Pas de soucoupe photographiée à Sedan

La prétendue photo de soucoupe de Sedan, qui aurait été prise le 16 octobre 1954, n'a guère de notoriété. Elle est inconnue des "bons auteurs", comme Jimmy Guieu et Aimé Michel. Mais elle a finalement été récupérée, 43 ans plus tard, pour tenter de prouver que la "grosse lune", vue le soir du 3 octobre 1954, par la petite Nadège Mansart, n'était pas la lune, mais bien une soucoupe volante.

L'article "princeps", avec les clichés, est paru dans L'ARDENNAIS.

    Ces deux photos ont été prises avec un « Sem Flex » 6x6,
ouverture: 3.5; temps de pose: 1 seconde pour l'une et 2 secondes pour l'autre; pellicule « Per Omnia » 23.
    La tache plus petite est la lune qui atteignait hier soir son deuxième quartier. Le disque lumineux nettement plus gros que la lune a impressionné fortement la pellicule.
    Sur les agrandissements on distingue nettement un noyau central obscur au milieu du disque lumineux.
    Une photo avait été prise par un amateur du coté du « Moulin à vent ». Malheureusement, le temps de pose trop court: 1/100e de seconde, n'a rien donné au développement.
Deux documents exceptionnels :

LA "SOUCOUPE"
qui a plané samedi soir
sur SEDAN
a été photographiée
Nous avons signalé hier que plusieurs personnes ont aperçu dans la soirée de samedi une tache lumineuse de forme ronde au dessus de la région de Sedan. Nous n'avons pas voulu donner une importance exagérée à cette
  nouvelle, à un moment où les esprits sont influencès par les récits concernant d'étranges apparitions.
  Mais le fait que cette tache lumineuse a pu être fixée sur la pellicule nous oblige à sortir de notre réserve.
  Les documents que nous publions sont absolument authentiques et il ne s'agit nullement d'un montage photo. Ces deux photos ont été prises Samedi vers 22 h. (les témoins dans leur émotion ont oublié l'heure exacte) d'une fenêtre d'un immeuble de la rue Jean-Jaurès à Sedan. Deux témoins étaient à coté de l'opérateur. C'est ce dernier qui, voulant prendre l'air à la fenètre de sa chambre, aperçut le premier cette lueur anormale qui a intrigué d'autres témoins, en des endroits différents. Deux gardiens de la paix, en faction au Palais des Sports, ont aperçu un disque lumineux, vers 21 h. 30. Plusieurs jeunes gens, venant de la direction de Vrigne l'ont aperçu également. Lorsque les photos que nous publions ont été prises, celui qui en est l'auteur ignorait tout des constatations faites par ailleurs.
  Aucun des témoins n‘a d'ailleurs proclamé qu'il s'agissait de soucoupes volantes. Ils se sont bornés a constater, sans plus. Nous ferons comme eux.
Les uns ont vu le disque se déplacer rapidement en ligne droite au ras des toits, d‘autres, dont notre photographe et ses amis l’ont vu immobile pendant quelques instants, puis effectuant quelques courts déplacement à allure faible pour disparaitre ensuite. L'opérateur qui a photographié le disque, l'a vu rouge orangé « de la couleur du feu d'une cigarette lorsque le fumeur aspire ». Quant a l'impression de taille et de distance laissée par l'apparition, personne n‘a pu se prononcer. La lune brillait et il y avait quelques nuages. Qu’on n'aille pas nous faire dire ce que nous ne disons pas et ajouter à des constatations, assez surprenantes par elles-mêmes.
  Ajoutons toutefois la réflexion d'un des témoins faisant allusion aux soucoupes : « Je finirai par y croire ! »

Note: Le photographe donne une description complètement fantaisiste du comportement de l'objet, mais il y est bien obligé, sans quoi, il ne pourrait expliquer comment il a fait pour réussir à prendre deux photos posés une et deux secondes.
  (L'ARDENNAIS, 19 octobre 1954, page 1)

Deux jours plus tard, un autre journal donnait des précisions sur la compétence du photographe.

Les soucoupes volantes
donnent des maladies de peau!
  CHARLEVILLE (de notre correspondant). - Une curieuse forme lumineuse, que de nombreuses personnes ont vue évoluer, samedi, vers 22h dans le ciel de Sedan a pu être photographiée.
  Un amateur photographe, lauréat d'un récent concours organisé par un journal parisien, qui prenait le frais à sa fenêtre en compagnie de deux camarades, vit soudain dans le ciel un disque lumineux qui se déplaçait à une grande vitesse.

  Saisissant son appareil, il réussit à prendre deux impressionnants clichés avec des temps de pose d’une ou deux secondes.
  Un autre photographe, situé à un autre coin de la ville, qui opéra au centième, n'obtint rien sur sa pellicule.

  Ce phénomène lumineux a été vu par une cinquantaine de personnes, parmi lesquels des gardiens de la paix et plusieurs personnalités sedanaises. Météore ou soucoupe volante? les avis sont partagés.

  On signale, d'autre part, qu'à Thin-le-Moutier, village situé dans l'arrondissement de Mézières, une femme aurait vu une soucoupe volante se poser à moins de trente mètres d'elle et qu'effrayée, elle aurait aussitôt perdu connaissance. Depuis, cette personne, qui jouit dans le pays de l'estime générale, souffre d'une étrange maladie de peau, et est obligée de garder la chambre.

  (L'EST RÉPUBLICAIN, 21 octobre 1954, page 6)

Cette supposée preuve de l'existence du phénomène lumineux va encourager d'autres lecteurs à se faire connaitre.

: NOS LECTEURS
ONT LA PAROLE

LE DISQUE
PHOTOGRAPHIE A SEDAN
A ETE APERCU A ATTIGNY
  Nous avons reçu d'un de not lecteurs d’Attigny la lettre suivante:
  J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre article, appuyé par plusieurs photographies de la « SOUCOUPE VOLANTE » de SEDAN.
  Dans la torpeur de cette douce soirée d’automne, ATTIGNY était trop indifférente, pour s'apercevoir que d’étranges touristes visitaient le ciel des Ardennes, dédaignant nos syndicats d'initiatives et même nos spécialités qui sont pourtant si alléchantes.
Comme ce Monsieur Sedanais prenait l'air à sa fenêtre observait et avait le temps de prendre des photographies, moi-même je prenais l'air au jardin, samedi soir a 21 h. 30. Il faut croire que l'heure et la température s’y prètaient admirablement.
  Ma présence n'aurait pas été plus opportune, si j'avais pris rendez-voüs pour une réunion contradictoire, dans laquelle j'étais décidé à opposer mon scepticisme le plus absolu.
  Et pourtant, j'ai vu très nettement, les yeux fixés sur une constellation au sud, passer devant celle-ci, à une allure exceptionnelle, un globe lumineux, très éclairant, suivi d'un long fuseau qui pouvait être l'échappement d‘une puissante tuyère, ou plus simplement l'échauffement de poussières cosmiques provoqué par La vitesse.
  Toute mon attention était tendue sur le passage de ce bolide qui filait majestueusement dans un silence impressionnant. Ce feu d'artifice n'a duré que 3 ou 4 secondes, limité que j'étais par l’espace du ciel compris entre deux groupes de bâtiments.
  Nous ne pouvons que vous féliçiter pour votre effort impartial et de vos judicieuses réflexions. Il est en efïet trop simple de tourner en ridicule les évènements qu'on ne connait pas, mais dont on parle de plus on plus. La tâche la plus difficile pour un journaliste c'est de faire la discriminaton, entre l'illusionisme, la mystification et la réalité.
  On peut plaîsanter agréablement avec facilité, voir avec verve, mais il serait peut-être aussi utile d’encourager les témoignages sincères afin de rense1gner les lecteurs correctement sur un déroulement de faits qui n'ont rien d’assez attendrissant pour être comparé aux etoiles d’amour; et qui méritent une sérieuse attention.
Dans sa fugacité et le silence, ce phénomène ne pouvait être aperçu que par hasard, exactement comme on gagne à la loterie nationale. (Ce qui ne m’est encore jamais arrivé). Ici, on pourrait facilement augmenter les chances en mettant sur pied des groupement d'observateurs compétents et perspicaces.
  C’était l'heure de la relève à la Sucrerie d’Attigny, le poste de nuit était en route. Parmi celui-ci, j'ai trouvé des témoins qui ont eté émerveillés par cette belle cométe.
Note: Ce lecteur ne s'est donc manifesté qu'après la parution des photos. Il ne relève pas que le témoignage du photographe ne s'accorde pas avec son observation, mais il ne parle pas de soucoupe, mais d'un phénomène céleste qu'il qualifie de bolide, et d'autres de comète.
Ce qui est remarquable, c'est qu'il préconise une surveillance du ciel par des groupements d'observateurs. C'est que feront les ufologues 20 ans plus tard en organisant des"soirées d'observation" (en espérant observer des OVNIs), et ce que fera le réseau FRIPON, soixante ans plus tard, pour enregistrer les bolides.

  (L'ARDENNAIS, 23 octobre 1954)

Viennent ensuite 27 ans de silence, avant que l'affaire ne soit retrouvée à l'échelon régional.

De nombreux auteurs ont voulu rapporter dans un livre, les observations d'OVNI faites dans leur région.
C'est le cas de Jean-Michel Ligeron, qui, bien que plutôt porté vers les sciences naturelles, a publié en 1981, O.V.N.I. en Ardennes, avec en sous-titre: "10 ans d'enquête sur les Soucoupes Volantes". Il y publie, tant ses propres enquêtes, que des copies d'articles de journaux.
Pour les cas de 1954, il y a très peu d'enquêtes, mais il y a une recension de la presse locale. Nous retrouvons alors les cas du 16 octobre, avec des photocopies d'assez bonne qualité des articles de L'ARDENNAIS du 19 et du 23 octobre, vus plus haut.
Il n'y a malheureusement pas d'analyse des observations mentionnées, et surtout des photographies prises à Sedan, mais l'auteur se laisse tout de même aller à annoter les deux photos de L'ARDENNAIS du 19 octobre.

Il s'agit de bien faire comprendre au lecteur non prévenu que l'OVNI est le plus gros des deux objets, et donc bien plus lumineux que la lune.

Mais voila que, 43 ans après les faits, Jean Sider, qui n'a pas étudié les photos, ni vérifié la position de la lune, ni même enquété sur la mémorable poursuite de la voiture de Mme Nelly Mansart le 3 octobre 1954, utilise les photos de Sedan pour prouver, sur la base du témoignage d'une enfant de trois ans, que la "soucoupe" qui sembla accompagner la voiture de Mme Mansart ce soir là, était bien une soucoupe, et pas la lune.

  Voici un abus particulièrement hors du commun. Il s'agit du témoignage de plusieurs adultes expliqué par B & B, tenez-vous bien, grâce à la "lucidité d‘une fillette de trois ans !
...
lls préfèrent de loin se fier à Radar, hebdomadaire parisien qu'ils accusent d'exagération dans d'autres pages ! Car Radar, dont ils exploitent le reportage dans le sens de leurs idées réductrices, divulgue l'"extraordinaire" témoignage d'une fillette de trois ans, Nadège Mansart, dont la maman, Mme Nelly Mansart, fit une observation sensiblement identique a celle de Mr. Galland et de sa famille, mais dans un autre secteur de la même région. La fillette, interrogée par un reporter parisien, aurait répondu "J'ai vu la grosse lune". B & B s'engouffrent dans la brèche pour triompher et clamer que Mme Mansart, tout comme la famille Galland, sans compter les autres passagers des deux véhicules tous identifiés dans les journaux locaux, n'avaient observé que notre satellite ! Incroyable mais vrai. Une gamine de trois ans auraient identifié la cause d'un phénomène qui déboussola sa mère ainsi que d’autres personnes avec qui elle ne se trouvait même pas !
Note: B & B, ce sont Gérard Barthel et Jacques Brucker, auteurs de La Grande Peur Martienne. Jean Sider prétend leur donner des leçons en faisant la même erreur qu'eux. Nadège Mansart n'a jamais été interrogée par des reporters parisiens, et c'est sur la base des bulletins du GNEOVNI (qui citaient Le Courrier Picard), que Barthel et Brucker affirment que c'était la lune, et non sur l'avis de la fillette de 3 ans.
  B & B, qui n‘y connaissent rien en psychologie enfantine, n‘ont pas compris que la fillette voulait parler d'une source lumineuse plus grosse que la Lune, car son univers conceptuel et son vocabulaire sont trop limités pour se faire comprendre de gens bornés, qui plus est : mal intentionnés!
Note: Si la fillette de trois ans a cru reconnaitre la lune, mais plus grosse, dans la direction de la lune, c'est tout simplement qu'elle a vu la lune, qui, par une illusion archi-clasique, paraissait plus grosse près de l'horizon. Mais, pour Jean Sider, tous ceux qui ne sont pas d'accord avec lui sont des gens bornés et mal intentionnés.
2 - Dans L‘Ardennais du 19 octobre 1954, page 1, parurent deux photos qui expliquent fort bien la "grosse lune" de Nadège Mansart. (D.0. 18).
(Jean Sider, LE DOSSIER 1954 ET L'IMPOSTURE RATIONALISTE, Ramuel 1997, page 54)
Dans ce "D.O.", c'est à dire le Cahier Iconographique, Jean Sider donne, à la page 18, une reproduction de l'article du journal L'ARDENNAIS vu plus haut. Puis il commente:
La "grosse lune" de Nadège Mansart (3 ans à l'époque), épinglée sur pellicule en flagrant délit de vagabondage en compagnie de notre bonne vieille Séléné...
Seuls les individus animés par le désir de nuire veulent penser qu'une enfant de trois ans peut être plus intelligente et plus lucide que sa mère...
Note: Ces deux photos montrent chacune deux objets, dont l'un est prétendument la lune, et l'autre une "soucoupe". Pour Jean Sider, le fait que la prétendue soucoupe paraisse plus grosse, prouve que c'est bien une soucoupe que Nadège Mansart a vu, puisqu'elle paraissait plus grosse que la lune. Mais, non seulement c'est un classique paralogisme, mais il veut oublier que, ni Nadège Mansart, ni sa mère, n'ont vu deux objets, et que par conséquent, son explication tombe à l'eau. Surtout, nous allons voir que ces deux photos ne montrent jamais que la lune surexposée, et son reflet dans l'objectif. Zéro pointé pour Jean Sider.
Quant à sa deuxième affirmation, ce n'est rien que de la hargne anti-rationaliste, qui ne fait pas honneur à son auteur.

(Jean Sider, LE DOSSIER 1954 ET L'IMPOSTURE RATIONALISTE, CAHIER ICONOGRAPHIQUE, Ramuel 1997, page 18)

Sautons encore 5 ans. Eric Maillot, qui a lu le livre de Jean-Michel Ligeron, regrette que celui ci n'ait pas évoqué les explications possibles pour chaque cas.
Il mentionne donc, un court résumé suivi d'une explication idoine:

  16 octobre 1954, 21h 15, Tout le département.
Ph: Disque rouge-orangé, 5xPL, allant très rapidement est vers ouest. Durée 30s maxi.
Id: Météore,bolide, des Taurides probables (radian à l'Est).

(Eric Maillot, EXAMEN CRITIQUE DES CAS CITES DANS « OVNI EN ARDENNES », LES MYSTÈRES DE L'EST n° 7, 2002, p. 52)

Enfin, à l'occasion de ses 40 ans, le CNEGU (Comité Nord-Est des groupes ufologiques), publie OVNI SUR LE GRAND EST, où sont présentées 40 ans de ses recherches. Un dossier est consacré aux photos de Sedan.

C'est encore Eric Maillot, qui, cette fois, s'attaque de façon précise aux deux photos de Sedan, et n'est pas tendre pour le photographe
Il commence par montrer les deux photos, telles qu'elle figurent dans le livre de Ligeron, mentionne l'article de L'ARDENNAIS du 19, celui de L'EST RÉPUBLICAIN, et même celui de L'ARDENNAIS du 23, qui conforte l'objet lumineux (c'est à dire le bolide), mais pas les photos. Puis il mentionne l'opinion d'Aimé Michel qui trouve dans ce "test du météore" une preuve de la compétence des témoins (preuve illusoire, mais ceci est une autre histoire). Il continue alors.

  Aurions-nous finalement deux photos non pas d'une soucoupe mais simplement de ce superbe bolide dont on ne peut douter de l’existence ? Et bien non ! Tout n'est pas aussi simple.
A bien regarder l'aspect du "bolide" et de la " Lune " sur les images de presse, une impossibilité saute rapidement aux yeux de quiconque a déjà pris des photos en pause d'une lumière mobile : il devrait y avoir une traînée de bougé du bolide puisqu'il s'est déplacé rapidement sur le fond de ciel durant les une ou deux secondes de pose. Ici rien de tel alors qu'un météore de ce genre traverse le ciel, d'un horizon à l'autre, souvent en moins d'une dizaine de secondes (une minute est un maximum possible mais rarissime).
Imaginons tout de même que le photographe ait miraculeusement (sur deux clichés !) suivi et parfaitement compensé le mouvement du bolide dans le ciel. Si tel avait été le cas, c'est la Lune qui aurait alors laissé une traînée de bougé causée par l'appareil. Il est donc impossible que ce jeune homme ait photographié le bolide de 21h30 ou un autre vers 22h00.

Aurait-il bien pris en photo une vraie soucoupe vers 22 h ? Si tel est le cas, la soucoupe devait être parfaitement immobile pour les raisons déjà exposées ci-dessus. Pourtant le photographe ne le dit pas. Et même s'il le disait ... ce serait impossible ! Pourquoi ? Simplement parce les clichés montrent que ni la petite lueur (censée être la Lune) ni la grosse (censée être la soucoupe) ne sont à la même position dans le cadrage, ni à la même distance l'une de l'autre. Comme l'appareil Semflex ne possédait pas de zoom, il est exclu que l'écart entre les deux objets soit un pur effet de grossissement optique. Et vu que la Lune ne se déplace pas suffisamment sur le fond de ciel en quelques secondes pour justifier cet écart (N fois la taille de la prétendue Lune soit N/2°), nous sommes face à une nouvelle impossibilité avec cette soucoupe lumineuse alléguée.
Résumons, ce ne peut pas être le bolide du 16 octobre 1954 vers 21h30, ce ne peut pas être une soucoupe ni fixe ni même mobile. Mais qu'est-ce donc ?

Simplement un banal canular d'un jeune expert photographe qui a senti l'opportunité de bien rigoler avec ses copains de la crédulité des journalistes. Aucun trucage selon la presse. C’est exact, les photos visaient uniquement la Lune et pas un quelconque ovni qui passerait dans le ciel ! La preuve ? Vu qu'il n'y a aucun bougé (trace lumineuse) associé aux deux "luminaires" visibles, nous sommes certains que l'appareil était posé de manière stable sur un trépied (ou calé contre un mur) pour les deux prises de vue. Détail qui invite à douter que le photographe se soit prestement saisi de l’appareil photo…

Nous sommes aussi quasiment certains (absence de trace lumineuse visible) que les objets n’étaient pas visuellement mobiles durant la pose.
La Lune gibbeuse, en phase PL>DQ (74%), était bien présente ce soir-là (hauteur 10° à l’est-nord-est) et fortement lumineuse (magnitude -11). Lors de la pause de deux secondes, elle a saturé la pellicule et créé la grosse tache lumineuse englobée dans un halo.
Si cette dernière est la Lune alors qu'est donc la petite tache ? Juste un reflet optique virtuel, nommé aussi "reflet fantôme" ou lensflare, de la Lune, seul objet réel. Ce reflet change de position dès que l'on change le cadrage de la source lumineuse qui le génère, ici la Lune. Il reste toujours symétrique au centre optique de la lentille de l'objectif.
Donc, si nous avions eu les tirages originaux au format 6x6 (image de 56×56 mm) nous aurions pu vous le prouver aisément. Mais elles ont été publiées dans la presse avec un recadrage et ont aussi été agrandies ! De ce fait, on ne peut même pas exclure qu’un lampadaire, éliminé lors du recadrage de l’image, ait créé ce reflet… Un reflet fantôme est ici d’autant plus probable que le « Semflex 3,5 » est connu des collectionneurs actuels pour créer facilement du « flare » en situation de contre-jour ou de surexposition.
...
Je me suis permis de simplifier mon propos sur ces prises de vues afin d'être compris d'un maximum de lecteurs. En toute rigueur, la démonstration serait complexe ...
... pour aboutir à la même conclusion.
Note: Nous allons justement développer un peu... pour aboutir à la même conclusion
(Eric Maillot, Les photos d'un ovni fantôme », OVNI SUR LE GRAND EST, 2018, document 10)

ANALYSE

Pour les journalistes, les photographies, qui sont authentiques et sans montage, accréditent le phénomène. Nous allons voir qu'en fait, comme l'a montré Eric Maillot, c'est le phénomène qui discrédite les photographies... et le photographe.

D'abord, il est bizarre que notre photographe "prenait le frais" un 16 octobre, vers 22 H. La température ne devait pas être si oppressante que le soir, il ait du ouvrir la fenêtre. Mais voila, pour prendre ses photos, il avait besoin que la fenêtre soit ouverte. Et comme il ne pouvait pas dire qu'il s'attendait à faire sa photo, il fallait bien qu'il trouve autre chose.


la flèche indique la direction de la lune, pas le lieu de prise de vue
Puisque, à en croire le photographe, la lune était dans le champ de l'appareil, elle nous donne une indication sur l'orientation de la prise de vue.
Ce 16 octobre à Sedan et à 22 h, la lune est dans un azimut d'environ 65°, c'est à dire à l'Est-Nord-Est, à une hauteur sur l'horizon d'environ 10°. Dans la rue Jean Jaurès, à Sedan, il y a effectivement des immeubles, sur le coté ouest, d'où on pouvait la voir, et qui font face à l'Est-Sud-Est. Notre photographe a donc bien pu voir et photographier la lune.
Le diamètre apparent de la lune, pour ce jour et cette heure, est de 32.44'
Le Semflex est un réflex 6x6, à deux objectifs superposés, avec une focale de 75 mm. La lune fait donc une tache de .7 mm sur le film, soit 1/85 du champ.
Sur les images vues plus haut, ceci ne ferait que 5 malheureux pixels sur l'écran. Or la plus petite des taches est au moins trois fois plus large, ce qui permet de comprendre que les images ont été largement recadrées pour en extraire la partie la plus intéressante, ce qui est d'ailleurs tout à fait normal.

Pour ce qui est de la "soucoupe", c'est une toute autre histoire. Nous savons que ce soir là, un bolide fut visible vers 21 h 30, dans le quart Nord-est de la France. Mais voila, Les témoins s'accordent à lui trouver une durée de visibilité de quelques secondes, cinq secondes pour certains, et une trajectoire d'Est en Ouest. Un témoin qui, ayant découvert le bolide, aurait pris son appareil pour le photographier, n'aurait plus eu qu'une ou deux secondes pour agir, alors que le bolide se trouvait du coté de l'Ouest. Malheureusement, c'est de l'autre coté. De la fenètre où l'on voyait la lune, le bolide n'était plus visible.
Ce n'est pas tout. Après avoir pris son appareil, le témoin a encore eu le temps de faire une pose d'une seconde, de changer le temps de pose, de dérouler le film, puis de faire une pose de deux secondes, tout ceci pour un bolide qui n'était visible que quelques secondes, et n'était même plus dans son champ de vision.
Il y a plus: un bolide qui a parcouru une grande partie du ciel en quelques secondes, devait avoir une vitesse apparente de l'ordre d'une dizaine de degrés d'arc par seconde. Il aurait donc du laisser une longue trace sur les photos, posés une et deux secondes. Or les photos ne montrent aucun bougé.
Force est de conclure que notre photographe ne pouvait pas photographier le bolide, et que ce qu'il a photographié n'était pas le bolide.


Seulement, la plus petite de ces taches est-elle vraiment la lune? On peut en douter quand on pense au temps de pose: 1 s à f/3.5, et même 2 s!. Nous allons voir que c'est terriblement surexposé.

On cherche d'ailleurs en vain les traces de cette fameuse pellicule "Per Omnia" 23. En fait, il s'agit probablement de la pellicule "P33 Ferrania 23 Din", qui avait une sensibilité de 160 ASA. Ceci va nous permettre de calculer le temps de pose qui aurait été nécessaire.

La lune est un objet assez sombre, comparable à une piste cendrée. Mais elle est elle même éclairée en plein soleil, en sorte que sa luminosité est celle d'un sol clair, éclairé par un soleil voilé. Ceux qui se souviennent des notices d'utilisation des pellicules du temps de la photo argentique, voient bien qu'au soleil voilé, on est très loin d'une pose aussi longue.

Pour une sensibilité de 100 ASA, les notices d'utilisation des pellicules conseillait, pour un soleil voilé, un temps de pose de 1/125 à f/11, ce qui correspond à 1/1000 à f/4. On peut alors calculer que pour 160 ASA à f/3.5, C'est 1/2000 s qu'il faut, du moins pour photographier la pleine lune.
Mais l'éclat de la lune en quartier est 10 fois moindre, pour une surface lumineuse réduite de moitié, et donc une luminance 5 fois moindre. Quelques essais de photos avec la même phase de la lune, montrent que, pour 160 ASA et f/3.5, c'est bien 1/400 s qu'il eut fallu.
Nous avons reconstitué à droite ca qu'aurait du être le cliché, supposé recadré et agrandi 3 fois, avec une exposition correcte.
Avec une pose de 1 s, la photo est donc surexposée 400 fois, et 800 fois avec une pose de 2 s. Non seulement l'image n'est plus qu'une large tache de diffusion de la lumière dans la gélatine, mais le reflet dans l'objectif, le "lens flare", habituellement discret pour la lune, doit devenir visible. Nous devons avoir ainsi deux taches de lumière: Une large, correspondant à la tache de diffusion de la lune, et une plus petite correspondant au reflet.

Et c'est bien ce qu'on observe sur les photos publiées par l'Ardennais! La prétendue photo de la soucoupe n'est donc que celle de la lune, et la prétendue photo de la lune n'est probablement que celle de son reflet.

Maintenant, le photographe pouvait il l'ignorer? Il savait bien qu'il n'avait pas photographié le bolide. Au mieux, il aurait pu voir le début du phénomène, mais celui ci aurait disparu avant qu'il ne puisse en prendre une photo.
D'autre part, s'il était vraiment lauréat d'un concours de photographie, il ne pouvait pas ignorer que sa photographie de la lune serait très largement surexposée, avec apparition du reflet.
De plus, ses photographies, sans trace de bougé, n'ont pas du ètre prise à la volée, mais l'appareil calé contre un bord de la fenètre, ou posé sur un pied.
Il est également douteux qu'il n'ait rien su de l'observation du bolide, alors que beaucoup de gens devaient en parler dès le lendemain.
C'est donc en toute connaissance de cause qu'il est allé apporter aux journalistes deux clichés censés montrer à la fois la lune et la soucoupe, et qu'il leur a raconté une belle histoire pour expliquer qu'il ait réussi à les photographier ensemble. Ces photographies étaient effectivement authentiques et sans montage, c'est vrai. Les journalistes n'y ont vu que du feu, ont gobé l'histoire des deux autres témoins, dont on n'a curieusement pas connu la version, n'ont pas demandé son avis à un photographe professionnel, ni à un astronome amateur, ont recopié de travers le nom de la pellicule, et en avant pour une magnifique preuve de l'existence de la soucoupe sedanaise.

L'ignorance de ces braves journalistes ne leur fait pas honneur, et n'est d'ailleurs que trop fréquente. Mais le comble c'est qu'on ait pu utiliser ensuite cette photo 100% bidon pour prouver que la prétendue soucoupe qui inquiéta tant Mme Nelly Mansart sur la route d'Hérissart à Amiens, était bien une soucoupe, et pas la lune.

Il est également curieux qu'il ait fallu attendre 64 ans pour que ces photos soient démystifiées. En effet, au 2 décembre 2016, le site de Patrick Gross mentionnait encore:

Explications:

Le météore du 16 octobre 1954 à 21:30.

Note: bien sûr, une fois les conclusions d'Eric Maillot publiées, Patrick Gross a précisé:
Le météore du 16 octobre 1954 à 21:30 pour les observations visuelles, et tromperie du photographe.
en expliquant qu'il lui était impossible de tenir son catalogue à jour en temps réel, et on le comprend.

Car l'explication par le météore était exacte pour toutes les observations de phénomène lumineux en déplacement rapide, vers cette heure là, mais pas pour les photos.
Mais il faut remarquer que 2018, c'est l'année de la publication de la démystification, et pas de la découverte de la supercherie. Cette supercherie n'attendait jamais qu'une analyse soigneuse, et cette analyse n'attendais qu'une mise en catalogue.
De fait, c'est à l'occasion d'une mise à jour du catalogue de Vicente-Juan Ballester Olmos, qu'Eric Maillot a analysé ces photos... en 2004, soit 14 ans avant la publication de leur analyse.
Alors, amis ufologues qui conservez encore quelque espoir que telle ou telle photo soit celle d'un objet authentiquement non identifiable, méfiez vous! Cette photo est peut être déjà démystifiée sans que vous le sachiez.

Accueil Paranormal OVNI Ufologie Photos Photos trompeuses
Dernière mise à jour: 05/11/2021