Pas de martien à Loctudy

Le "martien" de Loctudy a défrayé la chronique début octobre 1954. La Presse nationale n'avait pas encore entendu parler de "martiens poilus". Et voila qu'un obscur garçon boulanger vient bousculer les idée reçues.
Nous n'avons malheureusement pas l'article original du Télégramme de Brest, qui ne devait pas manquer de reconter cette affaire. Mais les autres journaux en ont fait leurs choux gras.

Le "Martien" du Finistère
a le visage couvert de poils et des yeux
comme "un oeuf de corbeau"

Quimper, 6 octobre. -
  Vers 4 heures, hier matin, M. Pierre Lucas, ouvrier-boulanger à Loctudy (Finistère), qui était occupé à puiser de l'eau dans la cour de la boulangerie, aperçut soudain dans la nuit un engin de la forme d'une soucoupe de 2 m. 50 à 3 m. de diamètre. Il en vit sortir un individu mesurant environ 1 m. 20 qui s'approcha de lui et lui tapa sur l'épaule en articulant des paroles inintelligibles. L'ouvrier boulanger réussit à garder son sang-froid et rentra au fournil où l'inconnu le suivit.
  A la lumière, M. Lucas put dévisager le visiteur: Il avait le visage ovale, tout couvert de poils et des yeux de la grosseur d'un oeuf de corbeau. Le jeune homme appela son patron mais, avant que celui-ci ait eu le temps de descendre, l'inconnu avait disparu ainsi que sa soucoupe dont on ne retrouva aucune trace.

(Nord Littoral, 7 octobre 1954, page 8)

D'autres racontent l'affaire avec une certaine ironie:

UN BOULANGER BRETON L'AFFIRME:
"Mon Martien n'était pas rasé et avait des yeux gros comme un oeuf de corbeau"
... la vedette éphémère de l'actualité revient de droit aujourd'hui à un modeste ouvrier boulanger de Loctudy (Finistère), M. Pierre Lucas.
Levé tôt et de bon pied, notre homme allait puiser de l'eau dans la cour de la boulangerie mardi matin lorsque, à la lueur vacillante d'une aurore pluvieuse, il aperçut un engin de la forme d'une soucoupe de 2m. 50 à 3 m. de diamètre, qui stationnait là bêtement. Il ne s'en serait sans doute pas autrement préoccupé, s'il n'avait vu tout d'un coup un individu en sortir!
"Il mesurait 1 m. 20, ressemblait à un homme (sic) et s'approcha de moi. Avant que j'ai pu revenir de ma surprise, il m'avait tapé sur l'épaule en articulant des paroles inintelligibles."
M. Lucas fit preuve d'un remarquable sang-froid. "Entrez donc, nous allons discuter", a-t-il dû lui dire, car l'inconnu le suivit dans le fournil. Là, on y voyait tout de même un peu plus clair et sans vergogne le "Martien" se laissa dévisager.
C'est encore M. Lucas qui parle:
"Il avait la figure ovale, toute couverte de poils et des yeux de la grosseur d'un oeuf de corbeau!"
Le jeune homme appela son patron, mais l'inconnu estima sans doute que l'entretien avait assez duré. Le temps que M. Lucas se rende dans l'escalier pour prévenir son patron avec ménagements, l'homme et la machine avaient disparu. Dommage...
(L'Est Républicain, 7 octobre 1954)

C'est encore pire dans d'autres journaux:

Un Corbeau dans le Pétrin

Loctudy (Finistère), mardi 6 octobre 1954, 4 heures du matin:
PIERRE LUCAS, ouvrier boulanger, a presque terminé sa tâche. La pâte est au four et en attendant qu'elle cuise, il faut nettoyer le pétrin. Pierre s'empare d'un seau et sort dans la cour de la boulangerie pour tirer de l'eau à la pompe.
Or, que voit maître Pierre au beau milieu de la cour? Un engin de la forme d'une soucoupe de 2 m. 50 à 3 mètres de diamètre, d'où sort brusquement un "individu" mesurant environ 1 m. 20. Cet individu, sans la moindre crainte, s'approche de Pierre, lui met la main sur l'épaule et lui dit:
- Oumbrrr... Grabotrri Trozi... Brrouphphialoq...
Que croyez-vous que fait Pierre Lucas? Se met-il à pousser des cris? S'enfuit-il à toutes jambes? Ce n'est tout de même pas courant, à Loctudy, de voir une soucoupe volante et un Martien dans la cour de la boulangerie.
Mais non! Pierre est un gars qui a du sang-froid. Tranquillement, il rentre au fournil avec l' "individu" sur ses pas. Là, dans la lumière, il voit les traits du visiteur: un visage ovale, tout couvert de poils, et des yeux de la grosseur d'un oeil de corbeau.
Ma Doué! Sûr que le patron voudrait bien voir ça. Pierre appelle:
- Patron! Patron! Venez voir!
Mais le Martien, s'il ne parle pas le français, le comprend sans doute, car le voilà qui s'élance hors du fournil, traverse la cour, grimpe dans sa soucoupe et hop! Plus personne... Le patron de Pierre Lucas ne verra pas l'être aux yeux comme des oeufs de corbeau. Dommage... Vraiment dommage, car deux paires d'yeux valent mieux qu'une.

(Samedi-Soir, 14 octobre 1954)

Radar donne ses lettres de noblesse au cas de Loctudy.

Pour un cas d'observation de soucoupe volante, figurer dans Radar, c'est un peu comme avoir deux étoiles au guide Michelin (trois étoiles en cas de parution en couverture). C'est ce à quoi a eu droit le cas de Loctudy.

 Loctudy  - Il était haut comme cà !
QUIMPER. -- Oui, messieurs, oui, déclare aux reporters de « Radar » l'ouvrier boulanger Pierre Lucas, de Loctudy (Finistère), il était haut comme ça le bonhomme que j'ai vu l'autre nuit. J'étais sorti un instant pour aller chercher de l'eau à la fontaine. Soudain, je vois une boule de feu qui descend du ciel. Pas le moindre bruit. En un clin d'oeil, elle atterrit dans un pré de l'autre côté de la route. J'ai vu distinctement les trois pieds qui la retenaient au sol. Une lumière jaune l'éclairait à la partie supérieure. Et voilà qu'un individu (notre illustrateur le représente ci-contre) me tape sur l'épaule. Je l'ai vu comme je vous vois. Il avait un visage barbu et un seul oeil, mais peut-être qu'il avait un masque. Sur sa tête, un casque qui ressemblait à celui des motards. Il en sortait des fils comme ceux des antennes de T.S.F. Franchement, j'ai eu peur. J'ai lâché mon seau. Je suis rentré. Mon patron est sorti. Il n'y avait plus rien...
(Radar, 17 octobre 1954, p 2)

Mais voila que de Brest, nous parvient une explication étonnante.

Le « Martien poilu » de Loctudy (Finistère) était une chèvre savante!
BREST, 23 octobre (dépêche « France-soir »). -- le mystère du Martien poilu de Loctudy (Finistère) est enfin percé. Et l'ouvrier boulange qui, en pleine nuit, fut suivi dans la cour de la boulangerie jusqu'au fournil par un être au visage couvert de poils et aux yeux énormes, est revenu de ses émotions, ainsi d'ailleurs que les habitants de la commune. Le Martien n'était qu'une chèvre savante appartenant à un cirque de passage et qui s'était aventurée dans la cour du boulanger.
( France-Soir, 24-25 octobre 1954.)

Jimmy Guieu raconte l'affaire et se moque des "esprits forts".

Le 5 octobre, vers 4 heures du matin. M. Pierre Lucas, ouvrier boulanger à Loctudy (Finistère), qui était occupé à puiser de l’eau dans la cour de boulangerie, aperçut soudain, à quelques mètres de lui, un engin circulaire de 2 m. 50 à 3 mètres de diamètre posé sur le sol. Eberlué. il en vit sortir un être mesurant environ 1 m. 20 de haut qui s’approcha et lui toucha l'épaule en articulant des paroles incompréhensibles.
L’ouvrier boulanger réussit à garder son sang froid et rentra dans le fournil où « l’inconnu » le suivit. A la lumière, M. Lucas put dévisager l’étrange visiteur. Il avait le visage ovale, couvert de poils sombres et, détail qui frappa le témoin, des yeux énormes, « de la grosseur d’un œuf de pigeon ». Le jeune homme appela vivement son patron mais, aussitôt, l’Ouranien nain battit en retraite et réintégra son astronef qui décolla sans retard. Lorsque le patron de M. Lucas, attiré par ses appels, arriva, l’engin s’était enfui.
...
Cherchant à expliquer « rationnellement » l'apparition dont avait été témoin M. Pierre Lucas, ) Loctudy, un pince sans rire, sans doute, prétendit qu'il s'agissait tout simplement... d'une chèvre savante échappée d'un cirque! Voila donc à quel genre de divagation conduit le doute systématique des esprits forts!

Note: Pour Jimmy Guieu, les soucoupes volantes existent, leurs pilotes aussi, et ceux qui prétendent trouver des explications rationnelles sont des esprits obtus. Pour lui, il est évident qu'on ne peut pas prendre un clochard pour un martien, ni la la lune pour une soucoupe volante. C'est pourtant bien ce qui s'est déjà passé, mais pour Guieu, ça ne peut pas s'être produit, puisque c'est impossible, ce qui est exactement le raisonnement qu'il attribue à ses adversaires rationalistes.
( Jimmy Guieu, Black Out sur les Soucoupes Volantes, Fleuve Noir 1956, page 165)

Aimé Michel ne cite aucun cas du 5 octobre, car ils ne lui permettent pas de tracer un réseau d'alignements.

Michel Carrouges n'est pas bavard.

Lucas, à Loctudy (Finistère), oct. 1954,
...
Le témoignage Lucas, a été vivement attaqué pour le motif qu'il y aurait eu confusion avec une chèvre savante échappée dun cirque, selon un journal de Brest du 24 octobre (?).
(Michel Carrouges, Les apparitions de martiens, Fayard 1963, page 108-109)

Jacques Vallée incorpore ce cas dans son catalogue

5 octobre 1954, 04 : OO. Loctudy (France):
Un boulanger, P. Lucas, était en train de tirer de l’eau d’un puits quand il remarqua un objet à quelque distance de là. C‘était un objet rond d’environ 3 mètres de diamètre d’où émergea un nain au visage ovale, couvert de poils, avec des yeux « aussi gros que des œufs de corbeau », qui lui toucha l’épaule et s’adressa à lui en une langue inconnue. Le nain s’en alla et l‘objet s’envola (P. 34).
34: Franc-Tireur, La Croix, France-Soir, Le Figaro, 7 octobre 1954.

(Jacques Vallée , Un siècle d'atterrissage UFO, in Chronique des apparitions extraterrestres, Denoel 1972, page 292)

Jean-François Boedec ne croit pas à la chèvre savante.

On avait bien ri ce dimanche 8 octobre 1954 dans un restaurant de Loctudy (Finistere) a une tablée de joyeux marins-pécheurs.
En effet, quelques jours auparavant, M. Pierre Lucas, ouvrier boulanger qui était occupé a puiser de l’eau dans la cour de la boulangerie observa soudain. à quelques mètres de lui, une « soucoupe volante » de trois mètres de diamètre posée au sol. Eberlué. il en vit sortir une creature de l m 20 de hauteur qui s'approcha de lui avant de lui toucher l'épaule tout en articulant des paroles incompréhensibles. M. Lucas conserva son sang-froid et se dirigea vers le fournil. suivit de « l‘inconnu »... A la lumière, le témoin put dévisager l'étrange visiteur : il avait 1e visage ovale, couvert de poils sombres, et, détail frappant, des yeux énormes. Le jeune homme appela aussitét son patron a l’aide mais 1a créature réintégra son engin qui décolla aussitôt, laissant croire qu'elle n'était pas seulement plus évoluée que nous sur le plan de la technique, mais aussi sur celui de la prudence...
L’un des joyeux quidams du restaurant prétendit qu’il s’agissait tout simplement... d’une chèvre savante évadée d’un quelconque cirque. La soucoupe et la chévre volèrent rapidement de journal en journal et évoluèrent gracieusement sur les ondes.

Note: A en croire Boedec, l'explication par une chèvre savante, pour une raison non précisée, vient d'un convive non nommé, dans un restaurant non identifié à une date fausse. On aimerait savoir comment l'auteur à appris ceci, autrement ça ne vaut pas plus qu'une rumeur.
(Jean-François Boedec, LES O.V.N.I. en Bratagne, Fernand Lanore 1978, page 103)

Barthel et Brucker retrouvent le témoin

Retrouver cet ouvrier boulanger dans cette petite localité ne doit pas poser de problèmes. La première indication que nous pourrons obtenir c'est: ...« Ah oui! ce qu'il a vu n'est pas sérieux, cherchez plutôt dans le vin rouge et le whisky... ! » C’est donc ce que nous ferons, et dans un débit de boisson de Quimper, nous retrouvons notre homme.
Dialogue très difficile avec lui, il est de toute évidence habitué des lieux. Il accuse fortement son âge. Son état n'est certainement pas dû à une maladie professionnelle.
Il ne veut rien nous dire de son observation et même, prétend tout ignorer de cette histoire. Le lendemain, dans la matinée, nous nous retrouverons au même endroit. Discussions, explications de notre travail, des études que nous entreprenons, alors notre témoin admet que son observation n'a rien de sérieux:
« j'étais jeune... déclare-t-il.
- Que voulez-vous dire par là?
- C’était pas sérieux, on m’a fait voir ce qu'il n'y avait pas.
- En somme, c’était une farce.
- Oui, une histoire, c'était pas sérieux.
Nous en avions fait le tour. De toute évidence, l'affaire de Loctudy entrait dans la mystification, ou beaucoup plus probablement dans ces bonnes histoires qu'on se raconte sur le "zinc"...

(Gérard Barthel et Jacques Brucker, La grande peur martienne, Nouvelles éditions rationalistes, Paris 1979, page 72)

Jean Sider essaye de sauver le martien.

38 - Cas de Loctudy, Finistère.
Le 5 octobre, à 04h00, Mr. Pierre Lucas puise de l'eau dans la cour de la boulangerie où il travaille lorsqu'il voit à quelques mètres de lui un engin circulaire posé au sol. Un petit être poilu en sort et s'approche du témoin. Celui-ci appelle son patron, mais avant qu'il puisse arriver, l'étrange créature a réintégré son véhicule qui décolle et disparaît rapidement (Figuet, p. 123).
Note: Sider se base sur le catalogue de Figuet, qui se base sur Jimmy Guieu - qui ne cite pas sa source - et sur Jacques Vallée qui cite des journaux Parisiens. Que Sider ne cite-il Le Télégramme de Brest, journal local, surement mieux informé.
Une enquête de membres de LDLN a démontré que le témoin était de bonne foi.8 B & B, page 73, affirment qu'il s'agit d'une plaisanterie faite par un alcoolique notoire ! Rien n'est plus faux. Pierre Lucas avait 23 ou 24 ans à l'époque, ce qui aurait fait de lui un alcoolique un peu jeune...
Note: Mais ce qui précède est faux: Barthel et Brucker n'ont pas dit que le témoin était alcoolique au moment de son observation, et n'ont pas dit que le témoin avait lui même inventé cette histoire. Ils ont dit que le cas relévait de la mystification, et qu'on lui avait fait voir ce qu'il n'y avait pas eu, ce qui n'est pas la même chose.
De plus, son patron, Mr. Le Goff, s'était porté garant de son sérieux. Mr. Le Goff précisa d'autre part que son ouvrier insista pour que l'on prévienne les gendarmes, comportement en contradiction avec celui d'un éventuel plaisantin.
Note: Ce qui prouverait que Pierre Lucas avait bien vu quelque chose d'insolite - pour lui - mais pas que c'était un martien poilu.
Détail amusant : à l'époque, France-Soir avait résolu l'énigme en avançant une chèvre savante échappèe d'un cirque qui aurait induit le témoin en erreur ! Je suis d'ailleurs étonné que B & B ne se soient pas engouffrés dans cette brèche, car ils citent France-Soir très souvent. Ce qui prouve qu'ils n'ont consulté les sources originales, se contentant de lire des fiches laissant souvent a desirer.
Note: France-Soir citait une dépèche de Brest, probablement issue du Télégramme de Brest. Mais faute de savoir comment est née cette explication par une chèvre savante, nous n'avons pas le droit de la réfuter.
Quant au fait que Barthel et Brucker ne citent pas cette explication, il s'explique simplement parce qu'ils en avaient eu une du témoin lui même.
Jean Sider est vraiment mal placé pour accuser les autres de ne pas avoir consulté les sources initiales, lui qui ne les a pas consulté non plus, et qui cite parfois des sources datant de deux millénaires après, comme nous le démontrons dans cette liste de prodiges antiques

8 - Le cas de Loctudy, Finistère, du 5 octobre 1954, est aussi un cas de blocage psychologique. page 73, B & B "font dire" au témoin que son histoire n'était pas sérieuse. Pourtant, une enquête de L.D.L.N. faite en 1976, a pu établir qu'elle était de bonne foi (LDLN n° 29, p 33). Pierre Lucas, qui dut subir bien des humiliations n'avait plus envie de parler, mais le fils de son patron, M. Le Goff, ne se fit pas prier.
Note: C'est le n° 299 et non le n° 29. Le fils de M. Le Goff, a dit que son père avait confiance en son ouvrier, mais cela incline seulement à penser que Pierre Lucas n'avait pas inventé cette histoire, pas qu'il n'avait pas pu se tromper.
(Jean Sider, Le dossier 1954 et l'imposture rationaliste, Ramuel, 1997, page 67 et page 282)

2014 Julien Gonzalez semble confondre canular et mystification

Loctudy, Finistère, 05 octobre 1954, 04H 00.
M. Pierre Lucas, ouvrier boulanger.

Vers 4 heures, l’ouvrier boulanger est occupé à puiser de l’eau dans la cour de la boulangerie. Il aperçoit soudain, à quelques mètres de lui. un engin circulaire de 2,50 m à 3 m de diamètre, posé au sol. Éberlué, il en voit sortir un être de l,20 m de haut qui s’approche et lui touche l’épaule en prononçant des paroles incompréhensibles. Pierre Lucas réussit à garder son sang-froid et regagne le foumil où l’inconnu le suit. À la lumière, le témoin peut dévisager l’étrange visiteur. Il avait le visage ovale, couvert de poils sombres, avec des yeux énormes « de la grosseur d’un œuf de pigeon », Le jeune homme appelle son patron, à ce moment l’être étrange bat en retraite, monte à bord de son appareil qui décolle aussitôt. Lorsque le patron de M. Lucas, attiré par ses appels, arrive, l’objet a disparu.

Informations complémentaires:
1. En 1979, Gérard Barthel et Jacques Brucker affirmèrent dans La Grande Peur Martiemze que « l’affaire de Loctudy entrait dans la mystification » or en avril l976, M. Le Goff (dont le père était, en l954, le patron de Pierre Lucas) a confié ses souvenirs à Joël Mesnard. Pour lui, il n’y avait aucune raison de ne pas prendre cette affaire au sérieux. Selon M. Le Goff, Pierre Lucas n’a absolument pas eu le temps de dévisager la créature qui lui a tapé sur l’épaule alors qu’il entrait précipitamment dans le couloir menant au fournil. De frayeur, il a hurlé et lâché les deux seaux dont le contenu s’est répandu sur le sol. Pierre Lucas a tenu à prévenir les autorités: « Il faut que les gens sachent. disait-il ». M. Le Goff a notamment insisté sur le fait que son père, qui connaissait bien Pierre Lucas, n’avait pas eu de doutes, lui non plus, en constatant sa très grande frayeur. et sur le fait que c’est le témoin lui-même qui avait tenu à prévenir les gendarmes, un comportement en contradiction avec celui d’un éventuel plaisantin!
Note: Manifestement, Julien Gonzalez confond canular (une farce faite par le témoin), et mystification (une farce faite au témoin). A Barthel et Brucker, le témoin a dit qu'on lui avait fait voir ce qu'il n'y avait pas, autrement dit, qu'il avait été mystifié par les journalistes.
(Julien Gonzalez, RR3 - Le Dossier des Rencontres du Troisième Type en France, Le Temps Présent, 2014, pp 112)

Conclusion

L'affaire est assez embrouillée, par les sarcasmes des journalistes, la crédulité des ufologues et surtout l'absence des sources primaires: les articles du journal local.

En essayant de débrouiller cet écheveau, nous remarquons que les affirmations de Jean Sider ou de Julien Gonzalez, et celles de Barthel et Brucker ne sont pas vraiment contradictoires. Les uns disent que le témoin était de bonne foi, et les autres qu'on lui a fait voir ce qu'il n'y avait pas, ce qui incrimine les journalistes.
Jean Sider lui même reconnait dans son dossier iconographique: "des versions plus ou moins embellies ou altérées ont été publiées dans plusieurs journaux et hebdomadaires parisiens et même de province."

Effectivement. Comment admettre que le journaliste ait pu savoir que le martien avait dit: "- Oumbrrr... Grabotrri Trozi... Brrouphphialoq...". Cette "phrase" est évidemment inventée. Et selon Sider les yeux "comme un oeuf de corbeau" n'apparaissent que dans une source. Donc il y a invention des journalistes. Et c'est là qu'on voit qu'il était indispensable d'avoir la source initiale, l'article du journal local qui a tout déclenché. Voir le dessin de Radar, ou lire la phrase prononcée par le martien ne nous aide qu'à rire. Que décrivait exactement la source initiale? Nous ne le savons pas, mais nous savons que l'histoire s'est déformée de recopiage en recopiage, en sorte que le témoin était à bon droit de dire "on m’a fait voir ce qu'il n'y avait pas", et qu'il n'avait plus envie d'en parler.

Maintenant, voyons un peu l'explication par une chèvre savante. Imitant le comportement qu'il attribue aux "rationalistes dogmatiques", Sider nie cette hypothèse absurde: Comment voulez vous qu'on confonde une chèvre avec un martien? C'est évidemment une invention d'un plaisantin.
Mais examinons l'hypothèse de l'invention: Quel animal de cirque inventerions nous pour rendre compte de l'observation d'un petit être velu? Un singe évidemment! Pas une chèvre.
Par contre, la chèvre savante d'un cirque pourrait bien porter un costume de fantaisie, qui la rendrait méconnaissable, surtout la nuit. Donc l'hypothèse de la chèvre n'est pas si idiote, bien que nous n'en connaissons pas l'origine. L'hypothèse d'un animal égaré est au moins compatible avec la fuite du petit être à l'arrivée du patron.

Arrivé là, nous savons que le témoin a réellement vu un être insolite - pour lui - , que ce pouvait être un animal égaré, et que les journalistes ont sévèrement brodé sur cette histoire, les uns derrière les autres.

Donc, on peut conclure que, quelque soit la répartition de l'invention entre le témoin et le journaliste, et que le témoin ait vu une chèvre, ou pas, il n'y a jamais eu de martien observé à Loctudy.

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Dernière mise à jour: 25/04/2018