50 avant JC
Italie, discours de Ciceron cautionnant les prodiges
En réalité: livre de Cicéron réfutant les prodiges

De Divinatione. Livre I. Quintus Tullius Cicero, frère de Marcus, l'orateur, expose la doctrine des stoïciens sur les prodiges en tant que présages

Quotiens senatus decemviros ad libros ire jussit! Quantis in rebus quamque saepe responsis haruspicum paruit! nam et cum duo visi soles essent, et cum tres lunae, et cum faces, et cum sol nocte visus esset, et cum e caelo fremitus auditus, et cum caelum discessisse visum esset atque in eo animadversi globi. Delata etiam ad senatum labes agri Privernatis, cum ad infinitam altitudinem terra desidisset Apuliaque maximis terrae motibus conquassata esset. Quibus portentis magna populo Romano bella perniciosaeque seditiones denuntiabantur, inque his omnibus responsa haruspicum cum Sibyllae versibus congruebant.
Combien de fois le sénat ordonna-t-il aux décemvirs de consulter les livres sibyllins? Que de fois et dans combien d'occasions importantes ce corps obéit-il aux décisions des aruspices? Ainsi, lorsqu'on vit deux soleils, puis trois lunes, quand on aperçut des feux dans le ciel, quand le soleil brilla la nuit, lorsqu'on entendit des mugissements célestes, quand le ciel s'ouvrit pour laisser voir des globes de feu; enfin lorsqu'on annonça au sénat qu'une partie du territoire de Priverne s'était perdue dans un abîme sans fond, et que l'Apulie avait été ébranlée par d'horribles tremblements de terre, présages qui annonçaient au peuple Romain de grandes guerres et de désastreuses séditions , dans toutes ces occasions les réponses des aruspices concordèrent avec les livres sibyllins.
Note: Le livre I, présente la thèse des stoïciens, selon un procédé littéraire, employé aussi dans De la nature des dieux, et plus tard par Galilée, consistant à faire parler une autre personne, réelle, ou fictive. Ici c'est Quintus, frère de Marcus, et auteur lui même d'un essai sur la candidature, qui expose pourquoi et comment les stoïciens, fatalistes, croient aux présages des dieux.
Le passage ci dessus utilise manifestement l'argument d'autorité. Si c'est le sénat qui consulte les haruspices, c'est que les haruspices sont des gens sérieux. Malheureusement, on peut tout aussi bien retourner l'argument: Si les sénateurs consultent les haruspices, c'est que les sénateurs sont des imbéciles. De fait, encore aujourd'hui, les hommes politiques sont de bons clients des voyantes, au point qu'une voyante s'est déjà vantée de faire attention à ne pas donner rendez-vous le même jour, à des hommes politiques de bords opposés.
L'argument d'autorité ne vaut donc rien ici. Cependant, des ufologues, qui n'ont même pas lu De divinatione, vont récupérer la première partie de ce passage, où il est question de prodiges célestes, pris au sérieux par le sénat, et présentés par cette autre autorité que fut Cicéron.
Nous allons voir ce que Cicéron en pense réellement.


De Divinatione. Livre II. Marcus Tullius Cicero explique pourquoi il ne faut pas croire aux présages


Marcus Tullius Cicero
XXII ... ostenta restant, ut tota haruspicina sit pertractata. Mulae partus prolatus est a te. Res mirabilis, propterea quia non saepe fit; sed si fieri non potuisset, facta non esset. Atque hoc contra omnia ostenta valeat numquam, quod fieri non potuerit, esse factum; sin potuerit non esse mirandum. Causarum enim ignoratio in re nova mirationem facit; eadem ignoratio si in rebus usitatis est, non miramur...
XXII ... restent les présages, afin que toute l'haruspicine soit examinée. Tu m'as cité le petit d'une mule. Chose merveilleuse, parce qu'elle n'arrive pas souvent. Mais si cela avait été impossible, cela ne se serait pas produit. Cela soit dit une fois pour toutes à l'encontre des prodiges, rien n'est jamais arrivé qu'il était impossible qui arrivât; mais si la chose était possible, elle ne devrait pas tant étonner. C'est l'ignorance où nous sommes des causes qui, lorsqu'un fait nouveau se produit, provoque la surprise. Cette même ignorance ne la provoque pas quand il s'agit de choses ordinaires...
Note: cette remarque de Cicéron est toujours vraie aujourd'hui, et tellement importante qu'elle devrait être enseignée à l'école.

[2,24] XXIV. Vetus autem illud Catonis admodum scitum est, qui mirari se aiebat, quod non rideret haruspex, haruspicem cum vidisset. Quota enim quaeque res evenit praedicta ab istis? Aut, si evenit quippiam, quid adferri potest cur non casu id evenerit? ...
XXIV. On connaît depuis longtemps ce mot de Caton, qui s'étonnait qu'un haruspice ne se mette pas à rire lorsqu'il voyait un autre haruspice. Et en effet combien de choses ont elles été prédites par eux. Et quand c'est arrivé, comment prouver que ce n'est pas survenu par hasard?...
Note: c'est encore valable aujourd'hui. Jusqu'en 1999, des feuilles de choux publiaient chaque année les prédictions annuelles des voyantes. L'année suivante, la comparaison avec les évènents survenus était instructive. Les astrologues et les voyants furent incapables de prévoir la guerre de 1939, l'invasion de 1940, ou les évènements de Mai 1968. Par contre, ils se vantaient après coup d'avoir prévu un évènement, en déformant leur prédiction initiale. Une voyante s'est vantée d'avoir prévu l'attentat contre Reagan, parce qu'elle lui voyait des problèmes cardiaques.
nunc ad ostenta veniamus.
venons en maintenant aux présages.

XXV ... Quae est enim ista a deis profecta significatio et quasi denuntiatio calamitatum? Quid autem volunt di immortales, primum ea significantes quae sine interpretibus non possimus intellegere, deinde ea quae cavere nequeamus?
... Que signifient ces avertissements des dieux, et comme des menaces de malheur? Quel but les dieux immortels se proposent-ils d'abord en nous donnant des indications que nous ne pouvons comprendre sans interprètes, ensuite auxquelles nous ne pouvons prendre garde??
...
Quid igitur aut ostenta aut eorum interpretes vel Lacedaemonios olim vel nuper nostros adivuerunt? Quae si signa deorum putanda sunt, cur tam obscura fuerunt? Si enim ut intellegeremus quid esset eventurum, aperte declarari oportebat; aut ne occulte quidem, si ea sciri nolebant...
De quel secours ou les prodiges ou leurs interprètes ont-ils été soit jadis pour les Lacédémoniens, soit plus récemment pour nous? Et si ces signes doivent être qttribués aux dieux, pourquoi étaient-ils si obscurs? Car s'ils voulaient nous instruire de ce qui arriverait, ils auraient dû parler clairement, ou nous le cacher s'ils ne voulaient pas que nous le sachions.

XXVIII ... Quorum omnium, ne sim longior, una ratio est. Quicquid enim oritur, qualecumque est, causam habeat a natura necesse est, ut, etiamsi praeter consuetudinem extiterit, praeter naturam tamen non possit existere. Causam igitur investigato in re nova atque admirabili, si poteris; si nullam reperies, illud tamen exploratum habeto, nihil fieri potuisse sine causa, eumque terrorem, quem tibi rei novitas attulerit, naturae ratione depellito. Ita te nec terrae fremitus, nec caeli discessus, nec lapideus aut sanguineus imber, nec trajectio stellae, nec faces visae terrebunt. - "Quorum omnium causas si a Chrysippo quaeram, ipse ille divinationis auctor numquam illa dicet facta fortuito naturalemque rationem omnium reddet: ' Nihil enim fieri sine causa potest; nec quicquam fit, quod fieri non potest; nec, si id factum est, quod potuit fieri, portentum debet videri; nulla igitur portenta sunt.
XXVIII ... De toutes ces choses, pour ne pas m'étendre, une seule raison. Quoiqu'il naisse, quelque soit sa nature, il est nécessaire qu'il ait une cause naturelle, en sorte que, même s'il apparait sans sa constitution habituelle, il ne peut cependant pas exister en dehors de la nature. Tu chercheras donc la cause dans une chose nouvelle et merveilleuse si tu le pourras. Si tu ne trouves rien, aie en néanmoins la certitude, rien ne peut se faire sans cause, et tu chasseras par la raison de la nature, la terreur que la nouveauté de cette chose t'auras apporté. En sorte que ni le grondement de la terre, ni la division des cieux, ni la pluie de pierre ou de sang, ni les étoiles filantes, ni les observations de flambeaux ne t'effraieront plus. Si je demande à Chrysippe, lui-même garant de la divination, la cause de toutes ces choses, jamais il ne les dira faites par hasard, et il leur donnera à toutes une explication naturelle. Car rien ne peut se faire sans cause, ni rien ne se fait qui ne puisse se faire, ni, s'il s'est fait, qui puisse s'être fait, que tu doives considérer comme un prodige. Donc, Il n'y a pas de prodiges.
Note: Cette démonstration magistrale est en avance de 18 siècles. Mais encore aujourd'hui, beaucoup de religions, avouées, ou non, veulent l'ignorer.
(Ciceron2)
Note: les diverses traductions que nous avons pu trouver, tant celle de M. de la Pilorgerie, publiée en 1864, que celle de Charles Appuhn, de 1936, (sans parler de celle de Google), étant trop éloignées du texte, nous avons du le retraduire.

Les ufologues renversent la réfutation de Cicéron

B.C.?: Suns, Moons, Globes "How often has our Senate enjoined the decemvirs to consult the books of the Sibyl: For instance, when two suns had been seen or when three moons had appeared and when flames of fire were noticed in the sky; or on that other occasion when the sun was beheld in the night, when noises were heard in the sky, and the heaven itself seemed to burst open, and strange globes were remarked in it." - Cicero, On Divination, Book I, Ch. 43
? av JC. Soleils, lunes, globes "Combien de fois notre Sénat enjoignit les décemvirs de consulter les livres de la Sibylle: Par exemple, lorsque deux soleils avaient été vus ou quand trois lunes sont apparues et que des flammes de feu ont été remarqué dans le ciel, ou en cet autre occasion, quand le soleil a été contemplé dans la nuit, quand les bruits ont été entendus dans le ciel, et que le ciel lui-même sembla éclater, et que des globes étranges y ont été remarqués" - Ciceron, de la divination, livre I, ch 43.
Bernard, ch. Conclusion
Note: Bernard se garde bien de citer le deuxième livre, mais il ne transforme pas encore le texte en apologie des prodiges.

- 50 av. J.-C. : « Combien de fois notre Sénat n'a-t-il pas demandé aux décemvirs de consulter les oracles... lorsqu'on a vu deux soleils, ou quand trois lunes sont apparues et que des flammes de feu furent remarquées dans le ciel; ou en cette autre occasion, quand le soleil se leva la nuit, lorsque des bruits furent entendus dans le ciel, que la nue elle-même sembla éclater et que l'on remarqua d'étranges globes dans le ciel. » (M.T. Cicéron, De Divinatione, livre l, chap. 43). »
Durrant, p 50
Note: apparemment, c'est Henry Durrant qui a inventé cette date de 50 av JC. Ce ne serait pas la seule de ses inventions. Mais cette date est fausse. On place la publication de ce livre en 44 av JC.

En 50 avant -J .-C. le Sénat demanda de consulter les oracles lorsque deux soleils et trois lunes apparurent avec des flammes de feu dans le ciel, ainsi qu'en d'autres occasions: quand le soleil se leva la nuit, lorsque des bruits furent entendus dans le ciel, lorsque la nue elle-même sembla éclater et que l'on vit d'étranges globes dans le firmament.
Vieroudy, p 32
Note: cette fois, plus de sources indiquée.

En 50 avant J.C., Cicéron prononce un discours célèbre :
"Combien de fois notre sénat n'a-t-il pas demandé aux décemvirs de consulter les oracles... lorsqu'on a vu deux soleils et quand trois lunes sont apparues et que des flammes de feu furent remarquées dans le ciel ; ou, en cet autre occasion, quand le soleil se leva la nuit, lorsque des bruits furent entendus dans le ciel et que la nuée elle-même sembla éclater, et que l'on remarqua d'étranges globes". ( 8 )
8 : De Divinatione, livre I, Chap. 43.

Les découvertes impossibles - les ovni
Note: Voila maintenant le livre de Cicéron contre l'interprétation des prodiges, qui se transforme en un discours qui semble cautionner les prodiges.

Analyse:
Ce livre de Cicéron devrait être étudié à l'école, tellement il prévient ses lecteurs contre des superstitions qui ont encore cours aujourd'hui. Remplaçons les dieux par des extraterrestres, et toute l'ufologie pro-extraterrestre s'écroule. C'est sans doute pour cette raison que les ufologues se sont bien gardés de citer le deuxième livre. Nous avons ici un bel exemple de malhonnèteté collective. Avec les procédés classique de la sélection et du rajout, chaque auteur récupère le précédent en modifiant encore le texte dans le sens qui l'arrange.
Résultat, à partir d'un texte qui explique qu'il ne faut pas croire aux prodiges, on obtient un texte qui cautionne ces mêmes prodiges. Avec ce procédé, on ferait dire à Galilée qu'il croyait que la terre est plate.

Dernière mise à jour: 13/10/2014

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