1993 Richard Nolane sauve les Magoniens d'Agobard


Nolane
Richard D. Nolane
Richard D. Nolane (Olivier Raynaud pour l'état-civil), né en 1955, est un écrivain, et scénariste de bande dessinée, dont l'oeuvre se situent essentiellement dans les domaines de la science-fiction, du fantastique et du paranormal.
Selon Wikipédia, il a commencé à publier en 1973 dans la revue Horizons du fantastique et est l'auteur d'une trentaine de nouvelles et d'une soixantaine de livres et d'une soixantaine d'albums de bande dessinée. Auteur de quarante-trois des romans de la série d'heroic fantasy Blade, Voyageur de l'Infini sous le pseudonyme collectif de Jeffrey Lord entre 1983 et 1996, il a dirigé la collection « Aventures Fantastiques » entre 1985 et 1987 aux éditions Garancière. Il a également réuni de nombreuses anthologies de science-fiction et de fantastique dont deux directement pour l'éditeur américain Daw Books. Parallèlement, il a été corédacteur en chef des revues Spirale (science-fiction et fantastique) et Thriller (fantastique et romans policiers modernes).
Intéressé par le coté fantastique des OVNI, il a publié en 1993 Autrefois les extraterrestres, avant de continuer sur quelques autres sujets ufologiques archétypaux. Mais nous allons voir que dans ce livre, il a tendance à privilégier la fiction sur l'information objective.


AGOBARD ET LES MAGONIENS
(LES VAISSEAUX DES NUAGES - I)

  Le IXe siècle va nous fournir un autre texte important sous la forme d’un petit traité intitulé De grandine et tonitruis (« Sur la grêle et le tonnerre»), œuvre d’Agobard, évêque de Lyon entre 814 et 840 (sauf une interruption de deux ans due à ses positions politiques).
  Né vers 779 près de Narbonne, Agobard arrive à Lyon vers 799. Il est ordonné prêtre en 804 et succède en 814 à l’évêque Leirade. Politiquement très engagé, il fut également l’auteur de vingt-deux livres au contenu très éclectique et son style en fait l’un des écrivains les plus brillants de son temps, ceci en dépit d’un antisémitisme militant. Il mourut en 840 et bien que n’ayant pas été canonisé, il est encore considéré comme un saint dans la région.
Grand pourfendeur de ce qu’il considérait comme des superstitions, Agobard peut être considéré comme l‘ancêtre de nos adversaires professionnels des OVNI. Cependant, et contrairement à ces derniers, Agobard apporte des éléments extrêmement intéressants au dossier et le nourrit, bien involontairement, de manière positive.
  Dans De grandine et tonitruis, il s’insurge contre l’antique superstition des « faiseurs de temps» (tempestarii) mais en insistant sur les relations que ceux-ci semblent avoir nouées à son époque avec les équipages de mystérieux vaisseaux aériens.
  Cette histoire, diversement rapportée (et quelquefois avec des erreurs grossières) dans plusieurs livres sur les OVNI, a fait récemment l‘objet d‘un essai pertinent de Henri Platelle dans Apparitions et Miracles, l’édition 1991 de Problèmes d’histoire des religions, une publication annuelle de l’université de Bruxelles dirigée par Alain Dierkens. Bien que les conclusions de Henri Platelle soient radicalement opposées à celles des ufologues, son essai mérite d’être lu avec attention et propose des passages de De grandine et tonitruis restés jusque-là inconnus du grand public.

Les tempestarii

  Voici les premières lignes du court traité d’Agobard, qui vont droit au cœur du problème:
Dans cette région presque tout le monde, noble ou non, citadins ou paysans, jeunes et vieux, pense que la grêle et le tonnerre peuvent être provoqués arbitrairement par des hommes. Dès que les gens entendent le tonnerre et voient des éclairs, ils disent aura levatitia est (l'air est possédé par le mouvement) et quand on les interroge sur le sens de cette formule, ils déclarent, les uns avec honte et quelque scrupule de conscience, les autres avec l’assurance habituelle aux ignorants, que l’air est soulevé par les sortilèges des hommes et qu’ainsi on peut parler d'aura levaritia.
  Les hommes en question sont bien entendu considérés comme des sorciers. Mais il en existe deux sortes: des maléfiques qui créent les tempêtes et des bénéfiques qui seraient capables, grâce à des contre-charmes, d’empêcher ces catastrophes météorologiques. (Le physicien François Arago écrit dans un de ses livres qu’un des moyens de repousser les témpêtes consistait à planter des mâts dans les champs auxquels on fixait des parchemins couverts de formules magiques.)
  Mais les services des « bons » tempestarii ne sont pas gratuits et Agobard dénonce le comportement des gens qui préfèrent leur céder une part de leur récolte plutôt que de s’acquitter de la dîme envers les prêtres. On remarquera ici que, en fin de compte, les seuls tempestarii dont l’existence semble attestée sont les « bons » puisqu’on leur verse de l’argent. Celle des « mauvais » n’est que soupçonnée...
  Mais, contrairement à ceux des siècles précédents, les « faiseurs de temps » vilipendés par Agobard ont, semble-t-il, des façons d’agir très particulières. Elles sont exposées dans un autre passage, le plus connu du traité de l’évêque de Lyon.

Intervention des Magoniens

« Nous avons vu et entendu beaucoup de gens assez fous et assez insensés pour croire et affirmer qu‘il existe une certaine région, qu‘ils appellent la Magonie, d'où sortent des vaisseaux qui voguent sur les nuages; ces vaisseaux emportent dans cette région les fruits tombés à cause de la grêle et détruits par la tempête, après que le prix du blé et des fruits eut été payé aux tempestarii par les navigateurs aériens qui les avaient reçus. Nous avons même vu plusieurs de ces fous qui, croyant à la réalité de choses si absurdes, exhibèrent, devant la foule, quatre personnes enchaînées, trois hommes et une femme, qui, prétendaient-ils, étaient tombés de ces vaisseaux. Après les avoir gardés quelques jours en captivité, ils les avaient amenés devant moi, suivis par la foule, afin qu’ils soient lapidés. Après de longues palabres, la vérité ayant fini par prévaloir, ceux qui les avaient montrés au peuple se retrouvèrent, comme le dit le prophète, dans le même état de confusion qu’un voleur pris en flagrant délit.»
(Jérémie II, 26.)
  Jacques Vallée, dans Autres Dimensions, ajoute un détail d‘importance qu'il a relevé dans l'Hisroire littéraire de la France de J.-J. Ampère: on pensait que les tempestarii vendaient également des animaux morts dans les tempêtes et les crues aux mystérieux acheteurs venus du ciel.
  Une fois de plus, le présent va venir à la rescousse du passé pour lui apporter une certaine crédibilité. Pour qui connaît le comportement des occupants d’OVNI modernes, ces histoires de navigateurs aériens qui viennent chercher des plantes et des animaux sonnent familièrement à nos oreilles d‘hommes du XXe siècle.
  Bien sûr, on n'a toujours pas compris pourquoi tant « d’ufonautes » ont été vus en train de ramasser des herbes, des légumes ou de capturer des animaux pour les emporter avec eux (la thèse d’une collecte d'échantillons par des explorateurs venus de l’espace étendue sur des dizaines d’années ne tient pas debout) mais le fait est là: au IXe siècle, des gens racontent quasiment la même chose que nombre de témoins depuis la fin des années 1940.
  A cela, il faut aussi ajouter les diverses mentions de « vaisseaux aériens » rencontrées dans des textes plus anciens. Ces vaisseaux sont présentés comme différents des torches et autres boucliers ardents.
  Donc, lorsque Henri Platelle écrit que « c‘est là un beau témoignage sur la force d‘illusion collective que suscite un temps de panique », il va peut-être un peu vite en besogne.
  Il rejoint ainsi la cohorte de détracteurs des OVNI qui nous resservent inlassablement, depuis bientôt un demi-siècle, la bonne vieille explication consistant à affirmer dédaigncusement que les OVNI sont une psychose collective née de la guerre froide ou encore une mode ranimée de temps à autre par les médias en mal de copie. Le problème, c’est que la fin du communisme et l’avènement de la glasnost ont révélé l’importance des observations d’OVNI dans les pays de l'Est et que les organismes d‘enquête de part le monde reçoivent toujours autant de rapports d’observations, que les journaux parlent des OVNI ou pas.
  Mais revenons à nos Magoniens dont le comportement commence à nous paraître familier.
  Il est dommage que Agobard n’ait pas cru bon de rapporter ce que lui ont dit les quatre personnes censées être « tombées » de vaisseaux aériens. Une chose est certaine, ils ne devaient pas différer en apparence des Lyonnais de l’époque sinon leur affaire aurait été vite entendue, intervention d’Agobard ou pas. On ne saura rien non plus sur les vaisseaux eux-mêmes.

Un occultiste se penche sur l’affaire des Magoniens

  L’abbé Montfaucon de Villars (1635-1695) publia en 1670 le Comte de Gabalis, ou entretiens sur les sciences secrètes, un ouvrage d’occultisme qui lui valut à la fois la vindicte de l'Inquisition qui le trouvait impie et celle des Rose-Croix qui l’accusaient de trahir certains de leurs secrets. Le comte de Gabalis qui figure dans le titre de l’ouvrage est fictif et relève de l’artifice littéraire.
  Dans le cinquième et dernier entretien, Montfaucon de Villars aborde, lui aussi, l'histoire des Magoniens qu’il nomme « Sylphes » et en qui il voit une race mortelle et aérienne, intermédiaire entre les hommes et les anges, ce que des auteurs de l’Antiquité tels que Plutarque (dans son De Superstitione) nommaient des démons. Bien que le Comte de Gabalis ne soit pas un livre à vocation historique, l'éclairage qu’il donne aux événements dénoncés par Agobard tend à montrer que Montfaucon de Villars a sans doute eu accès à d'autres sources que l'essai de l’évêque lyonnais. Probablement des sources d'origine rosicrucienne comme nous l’avons vu.
  Laissons donc la parole au pseudo-comte de Gabalis qui va nous expliquer le comportement des Sylphes/Magoniens en ce début du IX°siècle:
« Le fameux cabaliste Zedechias se mit dans l’esprit, sous le règne de votre Pépin, de convaincre le monde que les éléments sont habités par tous ces peuples dont je vous ai décrit la nature. L’expédient dont il s’avisa fut de conseiller aux Sylphes de se montrer en l’air à tout le monde; ils le firent avec magnificence; on voyait dans les airs ces créatures admirables à forme humaine, tantôt rangées en bataille, marchant en bon ordre, ou se tenant sous les armes, ou campés sous des pavillons superbes; tantôt sur des navires aériens d’une structure admirable, dont la flotte volante voguait au gré des zéphirs. »
  Donc, d’après Montfaucon de Villars, « l’épidémie » d‘observations a commencé bien avant le règne de Charlemagne puisque Pépin le Bref, dont il est évidemment question ici, est mort en 768. Lycosthènes rapporte que des « vaisseaux aériens avec des hommes à bord » auraient été vus, eux, au-dessus de l’Angleterre vers 746-748, ce qui paraît corroborer l’affirmation de Montfaucon de Villars que ce type d’observation s’étendait au-delà des frontiéres du royaume franc.
Note: Ces prétendus vaisseaux volants de 746-748 sont repris de La Chronique des O.V.N.I. de Michel Bougard, p. 58: "Lycosthenes, véritable mine pour le chercheur en quête d'ancien cas d'OVNI, nous apprend que vers 746-48, on vit à plusieurs reprises des « dragons » dans le ciel d'Angleterre, ainsi que des « vaisseaux aériens avec des hommes à bord ».. Alors que le même Bougard, venait de nous dire, à propos de Lycosthenes: "On ne peut guère attribuer de valeur à ces « témoignages »." (p. 55). Mais pour cette époque, Lycosthènes ne mentionne qu'une pluie de croix en 746, un seisme en 747, un autre en 752 ainsi qu'un bolide, le tout agrémenté de quelques épidémies de peste. Pas de dragons ni de vaisseaux volants. Bougard n'a donc pas lu Lycosthènes.
Mais selon les Annals of Ulster, ces vaisseaux aériens ont bien été observés en 748, Mais y vit on des hommes (viris) ou des voiles (velis)?. Si c'était des voiles, c'était probablement de simples nuages.
Quant aux sources, Bougard en mentionne 11, citées en vrac, et sans numéro de page, comme s'il ne voulait pas qu'on puisse vérifier facilement. C'est donc très laborieusement qu'on finit par découvrir que la source est ici Flying Saucers on the attack, de Harold Tom Wilkins, page 168, qui citait en vrac des dizaines d'observations de 220 BC, à 1150, comme si elles provenaient toutes de Lycosthènes. Bref, Nolane n'a pas vérifié son information qui, s'il n'y avait pas d'hommes à bord des navires, ne corrobore plus rien du tout. Il eut d'ailleurs été bien étonnant qu'une observation réelle vienne corroborer une histoire de pure fiction.

Mais voyons la suite:

« Qu’arriva-t-il? Pensez-vous que ce siècle ignorant s’avisa de raisonner sur la nature de ces spectacles merveilleux? Le peuple crut d’abord que c’étaient des sorciers qui s’étaient emparés de l’air pour y exciter des orages et pour faire gréler sur les moissons. Les savants, théologiens et jurisconsultes furent bientét de l’avis du peuple : les empereurs le crurent aussi; et cette ridicule chimere alla si avant que le sage Charlemagne, et apres lui Louis le Debonnaire [dit aussi le Pieux, NdA] imposérent de graves peines à tous ces prétendus tyrans de l’air. Voyez cela dans le premier chapitre des Capitulaires de ces deux empereurs. »
  On le voit, Montfaucon de Villars, par l'entremise de son fictif comte dc Gabalis, s’insurge tout autant qu’Agobard (mais pour des raisons différentes) contre le rapprochement fait entre la race aérienne des Sylphes et les « faiseurs de temps ». Ajoutons que dans le capitulaire d’Aix-la-Chapelle dc 789, il est en effet question d’amendes contre les tempestarii.
« Les Sylphes, voyant le peuple, les pédants et les tétes couronnées même se gendarmer ainsi contre eux, résolurent, pour faire perdre cette mauvaise opinion qu’on avait de leur flotte innocente, d’enlever des hommes de toutes parts, de leur faire voir leurs belles femmes, leur république et leur gouvernement, et puis les remettre a terre en divers endroits du monde. lls le firent comme ils l’avaient projeté. Le peuple, qui voyait descendre ces hommes, y accourait de tomes parts, prévenu que c’était des sorciers qui se détachaient de leurs compagnons pour venir jeter des venins sur les fruits et dans les fontaines, et suivant la fureur qu’inspirerent de telles imaginations, entrainaient ces innocents an supplice. Il est incroyable quel grand nombre il en fit périr par l’eau et le feu dans tout ce royaume. »
  A en croire Montfaucon de Villars, nous avons là la premiére histoire de « contactés » au sens de l’ufologie moderne. Des personnes qui subissent unc expérience finalement assez proche dc celles des hommes partant, eux, volontairement chez les dieux venus du ciel tels qu’on a pu en voir dans certaines traditions bien plus anciennes.
« Il arriva qu’un jour, entre autres, on vit à Lyon descendre de ces navires aériens trois hommes et une femme; toute la ville s’assemble autour, crie qu’ils sont magiciens et que Grimoald, duc de Bénévent, ennemi de Charlemagne. les envoie pour perdre les moissons des Francais. Les quatre innocents ont beau dire pour leur justification qu’ils sont du pays meme, qu’ils ont été enlevés depuis peu par des hommes miraculeux qui leur ont fait voir des merveilles inouïes et les ont priés d’en faire le récit, le peuple entété n’écoute point leur défense, et il allait les jeter dans le feu quand le bonhomme Agobard, évéque de Lyon, qui avait acquis beaucoup d’autorité étant moine dans cette ville, accourut au bruit et, ayant ouï l’accusation du peuple et la défense des accusés, prononca gravement que l’une et l’autre étaient fausses. Qu’il n’était pas vrai que ces hommes fussent descendus de l’air, et que ce qu'ils disaient y avoir vu était impossible.
  Le peuple crut plus a ce que disait son bon pere Agobard qu’a ses propres yeux, s’apaisa, donna la liberté aux quatre ambassadeurs des Sylphes et requt avec admiration le livre qu'Agobard écrivit pour confirmer la sentence qu’il avait donnée [De grandine ex tonitruis. NdA]; ainsi le témoignage de ces quatre témoins fut rendu vain. »
  On voit donc que les versions d’Agobard et de Montfaucon de Villars different sensiblement. Chez l’évéque lyonnais ce sont des prétendus Magoniens qui ont été capturés alors que chez l’auteur du Comte de Gabalis, ce serait des « contactés ». ll est évidemment impossible de savoir lequel des deux raconte la vérité pour ce qui est de la nature exacte des quatre prisonniers. Mais l’événement en lui-méme a été suffisamment marquant pour traverser les siécles en dépit des dénonciations de superstition proférées par Agobard.
  Le thème des vaisseaux des nuages et de leurs énigmatiques équipages connaitra encore des rebondissements jusqu’à la fin du XIXe siècle, qui feront d’ailleurs l’objet de deux prochains chapitres. Il faut donc considérer l’épisode de Lyon (qui selon des indications dans l’essai d’Agobard a du se produire vers 815 environ) par rapport a un ensemble d’observations possédant une cohérence interne, en dépit de quelques differences de détail et des siécles qui séparent certains des témoignages, mais qui parait étre une extension particuliére du phénoméne OVNI, sur laquelle je reviendrai plus tard.

L’argumentation d’Agobard

  La thèse de l’evêque de Lyon repose sur deux raisonnements bien distincts.
  En homme intelligent et de bon sens, il sait que l’histoire des « faiseurs de temps », bons ou mauvais, n’est qu’une vulgaire superstition et que, par example, les tempestarii bienfaisants n’ont rien pu faire (en dépit des paiements qu’ils ont certainement reçus) pour mettre un terme A la grande et terrible sécheresse qui avait ravagé le pays peu de temps avant l’épisode de Lyon.
  Mais ce qui l’ulcére le plus c’est qu’on attribue aux tempestarii des pouvoirs qui n’appartiennent qu’a Dieu. « Toute personne enlevant à Dieu ses oeuvres admirables et terribles pour les attribuer à l’Homme est un faux témoin contre Dieu lui-méme », écrit-il. Et cela concerne bien évidemment aussi les gens qui croient que des navigateurs traversent le ciel sur des vaisseaux. D’ailleurs, les quatre personnes capturées à Lyon ne sont pas jugées par un tribunal civil (le mallus comtal) mais par un synode paroissial réservé aux infractions publiques a la discipline ecclesiastique. Ce n’est pas mentionné dans le texte mais Henri Platelle le démontre par quelques arguments solides.
  On voit ici la difference d’approche d’un chrétien pur et dur par rapport a un naturaliste romain tel que Pline l’Ancien pour qui ce genre d’argument n’aurait pas tenu debout. Et on peut parier que les deux hommes étaient aussi cultivés l’un que l’autre.
  Mais Pline l’Ancien se contente d’observer les mystéres du ciel alors qu’Agobard essaie de les confronter à un « systéme » dans lequel il ne leur accorde aucune place sinon celle de vulgaires superstitions. Les rationalistes anti-OVNl modernes n’agissent pas différemment, sauf que chez eux Dieu a été remplacé par une autre divinité ayant tout autant de mal à accepter la contradiction: la Science Officielle.
  Cependant, comme je le disais au début de ce chapitre, le texte d’Agobard devient riche d’enseignements dés qu’on l’insére dans l’histoire connue du phénoméne OVNI.

Un précurseur

  L’évêque est en effet le premier à parler d’« occupants » au sens moderne du terme et en leur attribuant un comportement quelque peu absurde au premier abord pour qui ne connaît pas les méandres de l’ufologie. Pourquoi, en effet, les Magoniens se montrent-ils si ostensiblement pour venir chercher « les fruits de la terre »? Ne se comportent-ils pas comme tous ces ufonautes qui s’ingénient à se faire remarquer par un ou plusieurs témoins pour ramasser une poignée d’herbe ou pour emporter un petit animal domestique?
Note: Agobard dit simplement qu'on avait prétendu que les quatre prisonniers étaient des occupants, mais il ne dit pas que les magoniens se montraient ostensiblement. Au contraire, le ton de son récit laisse entendre que, de même qu'on n'avait jamais vu un tempestaire en action, on n'avait jamais vu non plus ces fameux magoniens .
Les tempestarii maléfiques étant, on l’a vu, une superstition sans fondement remontant a l’Antiquité pour expliquer les ravages occasionnés par la gréle et le tonnerre, on peut se demander si son association subite avec les agissements d’une race aérienne n’est pas née d’une « vague » d’observations d'énigmatiques et inquiétants vaisseaux des nuages. En tout cas, c’est ce que Montfaucon de Villars semble suggérer.
Note: La Magonie n'était qu'une croyance lyonnaise, et nous avons vu que les prétendus observations de l'époque ne réduisent à une observation irlandaise.
  Agobard est également le premier à presenter une enquête sur un contact entre l’Homme et une race aérienne. Que les quatre prisonniers soient des Magoniens ou, comme le prétend Montfaucon dc Villars, des sortes de « contactés », ne change rien au fond de l’affaire.
  Enfin, mais sur un plan plus accessoire, le De grandine et tonitruis peut étre considéré comme ancétre des rapports Condon et autres...


SOURCE: Richard D. Nolane, Autrefois les Extraterrestres, Mythes et réalités, Vaugirard, 1993, p. 196-206

Remarques:

Tout au long de ce chapitre, il est clair que l'auteur préfère se fier à Montfaucon de Villars, auteur, comme lui, d'une fiction fantastique, plutôt qu'à Agobard, évêque rationaliste, bien qu'il soit le témoin princeps de cette affaire.
Les dernières lignes montrent que l'auteur n'a rien compris à l'affaire. Agobard n'a pas mené d'enquète sur les Magoniens. Il a fait passer aux aveux de prétendus témoins qui prétendaient en avoir capturé. Et se fier à Agobard, plutôt qu'à Montfaucon de Villars change tout, au contraire. Chez Montfaucon de Villars les quatre prisonniers avaient été enlevés par des sylphes, alors que chez Agobard, ils avaient été capturés par des imbéciles, qui avaient prétendus qu'ils étaient tombés de vaisseaux, qu'en fait, personne n'avait jamais vu.
Quant à comparer le récit d'Agobard au rapport Condon, voila qui en dit long, quand on sait que ce rapport est considéré par les ufomanes, comme une tentative d'étouffement de la vérité.

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Dernière mise à jour: 13/01/2019