480 avant JC
Phrygie, éclipse de soleil
En réalité: confusion de date, ou obscurcissement atmosphérique

5ème siècle avant notre ère, Hérodote décrit une éclipse apparemment convaincante.
XXXVII. Les ponts achevés, ainsi que les digues qu'on avait faites aux embouchures du canal du mont Athos, afin d'empêcher le flux d'en combler l'entrée, le canal même étant tout à fait fini, on en porta la nouvelle à Sardes, et Xerxès se mit en marche. Il partit au commencement du printemps de cette ville, où il avait passé l'hiver, et prit la route d'Abydos avec son armée qui était en bon ordre. Tandis qu'il était en route, le soleil, quittant la place qu'il occupait dans le ciel, disparut, quoiqu'il n'y eût point alors de nuages et que l'air fût très serein, et la nuit prit la place du jour. Xerxès, inquiet de ce prodige, consulta les mages sur ce qu'il pouvait signifier. Les mages lui répondirent que le dieu présageait aux Grecs la ruine de leurs villes, parce que le soleil annonçait l'avenir à cette nation, et la lune à la leur. Xerxès, charmé de cette réponse, se remit en marche.
Note: la description d'Hérodote évoque bien une éclipse, et l'interprétation des mages, s'accorde bien avec une éclipse du soleil par la lune.

Note anonyme d'un des traducteurs
note:[v] Cette éclipse arriva, suivant l’astronome Pingré, le 2 octobre 479 avant l’ère vulgaire. Hérodote la fixe à une époque antérieure à la bataille de Platées ; mais il se trompe, elle est postérieure à cette bataille.
(Hérodote, liv VII ch 37)
Note: Hérodote se trompe, oui, mais son commentateur se trompe tout autant. Si l'éclipse est celle du 2 octobre 480 AC (-479 des astronomes), alors elle est bien antérieure à la bataille de Platées. Et d'ailleurs la bataille de Platées ne risquait pas d'avoir lieu avant que l'armée de Xerxès soit entrée en Grèce.

Le commandement appartenait à Plistarque, fils de Léonidas ; mais il était encore enfant, et Pausanias était son tuteur et son cousin : car Cléombrote, fils d’Anaxandrides et père de Pausanias, était mort peu de temps après avoir ramené de l’isthme l’armée qui avait construit le mur. Il l’avait, dis-je, ramenée, parce qu’il était arrivé une éclipse de soleil pendant qu’il sacrifiait pour savoir s’il attaquerait le Perse.
(Hérodote, liv IX ch 10)
Note: Hérodote ne dit pas que l'éclipse ait été totale. L'éclipse du 2 octobre étant un peu postérieure à la bataille de Salamine pourrait convenir.

1er siècle avant notre ère, Diodore de Sicile raconte les mêmes évènements sans éclipse.
Xerxès, informé que le pont sur l'Hellespont était achevé et le mont Athos percé, quitta Sardes et s'avança vers l'Hellespont. Arrivé à Abydos, il fit passer son armée en Europe, sur le pont qu'il avait fait construire. En traversant la Thrace, il réunit à son armée de nombreuses troupes de Thraces et de Grecs limitrophes; et, arrivé dans la plaine de Dorisque, il fit approcher sa flotte pour réunir les deux armées en un seul point. C'est là qu'il passa toutes ses forces en revue
(Diodore, Liv.XI -ch 3)

1545 Johann Funck résume Hérodote.
Olympiade 75 année 1, mundi 3484
Movente ex Sardibus Xerxe Sol mane defectum passus est. Herod.7 & Dionys.lib.9

la 1ère année de la 75ème olympiade, l'an 3484 de la création.
Xerxès sortant de chez les Lydiens, subit le matin l'absence du soleil. Hérodote 7 et Denys livre 9

(Funccius, fol 52)
Note: La chronologie de Funccius n'est qu'un grand tableau, avec un texte par case, d'où sa concision. La référence à Denys d'Halicarnasse est inappropriée, car il dit simplement: Dans le temps que Xerxès se mit en marche contre les grecs. Il n'est pas question d'éclipse.

1555, Marc Fritsche résume Hérodote, ou Funck.
Mundi 3385. Urbis 273.
Movente e Sardibus Xerxe, contra Graecos cum in genti exercitu bello profecturus, Sol mane defectum passus est.

Année de la création 3385. An de Rome 273.
Xerxès sortant de chez les Lydiens, partant avec son armée faire la guerre contre les grecs, subit le matin l'absence du soleil.

(Fritschius2)

1557, Lycosthenes copie Fritsche.
Mundi 3385. ante Christum 482.
Movente e Sardibus Xerxe, contra Graecos cum in genti exercitu bello profecturus, Sol mane defectum passus est.
Marc Fritschius in meteoris

Année de la création 3385. 482 avant Jésus-Christ
Xerxès sortant de chez les Lydiens, partant avec son armée faire la guerre contre les grecs, subit le matin l'absence du soleil.
Marc Fritsch, dans ses Meteororum

(Lycosthenes, p 63)

1578, Praetorius se réfère à des historiens non nommés.
Praecesserat tunc quoque Eclipsis Solis, quae in historiis quoque describitur.
Elle avait été aussi précédée alors par une éclipse de soleil, qui fut aussi décrite par les historiens.
(Praetorius, 6ème page depuis la page de titre)

1579, Georgius Caesius résume Fritsche.
Sol etiam defectus passus est
Et le soleil subit aussi une extinction
(Caesius)

1668, Hévélius copie mal Praetorius.
  Ante Christum 479.
Processerat tunc quoque Eclipsis Solis, quae in historiis describitur. Praetorius.

Elle était aussi née alors d'une éclipse de soleil, qui fut aussi décrite par les historiens. Praetorius.
(Hévélius, p 795)
Note: Ou bien Hévélius a mal lu Praetorius, à cause peut être d'un paté sur son exemplaire, ou bien l'imprimeur d'Hévélius a fait une erreur, car avec "processerat" au lieu de "praecesserat", le texte devient absurde.

1736, Alphonse Des Vignoles ferait mieux de se taire.

Alphonse Des Vignoles
La grosseur de ces comètes doit faire penser que si par leur mouvement propre elles avoient passé entre le soleil & nous, elles nous auroient caché cet astre, & qu'elles auroìent causé des éclipses que jamais le calcul n'auroit pu prévoir. C'est une réflexion qui est due au scavant M. des Vignoles; il explique par là l'eclipse totale qui parut, selon Hérodote au Printemps de lan 480. & qui ayant éteint la lumière du soleil, causa des ténèbres égales à celles de la nuit, dans -un temps où le ciel estoit sans aucun nuage. Cette obscurité interrompit la marche de larmée de Xerxès dans l'Asie mineure, & obligea ce Prince de consulter les Mages Persans sur la signification de ce prodige. Les Grecs de leur côté n'en furent pas moins effrayez; Cléombrote, Général des Lacédémoniens. qui préfidoit à la construction du retranchement entrepris, pour fermer aux Perses l'entré du Péloponnèse, offroit alors un sacrifice; frappé de ce présage effrayant, il abandonna l'armée pour se retirer à Sparte, & il y mourut peu de jours après. Les plus habiles Astronomes ont cherché en vain par leur calcul, une éclipse totale de soleil dans cette année 480. les tables ne leur en ont donné aucune ; & comme il n'est pas possible de rejeter un témoignage aussi formel &. aussi circonstancié sur un fait sensible comme celui d'une éclipse totale arrìvée trente ou quarante ans, au plus, avant le temps auquel Hérodote écrìvoit son histoire, l'embarras des Astronomes & des Chronologistes est très-grand : l'hypothese de M. des Vignoles les en tire d'autant plus heureusement, que vers le milieu de cette même année 480. il parut, au rapport de Pline, une très - grande comète, de l'espéce de celles qu'il nomme Ceratias ou cornues. Charimander disoit-dans son histoire des Comètes, que la queue seule de cette comète fut visible, & qu'elle fut observée pendant plusieurs jours par le Philosophe Anaxagore : la tête demeura toujours engagée dans les rayons du soleil, & par conséquent ne s'éloigna guéres de cet astre : ainsi elle avoit pû estre quelque temps auparavant en conjonction avec luy, & l'éclipser pour une partie de la terre.
(Fréret, réflexions sur un ancien phénomène céleste observé au temps d'Ogygès, Mémoires de littérature tirez des registres de l'académie royale des inscriptions et belles lettres, tome 10, 1736 p 374)
Note: M. des Vignoles invoque une éclipse du soleil par une comète. Il se trouve que plusieurs fois, une comète est passée devant le disque solaire, en 1910, par exemple, sans que les astronomes réussissent à en rien voir. Et pour cause. Le noyau d'une comète est opaque, mais tellement minuscule que sa taille est bien inférieure à la limite de résolution des télescopes. Quant à la nébulosité, un peu de réflexion montre que si les comètes étaient opaques, alors, quand elles nous renvoient la lumière solaire, leur luminosité seraient équivalente, voire supérieure à celle de la lune. Par ailleurs, on peut voir les étoiles à travers. Enfin, la luminosité de notre propre atmosphère suffit à les cacher, ce qui montre qu'elles sont bien moins denses que notre atmosphère. Pourtant, notre atmosphère n'éclipse pas le soleil, et heureusement, d'ailleurs. L'hypothèse de M. des Vignoles, qui montre une belle ignorance de l'apparence des comètes, est donc indigne d'un savant. Mais il faut remarquer qu'Alphonse des Vignoles n'était pas un astronome, mais un historien écclésiastique. Voila ce que c'est de se méler d'une discipline qu'on ignore.


Analyse:
Si on se fie à Hérodote, qui n'écrivait que quelques dizaines d'années après les faits, donc quand les témoins vivaient encore, la description du phénomène ( le soleil disparut, la nuit prit la place du jour par un ciel serein ) évoque parfaitement une éclipse totale de soleil. Et si Diodore de Sicile, en racontant le même évènement ne dit pas un mot de l'éclipse, c'est peut être parce qu'il écrivait quatre siècle après les faits


trajets des éclipses de l'époque
Seulement, voila, les éclipses sont des phénomènes parfaitement calculables, et toutes les éclipses historiques ont été calculées depuis plus d'un siècle, d'abord par Oppolzer, avec son Canon der finsternisse, puis avec les ordinateurs, et aujourd'hui, consulter le site de la NASA permet d'obtenir les cartes montrant les trajets de l'ombre des éclipses d'une époque donnée. Et sur la carte correspondant à cette époque, on voit que l'éclipse de -479, qui eut lieu en 480 av JC ( à cause de l'absence de l'année 0 ), donc avant la bataille de Platée, fut une éclipse annulaire, qui n'intéressa que l'Afrique, et ne fut que partielle en Phrygie, et en Grèce. D'autre part, elle eut lieu le 2 octobre, et non au printemps. Pas d'obscurité en Phrygie en ce printemps là, donc. Une autre éclipse annulaire fut visible le 17 février 478 av JC, qui cette fois fut visible en Phrygie, mais eut lieu en hiver, après la guerre médique, et n'y changeat pas le jour en nuit. Enfin une éclipse totale, visible à la fois en Attique et en Phrygie, et correspondant bien au récit d'Hérodote, eut lieu le 30 avril 463 av JC. Nous n'en trouvons pas d'écho chez les historiens , mais cette éclipse aurait bien pu être observée par Hérodote lui même, qui se trouvait alors à Samos, ou le soleil fut obscurci à 95%.

Alors? Nous avons vu que l'hypothèse de l'interposition d'une comète ne valait rien.
Reste qu'Hérodote, qui raconte avec précision la guerre contre Xerxès, est formel: le soleil disparut, la nuit remplaça le jour et Xerxès consulta les mages, ce que les souverains faisaient toujours en pareil cas. Il est donc bien probable que cette obscurité eut bien lieu. Cela n'a rien d'inexplicable, mais nous avons deux hypothèses:

- Une obscurité d'origine atmosphérique. Il arrive de temps à autre que le ciel devienne tellement sombre qu'on doit allumer l'éclairage en plein jour, et d'épais nuages de poussières, voire de suie ont vite fait de transformer le jour en nuit. Charles Hoyle Fort cite divers cas d'obscurité mémorable, comme en 1763 à Londres ou en 1904 à Wimbledon. Et Edouard Roche, celui là même à qui ont doit la "limite de Roche", s'est plu à faire une étude historique de ce phénomène, qu'il appelle offuscations. Mais, cette hypothèse a contre elle qu'Hérodote précise que le ciel était sans nuages. Notons aussi que Roche, dans son traité, ne reconnait que trois offuscation pour l'antiquité pré-chrétienne, sans qu'aucune produise une obscurité totale.

- L'éclipse totale de 463 AC, qui eut bien lieu au printemps, qu'Hérodote aurait observée dans sa jeunesse, et dont les témoins Phrygiens, pour qui l'obscurité fut totale, vivaient encore. Hérodote, ou ceux qui lui racontèrent, aurait confondu cette éclipse, plus fraiche dans leur mémoire, avec celle de 480 AC. Cette hypothèse a pour elle que, dans le récit d'Hérodote, les mages invoquèrent le soleil et la lune, comme dans le cas d'une éclipse. Hérodote aurait alors plaqué le récit de l'interprétation des mages, indispensable en ce cas, sur la description d'une éclipse réelle. Il est même possible que cette consultation des mages ait bien eu lieu en 463 AC, mais par le roi de Lydie, et non par Xerxès.

Alors Hérodote radote-t-il? On l'en a accusé pendant des siècles, à la suite de Plutarque, qui l'accusait de faire la part trop belle aux barbares. Et c'est vrai qu'ici, un chef grec ne serait pas mieux conduit que Xerxès. Mais aujourd'hui on s'accorde à dire que, par partialité, Plutarque a menti sur Hérodote.
Nous n'avons pas de raison de soupçonner la bonne fois d'Hérodote, mais constatons qu'il a du se tromper quelque part:
Ou le ciel n'était pas serein, ou, plus probablement, il s'est trompé d'éclipse.

Dernière mise à jour: 05/08/2014

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