L'enquête de Marc Thirouin

Marc Thirouin, précurseur de la soucoupologie

Thirouin
Marc Thirouin
Marc Thirouin (1911-1972), fit des études de droit et devient avocat à Paris. Il s'intéressa ensuite à l'ésotérisme traditionnel et devint l'un des collaborateurs de la revue Atlantis, fondée en 1927 par Paul Lecour.
Intéressé par le problème des soucoupes volantes dès 1949, Marc Thirouin s'arrangea avec le londonien Eric Biddle pour fonder une revue consacrée uniquement aus soucoupes volantes.
En 1951, à la suite de la publication des traductions françaises des trois premiers livres américains consacrés aux soucoupes volantes, de nombreuses revues, de Atlantis (ésotériste) à La Pensée (rationaliste), en passant par Science et Vie, publièrent un article sur le sujet des soucoupes. Aussi, le 24 juin 1951, 4ème anniversaire de l'observation de Kenneth Arnold, Marc Thirouin créa la Commission internationale d'enquète Ouranos, premier organisme d'étude des soucoupes volantes.
Après la grande vague de 1954, décidée à connaitre la vérité sur les atterrissages de soucoupes avec pilotes, au delà des informations peu fiables de la presse, cette commission commença d'enquèter sur plusieurs observations d'atterrissages français de soucoupe. L'affaire de Quarouble étant la premiere, Marc Thirouin s'attacha à y faire des investigations poussées.

Marc Thirouin part enquêter

Marc Thirouin retrouva donc Marius Dewilde qui avait quitté sa maisonnette du P.N. 79 pour une baraque en bois à Quarouble, et enquéta pendant plusieurs jours en allant sur les lieux.
Malheureusement, il ne mentionna pas la date exacte de son enquète. Elle est bien sûr antérieure au troisième trimestre 1959, date de sa publication, ce qui nous ferait une fourchette de cinq ans. Mais nous savons aussi qu'elle est postérieure à la parution de "Black Out sur les Soucoupes Volantes", mentionné dans l'enquète, dont le dépot légal est du 3ème trimestre 1956. Ceci réduit la fourchette à trois ans. Des indices vont cependant nous permettre de resserrer encore cette fourchette, ce sont les photos publiées dans l'enquête.

En étudiant ces photos, Jacques Bonabot a remarqué:
- Qu'un arbrisseau a nettement poussé.
- Que l'enfant de Dewilde parait avoir entre 5 ans 1/2 et 7 ans 1/2 (5 ans 1/2 ou 6 ans étant plus probable).
- Qu'il est en chemisette.
- Que la végétation n'est pas hivernale
Ainsi, nous savons que l'enquête doit avoir eu lieu à la fin du printemps, ou à l'été, et que, l'enfant ayant environ 3 ans lors des observations de 1954, ce devait être 2 ans 1/2 ou 3 ans plus tard, c'est à dire en 1957.

La deuxième photo nous donne une indication supplémentaire: la voie ferrée et la courette sont plongée dans l'ombre d'un arbre. Or la photo aérienne prise par l'IGN en 1957 montre qu'il s'agit de l'arbre isolé au bord de la chasse des saules. La photo de l'IGN a été prise le 26 mai, et, d'après les ombres, le soleil est dans l'azimut 117 ou 118° et la photo a donc été prise vers 9 H TU avec le soleil à 47° de hauteur. En mesurant la longueur des ombres dans chaque cas, on voit que le rapport est d'environ 0.37 et que la hauteur du soleil dans la photo de Marc Thirouin doit être d'environ 22°. Sachant que, d'après l'ombre, le soleil est dans un azimut d'environ 250° on en déduit que la photo a été prise, soit le 2 avril, vers 16 H 53, soit le 10 septembre, vers 16 H 47 (la précision des minutes est, bien sûr, illusoire)
Or l'aspect de la végétation ne correspond pas à celle du 2 avril, nous pouvons en déduire que la photo a été prise aux alentours du 10 septembre 1957.
Tiens mais, le 10 septembre, c'est justement l'anniversaire de la première observation de Quarouble. Il est donc bien probable que Marc Thirouin attendit cette date pour se retrouver exactement dans les mêmes conditions.
Et voila: La date est retrouvée. Marc Thirouin fut sur les lieux le 10 septembre 1957.

La méthode de Marc Thirouin

Thirouin n'agit pas en scientifique, mais en juriste, membre d'une société d'ésotérisme, en sorte que dans son enquête, il ne cherche pas à comprendre ce qui s'est réellement passé, mais seulement à savoir si Dewilde est sincère ou non. Et sa conclusion lui sert de titre:

Marius Dewilde n'a pas menti
Des ouraniens lui ont parlé

Malheureusement Thirouin ignore le problème des faux souvenirs et considère que si Dewilde n'a pas menti, alors ce qu'il raconte s'est passé réellement. Or nous allons voir que c'est faux.
Ainsi, lors de la disparition de l'objet, Dewilde dit "Sa couleur fut alors rouge-orangé, mais sa luminosité me parut moindre que celle d'un feu arrière de voiture.". Cela correspond bien au feu arrière du fourgon qui a disparu dans la nuit, mais le lendemain de son observation, il parlait d'une "boule de feu".
Et nous avons vu qu'il avait dit, à propos de sa deuxième rencontre: "l'affaire s'ébruita ce qui amena encore sur les lieux un flot d'enquêteurs". C'est complètement faux, et contraire à ce qu'affirme Thirouin lui même.
Dès lors, on ne peut plus prendre ce qu'il dit pour argent comptant quand il affirme que sa maison reçut des centaines de visiteurs, ou que la police de l'air de Paris est venue avec un compteur Geiger. Ce n'est pas impossible, mais nous devons nous méfier des informations qui ajoutent une plus grande étrangeté.
En sens inverse nous n'avons pas de raison de nous méfier du bruit de porte à glissière, qui n'ajoute rien d'étrange, bien au contraire.

Marc Thirouin a beaucoup travaillé sur cette affaire. Son enquête a duré près d'une semaine, "jusqu'à ce que ces choses, ces faits et ces gens me devinssent familier et me rendissent sensible à la moindre dissonance que j'aurais pu capter dans leur mutuelle imbrication". Autrement dit, Marc Thirouin s'est imprégné de l'atmosphère de l'affaire de Quarouble, jusqu'à percevoir les choses comme le témoin. C'est très bien pour comprendre ce qu'a vécu le témoin, mais pas pour comprendre ce qui s'est passé réellement.
Au contraire, Thirouin semble se méfier des données objectives: "pas de nouveau reportage, de photos, de cinéma, simples enquêtes sur place, officielles et autres... le témoignage de Marius Dewilde y gagne en sérénité, en sérieux, en intérêt". Pas d'allusion à la possibilité d'un fourgon, malgré le bruit de porte à glissière, pas d'allusion à la possibilité d'un bolide, malgré les autres témoignages, mais par contre, beaucoup d'efforts pour réfuter l'hypothèse du canular, qui, il est vrai, ne tient pas debout.

L'observation d'octobre d'après Marc Thirouin

Thirouin enregistre fidèlement, à l'en croire, le récit de la deuxième observation de Marius Dewilde, sans trop remarquer qu'il est bien plus riche que ce qu'on en savait par le journal. Il contient des éléments absolument atypiques, pour un atterrissage de soucoupe volante, pure tôle, purs boulons, éléments qui seront tout de même fidèlement rapportés par d'autres ufologues.
Le plus caractéristique est celui ci: L'engin possède une porte dans le bas, des petits êtres en sortent. A l'intérieur, Dewilde entend "boukak, boukak". Ces cris semblent émis par un petit être couché, qui gémit. Divers ufologues essaieront de faire le rapprochement avec des mots, courants ou non, de langues étrangères. C'est Michel Carrouges qui émet l'hypothèse la plus prosaïque, mais probablement la plus proche de la réalité: ces "boukak" évoquent le caquètement d'une poule. Or le chef des petits êtres vient lui prendre une poule, qui se laisse prendre docilement, et les petits êtres entrent et sortent de leur engin comme des poules d'un poulailler.
Quant au petit être couché, Jacques Bonabot remarque qu'on trouve quelue chose de similaire, dans un crash de soucoupe à Bahia Blanca en 1950. Mais il y a deux êtres couchés à Bahia Blanca, et il est possible que le ressemblance soit fortuite. Si l'affaire de Bahia Blanca a pu influencer le récit publié par Thirouin, il faut se rappeler qu'elle dut être connue d'Ouranos en 1956, mais certainement pas de Marius Dewilde, en sorte qu'il s'agirait alors d'un biais, induit par Thirouin.
On peut s'étonner aussi, que ces petits êtres tiennent à sept, avec la machinerie, dans un engin aussi minuscule. Un engin qui tient plus du poulailler volant que de l'engin interplanétaire. Tout ceci sent le fantasme à plein nez.

Thirouin émet tout de même quatre remarques:
1) Les deux engins se sont posés à un mois d'intervalle, sur une voie de chemin de fer à faible trafic, près de la même maisonnette.
C'est effectivement bizarre.

2) Les ouraniens du 10 octobre n'épouvent aucune crainte bien que Dewilde ait essayé de capturer l'un d'entre eux le 10 septembre.
Objection: cette tentative de capture n'apparait pas dans les premiers récits et pourrait bien n'avoir jamais eu lieu.

3) "Les Ouraniens de Quarouble ne se livrent apparemment à aucune opération sur les lieux. Quel est donc leur but?"
En fait, si: les "Ouraniens" enlèvent une poule, et la question de Thirouin trouvera sa réponse plus tard de la part des "Ouraniens", ce qui laisse entendre que Dewilde a lu et bien mémorisé l'enquète de Thirouin.

4) "Pourquoi l"Ouranien parle-t-il à Marius Dewilde, s'il sait qu'il n'a aucune chance d'être compris? ".
Remarque naïve: nous parlons couramment aux animaux en sachant bien qu'ils ne comprennent pas notre langage.

Ce récit de la deuxième observation, est le seul que nous possédions, et sera abondamment réutilisé, commenté, illustré, et surtout enrichi par Dewilde lui même, alors qu'il est bien suspect, comme nous l'avons vu. Si cette observation doit être prise en compte, c'est le récit fait au commissaire Gouchet qu'il faudrait retrouver. Il nous permettrait surtout de trouver la vraie date de cette prétendue observation.

La description donnée à Marc Thirouin des êtres et de l'engin

En racontant sa deuxième observation, Marius Dewilde va donner une description étonnamment précise.

« Il y avait une ouverture rectangulaire à la base de la coupole de l'engin. Tout autour de cette base se trouvait une série de bosses dont je ne compris pas la signification. Il y avait aussi, au-dessus de l'ouverture, comme une rangée horizontale de hublots; j'en distinguai trois ou quatre mais ne vis rien au travers.
Des êtres d'apparence humaine, vêtus d'une combinaison gris foncé les enveloppant entièrement, s'affairaient autour de l'appareil; ils étaient deux sur le plateau du disque (un de chaque côté de l'ouverture rectangulaire); plus tard j'en vis sortir deux autres de derrière le disque ou - plus exactement peut-être - de dessous. Un cinquième sortit de l'ouverture, descendit à terre, parla aux autres; il me parut être le chef. Il vint à moi. Je n'avais moi-même cessé d'avancer vers l'engin en faisant ces observations, de sorte que nous nous sommes rencontrés à environ 3 mètres de l'appareil.
L'être qui était devant moi pouvait avoir 1,10 m de haut. Il me donna l'impression d'être petit mais non pas d'être un nain. Il était entièrement revêtu d'une combinaison apparemment étanche et d'une seule pièce, comportant un casque pourvu d'une partie transparente devant le visage, des gants et des chaussures, le tout en une matière très souple, gris mat foncé, qui pouvait être un tissu imperméable, une matière plastique ou du caoutchouc. Un bourrelet descendait verticalement de sous son bras droit jusqu‘à mi-cuisse.
A travers la partie transparente du casque souple, je voyais son visage, un peu de ses oreilles et la naissance des cheveux. L’aspect général était asiatique, mongole; la mâchoire était assez forte, les pommettes hautes, les cheveux, les sourcils très noirs, les yeux bruns; la peau assez brune : c’était celle d'un homme blanc à la peau mate, non rosée mais hâlèe, moins « cuite » que celle qu’on prête aux Peaux-Rouges, plutôt comparables à celle des Arabes, plus sombre aux endroits où nous avons de la barbe. Pas de moustache. Yeux non saillants.
...
Son sourire était tout à fait humain, ainsi que ses jeux de physionomie et ses gestes.
Les etres, semblables à lui, que j'aperçus autour de l'engin souriaient, eux aussi, par instants.
J'etais à 3 mètres de l‘appareil et percevais des plaintes sourdes à l‘intérieur. Il me sembla entendre répéter : Boukak... Boukak... En regardant par l'ouverture, je vis deux autres êtres, l’un allongé par terre je supposai que c'était lui qui gémissait, - l'autre debout auprès de lui.
Comme je me trouvais presque dans l'axe de la porte, je pus apercevoir à l'intérieur un matériel « briqué » et réellement étrange, des petites choses très nomhreuses - des boutons de couleurs différentes, des sortes de manomètres, etc. - en métal (?) sombre, gris, impeccahles de propreté.

( Marc Thirouin, Marius Dewilde n'a pas menti, Des ouraniens lui ont parlé, OURANOS n° 25, 1er trim. 1960, p 20)

On voit combien la précision de cette description d'un ètre, vu à travers un casque, contraste avec celle de la première observation, où, quand celui qui marchait en tête s'est tourné vers Dewilde, le faisceau de sa lampe s'est réfléchi "comme sur du verre", et c'est tout ce qu'il a pu voir.
Marius Dewilde savait suffisamment bien dessiner pour faire un croquis de ce qu'il avait vu, ou plus exactement, de qu'il aurait vu, puisque l'existence même de cette deuxième observation est contestée.

A gauche, on voit que le "casque" du petit être est bien loin d'évoquer un casque de scaphandrier comme le dessinera Robert Gigi. A droite, l'engin évoque une cloche, mais telle que les journalistes l'ont compris, alors qu'au début, Dewilde parlait d'une cloche à fromage. Dewilde a donc reconstruit sa description pour la faire correspondre à celle des journalistes.
Par ailleurs, Le diamètre évoqué exclut qu'il ait pu se poser sur la voie le 10 septembre.

Maintenant, si nous nous representons l'engin vu en élévation, avec son équipage, pouvons nous admettre que cet équipage et sa machinerie tienne dans l'engin?

Nous retrouvons un syndrome bien connu dans les rencontres du 4ème type: L'intérieur est plus grand que l'extérieur. Ce qui montre l'impossibilité physique de la scène (Mais plus tard, Marius Dewilde ira encore plus loin dans l'impossible)

Les traces selon Marc Thirouin

Marc Thirouin est également notre seule source pour les traces qu'auraient laissé la rencontre du 10 octobre. Le journal écrit simplement qu'on aurait trouvé des traces présentant une parfaite symétrie, ce qui laisse entendre que le commissaire Gouchet s'est à nouveau rendu sur place, et que ces traces existaient bien. Mais nous savons que la première fois, c'était manifestement Marius Dewilde qui avait fait ces traces à coup de burin. Comme ces traces étaient sa seule preuve pour la première observation, il était bien obligé d'en faire de nouvelles avant d'aller prévenir le commissaire.
Mais comme Marc Thirouin n'a pas remarqué que ces traces ne pouvaient avoir été faites que par Dewilde lui même, il va laborieusement rechercher ces traces, les trouver et les étudier.

  Les ingénieurs de la S.N.C.F. venus examiner ces empreintes ont déclaré que « la pression qu’elles révèlent correspond à un poids de 30 tonnes. » Je me demande comment de tels experts ont pu sérieusement parler de pression sur les traverses, alors que de toute évidence ce que j’ai devant les yeux à cet instant est au contraire la trace d’un arrachement !
...
La forme et l‘orientation des coupures terminales semblent suggérer l’action de deux appendices tranchant s‘enfonçant dans le bois, l‘un verticalement pour assurer l‘immobilisation latérale de l'engin, l’autre en oblique, en direction du premier - pour l‘empêcher de s'élever (fig. 4).
  S'il en est ainsi, l’engin devait, quelles que fussent ses dimensions, être très léger puisqu'il suffisait pour l’amarrer d'un « verrou » de quelques millimètres tous les 40 à 80 centimètres environ.

Voila donc deux théories, une "lourde" et une "légère". Mais Thirouin ne remarque pas que la théorie "lourde" se base sur les traces supposées de l'observation du 10 septembre, alors que les traverses auraient été remplacées, lors de sa visite, sur une cinquantaine de mêtres. Lui n'a vu que les autres traces, mais sa théorie "légère" nous incite à penser que le train d'atterrissage des soucoupes volantes est conçu pour se poser sur les voies ferrées.
Heu...

Thirouin termine en démontrant que l'affaire de Quarouble ne peut être un canular, en citant les autres témoignages, notamment ceux du bolide, et il insiste beaucoup là dessus.
Ce faisant, il ne se rend pas compte, lui qui n'est pas astronome amateur, qu'il ouvre la voie à la découverte d'une confusion avec un bolide.

Mais il faut surtout retenir de tout ceci que Thirouin a discuté plusieurs jours avec Dewilde, et ceci est très important, car Dewilde ne cessera au cours de sa vie d'enrichir son récit, en fonction de ce qu'il avait appris des soucoupes volantes.

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Dernière mise à jour: 02/10/2016