le dessinateur y va fort: Une zone brulée sur une dizaine de mètres, et des rails écrasés!

Il faut au moins un poids de trente tonnes pour faire des marques aussi profondes!
Et regarder cette pierre du ballast... Elle s'effrite au toucher! Seule une intense chaleur pourrait avoir fait ça!


Alors, Il n'y a pas de doute! La France a été visitée par une soucoupe volante. !
La question reste... quand reviendront ils?

UFO Flying saucers
La bande dessinée, ci dessus, est extraite de UFO FLYING SAUCERS N° 1, Western Publishing Company, Inc., North Road, Poughkeepsie, New York 12602, page 32 à 34.

Elle respecte, tant bien que mal, l'histoire du 10 septembre (on va voir pire). On remarque tout de même que le chien de Dewilde n'était pas apeuré, qu'il y avait une barrière entre Dewilde et les petits êtres, et qu'il n'a pas essayé de leur parler. Dewilde n'a pas vu leurs vétements avec cette précision, il leur a simplement vu des vétements amples et des épaules larges.

Là où c'est un peu gros, c'est quand un commissaire en chapeau melon contemple une immense trace brulée avec des rails tellement tordus qu'on se demande si un poids de 300 tonnes suffirait! D'autant qu'il y a deux voies, alors qu'il n'y en avait qu'un seule.
Il semble que les informations du dessinateur sur la police française datent un peu. Encore heureux qu'il n'ait pas remplacé le commissaire par Dupont et Dupond!

1972 Lob et Gigi reconstituent l'observation pour le journal Pilote.

Lob et Gigi
Robert Gigi et Jacques Lob
Jacques Lob et Robert Gigi ont sensibilisé une génération au problème des OVNI avec leurs bandes dessinées, Le dossier des soucoupes volantes, Ceux venus d'ailleurs, et OVNI dimension autre. Jacques Lob le regrettera d'ailleurs plus tard en découvrant la triste réalité dans les ouvrages de Michel Monnerie.
Avant de paraitre en albums coloriés,ces bandes dessinées sont d'abord parues en 1972 dans la revue Pilote. Selon Jean-Michel Charlier, son rédacteur en chef:

Quant aux dessins d'une remarquable fidélité, ils ont été exécutés d'après des documents puisés aux meilleures sources officielles, et avec un minutieux souci d'authenticité et d'exactitude

Et ta soeur, Jean-Michel?
Dès qu'on se met à vérifier, on a une toute autre opinion. Par exemple, comment Gigi fait il pour dessiner l'observation de Byland, en reproduisant le manuscrit d'Ampleforth... qui n'a jamais existe?
Comment se fait il que, en voyant la planche consacrée à son observation du trois octobre, Mme Nelly Mansart n'a reconnu qu'une chose de vrai: la distance de 18 km jusqu'à Amiens.
Nous allons voir que l'observation de Quarouble, qui a droit à cinq pages, en ouvrant le chapitre "chronique d'un automne mémorable", n'est guère mieux reconstituée.

  

D'entrée, nous voyons qu'on a utilisé des documents d'époque, et tenté de faire vraisemblable: le dessin de la maisonnette est exact, Marius Dewilde est assez bien représenté, et la cafetière est bien ce qui se faisait à l'époque.
Mais nos auteurs ne savent pas tout. Qu'est ce qui éclaire l'extérieur de la maisonnette, à cette heure tardive? La lune évidemment. Mais en réalité, la lune se trouve au sud, et n'éclaire que le pignon, alors qu'ici elle est au nord, éclaire la façade et laisse le pignon dans l'ombre.
Et qu'est ce qui éclaire l'intérieur de la cuisine? Une lampe électrique, apparemment. Mais la maison n'avait pas l'électricité.
Et que fait là ce robinet? La maison n'avait pas l'eau courante.
Ce sont pour l'instant des erreurs mineures.

  

Mais voici plus grave. Le dessin de gauche est censé représenter les petits êtres venant du sentier des contrebandiers. La lune étant à droite, les ombres devraient aller sur la gauche, mais ce n'est pas l'important. Les êtres sont représentés de trois-quart face, comme si le dessinateur les avait vu lui même. C'est là une erreur classique des illstrateurs, qui représentent la scène comme on la verrait au cinéma. En réalité, notre seule base est la description du témoin, et ce témoin n'a vu les petits êtres que de profil, et derrière une barrière à claire-voie. Nous avons d'ailleurs, à droite, le dessin du témoin lui même: Pas de grosse tête comme un casque de scaphandrier, pas de bras visibles (mais c'est de nuit, derrière une barrière), aspect courbé et vu de profil. Le dessin de Gigi n'est donc qu'une reconstruction mythologique. Hélas, c'est sur cette reconstruction que les ufologues collectionneurs de pilotes de soucoupes se baseront.

 

Encore pire. Sur l'image de gauche, le témoin est dans le champ de vision, preuve qu'on est pas du tout en "caméra subjective" ( POV, "Point Of View", pour les anglo saxons).
Et les erreurs s'accumulent:
- Les petits êtres se trouvent sur la voie, à coté l'un de l'autre, alors qu'il se trouvaient l'un derrière l'autre, juste derrière la barrière, du coté du chemin, et non de la voie.
- Le témoin se trouve sur la voie, alors qu'il se trouvait dans sa courette, de l'autre coté de la barrière.
- L'engin se trouve loin sur la voie, alors qu'il se trouvait juste à coté du P.N. (sur le dessin, entre les petits êtres et le témoin)
- Il émet vers Dewilde un rayon au niveau du corps, alors que Dewilde a reçu brutalement une lumière en pleine figure. Pour le dessinateur, il s'agit d'illustrer le mythe du rayon paralysant (mythe présent dans le SF des années 50)

Sur l'image de droite, ce n'est guère mieux: L'engin est en forme de cloche, et s'en va dans l'axe de la voie, donc vers le sud est. En réalité, l'objet est parti vers l'ouest, et les journaux du 14 septembre parlaient bien d'une cloche, mais d'une "cloche à fromage" !
Allez comprendre qu'il s'agissait d'un bolide avec une illustration pareille!

Encore une reconstitution illusoire, mais de bonne foi: les sources utilisées laisse entendre que le commissaire a vu le témoin le soir même. En réalité Dewilde n'a pu raconter son histoire qu'auprès des agents de garde, qui n'ont prévenu le commissaire qu'après le départ de Dewilde. Le reste est néanmoins exact.

Autre reconstitution illusoire et de bonne foi. Les sources de Lob et Gigi laissent entendre que des ingénieurs sont venus sur les lieux, pour y rendre le verdict d'un poids de trente tonnes. En réalité, ce poids de trente tonnes, et ces pierres friables viennent d'Aimé Michel, dont l'ouvrage "Mystérieux Objets Célestes" prenaient beaucoup de libertés avec l'information originale, au point que dans les années 80, il arrivait qu'un ufologue demande "Combien reste-t-il de pages à ton M.O.C. ?", en rencontrant un autre ufologue.

  

Houla! Arrention! Voici que l'atterrissage du 10 octobre est présenté comme ayant autant de réalité que les évènements du 10 Septembre.
Le paysage est à peu près correctement représenté, avec le poulailler de Marius Dewilde, sauf qu'on se demande ce que le panneau indiquant un passage à niveau vient faire à cet endroit, au lieu d'ètre sur le bord de la chasse des saules. Comme si les poules avaient besoin d'être prévenues.
Surtout, il n'y a aucune mise en garde contre la réalité de cette observation. Bien plus, une photo vient corroborer l'hypothèse de l'engin réel. Mais cette tentative de créditer l'observation est assez comique, quand on réfléchit que la photo ne s'accorde qu'avec le dessin de Gigi, lequel s'accordait avec son dessin de l'engin du 10 septembre, lequel était en forme de cloche d'église, quand les journaux avait parlé d'une cloche à fromage...

 

Encore une erreur, malgré une documentation évidente. A gauche la photo publiée par Radar, le 26 septembre 1954. Au milieu, le personnage de gauche, censé être Marc Thirouin, est manifestement inventé, puisque Marc Thirouin ne fut pas sur les lieux quelques jours après, mais trois ans après les faits, et inspecta la voie tout seul, puisque Dewilde avait déménagé.

Finalement, Lob et Gigi ont fait ce qu'ils ont pu, avec la documentation qu'ils avaient, mais ils ont manqué d'esprit d'analyse, en ne représentant pas ce que le témoin avait réellement vu. Ils n'ont réussi qu'à illustrer la mythologie soucoupique, alors que leurs talents auraient du leur permettre, au contraire, de la relativiser.
(Jacques Lob et Robert Gigi, Ceux venus d'ailleurs, Dargaud 1973, page 5 à 10)

1975 Sideral c'est sidérant.

Nous avons vu que Jimmy Guieu avait récupéré l'affaire de Quarouble dès 1955, dans un roman de SF, style space opera de kiosque de gare.
Sidéral 53
Sideral était un de ces petits mensuels reprenant en bande dessinée Noir et blanc, le contenu de ce genre de roman de SF.
Nous allons voir maintenant voir comment on représente une affaire ufologique importante dans une telle BD.
Vingt ans après le roman de Jimmy Guieu, ce passage de "Commandos de l'espace" y est mis en bande dessinée. Houla! A coté, la reconstitution de Lob et Gigi a l'air de sortir de l'Union Rationaliste.
On peut d'ailleurs comparer avec le reportage des martiens dans Point de Vue - Images du Monde.
Le dessinateur a respecté ce qu'il sait du témoignage de Dewilde, disant qu'il ne vit pas de bras, et que les épaules paraissaient large.
Par contre Dewilde n'a jamais dit que les ètres ressemblaient à des boites, ni qu'ils venaient de la voie du chemin de fer.
A la fin, bien sûr, on reprend le couplet de Guieu contre les stupides terriens qui ne croient pas aux soucoupe volantes. Guieu a simplement oublié que les visiteurs ignorent le nom de la Terre et de ses habitants puisqu'ils l'appellent T.27.

Une autre bande américaine s'en( )mèle.

Ici, plutôt que de compter les erreurs, il serait plus rapide de compter les détails exacts.


Le 15 septembre des "martiens" ont été signalés à Quarroble, France
Ces créatures... qu'est ce qu'ils veulent?

Sacrebleu! Je suis paralysé! je ne peux plus bouger!

Quand l'homme fut à nouveau capable de bouger
- Il décolle!
- Nous devons signaler ceci tout de suite!

Nous avons eu beaucoup de tels appels ce soir, monsieur! Il semble que vos martiens sont en train de faire du tourisme!

Et le pire, c'est que ce n'est pas pour rire...

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Dernière mise à jour: 11/10/2016