1913 avant JC
Sodome, Palestine, Pluie de soufre et de feu.
En réalité: Séisme, éruption d'hydrogène sulfuré et incendies
Note: La date réelle étant inconnue, nous avons pris arbitrairement celle donnée par le premier auteur à la mentionner par rapport à une chronologie historique, c'est à dire celle de P. Orose.

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La destruction de Sodome et Gomorrhe par une pluie de soufre et de feu, sur la foi de la bible, à fait l'objet d'une abondante mythologie qui a encore cours aujourd'hui, surtout chez les fondamentalistes américains de la "bible belt".
Pire, on a voulu l'expliquer par une explosion nucléaire, et plus récemment par la chute d'un astéroïde.
Pourtant, le texte biblique est incohérent, les amateurs de fantastique ne l'ont même pas lu correctement,et les auteurs de l'antiquité ne parlent que de phénomènes naturels.

Le texte de la Bible

C'est dans l'histoire d'Abraham (d'abord appelé Abram), que se trouve le récit de la destruction de Sodome. Mais cette histoire recèle pas mal de bizarreries et d'incohérences. Ceci ne doit pas nous étonner. Le texte biblique n'a été établi que bien des siècles plus tard, sur la foi de trois traditions, Elohistes, Yahviste et sacerdotale. Des traditions qu'aujourd'hui, on serait tenté d'appeler des légendes.
12
4 Abram partit, comme lui avait dit Yahvé, et Lot partit avec lui. Abram avait soixante-quinze ans lorsqu'il quitta Harân.
...
10 Il y eut une famine dans le pays et Abram descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine pesait lourdement sur le pays.
11 Lorsqu'il fut près d'entrer en Égypte, il dit à sa femme Saraï : Vois-tu, je sais que tu es une femme de belle apparence.
12 Quand les Égyptiens te verront, ils diront : C'est sa femme, et ils me tueront et te laisseront en vie.
13 Dis, je te prie, que tu es ma sœur, pour qu'on me traite bien à cause de toi et qu'on me laisse en vie par égard pour toi.
14 De fait, quand Abram arriva en Égypte, les Égyptiens virent que la femme était très belle.
Note: Nous ne citons ce passage que pour montrer le peu de crédibilité du récit. Nous savons (Genèse 17,17) que Saraï à 10 ans de moins qu'Abraham, et qu'elle a donc plus de 65 ans. Mais surtout, la ruse d'Abram faisant passer Saraï pour sa soeur, se répète au chapitre 20, face à Abimelek, puis au chapitre 26, toujours face à Abimelek, mais avec Isaac faisant passer Rébecca pour sa soeur.
13
10 Lot leva les yeux et vit toute la Plaine du Jourdain qui était partout irriguée - c'était avant que Yahvé ne détruisît Sodome et Gomorrhe - comme le jardin de Yahvé, comme le pays d'Égypte, jusque vers Çoar.
11 Lot choisit pour lui toute la Plaine du Jourdain et il émigra à l'orient; ainsi ils se séparèrent l'un de l'autre :
Note: Le texte biblique est incompatible avec la géographie. La mer morte n'y existe tout simplement pas, alors qu'elle existait (avec des hauts et des bas) depuis des millions d'années. A la place, il y a la plaine du Jourdain. Un Jourdain qui descend jusqu'au fond du bassin, puis remonte, et ne se jette nulle part! Et au sud, la vallée de Siddim, dite mer de sel, mais qui n'est pas une mer, puisqu'une bataille va s'y dérouler. Il est probable qu'il s'agit de la plaine, située au sud de la mer morte, dont l'étendue était variable, à cause des avancées et recul du bassin sud, très sensible aux variation de niveau, par sa faible profondeur. Elle aurait été appelée mer de sel, à cause des dépots salins que la mer morte abandonnait quand elle reculait.
12 Abram s'établit au pays de Canaan et Lot s'établit dans les villes de la Plaine; il dressa ses tentes jusqu'à Sodome.
13 Les gens de Sodome étaient de grands scélérats et pécheurs contre Yahvé.
Note: Le verset 13 est compatible avec la punition divine du chapitre 19, mais pas avec le chapitre 14, encore moins avec l'amitié des sodomites que décrit Flavius Josèphe.
14
8 Alors le roi de Sodome, le roi de Gomorrhe, le roi d'Adma, le roi de Çeboyim et le roi de Béla c'est Çoar s'ébranlèrent et se rangèrent en bataille contre eux dans la vallée de Siddim,
9 contre Kedor-Laomer roi d'Élam, Tidéal roi des Goyim, Amraphel roi de Shinéar et Aryok roi d'Ellasar: quatre rois contre cinq !
10 Or la vallée de Siddim était pleine de puits de bitume; dans leur fuite, le roi de Sodome et le roi de Gomorrhe y tombèrent, et le reste se réfugia dans la montagne.
11 Les vainqueurs prirent tous les biens de Sodome et de Gomorrhe et tous leurs vivres, et s'en allèrent.
12 Ils prirent aussi Lot et ses biens le neveu d'Abram, et s'en allèrent; il habitait Sodome.
13 Un rescapé vint informer Abram l'Hébreu, qui demeurait au Chêne de l'Amorite Mambré, frère d'Eshkol et d'Aner; ils étaient les alliés d'Abram.
14 Quand Abram apprit que son parent était emmené captif, il leva ses partisans, ses familiers, au nombre de trois cent dix-huit, et mena la poursuite jusqu'à Dan.
15 Il les attaqua de nuit en ordre dispersé, lui et ses gens, il les battit et les poursuivit jusqu'à Hoba, au nord de Damas.
16 Il reprit tous les biens, et aussi son parent Lot et ses biens, ainsi que les femmes et les gens.
Note: Abram, avec 318 hommes, dont on ignore l'armement, vient à bout de l'armée de quatre rois, dont le puissant roi d'Elam, qui venaient eux même d'en battre cinq. Et ce n'est pas le seul récit à la Chuk Norris de la Bible. Voltaire s'en amuse en écrivant qu'Abraham avait battu cinq rois (quatre, en fait) avec 318 valets.
17 Quand Abram revint après avoir battu Kedor-Laomer et les rois qui étaient avec lui, le roi de Sodome alla à sa rencontre dans la vallée de Shavé c'est la vallée du Roi .
Note: Le roi de Sodome (roi des scélérats d'après Genèse 13,13) était tombé dans un puits de bitume. Comment vint il à la rencontre d'Abram? Le rédacteur de la Genèse a écrit comme Ponson du Terrail: en oubliant ce qu'il avait écrit précédemment.
18
20 Donc, Yahvé dit : Le cri contre Sodome et Gomorrhe est bien grand ! Leur péché est bien grave !
21 Je veux descendre et voir s'ils ont fait ou non tout ce qu'indique le cri qui, contre eux, est monté vers moi; alors je saurai.
Note: Contrairement au Yahvé de Noé, qui na pas besoin de descendre sur terre pour constater l'iniquité des hommes, le Yahvé d'Abram est si peu omniscient qu'il a besoin d'aller voir en personne.
22 Les hommes partirent de là et allèrent à Sodome. Yahvé se tenait encore devant Abraham.
23 Celui-ci s'approcha et dit : Vas-tu vraiment supprimer le juste avec le pécheur ?
24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville. Vas-tu vraiment les supprimer et ne pardonneras-tu pas à la cité pour les cinquante justes qui sont dans son sein ?
Note: Le Yahvé d'Abraham est venu avec une apparence d'homme et discute d'homme à homme avec Abram, comme l'aurait fait un demi-dieu grec, ce qui est de plus en plus incompatible avec le Dieu des chrétiens. C'est pourquoi les commentateurs parlent plutôt de trois anges, au lieu de Yahvé et deux hommes.
32 Il dit : Que mon Seigneur ne s'irrite pas et je parlerai une dernière fois : peut-être s'en trouvera-t-il dix, et il répondit : Je ne détruirai pas, à cause des dix.
19
1 Quand les deux Anges arrivèrent à Sodome sur le soir, Lot était assis à la porte de la ville. Dès que Lot les vit, il se leva à leur rencontre et se prosterna, face contre terre.
2 Il dit : Je vous en prie, Messeigneurs ! Veuillez descendre chez votre serviteur pour y passer la nuit et vous laver les pieds, puis au matin vous reprendrez votre route, mais ils répondirent : Non, nous passerons la nuit sur la place.
3 Il les pressa tant qu'ils allèrent chez lui et entrèrent dans sa maison. Il leur prépara un repas, fit cuire des pains sans levain, et ils mangèrent.
4 Ils n'étaient pas encore couchés que la maison fut cernée par les hommes de la ville, les gens de Sodome, depuis les jeunes jusqu'aux vieux, tout le peuple sans exception.
5 Ils appelèrent Lot et lui dirent : Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Amène-les-nous pour que nous en abusions.
Note: Voici qu'apparaît la légende de l'homosexualité des Sodomites. Tout le peuple sans exception, car il n'y avait pas 10 justes dans Sodome, mais seulement Lot et sa famille. Et c'est là que l'histoire est absurde: Si tous les Sodomites avaient été homosexuels, comment se seraient ils reproduits?
23 Au moment où le soleil se levait sur la terre et où Lot entrait à Çoar,
24 Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahvé,
25 et il renversa ces villes et toute la Plaine, avec tous les habitants des villes et la végétation du sol.
26 Or la femme de Lot regarda en arrière, et elle devint une colonne de sel.
Note: On veut bien qu'une pluie de soufre et de feu détruise la ville et la végétation, mais il est absurde que la femme de Lot ait été transmuté en sel pour avoir regardé un spectacle terrifiant. Tout au plus aurait elle pu être paralysée par la peur.
27 Levé de bon matin, Abraham vint à l'endroit où il s'était tenu devant Yahvé
28 et il jeta son regard sur Sodome, sur Gomorrhe et sur toute la Plaine, et voici qu'il vit la fumée monter du pays comme la fumée d'une fournaise !
Note: Ceci est compatible avec le châtiment envoyé par Yahvé, mais l'est tout autant avec l'incendie des puits de bitume, que mentionne le chapitre 14.
nous montrons maintenant un extrait des chapitres 20 et 26, ou la Genèse montre une certaine confusion.

20
2 Abraham dit de sa femme Sara : C'est ma sœur et Abimélek, le roi de Gérar, fit enlever Sara.
...
9 Puis Abimélek appela Abraham et lui dit : Que nous as-tu fait ? Quelle offense ai-je commise contre toi pour que tu attires une si grande faute sur moi et sur mon royaume ? Tu as agi à mon égard comme on ne doit pas agir.
10 Et Abimélek dit à Abraham : Qu'est-ce qui t'a pris d'agir ainsi ?
11 Abraham répondit : Je me suis dit : Pour sûr, il n'y a aucune crainte de Dieu dans cet endroit, et on va me tuer à cause de ma femme.
26
7 Les gens du lieu l'interrogèrent sur sa femme et il répondit : C'est ma sœur. Il eut peur de dire : Ma femme, pensant : Les gens du lieu me feront mourir à cause de Rébecca, car elle est belle.
8. Il était là depuis longtemps quand Abimélek, le roi des Philistins, regardant une fois par la fenêtre, vit Isaac qui caressait Rébecca, sa femme.
9 Abimélek appela Isaac et dit : Pour sûr, c'est ta femme ! Comment as-tu pu dire : C'est ma sœur ? Isaac lui répondit : Je me disais : je risque de mourir à cause d'elle.
Note: Voila le défaut du syncrétisme. Pour avoir compilé sans réserve plusieurs traditions différentes, les rédacteurs de la Bible nous ressortent la ruse d'Abram, face au pharaon, mais cette fois face à Abimélek, avec une Sara qui a du prendre quelques rides depuis la dernière fois. Puis ils nous la ressorte une troisième fois avec Isaac et Rébecca face au même Abimélek, qui, curieusement, ne se rappelle pas qu'Abram lui avait déjà fait le coup. Ceci rappelle tout à fait les procédés des auteurs d'occasionnels, qui reprenaient les mêmes histoires, en changeant les noms et les lieux. C'est dire la confiance qu'on peut accorder au récit biblique.
(Bible de Jérusalem, 1955)

Après ce que nous venons de lire, il apparaît qu'avec ses incohérences et ses absurdités, le récit de la destruction de Sodome n'a aucune valeur historique, ni d'ailleurs géographique. En sorte que la position même de Sodome est encore incertaine, bien qu'on air déjà retrouvé des traces de villes disparues.
Cependant, des auteurs considérés comme des géographes ou des historiens nous parlent aussi de la région où se trouvait Sodome, et même d'une catastrophe qui y survint.

1er siècle avant notre ère, Diodore de Sicile décrit la mer morte et ses éruptions d'asphalte:
Il y a aussi un grand lac qui produit beaucoup d'asphalte dont ils tirent de grands revenus. Ce lac a cinq cents stades de longueur sur soixante de large; son eau est fétide et amère ; aucun poisson ni animal aquatique ne peut y vivre. Bien que ce lac reçoive un grand nombre de fleuves dont l'eau est excellente, sa mauvaise odeur persiste. Tous les ans il s'élève du milieu du lac en bouillonnant une grande couche d'asphalte de deux et quelquefois de plus de trois plèthres d'étendue ; la plus grande de ces couches est appelée Taureau par les habitants des environs, et la plus petite, l'eau. Cette masse prodigieuse d'asphalte, nageant sur l'eau, apparaît au loin comme une île ; le moment de son éruption s'annonce vingt jours d'avance : il se répand alors à l'entour du lac, à plusieurs stades à la ronde, une vapeur fétide qui altère la couleur de l'argent, de l'or et du cuivre qui en approchent ; mais la couleur de ces métaux reparaît dès que l'éruption de l'asphalte a cessé. Les lieux environnants, remplis d'exhalaisons inflammables et fétides, sont malsains et nuisibles à la santé des habitants, qui n'y vivent pas longtemps.
(Diodore, Liv.II, ch XLVIII)
Note: 500 stades sur 60 font environ 79 km sur 9.5 km (soit la même valeur qu'en 1894) avec le stade ptolémaïque. Un plèthre fait environ 9 ares.
La vapeur inflammable et fétide semble être de l'hydrogène sulfuré, et son inflammabilité nous donne une piste pour expliquer le pluie de soufre et de feu. Diodore semle être le premier à signaler l'asphalte et ce que nous savons aujourd'hui être du gaz sulfureux. Avant lui, Aristote a seulement entendu parler de l'extrème salure et densité du lac.


Les auteurs antiques

1er siècle, Strabon confirme l'éruption d'asphalte, et mentionne des villes détruites autour de Sodome:
42. Le lac Sirbonis est assurément fort grand, puisque certains auteurs lui donnent jusqu'à 1000 stades de tour. Sa longueur cependant, mesurée par rapport au littoral (sa direction générale est parallèle à celle de la côte), ne dépasse guère 200 stades.
Note: Strabon s'est mélangé les papyrus, car il nous parle ici du lac Sirbon ( actuel lac bardawil ) qui est une lagune fermée par un cordon littoral au nord de l'Egypte, et enchaîne sur les propriétés du lac Asphaltite (l'actuelle mer morte).
Ses eaux sont très profondes même sur le bord et tellement pesantes, qu'il n'y a pas possibilité pour un plongeur d'y exercer ses talents, car celui qui y entre n'a pas plus tôt enfoncé jusqu'à mi-corps qu'il se sent soulevé hors de l'eau. Ajoutons que l'asphalte se trouve dans le lac en très grande quantité : à des époques dont le retour n'a rien de régulier, on voit cette substance jaillir du milieu, du plus profond du lac, avec une forte ébullition qui rappelle tout à fait celle de l'eau bouillante.
Note: cette description laisse supposer qu'une éruption de gaz est à l'origine de l'apparition de l'asphalte.
En retombant, elle forme une sorte de monticule arrondi. Il se dégage en même temps beaucoup de suie, mais à l'état de gaz, et, pour ne pas être visible, cette suie n'en atteste pas moins sa présence en ternissant le cuivre, l'argent et tous les corps brillants, jusqu'à l'or lui-même, et c'est en voyant leurs vases et autres ustensiles se rouiller, que les riverains habituellement pressentent l'approche d'une éruption. Ils se préparent alors à recueillir l'asphalte et disposent à cet effet des radeaux faits de joncs tressés. L'asphalte est une substance terreuse, qui, liquéfiée par la chaleur, jaillit et fait expansion, mais pour changer d'état aussitôt, car au contact de l'eau, d'une eau aussi froide que l'est celle du lac, elle se solidifie et arrive à former une masse tellement dure, qu'il faut la couper, la briser en morceaux. Par suite de la nature toute particulière des eaux du lac, dans lesquelles, avons-nous dit, l'art du plongeur ne trouve absolument pas à s'exercer, puisqu'à peine entré on s'y sent porté et soulevé sans pouvoir enfoncer, l'asphalte y surnage, et les gens du pays, montés sur leurs radeaux, se portent vers l'endroit où s'est faite l'éruption, coupent l'asphalte et en emportent autant de morceaux qu'ils peuvent.
...
44. On a constaté, du reste, beaucoup d'autres indices de l'action du feu sur le sol de cette contrée. Aux environs de Moasada, par exemple, on montre, en même temps que d'âpres rochers portant encore la trace du feu, des crevasses ou fissures, des amas de cendres, des gouttes de poix qui suintent de la surface polie des rochers, et jusqu'à des rivières dont les eaux semblent bouillir et répandent au loin une odeur méphitique, çà et là enfin des ruines d'habitations et de villages entiers. Or cette dernière circonstance permet d'ajouter foi à ce que les gens du pays racontent de treize villes qui auraient existé autrefois ici même autour de Sodome, leur métropole, celle-ci, ayant seule conservé son enceinte (une enceinte de 60 stades de circuit). A la suite de secousses de tremblements de terre, d'éruptions de matières ignées et d'eaux chaudes, bitumineuses et sulfureuses, le lac aurait, paraît-il, empiété sur les terres voisines ; les roches auraient été calcinées, et, des villes environnantes, les unes auraient été englouties, les autres se seraient vu abandonner, tous ceux de leurs habitants qui avaient survécu s'étant enfuis au loin.
Note: Les traces de l'enceinte de Sodome, de 9.5 km de long, subsistait donc encore du temps de Strabon. Nous avons bien ici la confirmation d'un cataclysme qui frappa Sodome, et les villes qui l'entouraient. L'asphalte et l'hydrogène sulfuré semblent y avoir joué un grand rôle. Mais ils venaient du sous sol, et non du ciel. Et il n'y a nul besoin d'un engloutissement, si séismes, incendies et gaz méphitiques se sont joints pour rendre cette zone invivable.
Mais Eratosthène contredit cette tradition : il prétend, lui, qu'à l'origine tout ce pays n'était qu'un lac immense, qu'avec le temps seulement plus d'une issue s'était ouverte qui n'existait pas auparavant, que le fond de la plus grande partie du lac avait été laissé ainsi à découvert, ce qui avait donné naissance à une autre [Thessalie].

Note: l'opinion d'Eratosthène est intéressante, car si on admet que la mer morte contenait primitivement de l'eau de mer à la salure normale, son volume aurait du être 10 fois plus important. Mais son rétrécissement n'est pas du à l'écoulement de l'eau par des issues (l'eau aurait au contraire coulé vers la mer morte, puisqu'elle est 400 m plus bas que la Méditerranée) mais à son assèchement par évaporation, d'ou la saturation en sel. Cet assèchement était d'ailleurs trop ancien pour que la mémoire des hommes s'en souvienne.
(Strabon, Liv.XVI, ch II)

vers 73 de notre ère, Pline l'ancien confirme la production de bitume, la densité de l'eau, et donne les dimensions de la mer morte:
Asphaltites nihil praeter bitumen gignit, unde et nomen. nullum corpus animalium recipit, tauri camelique fluitant; inde fama nihil in eo mergi. longitudine excedit C p., latitudine maxima LXXV implet, minima VI. .
l'Asphaltite [le lac] ne produit que du bitume; d'où le nom. Aucun corps d'animal ne s'y enfonce: les taureaux et les chameaux y surnagent. De là le bruit, que rien n'y va au fond. Sa longueur excède 100.000 pas, sa plus grande largeur en contient 25.000, sa moindre 6.000.
(Pline1, liv V, ch 16)
Note: Avec le mille romain de 1000 double pas, soit 1482 m, cela nous donnerait une largeur de 37 km, impossible puisque la largeur maximum du bassin, au niveau de la mer, est de 26 km. On obtient des valeurs plus conforme en admettant que Pline parle de pas (gradus) et non de double pas (passus). On obtient alors:
longueur: plus de 74 km, largeur 18.5 km, largeur minimum 4.5 km. Valeurs plus compatibles avec celles de Diodore, et celles trouvées sur une carte de 1894: longueur: 78.2 km, largeur 16.3 km, largeur minimum 5.2 km.
Moyennant quoi, il semble bien que la superficie de la mer morte n'a pas varié de l'antiquité au 19ème siècle.


vers 93, Flavius Josèphe dans ses antiquité judaïques, efface certaines incohérences, mais en introduit d'autres:
Chapitre VIII... Quant à Lôt, il occupait le pays vers la plaine et le fleuve Jourdain, non loin de la ville des Sodomites, alors florissante, aujourd'hui anéantie par la volonté divine ; j’en indiquerai la raison en son lieu.
Chapitre IX
... Un combat a lieu, les Assyriens vainqueurs imposent tribut aux rois des Sodomites. Pendant douze ans ils restèrent soumis et payèrent patiemment les tributs qu'on leur imposa, mais, la treizième année, ils se soulevèrent ; une armée d'Assyriens marcha contre eux sous les ordres d’Amarapsidès, d'Arioucbos, de Chodolamôros et de Thadalos. Ceux-ci ravagèrent toute la Syrie et domptèrent les descendants des Géants ; arrivés dans le pays de Sodome, ils campent dans la vallée appelée les Puits de Bitume. A cette époque-là, en effet, il y avait des puits dans cet endroit ; maintenant que la ville des Sodomites a disparu, cette vallée est devenue le lac Asphaltite ... le combat fut acharné : beaucoup périrent, le reste fut fait prisonnier : on emmena, entre autres, Lôt qui était venu combattre en allié des Sodomites.
Chapitre X
Abram, à la nouvelle de leur défaite, éprouva de la crainte pour Lôt, son parent, et de la pitié pour les Sodomites, ses amis et ses voisins. Avant résolu de leur porter secours, sans différer, il se met en route, atteint la cinquième nuit les Assyriens près de Dan(os) (tel est le nom d’une des deux sources du Jourdain), les surprend avant qu'ils se mettent en armes ; ceux qui se trouvaient au lit, il les tue sans qu’ils se rendent compte de ce qui se passe ; et ceux qui ne s'étaient pas encore livrés au sommeil, mais que l'ivresse rendait incapables de combattre, prennent la fuite.
Note: Josephe oublie que - selon Genèse 13,13 - les Sodomites étaient des scélérats. Il met face à Abram, les terribles Assyriens, invente la durée du parcours, et explique la victoire d'Abram par le sommeil et l'ivresse de ses adversaires. Ce en quoi il remplace une invraisemblance par une autre, car si on imagine que les assyriens aient trop bu pour fêter leur victoire, on imagine mal qu'ils soient encore ivres cinq jours après.
Abram, ayant délivré les captifs Sodomites qui avaient été pris par les Assyriens, ainsi que son parent Lôt, s'en revint en paix. Le roi des Sodomites vint à sa rencontre dans l’endroit qu'on appelle Plaine royale.
Note: Josephe n'ayant pas fait tomber, comme la Genèse, le roi dans un puits de bitume, peut sans incohérence lui faire rencontrer Abram.
Chapitre XI
A la même époque, les Sodomites, tout fiers de leur nombre et de l'étendue de leurs richesses, se montraient arrogants envers les hommes et impies à l'égard de la divinité, si bien qu'ils ne se souvenaient plus des bienfaits qu'ils en avaient reçus ; ils haïssaient les étrangers et fuyaient toute relation avec autrui. Irrité de cette conduite Dieu décida de châtier leur insolence, de détruire leur ville et d'anéantir le pays au point qu'aucune plante, aucun fruit n'en pût naître désormais.
...
Les anges arrivèrent dans la ville des Sodomites, et Lôt leur offrit l'hospitalité, car il était fort bienveillant pour les étrangers et avait pris pour exemple la bonté d'Abram. Les Sodomites, ayant aperçu ces jeunes hommes d'une remarquable beauté que Lôt avait fait descendre chez lui, complotèrent de faire violence à leur jeunesse.
Note: La Genèse dit, tantôt des hommes, tantôt des anges (des "envoyés", angelos, en grec). Elle ne dit rien de leur age ni de leur beauté. Josephe en fait de splendides jeunes hommes pour expliquer le désir homosexuel des Sodomites.
Dieu, indigné de leur audace, aveugla les criminels de manière qu'ils ne purent trouver l'entrée de la demeure de Lôt, et il décida la perte de tout le peuple des Sodomites, Lôt, à qui Dieu annonce la ruine prochaine des Sodomites, part en emmenant sa femme et ses deux filles, qui étaient vierges ; quant à leurs prétendants, ils se moquaient de ce départ et traitaient de niaiserie ce que Lôt leur disait. Alors Dieu lance ses traits sur la ville et la brûle avec ses habitants, anéantissant tout le pays dans un même embrasement, comme je l'ai rapporté antérieurement dans mon récit de la guerre judaïque.
Note: Josephe suit ici le récit de la genèse, avec cette incohérence commune que Yahvé, qui pourtant n'aurait pas détruit la ville pour dix justes, détruit toutes les villes du pays pour les crimes des seuls Sodomites.

flottabilité garantie
Dans La guerre des juifs, livre IV, ch VIII,4, il précise:
Il n'est pas sans intérêt de décrire la nature du lac Asphaltite qui est, comme je l’ai dit, salé et stérile: la légèreté de ses eaux est si grande qu'elles font flotter les objets qu'on y jette: il n'est pas même facile, quand on s'y applique, de plonger au fond. Aussi rapporte-t-on que Vespasien, étant arrivé sur ses bords, fit jeter au fond du lac quelques hommes qui ne savaient pas nager, et dont on avait lié les mains derrière leur dos: or, ils surnagèrent tous.
Note: Josephe a bien sûr fait un lapsus. Il faut lire la densité (ou la pesanteur), et non la légèreté. Aujourd'hui encore, les baigneurs se font photographier lisant une revue tout en faisant la planche.
Dans son voisinage est la région de Sodome, territoire jadis prospère grâce à ses productions et à la richesse de ses villes, maintenant tout entier desséché par le feu.
On dit, en effet, que l'impiété des habitants attira sur eux la foudre qui l'embrasa; il subsiste encore des traces du feu divin, et l'on peut voir les vestiges presque effacés de cinq villes. On y trouve aussi des fruits remplis d'une cendre renaissante, revêtus d'une couleur semblable à celle des fruits comestibles, et qui, dès qu'on y porte la main pour les cueillir, se dissolvent en vapeur et en cendre. Telles sont les légendes relatives à la région de Sodome, confirmées par le témoignage des yeux.
Note: La Genèse ne parle que de Sodome et Gomorrhe, mais on trouve cinq villes dans la Bible: Sodome, Gomorrhe, Adama, Seboïm et Ségor, dont la dernière n'aurait pas été détruite. Strabon parle de 13 villes. Josephe ne nous dit malheureusement pas ou étaient ces villes, dont il aurait vu les traces.
La femme de Lôt, pendant la fuite, ne cessant de se retourner vers la ville et de regarder indiscrètement ce qui s'y passait malgré la défense expresse de Dieu, fut changée en une colonne de sel ; j'ai vu cette colonne qui subsiste encore aujourd'hui.

Note: L'impossibilité de la transmutation en sel, ne semble pas émouvoir Josèphe, à qui on a probablement montré un bloc se sel, comme il y en a tant autour de la mer morte. Aujourd'hui, on parlerait plutôt d'un attrape-touriste.
(Josèphe, Liv.I, ch VIII à XI)

vers 109, Tacite comprend le rôle des exhalaisons de la mer morte:
Praecipuum montium Libanum erigit, mirum dictu, tantos inter ardores opacum fidumque nivibus; idem amnem Jordanen alit funditque. Nec Jordanes pelago accipitur, sed unum atque alterum lacum integer perfluit, tertio retinetur. Lacus immenso ambitu, specie maris, sapore corruptior, gravitate odoris accolis pestifer, neque vento impellitur neque piscis aut suetas aquis volucris patitur. Inertes undae superiacta ut solido ferunt; periti imperitique nandi perinde attolluntur. Certo anni bitumen egerit, cujus legendi usum, ut ceteras artis, experientia docuit.
...
Sic veteres auctores, sed gnari locorum tradunt undantis bitumine moles pelli manuque trahi ad litus, mox, ubi vapore terrae, vi solis inaruerint, securibus cuneisque ut trabes aut saxa discindi.
[5,7] Haud procul inde campi quos ferunt olim uberes magnisque urbibus habitatos fulminum jactu arsisse; et manere vestigia, terramque ipsam, specie torridam, vim frugiferam perdidisse. Nam cuncta sponte edita aut manu sata, sive herba tenus aut flore seu solitam in speciem adolevere, atra et inania velut in cinerem vanescunt. Ego sicut inclitas quondam urbis igne caelesti flagrasse concesserim, ita halitu lacus infici terram, corrumpi superfusum spiritum, eoque fetus segetum et autumni putrescere reor, solo caeloque juxta graui.

La principale montagne du pays est le Liban: chose étonnante dans un climat aussi brûlant, elle garde constamment des neiges épaisses. C'est là que le Jourdain prend sa source. Ce fleuve ne se rend point à la mer; il traverse dans toute leur longueur un premier lac et un second, d'où il est reçu dans un troisième où il se perd.
Note: Le premier lac était aux temps bibliques les eaux de Merom, plus tard lac Hula, et aujourd'hui asséché. Le second lac est le lac de Tibériade, le troisième, la mer morte.
Ce dernier lac, d'un circuit immense, ressemble à une mer; mais ses eaux ont une saveur encore plus âcre. L'odeur qu'il exhale est pestilentielle; il n'est jamais agité par les vents; il ne souffre dans ses eaux, ni poissons, ni aucun oiseau aquatique. On ne sait même pas trop si c'est de l'eau: ce qu'on y jette y est porté comme sur un corps solide; sans savoir nager, on s'y soutient avec la même facilité. Dans un certain temps de l'année, il rejette du bitume.
Note: Tacite confirme l'acrité et le densité de l'eau, et le rejet de bitume (qu'on n'observe plus de nos jours).
Voila ce qu'on écrit les anciens auteurs: ceux qui ont été sur les lieux assurent que les flots chassent le bitume en grandes masses, qu'on traîne avec la main vers le rivage, ou la chaleur de la terre et l'ardeur du soleil ne tardent point à les durcir; et alors, avec des haches et des coins, on le fend comme le bois où la pierre.
VII. Non loin de là sont des plaines, qu'on dit avoir été fertiles autrefois, et couvertes de grandes villes qui ont été consumées par la foudre. On cite en preuve quelques ruines, et la terre elle-même, qui semble porter l'empreinte du feu, et qui a perdu sa fécondité. En effet, tous les végétaux, venus d'eux-mêmes ou semés par la main de l'homme, herbes ou fleurs, s'ils atteignent en apparence leur développement ordinaire, ne donnent que des grains noirs et vides, qui tombent en poussière. Pour moi, tout en accordant qu'il a pu exister autrefois des villes célèbres qui ont été brûlées par le feu du ciel, je suis convaincu qu'il suffit des exhalaisons du lac pour vicier le sol, corrompre l'air, et que la cause qui fait pourrir tous les grains et tous les fruits est cette double contagion de l'air et de la terre.

Note: L'opinion de Tacite est de bon sens, malheureusement, il ne donne pas non plus la localisation de ces ruines et de cette terre brulée.
(Tacite, Liv.V, ch 6-7)

4ème siècle, Caius Julius Solinus, dit Solin, ne nous apprend rien de plus.
Ce lac produit le bitume ; nul animal n'y prend vie ; aucun corps n'y peut plonger : les taureaux mêmes et les chameaux surnagent.
À une longue distance de Jérusalem est un triste lieu, atteint jadis par le feu du ciel, comme l'atteste une terre noire, qui n'est que de la cendre. Là sont deux villes, l'une Sodome, l'autre Gomorrhe, où les fruits, malgré l'apparence de la maturité, ne peuvent être mangés : car la peau ne fait qu'envelopper un amas de cendres fuligineuses, que la plus légère pression fait échapper en fumée, et se résoudre en poussière.

(Solin, ch XXXVI)

vers 416, Orose le prètre tente de concilier la Genèse et Tacite:
Orose, qui signait P. Orosius, ce qui signifiait Presbyterus Orosius, et non Paulus Orosius, entreprit vers 414 de rédiger à l'initiative d'Augustin d'Hippone, une histoire du monde qui prouverait que le christianisme n'était pour rien dans le sac de Rome par Alaric. Ce fut les Historiae Adversus Paganos.
Ante annos urbis conditae MCLX. confinem Arabiae regionem quae tunc Pentapolis vocabatur, arsisse penitus igne caelesti, inter alios etiam Cornelius Tacitus refert, qui sic ait: Haud procul inde campi quos ferunt olim uberes, magnisque urbibus habitatos, fulminum jactu arsisse: sed manere vestigia, terramque ipsam specie solidam vim frugiferam perdidisse.
Et cum hoc loco nihil de incensis propter peccata hominum civitatibus quasi ignarus expresserit, paulo post velut oblitus consilii, subicit et dicit: Ego sicut inclitas quondam urbes igne caelesti flagrasse concesserim, ita halitu lacus infici terram et corrumpireor.
Quo dicto, invitus licet, de exustis urbibus, quae procul dubio peccatorum noxa conflagraverunt, et scisse se et concessisse confessus, palam prodidit, non sibi cognitionis fidem defuisse, sed exprimendae fidei voluntatem:

L'an 1160 avant la fondation de Rome, cette région voisine de l'Arabie, qui s'appelait alors la Pentapole, a été complètement brûlée par le feu du ciel, ce dont, parmi d'autres encore, parle Tacite, qui dit ainsi: Non loin de là sont des plaines, qu'on dit avoir été fertiles autrefois, et couvertes de grandes villes qui ont été consumées par la foudre. On cite en preuve quelques ruines, et la terre elle-même, qui semble porter l'empreinte du feu, et qui a perdu sa fécondité.
Et là, comme l'ignorant, il ne dit rien des villes incendiées à cause des péchés de leurs habitants, mais peu après, comme s'il avait oublié son plan, il ajoute cette déclaration: Pour moi, quoique je concédasse des villes célèbres autrefois brulées par le feu du ciel, il suffit des exhalaisons du lac pour vicier le sol et le corrompre.
Cela dit, à regret, à propos des villes consumées, qui sans doute brulèrent en châtiment de leurs péchés, il a su et il a concédé avoir su, il l'a montré ouvertement, non qu'à sa connaissance manque la foi, mais une volonté d'une foi exprimée:

Note: Orose fait un mauvais procès à Tacite, qui, comme tous les auteurs latins de son temps, ignorait les textes bibliques. C'est d'ailleurs pour cela que Josèphe écrivit ses antiquités judaïques. Mais Orose, incapable de comprendre que la Bible puisse avoir inventé cette histoire de châtiment, est persuadé que Tacite, connaissant la tradition des villes brulées a menti par omission.
quod nunc a me plenius proferetur.
In confinio Arabiae et Palaestinae, qua dimissi altrinsecus montes, subjectis campis excipiuntur, quinque civitates fuere, Sodoma, Gomorra, Adama, Seboim et Segor. Sed Segor ex his parva, illae amplae et magnae: quippe quibus et soli foecunditas suberat, et Jordanis fluvius per plana diffusus, ac per opportune divisus, augmentis ubertatis inpendebatur. Huic universae regioni bonis male utenti, abundantia rerum causa malorum fuit. Ex abundantia enim luxuria, ex luxuria foedae libidines adolevere: adeo, ut masculi in masculos operantes turpitudinem, ne consideratis quidem locis, condicionibus, aetatibusque, proruerunt. Itaque iratus Deus, pluit super hanc terram ignem et sulphur, totamque regionem cum populis atque urbibus exustam, testem judicii sui futuram, aeterna perditione damnavit: ut nunc quoque appareat quidem forma regionis, sed inveniatur regio cineris, mediamque convallem quam Jordanis irrigaverat, nunc mare superfusum tegat.

Je vais maintenant expliquer plus complètement.
Aux confins de l'Arabie et de la Palestine, où les montagnes rejetées de chaque côté, se fondent dans les terrains en dessous d'eux, étaient cinq villes Sodome, Gomorrhe, Adama, Seboïm et Segor. Mais parmi elles, Segor était petite, et les autres grandes et spacieuses: puisque pour elles, la fécondité du sol avoisinant, et le fleuve Jourdain se répandant dans la plaine, et se ramifiant opportunément, était dépensé à augmenter la fertilité. A toute cette région possédant facheusement ces biens, l'abondance fut la cause de choses funestes. Car de l'abondance nait le luxe, et du luxe des désirs immondes: Au point qu'il en sortit la honte des males s'occupant des males, sans considération du lieu, de l'état, ou de l'age. Et ainsi, Dieu en colère, fit pleuvoir le feu et le soufre, sur cette terre, brûlant toute la région avec ses habitants et ses villes, témoignant de son jugement futur, la condamnant à la ruine éternelle. Ainsi, le contour de la région est encore aujourd'hui visible, mais se trouve couvert de cendres, et la mer recouvre maintenant la vallée centrale que le Jourdain avait irrigué.

Note: Orose nous sort maintenant son catéchisme, qui est pour lui, évidemment, la réalité. Ainsi nous devons admettre, que la fertilité de la vallée, qui n'existait pas, a causé la richesse des villes avoisinantes, et que cette richesse a causé l'homosexualité de ses habitants.
(Orosius, Liv.I, ch 5)

Au moyen-age

1258, Vincent de Beauvais résume l'histoire
De repromissione & de culpa & poena Sodomorum
Cap CVI
Iterum. Dominus; Abrahae per subjectam Angelicam creaturam apparuit, filium de Sara repromisit, eamque haesitantem redarguit. Pentapolim subvertit, & Loth precibus Abrahae liberavit, & (ut ait Gregorius) qualitate ultionis innotuit macula criminis.

A propos de la promesse, et de la faute et du châtiment des Sodomites
chapitre 106
Encore une fois. Le Seigneur apparut à Abraham sous forme d'une créature angélique, promit un fils à Sarah, et réprimanda son embarras. Il renversa la pentapole et sauva Loth par les prières d'Abraham, et (comme dit Grégoire) reconnut la nature de la vengeance par la flétrissure du crime.

Note: En voyant l'utilisation du mot "subvertit", que Jean Le Clerc reprend aussi, on se demande si la légende des villes submergées ne viendrait pas, outre Strabon, d'une confusion entre subversion et submersion.
(Vincent, ch CVI)

Au XVIe siècle

1545 Johann Funck abrège.
Anno mundi 2047
Gene.19. SODOMA, GOMORHA, Adama Seboim & Segor Civitates, propter peccata igni penit eversae sunt. Orosius lib.1.cap.36 de loco harum civitarum haec refert.

l'an 2047 de la création
Genèse 19. Les villes de Sodome, Gomorrhe, Adama, Seboïm et Segor sont ruinées par le feu à cause de leurs péchés. Orose livre 1 ch.36, parle de la situation de ces villes.

(Funccius, fol 11)
Note: Funccius date l'évènement d'après l'age d'Abraham qui, d'après la genèse avait 99 ans en l'an 2047 de la création.

1555 Marcus Fritschius copie fidèlement la légende:
Anno mundi 2048.
Anno nonagesimo aetatis Abrahae, sulphure et igni de coelo cadente, Sodoma, Gomorra, et adjacentes aliae civitates exustae sunt, unde etiam stagnum Asphaltites in Palestina, quidam mare rubrum nuncupant, sempiternum hujus poenae signum et monumentum existit. Genesis 19.

L'an 2048 de la création
Abraham ayant 90 ans, du soufre et du feu tombant du ciel, Sodome, Gomorrhe et les villes voisines furent brûlées, d'où encore le lac Asphaltite en Palestine, que certains appellent la mer Rouge, qui existe en signe et monument éternel du châtiment.

(Fritschius2)
Note: Fritsche confond mer morte et mer rouge, et accepte la légende de la formation de la mer morte après la destruction de Sodome.

1557 Conrad Lycosthènes, bien sûr, cite ce prodige biblique:

ciel en feu (Lycosthènes)

ville en feu (Lycosthènes)
Anno Mundi 2047, Ante Christum 1916
Sodoma, Gomorra, Adama, Seboim, & Segor, civitates propter peccata igni, sulphure, & pice coelitus eversae sunt, quo deinde loco poma virentia, & formatos uvarum racemos invenias, ut edendi quidem gignant cupiditatem: si carpas vero in cinerem fumumque excitant, & quasi ardeant. Hujus rei meminit etiam preter Mosem Geneseos 19. Orosius libro 1.cap. 36.

L'an 2047 de la création, 1916 avant Jésus-Christ
Les villes de Sodome, Gomorrhe, Adama, Seboïm et Ségor, furent renversées à cause de leurs péchés par le feu, le soufre et la poix céleste, maintenant à cet endroit tu trouve des fruits vigoureux, et des grappes de raisin formées, propres à générer le désir d'en manger: Mais si tu en cueilles, ils se résolvent en cendre et en fumée, comme s'ils brûlaient. De ceci se souvient aussi, en dehors de la Genèse Mosaïque 19, Paul Orose livre 1, ch.36.

(Lycosthenes, p 35)
Note: La gravure d'une ville en feu montre au premier plan une sorte de statue, qui pourrait représenter la femme de Loth. Cependant cette gravure est réutilisée 14 fois dans l'ouvrage. Sa dernière apparition concerne des bâtiments renversés en 1556, en Silésie. Quant à la gravure du ciel en feu, elle est utilisée 41 fois.

1579 Georgius Caesius ne s'embarrasse pas de vraisemblance
Abram fame coactus in Aegyptum descendit, nec longem post, scilicet anno mundi 2048. Sodom, Gomorra etc. civitates Canaan, propter ingentia peccata et scelera igni de coelo cadente penitus deletae sunt. Gen.19. anno post diluvium 391.
Abraham, contraint par la famine, descendit en Egypte, peu de temps après, à savoir, en l'an du monde 2048 de la création, Sodome, Gomorrhe, etc. villes de Canaan, furent détruites à cause de leuts péchés et de leurs crimes, par un feu tombant du ciel pour les chatier. Genèse 19. An 391 après le déluge.
(Caesius, dixième page)
Note: Caesius vient de nous expliquer, à propos de la comète d'Abraham (qu'il a inventé) que la famine suivit l'apparition de la comète de 2018 après la création. "peu de temps après" correspond donc à 30 ans.

1600 Johann Wolf, débite de la rumeur
1579 Halepo Astronomus ex Thessalonia.
Hoc tempore Constantinopoli visus est cometa, cujus similem Halepo Astronomus non apparuisse mundo dixit ullo unquam tempore antea, praeterquam tunc, cum Sodoma & Gomorrha exurerentur coelitus & Pharao tyrannus Aegypti in mari rubro suffocaretur.
A cette époque on vit à Constantinople une comète, dont selon l'astronome Halepo il n'en apparut aucune au monde, excepté quand Sodome et Gomorrhe furent détruites par le feu du ciel et que Pharaon tyran d'Egypte fut noyé.
(Wolf vol 2, p 908)
Note: L'astronome Halepo est inconnu, mais il s'agit peut être d'un astronome originaire d'Alep, ou Aleppo. Wolf nous raconte n'importe quoi. Il est vrai qu'il avait déjà dessiné le pape, sous forme d'un ours avec une queue d'âne.

Au XVIIe siècle

1645, le père Nicolas Talon écrit un scénario de film catastrophe

l'histoire catastophe
Voilà donc Loth bien estonné : neantmoins il coniure ces aimables esprits de luy donner une retraite dans une petite ville qui estoit prés de luy : les Anges luy accorderent tout ce qu’il defira , & la bourgade qui luy fut donnée pour azyle, fut mesme delivrée des, flâmes en sa faveur. Mais comme il n'y a rien de plus foible, & de plus inconstant que l’esprit d'une femme, celle de Loth n'eut pas assez de force pour empêcher que sa teste qui n'estoit paistrie que de vent, ne s’émeust à la veuë des premiers éclairs qui precederent cet orage; aussi fut-elle pour témoignage de sa legereté changée en une statue de sel, comme si Dieu eust voulu par ce chastiment exemplaire, laisser aux ames trop legeres un monument tragique de l’inconstance, & un effet épouventable de la temerité.
  Cependant le Ciel n'est plus qu’une vive source de flâmes, & de feux : le Soleil, la Lune, & les estoiles, sont autant de canaux, par lesquels Dieu distille sur Sodome & Gomorrhe, tous les carreaux de son courroux. Les nuës font des torrens de foudres qui tonnent, qui éclatent, & qui entraisnent tout impitoyablement; l’on ne voit dedans l’air que des tenebres embrasées & des ombres ardantes épanduës les unes sur les autres, qui font un drap mortuaire, pour couvrir les honteuses reliques de ces sales embrasemens. La terre d’autre part est un gouffre animé de charbons & de braises, qui vomit tant de tisons & tant de torches; qu’à la fin on croiroit que l’air, les cieux, les nuës, & la terre ne soient plus qu’un Enfer: ce ne sont que clameurs, que sanglots, que rages, que blasphemcs, & que rugissemens.
  Quel spectacle de voir des hommes, & des femmes avec des corps de feu courir parmy les ruës, les cheveux allumez, les yeux estincelans, la bouche brûlante, & le cœur ensouffré? Quel spectre monstrueux est-ce de voir un enfant dans 1e sein de sa mere, & entre les bras de sa nourrice, comme un coton de souffre, qui se consume à l’éclat d’un flambeau? Qui a iamais oüy que le monde ait esté arrosé d'une pluye de souffre, d’un deluge de feu, & d’une inondation de braises, & de flâmes? Quel foudre, quel ravage, quelle desolation, des villes, des buchers, des maifons & des fournaises? les lits, les tables, les buffets, l’or, le fer, les marbres, & les diamans changez en des tisons? Helas ! où sont les cieux, où est l’air, où la mer, où la terre, tout le monde est en feu?

(Talon, tome I, p 73)
Note: le texte réel de la Bible dit seulement: Yahvé fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du soufre et du feu venant de Yahvé. Le père Talon en rajoute des tonnes, mais comme il n'a jamais vu ce qu'il décrit, sa description en devient absurde. Jérome Bosch faisait mieux.

1674 Louis Moreri compile les rumeurs

Louis Moreri
L'abbé Louis Moreri publia en 1674 le grand dictionnaire historique, ou le mélange curieux de l'histoire sainte et profane, premier dictionnaire savant en langue française, dont le succès lui valut 20 éditions, de plus en plus riches, jusqu'en 1759. Si la première édition n'était guère qu'un dictionnaire des personnages historiques, les suivantes furent géographiques autant qu'historiques, mais elles avaient le défaut de compiler un maximum d'informations sans vérifications. C'est ce qui incitera Pierre Bayle, en réaction, a publier en 1696 son Dictionnaire historique et critique. Mais à la fin du 17ème siècle, chez les ecclésiastiques, le syncrétisme était bien plus de mode que l'esprit critique.
L'édition de 1674 ne contient pas d'article sur la Mer morte, mais un sur le lac Asphaltide, et l'article sur Sodome renvoie à celui sur Gomorrhe.
ASPHALTIDE, lac dans la Judée, ainsi nommé, parce que le bithume en sort à gros bouillons, d'où on tire le Naphthe & le Petrolio. Il occupe le lieu où furent autrefois abîmées les cinq Villes criminelles, Sodome, Gomorre, Adama, Seboin & Segor.
Note: Selon la Genèse, seule Sodome était criminelle, et Gomorrhe fut avec elle détruite par une pluie de soufre et de feu. Mais aucune ville ne fut engloutie et la Mer morte existait depuis toujours.
On le nomme aussi Mer-morte, tant à cause de l'immobilité de ses eaux, que parce qu'il est incapable de nourrir des poissons; & qu'on ne voit point sur ses bords aucun de ces Oiseaux qui se plaisent sur les rivages des étangs & des rivières. L'Autheur du voyage, dont s'est servi M. De Recoles aux additions du Monde de Davity en la description de l'Asie, pag.174. dit que les Arabes appellent ce Lac, Bahar Lout, c'est à dire Mer de Loth, parce que Loth fut délivré de ses ondes, ou plutôt de l'incendie de l'infame Sodome. Il ajoûte en la pag.175. qu'il n'est pas vray ce qu'on dit que rien n'y scauroit aller à fond. Ce sentiment est un peu particulier, parce que tous les Voyageurs sont d'accord de cette vérité; & Iosephe qui parle de ce Lac, au liv. 1 ch. 9 des Antiq. dit en la guerre des Iuifs, liv.4. ch.27. que Vespasien qui eut la curiosité de l'aller voir, y fit jetter des hommes qui ne scavoient pas nager, & qui avoient les mains attachées derrière le dos, & ils revinrent tous sur l'eau.
Note: Cela ne réfute en rien le fait que les objets plus denses que l'eau du lac y vont au fond. Personne n'a donc eu l'idée de jeter une pierre dans le lac?.
Il ajoûte que ce même lac change trois fois le jour, selon les divers aspects du Soleil ; que sa longueur est de cinq cens quatre-vingts stades, & la largeur de cent cinquante.

(Moreri, p 170)

GOMORRHE, une des villes infames qui furent consumées par le feu du Ciel, à cause des crimes de ses habitants. A la place de ces villes il se fit un Lac, qui s'appela Mer-morte, à cause de l'immobilité de ses eaux bitumineuses dans lesquelles nul poisson ne pouvoit vivre. Sur le rivage il croissoit des arbres qui portoient des pómes dont la couleur étoit fort belle à l'oeil; mais quand on venoit à les toucher, elles se réduisoient en cendres. Genèse ch.19. Voyage de Levant.
(Moreri1, p 570)

1696 Johann Zahn se mélange les pinceaux.
3) M.2018. A.C.N. 1949. in Ariete sub per dies 22. visus Cometes. Eckstormius ex Herlicio
Eversio Pentapolitana, sive Sodoma cum quatuor aliis urbibus igne e Coelo delapso exusta.
An 2018 du monde, 1949 avant Jésus-Christ. On vit une comète dans le bélier pendant 22 jours, sous Mars. Eckstorm d'après Herlitz
Destruction des villes de la Pentapole, soit Sodome et quatre autres villes, consumées par un feu tombé du ciel.
(Zahn, p 162)
Note: Zahn, qui n'a pas compris que Eckstorm copie Herlitz, qui copie Rockenbach, qui copie Caesius, qui invente la comète, mélange allègrement la fausse comète de 1949 AC et la destruction de Sodome, alors que Caesius lui même les séparait par un intervalle de 30 ans.

Au XVIIIe siècle

1759 Le dictionnaire de Moreri s'enrichit, mais aussi en rumeurs
SODOME ( suivant l'hébreu chaux & ciment ) ville de la Judée, étoit capitale de treize cités, qui furent submergées, selon Strabon, par un lac formé d'un tremblement de terre, qui avoit aussi allumé quelques souffres & bitumes souterreins.
Note: Strabon ne dit pas que les treize cités furent submergés, mais seulement certaines, et dit que l'enceinte de Sodome subsistait.
Ce lac fut depuis appellé Asphaltite ou mer morte, parceque les poissons n'y peuvent vivre. Ce même auteur ajoute que l'on montroit le circuit de cette ville, qui étoit, dit-il, de soixante stades, & que les cendres qui étoient sur les ruines produisoient des arbres qui portoient des fruits, dont l'extérieur étoit très-agréable, mais qui se réduisoient en poussiere très-menue & très-puante aussitôt qu'on les touchoit. L'histoire sainte rapporte autrement cette destruction; car elle ne met que cinq villes, lesquelles en punition des voluptés détestables des habitans, furent abîmées & foudroyées du feu du ciel l'an du monde 2138, & 1897 avant Jesus-Christ.
Note: La Genèse dit que Sodome et Gomorrhe subirent une pluie de soufre et de feu, mais que Ségor fut épargnée. Le Deutéronome ajoute Adama et Séboïm. Cela fait quatre villes détruites, mais aucune ne fut abîmée (submergée).
Voyez GOMORRHE & ASPHALTlTE ; & la dissertation de Jean le Clerc, de Sodomae subversione. * Genes. 19. Ezech. 16. Strab. 16.

Note: L'article Gomorrhe ne nous apprend rien de plus, et la dissertation de Jean Leclerc, seulement traduite en anglais, reprend le mythe d'une fertile vallée du Jourdain maintenant engloutie.
(Moreri, tome IX, p 476)

ASPHALTIDE, ...
Le Jourdain & les torrens d'Arnon, de Dibon & de Zered, se jettent dans ce lac, qui est entouré de montagnes. Il est long de cent mille pas, & large de vingt ou vingt-cinq mille. Voyez MER-MORTE. * Pline & Ptolémée en font mention. S. Jerôme en parle aussi, & Joféphe, l. I antiq. jud. c. 9 & l. 4 de bell. c.27.
(Moreri, tome I, p 417)

MER MORTE, grand lac de la Palestine dans la partie méridionale & vers l'orient de la Terre-Sainte, a environ vingt-quatre 1ieues de longueur & six à sept largeur, & est environnée de montagnes inaccessibles.
Note: bel exemple d'information non vérifiée. Etant situé dans un rift, le lac est bordé d'escarpements, mais les montagnes qui l'entourent sont si peu inaccessibles qu'elles sont parsemées de nombreux villages à l'est, et qu'on y trouve à l'ouest des villes comme Hébron et Jérusalem.
Ce lac est appellé Mer, suivant le langage des Hébreux qui donnent le nom de Mer à tout ce qui contient une grande quantité d'eau; comme la mer de Tibériade, qui n'est proprement qu'un lac. Elle est souvent appellée mer de sel, ou mer salée, dans l'écriture sainte: soit pour la distinguer de la mer de Tibériade, qui est douce ; soit parcequ'on y fait quantité de tel. On la nomme aussi Mer du desert, parceque tous ses environs sont déserts à cause de leur stérilité. Jofephe le nomme Lac Asphaltite, c'est-à-dire, Lac de bitume, parcequ'elle en jette beaucoup sur ses bords. Enfin son nom le plus commun est celui de Mer morte, qui lui convient fort bien, puisque ses eaux n'ont point de cours, & que les poissons y meurent aussitôt qu'ils y entrent. C'étoit autrefois une grande vallée arrosée par les eaux du Jourdain, où il y avoit plusieurs puits de bitume, avec cinq villes nommées Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboim & Ségor, lesquelles, excepté la dernière, furent brulées par des feux qui tomberent du ciel, & abîmées dans les eaux du Jourdain qui y passoit, & celles de plusieurs sources & conduits souterrains, que la justice divine y assembla pour les submerger.
Note: Non content de répéter la thèse impossible de la vallée du Jourdain, l'auteur en rajoute dans l'invraisemblance. Alors que la Genèse dit que deux villes furent détruites par le feu du ciel, Il fait s'engloutir quatre villes dans le Jourdain, et, comme c'est un peu léger, rajoute des conduits souterrains. A l'en croire, le rédacteur sait mieux que la bible comment Dieu s'y est pris. Il fut un temps où cette audace valait le bucher.
Cette vallée étoit extrêmement fertile & abondante en toutes sortes de fruits; & quelques rabbins s'imaginent qu'elle doit un jour être rétablie en son premier état, à cause de ces paroles du prophète Ezéchiel: Sodoma & filiae ejus revertentur ad antiquitatem suam; mais, comme dit Saint Jerome, le mot de Sodome marque en cet endroit les âmes pécheresses qui se convertiront à Dieu, & recouvreront leur première innocence. Le cardinal de Vitri nomme ce lac Mer du Diable. Sanut dit qu'elle est toujours couverte de vapeurs noires; & d'autres disent que ses eaux sont épaisses & puantes; cependant plusieurs voyageurs assurent qu'ils n'y ont point vu de brouillards & que l'eau y est assez claire & nette, quoique cette mer soit obscurcie par l'ombre des hautes montagnes qui l'environnent, ce qui la fait paroître noirâtre.
Note: Ezéchiel n'était finalement qu'un faux prophète, qui annonça aussi le retour au pays des tribus d'Israel. Marin Sanut n'est pas connu comme géographe, mais pour avoir composé en 1321 le liber secretorum fidelium crucis (livre des secrets des fidèles de la croix), où, dans les deux premiers livres, il explique les moyens de reconquérir la terre sainte, et dans le troisième, l'histoire de cette terre. L'ombre des hautes montagnes n'est qu'une légende, comme le prouve la photo du baigneur montrée plus haut. N'ayant pas été sur place, le rédacteur donne le même poids à tous les renseignements qu'il a pu trouver .
D'autres disent que l'eau du Jourdain passe par le milieu plus d'une grande lieue sans se mêler, & s'y conserve toujours aussi claire que de l'eau de roche; mais que dans les autres endroits de cette mer les eaux sont épaisses & noires. Ce qui est considérable, c'est que cette mer n'ayant aucune issue qu'on puisse connoître, ne grossit jamais, quoique l'eau du Jourdain y entre continuellement. Il y a apparence qu'elle se décharge par quelque conduit souterrein dans la mer Méditerranee, qui n'en est éloignée que de vingt-deux lieues.
Note: Il est exact que l'eau d'un fleuve peut parcourir des kilomètres dans une mer sans s'y mêler. mais notre rédacteur n'a pas réfléchi au principe des vase communiquant: la mer morte étant à 400 m sous le niveau de la mer, si communication il y avait, c'est l'eau de la Méditerranée qui passerait dans la mer morte, et non l'inverse.
Aux environs de la mer Morte on trouve des arbres qui portent, dit-on, des pommes fort belles à la vue, mais dont le dedans est plein d'une cendre puante & amère.
Note: Visiblement, le rédacteur connaît mal le latin, car les textes latins parlent de fruits (poma) et non de pommes.
Quelques uns rapportent qu'on y voit une grosse pierre de sel, qu'ils estiment être le corps de la femme de Lot; mais les nouveaux voyageurs ne l'ont point vue, & disent que ce monument de la justice divine ne subsiste plus. Voyez ASPHALTIDE. * Doubdan, voyage de la Terre-Sainte.

Note: Ce "quelques uns" est révélateur de la valeur des sources de l'auteur. L'article Mer Morte ne figure pas dans l'édition de 1683.
(Moreri, tome VII, p 464)

Guillaume Sanson situe Sodome et Segor
Guillaume Sanson, fils de Nicolas, et comme lui, géographe du roi, ayant été pris à partie par un géographe du dimanche, entrepris de lui répondre dans une dissertation, qui fut publiée en 1747. Ne daignant pas nommer son contradicteur, il l'appelle "son censeur".

DISSERTATIONS SUR LES VILLES DE LA PENTAPOLE,

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Les historiens et les commentateurs de la Bible, ont tenu pour constant que les villes de Sodome, Gomorrhe, Adama, Séboïm, et leur dépendances, après avoir été foudroyées du feu du ciel, leur place fut couverte de la mer morte. Cette prévention presque généralement reçue a été suivie par la plupart de ceux qui ont donné des cartes de la Terre sainte , qui s'étant persuadés que ces villes étoient submergées dans la mer morte , ont cru par conséquent qu'il étoit inutile d'en chercher la situation.
Note: C'est tout à fait exact, comme le prouvent les cartes, consultables par l'icone ci-contre, et qui montrent que de la fin du 15ème siècle, au milieu du 18ème, tous les géographes se sont copiés les uns les autres plutôt que de vérifier dans la Bible, qui n'a jamais dit que les villes punies par Yahvé avaient été englouties.
C'est ce qui m'a porté à rechercher avec exactitude tous les passages de l'Ecriture sainte qui concernent ces villes, & à les conférer avec ce qui peut se trouver dans les auteurs juifs, ecclétiastiques & profanes touchant-cette matière, & même avec les relations qui nous ont été données de plusieurs voyages de la Terre sainte.
...
1°. Notre Censeur dit que L'Ecriture sainte témoigne que les villes de la Pentapole étoient situées fur le fleuve du Jourdain.
Pour réponse il n'y a qu'à lire le douziéme verset du treiziéme chapitre de la Genese.
Abram habitavit in terra Chanaan; Lot vero moratus est in oppidis quae erant circa Jordanem, & habitavit in Sodomis.
Il est donc certain suivant la Genese, que Lot demeura aux environs du Jourdain. Je ne crois pas que jusqu'ici autre que lui ait ose dire que le mot circa signifie dessus & non pas aux environs.
...
2°. Notre Censeur veut que les cendres de ces villes, après qu'elles eurent été consumées du feu du ciel, ayent été engloûties par la, terre, & que leur place fut couverte du lac ou Mer-Morte.
S'il avoit pris la peine de lire l'Ecriture fainte avec attention, il auroit reconnu que le même Moyse qui nous a décrit l'embrasement de ces villes dans le dix-neuviéme chapitre de la Genese, parle dans le ch. 32. V. 32. Deut. de Sodome & de Gomorrhe comme de villes qui existoient de son tems, puisqu'il assure que les vignes de ceux qui n'observeront pas les commandemens de Dieu feront femblables à celles de Sodome & des fauxbourgs de Gomorrhe, dont les raisins étoient très améres, & ne donnoient pour vin que du fiel, &c.
Salomon lui auroit aussï appris dans le livre de la Sagesse, ch. 10. que les terres de la Pentapole après avoir été brulées du feu dit ciel étaient restées fumantes, & que les arbres y produisoient des fruits dans des tems incertains.
Note: Moïse parle des vignes de Sodome et Gomorrhe, comme si elles étaient passés en proverbe, ce qui ne garantit pas qu'elles existaient encore de son temps. Par contre le livre de la Sagesse dit explicitement que la pentapole est une terre désolée ou les fruits ne murissent pas, et où se dresse une colonne de sel.
Après avoir discuté de la largeur de la vallée, Sanson discute de la position exacte de Sodome et Ségor.

4. Notre Censeur prétend que Lot & sa compagnie ayant fait à pied le chemin de Sodome à Ségor dans l'espace d'un crépuscule, que ce chemin se doit expliquer une petite lieue, à cause de la délicatesse du sexe qui l'accompagnoit.
...
La Genése ch. 10. v. 19. dit que les bornes, de la terre de Canaan sont depuis Sidon. jusquà Gaza sur le chemin de Gerara, jusqu'à ce que vous veniez à Sodome & Gomorrhe & Adama & Séboïm & de-là jusquà Lésa. En appliquant la description de ces limites, sur la carte, l'on reconnoît que la région de, Canaan a les villes de Sidon & de Léza pour limites vers le septentrion, Sidon vers l'occident & Lésa vers l'orient, & que du côté du midi Gaza & Sodome lui servent de bornes, Gaza vers l'occident & Sodome vers l'orient. Sodome est ainsî la borne la plus méridionale du côté de l'orient. Cette sîtuation est confirmée par Joseph liv. 5 de la Guer. des Juifs, où il est dit que la montagne qui avoisine Jérico , s'étend vers le midi jusquà la région de Sodome & l'extrémité de la côte du lac asphaltide. La ville de Sodome étoit donc située vers l'extrémité méridionale de la côte occidentale du lac Asphaltide, & cette fîtuation de Sodome convient parfaitement à celle que le même Joseph donne à la ville de Zoar qu'il dit être en Arabie, & jusqu'où il dit que s'étend le lac Asphaltide, & comme ce lac s'étend du septentrion vers le midi , cette ville est par conséquent au midi de ce lac.
Note: Voila Sodome située, Sanson va maintenant situer Ségor.
Les Gémaristes Hyérosolimitains assurent qu'il y avoit quatre milliaires entre ces deux villes; ces milliaires ne peuvent être pris pour de simples milles pas, puisque cette partie du lac étoit de fix mille pas de traverse , au rapport de Pline, qui assure que la moindre largeur du lac avoit ce nombre de milles , & comme l'une & l'autre de ces villes sont à quelque éloignement de la côte du lac, il y aura au moins neuf à dix mille pas entre la ville de Sodome & celle de Ségor , qui feront à peu près quatre petites lieues qui répondent aux quatre milliaires que les Gémaristes assurent être entre ces deux villes.
Notre censeur néanmoins prétend qu'il ne doit y avoir entre Sodome & Ségor qu'une petite lieue, parce que chez les Hébreux le matin signifiant un tems compté du lever de l'aurore, c'est tout ce que Lot & le fexe qui l'accompagnoit ont pu faire à pied pendant ce crépuscule qu'il fixe à une heure de tems pour ce pays. Suppofé que le matin & le soir eussent un même espace de tems chez les Hébreux , n'auroit-il pas du consulter l'astronomie sur la durée de l'aurore dans ce pays , il auroit appris que l'aurore dans ce climat situé entre le 30. & 31. dégré de latitude est d'une heure & demie en été; & de plus, qui lui a dit que Lot & sa compagnie ayent fait ce chemin à pied?
Note: Judicieuse remarque, qui montre qu'on est toujours prisonnier de clichés. Toutes les illustrations de la fuite de Loth le montrent à pied. Pourtant, alors qu'il devait fuir le plus vite possible, il eut été bien bête d'aller à pied.
Loth fit avec Abraham plusieurs voyages, ils sortirent ensemble de la Chaldée pour aller à Charan , située dans la Méfopotamie , de-là ils furent à Sichem dans la terre de Canaan , puis à Béthel, ensuite en Egypte , d'où ils retournèrent à Béthel, là ils se séparerent, & Lot alla demeurer à Sodome , & Abraham s'en alla à Hébron ; & parce que la Genese ne fait point mention de quelle manière Abraham & Lot firent ces voyages , cela prouve-t'il qu'ils les eussent plutôt faits à pied que sur des montures, & qu'Abraham & Lot que l'on peut appeller de grands seigneurs, parce qu'ils avoient tant de troupeaux , de haras de chevaux , d'ânes & de chameaux, & qui ensemble avoient plus de mille domestiques & valets, ayent fait des cent ou cent cinquante lieues à pied, pendant qu'une partie de leurs valets alloient sur des montures.
...
Ainsi l'on doit être persuadé que Lot & ses filles firent le chemin de Sodome à Ségor avec quelques commodités , & qu'ainsi en une heure & demie ils firent facilement ces quatre milliaires ou lieues , quand même il seroit vrai que chez les Hébreux le matin & le crépuscule ou l'aurore eussent été la même chose.
Note: Et Sanson peut conclure:
Il est donc constant par les autorités que nous avons alléguées ci dessus, que les cinq villes de la Pentapole n'étoient pas situées sur le fleuve du Jourdain, & que bien loin que leur place fût couverte de la mer morte, après qu'elles eurent été consumées du feu du ciel, tout au contraire les villes de Sodôme & de Gomorrhe existoient , & que leurs vignes produisoient des raisins du tems de Moyse, environ 460. ans après leur embrasement, & qu'environ 900. ans après cet incendie du tems de Salomon, leurs arbres donnoient du fruit ; que la ville de Sodome se voyoit de soixante stades de circuit sous le règne de Tibère, & que les cinq villes de la Pentapole se voyoient encore du tems de Vespasien & deTite, & qu'enfin sous Constantin, c'est-à-dire, plus de vingt-deux siecles après cet embrasement, Sodome étoit épiscopale du tems du concile de Nicée.

Note: Les géographes du dimanche sont remis à leur place, et Sanson donne une cohérence géographique au texte biblique. Mais il ne s'agit toujours que du texte biblique, c'est à dire d'une histoire édifiante, n'ayant aucune valeur historique. Donc la cohérence donnée au texte biblique ne nous garantit pas que la vraie Sodome était bien à quatre lieues de Ségor.Nous savons par les auteurs anciens qu'il y eut des villes victimes d'une catastrophe sur le rivage de la mer morte. On cherche aujourd'hui ces villes sur le rivage sud-est, et dans l'ex pénisule d'El Lisan. Mais le seul auteur à donner une localisation, Strabon, parlait des environs de Masada, sur l'autre rive.
(Géographie sacrée et historique de l'ancien & du nouveau testament, 1747, tome III, p 191)

Dom Calmet économise les miracles, mais pas ses certitudes.

Dom Augustin Calmet
Dom Augustin Calmet, auteur, à partir de 1707, d'une édition de la bible en 23 volumes, parsemée de savantes dissertations, puis d'un dictionnaire de la Bible, nous sort ici une de ses dissertations qui ont fait sa réputation:

DISSERTATION SUR LA RUINE DE SODOME ET DE GOMORRHE,
Et sur la Métamorphose de la femme de Loth.

I. Deux excès à éviter à l'égard des miracles : excès de crédulité, excès de défiance.
Multiplier les miracles sans nécessité & sans fondement, & les exténuer, ou les détruire sans de bonnes preuves, sont choses également contraires à la foi & désavantageuses à la religion. L'incrédule est aussi scandalisé de la vaine créance des faux miracles, que le fidèle est choqué de la scandaleuse liberté des prétendus esprits forts qui se jouent de la religion, en niant la vérité des vrais prodiges. Multiplier sans raison les miracles, c'est ôter à la religion une de ses plus fortes preuves, en faisant douter de ceux mêmes qui sont incontestables;
Note: Dom Calmet répète ici son principe d'économie de miracles, bien qu'il s'en affranchisse parfois.
Dans l'histoire de la ruine de Sodome , de Gomorrhe & des autres villes criminelles, & dans la métamorphose de la femme de Lot en statue de sel, il y a du miraculeux & du naturel.


A gauche, selon la Genèse, la vallée du Jourdain avant le cataclysme
A droite, la probable vallée de Siddim, au sud de la mer morte.
II. Situation de Sodome et des autres villes de la pentapole.
La situation de Sodome, avant sa destruction, étoit des plus avantageuses. Moïse dit que c'étoit comme le Paradis du Seigneur, & comme le pays d'Egypte arrosé, fécond, plein & agréable : Sicut Paradisus Domini, et sicut Aegyptus.
(Genes. XIII.10.
Note: D'abord, il est imprudent de citer Moïse comme rédacteur, ensuite le passage cité est faux. Si on admet avec Genèse XIII, 10, que la vallée du Jourdain s'étendait jusu'à Coar (Ségor), il faudrait admettre que le Jourdain coulait jusqu'au sud de l'actuelle mer morte, c'est à dire qu'il coulait jusqu'au fond de son bassin, à 380 m sous le niveau actuel de la mer morte, puis remontait jusqu'à la rive sud, où il s'arrétait sans se jeter dans rien, ce qui nous fait deux absurdités d'un coup.
En fait, la mer morte existait depuis d'innombrables millénaires, et le rédacteur de ce passage la Genèse ne connaissait tout simplement pas la géographie de l'ancienne Palestine.

Il dit ailleurs qu'il y avoit dans ce canton quantité de puits de bitume : Vallis autem sylvestris habebat puteos multos bituminis (2). Or celle Vallée des bois étoit le lieu où est à présent la mer Morte, ou la mer Salée, ou le lac Asphaltite; car tout cela ne dit qu'une même chose.
Note: Il n'y a jamais eu de vallée des bois. Il s'agit de la traduction très personnelle par St Jérome de vallée de Siddim. Siddim, ou Siddiym, signifie champ, ou plaine. La vallée de Siddim, ou vallée de la plaine pourrait alors ètre la plaine prolongeant le bassin de la mer morte vers le sud sur une quinzaine de km.
Le terrain des environs de Sodome étoit tout pétri de bitume et de matière nitreuse , sulfureuse et inflammable; encore aujourd'hui on tire de la mer de Sodome une grande quantité de bitume qui est d'un grand usage dans tout l'Orient, et dont autrefois les Egyptiens se servoient beaucoup pour embaumer les corps ; les Hébreux donnoient à celte matière le nom de sel (3), et à ce lac le nom de mer Salée, ou de lac de Sel; autres circonstances qui nous serviront à expliquer l'inflammation de Sodome et des villes voisines, aussi-bien que la métamorphose de la femme de Lot en statue de sel ou en statue salée.
...
On peut assurer que toutes ces causes contribuerent à la ruine de Sodome & de Gomorrhe; la pluye de feu & de souphre qui tomba de l'air, les foudres & le feu du Ciel, les tremblemens de terre & le terrain, qui naturellement avoit une très-grande disposition à s'enflammer, étant tout paitri de bitume. On voit dans la Babylonie, une campagne qui parait toute en feu pendant le jour, à la largeur d'un arpent: (c) campus Babyloniae flagrat, quâdam veluti piscina, jugeri magnitudine. A Samosate (d) il y a un étang, qui produit un limon qui s'enflamme, & qui s'attache aux corps solides dont on l'approche, sans pouvoir s'éteindre qu'avec de la terre. Le naphte de Babylone prend feu aussi-tôt qu'on l'approche de la flamme. Il y a en Italie & ailleurs, des endroits dont la terre enflamme les matières combustibles que l'on met par-dessus.
...
Les relations de la Floride portent que près du Fort que Laudomiere, envoyé par l'Amiral de Coligni, avoit bâti, il tomba un si prodigieux coup de tonnerre & de foudre, qu'il consuma plus de cinq cens arpens de prairies arrosées d'eau, & que le feu y dura plus de trois jours.
...
Strabon (a) dit que le naphte de Babylone approché du feu l'attire à soi; & si un corps qui en en chargé est mis auprès du feu, il s'enflamme sans que l'eau puisse l'éteindre, à moins qu'on n'y en jette une grande quantité;
...
Tout cela doit faire concevoir la maniere dont Dieu brûla Sodome & Gomorrhe, par le moyen des exhalaisons sulphureuses enflammées, qui venant à tomber sur ce terrain bitumineux, le mirent tout en feu; & en ayant consumé toutes les plantes, & tout ce qui ne put pas résister à cet incendie, brûlerent même une partie de la terre, qui étoit toute pleine de cette matiere combustible; ensorte que le lendemain Abraham (b) put découvrir de la Vallée de Mambré, tout ce canton couvert d'une noire fumée , semblab1e à celle d'une fournaise allumée.
Note: Jusqu'ici Dom Calmet applique à fond son principe d'économie de miracle, et son explication est à peu près celle que nous donnerions aujourd'hui, à ce détail près qu'il n'y a alors plus besoin de Dieu, puisque le phénomène naturel suffit.
Cette plaine autrefois si belle & si fertile, étant ainsi brûlee, & le feu Souterrain y ayant causé des secousses & des tremblemens, la terre s'affaissa & se trouva en plusieurs endroits plus basse qu'auparavant; les eaux du Jourdain s'y répandirent & y contractérent les qualités qu'on remarque dans les eaux de la mer morte, nommée par les Grecs Lac asphaltite ou bitumineux; & par les Hébreux, la Mer de sel.

Note: Et voila! Pas de miracles inutiles, mais pas question non plus d'abandonner une seule assertion de la Bible. La Genèse dit que la vallée du Jourdain était fertile et s'étendait juqu'à Ségor, ce qui, comme nous l'avons vu, implique que le Jourdain ait remonté la pente. Hé bien tant pis! il suffit d'ignorer ce détail et d'inventer un affaissement du sol, et une augmentation brutale de la salinité, qui malheureusement, ressemble à un miracle clandestin.
(Calmet, tome I, p 391)

Voltaire réfute la formation de la mer morte avec la destruction de Sodome, et doute de la statue de sel:

Voltaire
La sainte Écriture parle de cinq villes englouties par le feu du ciel. La physique en cette occasion rend témoignage à l’Ancien Testament, quoiqu’il n’ait pas besoin d’elle, et qu’ils ne soient pas toujours d’accord. On a des exemples de tremblements de terre, accompagnés de coups de tonnerre, qui ont détruit des villes plus considérables que Sodome et Gomorrhe.
Mais la rivière du Jourdain ayant nécessairement son embouchure dans ce lac sans issue, cette mer Morte, semblable à la mer Caspienne, doit avoir existé tant qu’il y a eu un Jourdain ; donc ces cinq villes ne peuvent jamais avoir été à la place où est ce lac de Sodome. Aussi l’Écriture ne dit point du tout que ce terrain fut changé en un lac ; elle dit tout le contraire : « Dieu fit pleuvoir du soufre et du feu venant du ciel ; et Abraham, se levant matin, regarda Sodome et Gomorrhe, et toute la terre d’alentour, et il ne vit que des cendres montant comme une fumée de fournaise. »
Il faut donc que les cinq villes, Sodome, Gomorrhe, Séboin, Adama et Segor, fussent situées sur le bord de la mer Morte.
Note: La citation est plutôt un résumé du texte biblique, mais Voltaire pointe correctement l'incohérence géographique du texte biblique, ou le Jourdain coule jusqu'au sud de l'actuelle mer morte, et s'y arrête sans se jeter nulle part. Une incohérence que ses détracteurs ne verront pas.
(Voltaire1, article asphalte)

(81) Cette métamorphose d'Edith, femme de Loth, en statue de sel a été encore une grande pierre d'achoppement. L'historien Josèphe assure, dans ses Antiquités, qu'il a vu cette statue, & qu'on la montrait encore de son temps. L'auteur du Livre de la Sagesse dit qu'elle subsiste comme un monument d'incrédulité. Benjamin de Tudele, dans son fameux voyage, dit qu'on la voit à deux parasanges de Sodome. St. Irénée dit qu'elle a ses règles tout les mois. Aujourd'hui les voyageurs ne trouvent rien de tout cela...

Note: La Bible ne dit nulle part que la femme de Loth s'appelait Edith, et Dom Calmet n'en dit rien non plus. Voltaire semble être le premier à l'appeler ainsi. Aujourd'hui, on invoque pour ce nom, une vague tradition juive sans en donner de sources.
(Voltaire3, p 47, 48)

1783, Pingré ne mentionne une comète que pour mémoire.
  L'an 99 de la vie d'Abraham, le feu du ciel consuma Sodome et Gomorrhe; il parut alors une comète des plus effrayantes.
Halepo
(Pingré, p 246)
Note: les caractères italiques indiquent que Pingré ne juge pas ces renseignements comme fiable. quand à Halepo, il explique: C'est le nom d'un astronome de Thessalonique, qui vivoit au XVIè siècle, & que je cite d'après Wolf, centenar. XVI, p 908. Nous avons vu ce que valait les affirmations de Wolf, que d'ailleurs, Pingré juge: mauvais auteur à tous égards.

Au XIXe siècle

1826 Le réfutateur de Voltaire ferait mieux de se taire:
Enfin voici la plus grande difficulté, selon Voltaire. Comment y avait-il cinq villes si riches et si débauchées dans ce désert affreux qui manque absolument d'eau potable, et où on ne trouve jamais que quelques hordes vagabondes d'arabes voleurs? La réponse se présente d'elle-même. Ce pays était très-fertile et tres-agréable avant la catastrophe qui l'a rendu si hideux: Le pays, dit l'historien sacré, qui s'étendait jusqu'à Segor, était, avant que le Seigneur détruisit Sodôme et Gomorrhe, tout arrosé des eaux du Jourdain qui le rendaient semblable à un jardin délicieux et à l'Egypte (1).
Note: L'argument du réfutateur est d'une belle naïveté: La Bible dit que le Jourdain arrosait la plaine jusu'à Ségor, donc Voltaire à tort. Que ce soit physiquement impossible est sans valeur: la Bible le dit, donc c'est vrai.
Ici l'antiquité profane s'accorde avec nos livres saints: Strabon dit formellement que tout le territoire de Sodôme a été autrefois enflammé, que les rochers mêmes furent embrasés, que la terre s'ouvrit et que de ses entrailles il sortit des eaux chaudes et bitumineuses qui formèrent le tac qu'on voit maintenant (2). Il appuie son récit non-seulement de la tradition du pays, mais encore des traces de l'incendie qu'il avait observées sur les rochers noircis par le feu, de l'odeur infecte que le lac exhale, et de la stérilité perpétuelle à laquelle est réduit un canton qui eut autrefois jusqu'à treize villes.
Note: Notre réfutateur croit lire dans Strabon ce qui ne s'y trouve pas. Strabon ne dit nulle part que la région de la mer morte était autrefois une vallée fertile. Et en disant "on montre", il ne dit pas non plus qu'il a vu lui-même les traces.
Tacite et Solin parlent à peu près de même. On rapporte,, dit le premier, que les campagnes voisines du lac, autrefois fertiles et remplies de grandes villes, ont été embrasées par la chute de la foudre; les traces en subsistent encore, et ta terre toute brulée a perdu sa vertu productive.... Je conviendrai volontiers que des villes illustres de ce canton ont été autrefois brûlées du feu du ciel, mais je pense que le terrain et l'air qui l'enveloppe, sont altères par la mauvaise qualité des eaux du lac (I).
Ces écrivains païens assignent donc deux causes de l'état présent du canton où Sodôme était située, la chute de la foudre qui brûla le pays, et l'inflamation des eaux chaudes et bitumineuses qui, sortant de leurs réservoirs souterrains, par les crevasses de la terre ébranlée, formèrent le lac fétide qui existe aujourd'hui.
Note: Strabon parle bien de matières ignées et d'eaux chaudes, bitumineuses et sulfureuses, mais il ne dit pas que ces eaux se soient enflammées. Et il cite deux opinions: l'une disant que le niveau du lac avait monté, l'autre qu'il avait baissé. Quant à Tacite, il ne cite la fertilité de la plaine que comme une légende locale.
Ces mêmes causes sont marquées en deux mots dans la Genèse; elle nous apprend, dans le chapitre 14, qu'avant la subversion de Sodôme, la vallée de Siddim, a l'entrée de laquelle cette ville était située, contenait plusieurs sources de bitume; et dans le chapitre 19e, que Dieu fit tomber sur ce terrain une pluie de feu et de soufre. On comprend aisément que la chute du feu du ciel sur un terroir bitumineux, dut l'embraser, y causer des explosions qui ouvrirent la terre, et firent sortir des cavernes, où le Jourdain se perdait, les eaux et le bitume qui y étaient renfermés.
Note: Voila bien des âneries géologiques en une seule phrase.
On comprend que la chute du feu du ciel sur un puits de bitume, puisse l'embraser, mais cela ne fait jamais qu'un incendie de puits de bitume. Les incendies de puits de pétrole ou de gaz n'ont jamais provoqué de séisme.
Ensuite, le réfutateur voudrait que des fissures s'étant ouvertes, l'eau jaillisse des cavernes où le Jourdain se perdait. Et voila pourquoi le Jourdain coulait jusu'à Ségor: au bout de son cours, il se perdait dans des cavernes, et ceci bien sûr depuis la création du monde. Mais alors:
Pourquoi n'a-t-on jamais trouvé de traces de ces immenses cavernes au sud de la mer morte?
Pourquoi ces cavernes n'ont elles jamais débordé, alors qu'étant situées à des centaines de mètres sous le niveau de la mer, l'eau ne pouvait s'en écouler?
Pourquoi l'eau du Jourdain, qui jusque là, obéissait à la gravitation universelle, en coulant vers le bas, s'en affranchissait elle arrivée au fond de l'actuelle mer morte, pour remonter vers la rive sud, et pourquoi s'en est elle affranchie une nouvelle fois en remontant des cavernes jusqu'à la surface? Pour la brusque remontée, les théologiens peuvent toujours invoquer un miracle, mais ils n'ont pas l'habitude d'invoquer des miracles permanents. Si l'eau d'un fleuve remonte une pente en permanence, ce n'est pas un miracle, mais une absurdité.
Pourquoi l'eau douce du Jourdain s'est elle brusquement saturée en sel?
Visiblement, notre réfutateur ne s'embarrasse pas de vraisemblance. Aussi absurde soit elle, cette hypothèse conforte la Bible, et réfute Voltaire. Elle est donc bibliquement vraie. Ben voyons...

Que le philosophe vienne maintenant nous dire que ce lac devait exister et former le dégorgement du Jourdain,
Note: Il n'y a pas que le philosophe. Ce sont maintenant tous les géographes, géologues et géophysiciens qui sont d'accord là dessus. Honte à vous, réfutateur du dimanche.
(Clémence, p 105-107)

1828 Malte-Brun pratique un syncrétisme d'un autre age:

Malte-Brun
A l’orient de la Judée, deux âpres et arides chaînes de montagnes enferment, entre leurs murailles noirâtres, un long bassin creusé dans des terres argileuses , mêlées de vastes couches de bitume et de sel gemme. Les eaux qui recouvrent cet enfoncement, imprégnées de sel, se chargent encore d’acide marin et d’acide sulfurique; ces eaux tiennent en dissolution une quantité de sulfate de chaux et de muriate de chaux, de magnésie et de soude, égale au quart de leur poids (3). L’asphalte, ou bitume de Judée, s’élève de temps à autre du fond du lac, flotte sur sa surface, et est recueilli sur les rivages. Autrefois on allait en nacelle ou en radeau le chercher au milieu du lac; aucun voyageur n’a pensé à y naviguer, ce qui pourtant serait le meilleur moyen de l’explorer. D’après la plupart des témoignages, il ne vit dans ce lac ni poissons ni coquillages; une vapeur malsaine s’en élève quelquefois , et ses rives, affreusement stériles , ne retentissent des chants d’aucun oiseau.
Note: Jusqu'ici, l'auteur compile des renseignements de valeur diverses.
Il paraît que le bassin de la mer Morte était jadis une vallée fertile, en partie suspendue au-dessus d’un amas d’eaux souterraines, en partie composée de couches de bitume : le feu du ciel alluma ces matières combustibles; les terres fertiles s’écroulèrent dans l’abîme souterrain;
Note: Ce "il parait" n'annonce qu'une synthèse absurde de théories pourtant réfutées du vivant de l'auteur.
les villes de Sodome, de Gomorrhe et autres, construites peut-être en pierres bitumineuses, devinrent également la proie de ce vaste incendie. C’est ainsi que la géographie physique aime à concevoir les révolutions dont ces lieux, selon Moïse, ont dû être le théâtre.

Note: On s'accorde à vanter l'ingéniosité de cette hypothèse, moins réfutable que l'engloutissement.
(Malte-Brun, tome II, p 234)

1836 Wagenfeld aurait retrouvé une autre version dans la traduction des livres de Sanchoniathon, par Philon de Byblos.:
Quel dommage que nous n'ayons pas de textes écrits par des historiens plus de mille ans av JC. Or Il aurait existé un tel historien: le Phénicien Sanchoniaton, dont l'oeuvre nous serait connu par sa traduction en grec par Philon de Byblos. Malheureusement les oeuvres de Philon ont elle même disparu, et nous ne sont connues que par des citations d'Eusèbe de Césarée. On comprend l'intérêt qu'éveilla la publication par Friedrich Wagenfeld d'une traduction en allemand de manuscrits disparus de Philon de Byblos, censés être une traduction en grec de neuf livres de Sanchoniathon. Ces précieux manuscrits auraient été retrouvés dans un couvent du Portugal. Malheureusement, après avoir publié son livre, Wagenfeld ne montra jamais les originaux de ces fameux manuscrits, et il fut bientôt admis que son livre n'était qu'une supercherie. Aujourd'hui, on n'est même pas sûr de l'existence de Sanchoniathon, qui pourrait avoir été inventé par Philon. Le livre de Wagenfeld fut tout de même traduit en français, avec en préface, une sévère mise en garde.
Voici le passage concernant Sodome.

§ 2. Histoire D'amorius. Chap. 3-7.
Ensuite vient l'histoire d'Amorius et de ses fils, les Emorites ou Amorites (1), puissante peuplade phénicienne, établie dans le midi du Chanaan, et à l'orient du Jourdain. Tout ce récit ne repose que sur des traditions populaires, tandis que les deux chapitres précédents sont empruntés aux anciens livres des Cabires ou au livre de Taaut. Aux renseignements qu'il donne sur l'origine des Amorites, l'auteur joint quelques détails sur la mer Morte, dont la nature merveilleuse avait donné naissance chez les anciens à beaucoup de conjectures, qui, malgré leurs différences, s'accordaient toutes sur ce point, que le sol imbibé d'huile de naphthe, ayant été embrasé par le feu du ciel ou par les rayons du soleil, s'était englouti, et avait détruit presque entièrement les habitants de la contrée.
Note: Nouvelle originalité que ce naphte embrasé par les rayons du soleil, mais comme il provoque un engloutissement, l'hypothèse tient debout comme un homme ivre sur une plaque de verglas pendant un tremblement de terre.
Le mythe représente ceux qui avaient échappé à la destruction générale comme protégés spécialement par la Divinité, ce qui, d'un autre côté, nous ramène naturellement à l'idée d'un châtiment, dont la justice divine voulut punir les crimes de ceux qui avaient péri, et la même idée se retrouve dans le récit de cet événement , que nous a conservé la Genèse ( chap. 29 ).
Note: Il s'agit du chapitre 19, et non 29, mais c'est peut être une coquille.
Après l'énumération des descendants d'Amorius, et le récit de la fondation d'Aradus (2), l'auteur continue en ces termes: Amorius demeurait avec son fils Sidimus, qui bâtit la ville de Sidumia dans une vallée fertile, appelée d'après lui la vallée de Sidimus.
Note: L'auteur explique du même coup les appellations de Siddim, pour la vallée, et de Sodome, pour la ville.
Aux environs de cette ville, il y avait de nombreuses sources d'asphalte, où Amorius recueillait le bitume, qu'il vendait à des caravanes égyptiennes, et qui devint pour lui une source de richesses. Des hommes de l'Egypte, qui pour se soustraire aux malheurs de la guerre avaient fui leur pays, rencontrèrent l'une de ces caravanes, et, comme ils ignoraient le chemin, ils la prirent pour guide, et arrivèrent ainsi dans la vallée de Sidimus, où Amorius leur assigna un terrain ingrat, que les Égyptiens, à force de travail, parvinrent à féconder. Bientôt la différence des cultes amena des différends entre eux et les indigènes. Peut-être même ne fut-ce qu'un prétexte qu'Amorius saisit pour satisfaire sa cupidité.
En effet, entre autres objets précieux, les Egyptiens avaient apporté avec eux deux taureaux sacrés, en or,de la longueur d'un doigt ( âaxruXiawvç), et dont les yeux étaient faits de pierres précieuses. A cette nouvelle, Amorius se mit en route pour aller trouver les Egyptiens, et, voyant qu'ils avaient érigé un temple aux taureaux, il les en blâma sévèrement, et leur reprocha de provoquer sur toute la contrée le courroux des dieux indigènes, en introduisant de nouveaux dieux. Il demanda qu'on lui livrât les taureaux, promettant aux Egyptiens de leur envoyer en échange Kronos, Baaltis et Pontos. Mais les Égyptiens s'y refusèrent, et partirent dans la nuit pour se réfugier à l'est, dans le pays qu'arrose l'Euphrate, chez les ennemis d'Amorius. Celui-ci se mit à leur poursuite, et les atteignit le jour même : il tua les hommes, mais ramena leurs femmes, leurs enfants et leurs trésors dans la vallée de Sidimus. Or, ce fils dénaturé, à la vue des richesses de son père, devint jaloux, et l'en dépouilla de vive force. Il s'empara aussi de l'exploitation lucrative de l'asphalte, et chassa son père de la vallée. De tous ses trésors, Amorius n'avait sauvé que les deux taureaux en or, avec lesquels il se réfugia chez son autre fils, Chittius. Dans sa fuite, peu s'en fallut qu'il ne pérît de faim ; alors, s'abandonnant au désespoir, il pria Pontos de punir son fils Sidimus, l'auteur de son malheur. Pontos exauça sa prière, et dit : Je veux le punir par la cause même de son crime. En conséquence, il mit le feu à l'asphalte, et la flamme dévora Sidimus, ses enfants, ses bestiaux, ses trésors, et personne n'échappa à la destruction générale. La vallée de Sidimus fut engloutie, et devint une mer qui fume éternellement , et ne nourrit point de poissons, et offre ainsi un monument de la vengeance divine.
Note: Ce récit de la catastrophe reproduit à peu près celui de la Genèse, en remplaçant Yahwé par Pontos. Mais elle va plus loin dans l'invraisemblance, en faisant s'engloutir la ville, et en transformant la vallée en mer, ce que disent les interprètes de la Genèse, mais non la Genèse elle même, et qui est absurde. Ceci nous confirme que ce récit est une invention moderne, inspirée par la mythologie de l'époque.
(1) En hébreu ils sont appelés Emori.
(2) Au sud du Chanaan. Il ne faut pas confondre cette ville avec Aradut, ville maritime de la Phénicie.

(Wagenfeld, p 114)

1851. Un voyageur moderne à la recherche de Sodome.

VOYAGE DE M. DE SAULCY
AUTOUR DE LA MER MORTE

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Au commencement du mois de janvier 1851, M. de Saulcy, accompagné de quelques amis, et escorté par le cheykh Hamdàn, des Arabes Tâamery, partit de Jérusalem avec des recommandations du patriarche grec pour le supérieur du Deyr Mâr-Sàba, situé à environ 3 lieues à l'est sur le Cédron (Ouàd en-Nàhr); à une distance pareille, dans la même direction, la caravane atteignit l'embouchure du Cédron, c'est-à-dire la mer Morte. Là , on est frappé d'un spectacle imposant : cet immense bassin s'étend au sud bien au delà de la portée de la vue; la mer a environ 17 lieues de long; sur ses bords, on trouve du soufre et du bitume ; pas un être vivant n'existe dans ses eaux; l'eau est très-limpide, mais trés-amère et fortement salée, sans exhalaison malsaine. Des roseaux et des tamarins en occupent les bords. On campa ensuite dans le ravin Ouâd-Haçaça, prés d'Âyn-Djedy (Engaddi de la Bible), où se trouvent une source et une belle végétation. Là il fallut se procurer la protection d'un autre chef d'Arabes , le cheyk Abou-Dâouk , des Djahalin. Djedy renferme les ruines d'une ville très-ancienne et très-grande, avec des champs de rocailles brûlées, des asclépias et des solanées. Le lendemain l'on arriva à Sebbeh el-Massada. Ici la plage est couverte de monticules de cendres d'un gris verdàtre. Le soir on arriva à Ouâd-Maiet-Embareq, vallée très-fraîche et d'une végétation luxuriante, avec des ruines romaines et un castellum. Cette localité est remarquable par plusieurs cratères et des coulées de laves; le lendemain , Djebel-Esdoum (la Montagne de Sodome), appelée aussi Djebel el Melehh (la Montagne de Sel); non loin de là, les restes d'une, grande ville, Kherbet-Esdoum (ruines de Sodome) ; puis les ruines de Sonera, que M. de Saulcy considère comme Zoar ou Ségor de la Bible : Kiepert, dans sa Carte de Palestine , a supposé Zoar bien loin de là. Sodome, selon notre voyageur, a dû être renversée de fond en comble par l'effet du soulèvement qui a fait surgir la Montagne de Sel, longue de 3 lieues , large d'une lieue, et haute de plus de 100 mètres, à la suite d'une éruption volcanique qui a laissé pour traces d'immenses dépôts de scories et de cendres ; on trouve, dit M. de Saulcy, parmi les décombres, des restes de murs cyclopéens. On était arrivé a l'èxtrémité sud de la mer Morte.

Note: On peut essayer de suivre le périple de M. de Saulcy sur les cartes d'époque ci-jointes. Il a longé la cote ouest de la mer morte, et y a trouvé selon l'endroit, du soufre, du bitume, des cendres, des rocailles brulées, des cratères, des coulées de lave, et des ruines. C'est à peu près ce que dit Stabon.
(Bulletin de la société de géographie. quatrième série, tome deux, 1851, jui-déc, p 51)

Au XXe siècle

1959. Matest Agrest invente la théorie des anciens astronautes.
Il faut rendre à César ce qui lui appartient. Ce n'est pas Erich Von Daniken, ni Robert Charroux ni Peter Kolosimo qui sont les précurseurs de la théorie des anciens astronautes. C'est le professeur Matest Agrest, dans un article publié en 1959.


Agrest, le précurseur.
Matest Mendelevitch Agrest est né en 1915 dans une famille religieuse juive de Biélorussie. Travaillant à l'usine le jour, et s'instruisant le soir, il obtient son diplôme de rabbin, et finit par entrer à l'université de Léningrad. Puis il part étudier à Moscou, où il rencontre Josef Chklovsky. Après la guerre, il travaille en 1948 pour le projet atomique russe. C'est la guerre froide. Licencié en 1951 sans raison avouée (juif?), il reçoit l'aide de Sakharov. Ayant trouvé du travail dans un institut d'Abkhazie, il s'interroge sur la guerre nucléaire, sur la vie extraterrestre, sur l'utilité de la terrasse de Balbeck, sur la signification réelle de certains passages de la Bible. Selon lui, les géants cités dans la Genèse étaient des personnages tombant du ciel. En juillet 1959 il écrit un article exposant ses idées qu'il transmet au service de la propagande du Comité régional Abkhaze du Parti communiste. Invité à faire une conférence, il reçoit de vifs applaudissements. L'influent académicien Kourtchatov, lui propose d'en publier un résumé dans «les Exposés de l'Académie des Sciences». Kourtchatov meurt, mais Agrest remarque qu'il circule de nombreuses copies de l'article qu'il lui avait remis. Et c'est ainsi que le 9 février 1960 parait dans la Literaturnaya Gazeta, un article expliquant sa théorie, par Mikhaïl Tchernenko et Valentin Ritcha intitulé: «les Traces conduisent à l'espace?». Le succès est foudroyant. Tous les médias (jusqu'à "l'auto journal") se mettent à parler de l'étonnante hypothèse. Si Chklovsky et Sagan s'intéressent à l'hypothèse (ils changeront d'avis plus tard), on est sceptique en URSS, mais enthousiaste à l'Ouest. La "théorie des anciens astronautes" est lancée.
(Source, en russe)
En 1961, dans un ouvrage collectif intitulé Le fantastique et l'insolite sur terre et sur mer, il publie Les cosmonautes de l'antiquité. Ce chapitre sera traduit en français dans la revue Planète.


Des cosmonautes dans l'antiquité?
Note: Avant de citer les passages sur Sodome et Gomorrhe, nous en extrayons qui nous montrent ce que vaut la théorie d'Agrest.

Planète n° 7.
Il est établi d'autre part que des informations détaillées et précises sur l'astronomie existaient dans l'antiquité bien avant l'invention d'instruments appropriés. Les satellites de Mars étaient connus avant leur observation en 1877 +.
Note: la rédaction de Planète commente:
+ avant 1877
Il semble, en particulier, que les Sumériens aient connu les satellites de Mars; ceux-ci sont décrits dans « les Voyages de Gulliver ».
Au XVIIIe siècle, l'astronome français Bailly en suggère l'existence. Leur découverte officielle ne date pourtant que de 1877.

Note: Il faut vraiment être journaliste à Planète pour écrire que les sumériens connaissaient les satellites de Mars. Ceux ci ont été imaginé pour la première fois par Képler, pour une raison de progression géométrique (Terre, 1 satellite, Mars, 2, Jupiter, 4), qui lui paraissait nécessaire à l'harmonie du monde. il crut que Galilée les avait découvert en tentant de décrypter un anagramme qui n'annonçait que l'observation de Saturne, vue triple. En 1643, le père de Rheita crut même les observer. Plus tard, Swift, puis Voltaire, puis Titius, reprendont cette hypothèse de Képler. Mais aucun n'imaginait que les vrais satellites de Mars fussent aussi minuscules.


Le célèbre astronome et mathématicien allemand Gauss, dans son cours de théorie astronomique de 1819, admettait l'hypothèse d'une civilisation disparue ayant eu de prodigieuses connaissances en astronomie.
Note: Gauss n'a rien publie en 1819. En 1809 il publie: Theoria motus corporum celestium (en latin), où il écrit dans la préface:
"nec mediocriter sublevabant hunc laborem motus planetarum medii summa jamdudum praecisione per observationes antiquissimas determinati."
Et ils n'allégeaient pas médiocrement ce travail du mouvement moyen des planètes déterminé depuis longtemps avec la plus grande précision par de très anciennes observations.
Ce "ils" fait référence à Tycho Brahé et Képler, qui pour la révolution moyenne des planètes pouvaient se baser sur les travaux de Ptolémée, eux mêmes basés sur au moins cinq siècles d'observations alexandrines. Entre les astronomes alexandrins faisant des mesures à quelques minutes d'arc près, et une civilisation disparue ayant des connaissances prodigieuses, il y a un gouffre.

...
Je ne peux, par ailleurs, m'empêcher de constater que la description de la destruction future de Sodome et Gomorrhe fait penser singulièrement à un avertissement relatif à une explosion nucléaire. Les habitants sont prévenus de l'onde de choc, de l'éclair, de la radiation pénétrante. On leur indique qu'une couche épaisse de terre les protégera, qu'une colonne de feu et de fumée va s'élever, que la région restera inhabitable pendant un long temps après l'événement (à cause de la radio-activité?).
Note: Manifestement, et c'est bizarre pour un juif, diplomé rabbin de surcroît, Agrest n'a pas lu la Bible: Les habitants de Sodome et Gomorrhe ne sont prévenus de rien du tout. Les deux "anges" de Yahvé préviennent Lot qu'ils vont détruire la ville, sans donner de détails, emmènent Lot hors de la ville, et lui enjoignent de se sauver dans la montagne sans s'arrêter.
...
L'ESSENTIEL DE MON HYPOTHÈSE
A une époque lointaine mais historique, un vaisseau cosmique interstellaire s'est approché de la Terre. A une altitude de 36000 kilomètres au-dessus de la Terre, pour une orbite de 24 heures, ce vaisseau a réduit sa vitesse jusqu'à 3 km par seconde pour se satelliser et, coupant ses réacteurs, s'est mis à tourner autour de la Terre comme un satellite artificiel, avec une période de rotation de 24 heures. Les astronautes ont commencé à explorer la Terre à l'aide de projectiles explosant sur des points précis. C'est le choc de ces projectiles qui a causé les tectites. L'astronef a été observé et a donné naissance aux légendes d'iles volantes et de tours volantes.
Note: Sur une telle orbite, l'engin est à 30 000 km de la surface terrestre. Sachant que la planète Vénus est vue comme une petite tache lumineuse de trois minutes d'arc, pour qu'on voit une forme à l'engin, il faut au minimum que dans sa plus grande longueur, il en fasse six, ce qui correspond à plus de 50 km à cette distance. Agrest ne semble pas plus avoir fait le calcul, qu'il n'a lu la Bible.
Les astronautes ont ensuite débarqué sur Terre dans des fusées auxiliaires. Ils furent considérés comme des dieux. Ils apportèrent à la Terre des éléments de leur culture, notamment des informations sur l'univers. Des légendes sur les fils des dieux descendus du ciel se sont perpétuées depuis:
mythologie grecque, mythologie chinoise et surtout mythologie de l'Amérique du Sud. Le savant vénézuélien R.S. Rovello m'a communiqué un grand nombre de légendes sud-américaines très précises. Les astronautes ont ensuite exploré la Terre et le système solaire en partant de la Terre.
Note: Ce qui signifie que ces astronautes venaient de lointains systèmes stellaires. Pourquoi ont ils choisi la Terre en premier, puisqu'ils ne pouvaient savoir qu'elle était peuplée?
Ils ont fabriqué des carburants nucléaires à partir des matériaux terrestres; ils ont construit des plates-formes de lancement, des magasins de stockage. Ils ont ensuite laissé des monuments pour commémorer leur présence: la terrasse de Balbek est-elle un de ces monuments?
Note: pourquoi auraient ils laissé des monuments? Pourquoi la terrasse de Balbeck et pas Sronehenge? Pourquoi n'ont ils pas laissé des traces tangibles de leur savoir, qui soient compréhensibles par les générations futures?
Est-ce que ce sont les astronautes qui ont amené sur Terre, des milliers d'années avant notre civilisation, les connaissances précises sur l'univers qui figurent dans les traditions? +
Note: la rédaction de Planète commente:
+ les connaissances qui figurent dans les traditions?
D'après Agrest, ce sont les astronautes qui auraient donné le calendrier aux Mayas, ce qui expliquerait que ce calendrier plonge à des millions d'année dans le passé.
Note: Le calendrier maya comprend de nombreuses unités de temps, reliées par un système vigésimal, en sorte que la plus grande, le hablatun, fait 20^7 ans, soit plus d'un milliard d'année. Mais en fait le calendrier maya démarre en 3114 av.J.C. Il n'a donc rien d'extra-historique.
Ce sont eux qui seraient les Seigneur dedzyan de la tradition indienne qui ont apporté sur la Terre le feu, l'arc et le marteau.
Note: quelles prodigieuses inventions! Bizarre qu'elles soient apparues un peu partout à l'aube de chaque civilisation.
Ce sont eux qui auraient fourni aux Dogons de l'Afrique les informations que ceux-ci possèdent sur le compagnon obscur de Sirius.
Note: Le contenu de la cosmogonie des Dogons se trouve curieusement dans trois livres de Camille Flammarion, et n'a été divulguée en France qu'à partir de 1950, pour ce qui est de Sirius. Mais il s'agit d'un cas de contamination culturelle comme l'explique Thierry Lombry.
Ce sont eux qui auraient informé les peuples de la Méditerranée de l'existence de la dixième pléiade, invisible à l'oeil nu.
Note: Agrest ne sait même pas compter: il s'agit de la septième Pléiade. Les six premières, Alcyone, Atlas, Électre, Maïa, Mérope et Taygète sont assez immédiatement visibles. La septième, Pléione, proche d'Atlas n'est pas immédiatement visible, d'où la légende grecque qu'une des Pléiades se cacha de honte. Mais c'était Mérope, ce qui laisse penser que les grecs ne classaient pas les Pléiades comme nous.
Ce sont eux qui auraient fait savoir qui la planète Mars est desséchée et Vénus un énorme océan.
Note: qui auraient fait savoir à qui? Et pour Vénus, c'est complètement faux.
Ce sont eux qui auraient informé que la planète Saturne ressemble à l'atome.

Note: encore une fois, informé qui? Et quel intérêt d'être informé que Saturne ressemble à un objet dont on ignore tout (et en plus, c'est encore faux)

Durant leur séjour, les astronautes ont du procéder à une série d'explosions nucléaires. Ces explosions ont probablement eu un but scientifique. Les astronautes ont pu également vouloir détruire des réserves de carburant nucléaire afin qu'elles ne tombent pas entre les mains d'ignorants. Ils ont du avertir de ces explosions les populations, d'où les thèmes de Sodome et Gomorrhe et toutes les légendes semblables que l'on retrouve autour de la mer Morte +
Note: la rédaction de Planète commente:
+ autour de la mer Morte
Ces explosions auraient eu pour but, selon cette hypothèse, d'étudier la structure de la Terre, grâce à des séismes artificiels. Cette technique est main tenant courante. On envisage de l'appliquer sur la Lune.

Note: Toutes ces légendes n'en font qu'une seule rapportant la destruction de plusieurs villes au sud-est de la mer morte. Et nous avons vu que, selon la Bible, les habitants ne furent pas prévenus.

- Les astronautes ont ensuite quitté la Terre en emmenant un terrien avec eux. Ce départ a laissé un souvenir impérissable qui persiste encore dans les textes de la Bible sur Enoch.
Note: Voici ce que la Bible dit de la vie d'Hénoch, père de Mathusalem (Genèse, 5)
23 Toute la durée de la vie d'Hénoch fut de trois cent soixante-cinq ans.
24 Hénoch marcha avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l'enleva.

C'est léger, comme preuve d'un enlèvement extraterrestre. Et surtout, c'est absurde, car selon la Bible, Hénoch disparut plus de mille ans avant la destruction de Sodome et Gomorrhe!


PROJET DE VÉRIFICATION EXPÉRIMENTALE
Il faut reconnaître que les mythes et légendes sont susceptibles de diverses interprétations. Certains des faits que nous citons n'ont peut-être pas de rapport avec des visites extraterrestres. Mais, dans l'ensemble, les problèmes que je pose ne me paraissent pas absurdes et voici le programme que je suggère pour la vérification expérimentale de mes hypothèses:
1 Rechercher dans la région de la mer Morte des traces d'isotopes radio-actifs caractéristiques de l'explosion nucléaire et notamment Si 32, Ti 44, Mn 50, V 53, Pu 239. Rechercher également si, dans les manuscrits de la mer Morte, on ne trouve pas d'indications sur les visites extra-terrestres.

Note: Voila enfin une idée intelligente. Mais ce projet de vérification, au fil des retranscriptions va se transformer en découverte effective de traces de radioactivité, et de passages révélateurs dans les manuscrits de la mer morte.
(M.Agrest, Des cosmonautes dans l'antiquité? , PLANETE N° 7,- nov-déc 1962, p 39 à 44)

Après ce que nous venons de lire, il est clair qu'il n'y a quasiment rien de vrai dans les affirmations d'Agrest. Mais la théorie d'Agrest explique les mystères du passé, par la technique à la toute dernière mode de l'époque: voyages spatiaux + explosions atomiques. Cela explique à la fois son succès, et son invalidité, car à toutes les époques, on a prétendu expliquer les anciens mystères avec les dernières théories à la mode. Aujourd'hui plus personne n'oserait expliquer les OVNI par des dragons volants, comme c'était la mode au XVIe siècle.

1960 Pauwels et Bergier fondent le réalisme fantastique:

le livre fondateur

le livre de Wollheim

le vrai Phobos
Des êtres, des habitants de l'Ailleurs, sont ils déja venus nous visiter? Il est hautement probable que des planètes ont reçu des visites.
...
Plusieurs savants dignes de foi pensent que le satellite de Mars, Phobos, serait creux. Il s'agirait d'un astéroïde artificiel, placé en orbite autour de Mars par des intelligences extérieures à la Terre. Telle était la conclusion d'un article de la sérieuse revue Discovery de novembre 1959. Telle est aussi l'hypothèse du professeur soviétique Chtlovski, spécialiste de radio-astronomie.
Note: Cette hypothèse d'un Phobos creux, a été très sérieusement évoqué par Chlovsky, en 1959, pour expliquer le freinage atmosphérique trop important. Mais l'hypothèse de Phobos comme satellite artificiel avait déja été lancée en 1955, par Donald A. Wollheim, un pionnier de la Science-fiction, dans The Secret of the Martian Moons. L'hypothèse sombra dans les oubliettes en 1971, avec les photos de Mariner 9.
...
Dans une retentissante étude de la Gazette Littéraire de Moscou de février 1960, le professeur Agrest, maître ès sciences physico-mathématiques, déclarait que les tektites, qui ne pourraient s'être formées que dans des conditions de température très élevée et de radiations nucléaires puissantes, sont peut-être des traces d'atterrissage de projectiles sondes venus du cosmos. Des visiteurs, il y a un million d'années, seraient venus. Pour le professeur Agrest (qui n'hésitait pas, dans cette étude, à proposer d'aussi fabuleuses hypothèses, montrant ainsi que la science, dans le cadre d'une philosophie positive, pouvait et devait s'ouvrir aussi largement que possible à l'imagination créatrice, aux suppositions hardies) la destruction de Sodome et Gomorrhe aurait été due à une explosion thermonucléaire provoquée par des voyageurs de l'espace, soit volontairement, soit par suite d'une destruction nécessaire de leurs dépôts d'énergie avant leur départ pour le Cosmos. On lit dans les manuscrits de la mer Morte cette description :
« Une colonne de fumée et de poussière s'éleva, semblable à une colonne de fumée qui serait venue du cœur de la terre. Elle versa une pluie de soufre et de feu sur Sodome et Gomorrhe et détruisit la ville, la plaine entière, tous les habitants et la végétation. Et la femme de Loth se retourna et se transforma en statue de sel. Et Loth vécut à Tsoar, puis il s'installa dans les montagnes, parce qu'il avait peur de rester à Tsoar.
« Les gens furent avertis de quitter les lieux de la future explosion, de ne pas s'attarder dans les endroits découverts, de ne pas regarder l'explosion et de se cacher sous la terre... Ceux des fugitifs qui se retournèrent furent aveugles et moururent. »

(Pauwels1, p 377 à 379)
Note: Visiblement, ces messieurs n'ont pas lu la Bible non plus, quand à Jacques Bergier, il a du comme d'habitude mélanger dans sa mémoire ce qu'il avait lu à grande vitesse. C'est bien dans le texte de la Genèse, et non dans les fragments des manuscrits de la mer morte, qu'on trouve ces passages, par ailleurs outrageusement trafiquées. Il suffit de comparer avec les vrais versets de la Bible, cités plus haut.

1963 Charroux met au conditionnel la théorie d'Agrest, qu'il a lu dans Paris Presse:

Robert Charroux
L'écrivain Robert Grugeau, pionnier de l'archéologie fantastique, nous est plus connu sous le nom de Charroux, du nom d'une commune de la Vienne, où, prétendait il, chaque habitant avait un trésor. Déjà auteur de Trésors du monde, en 1962, il se lance vraiment dans l'archéologie fantastique en 1963, avec Histoire inconnue des hommes depuis cent mille ans. Mais pour nous parler de Sodome et Gomorrhe, il doit se contenter de ce qu'il a lu dans le journal.

Le professeur russe Agrest, dans la Literatournaïa Gazeta, se référant à des données archéologiques et à d’anciens textes esséniens, s’est franchement prononcé pour une science inconnue, révélée par des astronautes préhistoriques.
Ces visiteurs seraient venus sur terre, il y a un million d’années, et auraient posé leur fusée – ou leur soucoupe volante – dans la région du Moyen-Orient.
Agrest, mathématicien et physicien renommé en URSS (nous ne faisons pas nôtres pour autant toutes ses théories aventureuses), appuie son hypothèse sur une citation des Manuscrits de la mer Morte : Des hommes sont venus du Ciel et d’autres hommes ont été enlevés à la Terre et emportés au Ciel. Les hommes tombés du Ciel sont demeurés sur la Terre longtemps après la venue du Fils de Dieu.
Note: il ne semble pas s'agir d'une citation, mais d'un résumé de ce qu'Agrest a cru trouver dans certains passages - non indiqués - des manuscrits de la mer morte. On n'y trouve d'ailleurs rien de convaincant, sauf à supposer, comme Agrest, que "géant" signifie "extraterrestre"

Le livre de Charroux
Dans la Bible il relève ce qui a trait à la destruction de Sodome et de Gomorrhe : Enfuis-toi si tu veux être sauvé et ne te retourne pas. Ne t’arrête pas. Cours jusqu’au bout de cette plaine et va dans la montagne, si tu ne veux pas mourir.
Et Loth répondit : Je ne pourrai pas atteindre la montagne, parce que le mal pénétrera mon corps et me tuera.

Analysant ce passage de la Bible, Agrest assure : « Il est clair qu’il est question d’une explosion nucléaire, ce que semble prouver la suite du texte. »
Il est dit en effet :
Une colonne de fumée et de poussière s’éleva, semblable à une colonne qui aurait surgi du cœur de la Terre.
Et elle versa une pluie de soufre et de fer sur Sodome et Gomorrhe et détruisit la ville, la plaine entière, tous les habitants et la végétation.

Si l’on met à part la date de un million d’années, qui est hors de vraisemblance, la théorie n’est pas absurde.
Note: Charroux n'a pas lu l'article original, et il est probable que le million d'années est une erreur de traduction. Dans l'article de Planète, il s'agit bien de l'époque historique.
Agrest poursuit en donnant les raisons de cette atomisation où il substitue les astronautes aux Anges Exterminateurs.
« Les visiteurs planétaires, dit-il, voulurent avant de quitter la Terre, détruire leur stock nucléaire, mais auparavant ils recommandèrent aux habitants de la région de ne demeurer ni dans la ville ni en terrain découvert, de se cacher sous terre et de ne pas regarder l’explosion. La déflagration fut accompagnée de la colonne de fumée caractéristique (le champignon atomique) et les retombées radioactives tuèrent la végétation et les gens.
« Les survivants, comme Loth et ses filles, qui avaient cherché un abri dans des cavernes, durent se sauver plus loin encore 1
1 Paris Presse 12-2-60

Note: Apparemment, Charroux n'a pas lu la Bible non plus, car il ne relève pas que les affirmations d'Agrest, ne correspondent pas au texte biblique.
(Charroux1, p 171)

Mais dans son livre suivant, Robert Charroux rabaisse Agrest au rang d'un journaliste ayant de l'imagination:
Le journaliste scientifique russe Agrest, se référant à des textes des « Manuscrits de la mer Morte », a relevé la transcription ci-après :
Des hommes sont venus du ciel et d'autres hommes ont été enlevés à la Terre et emportés au ciel. Les hommes venus du ciel sont demeurés longtemps sur Terre.

(Charroux2, p 130)
et plus loin:
La plus grosse pierre taillée du monde, la « Hadjar el Gouble », fut laissée sur place par les Bâaviens comme témoignage de leur venue sur Terre et de leur connaissance de la lévitation (1).
(1) Cette hypothèse est due à l'imagination du journaliste russe Agrest !

(Charroux2, p 372)
Mais pour bien montrer qu'il n'a rien à envier à Agrest en matière d'imagination, Charroux nous assène une de ces magistrales âneries dont il a le secret:
Sans doute est-il intéressant de noter que Las Vegas, la honteuse cité américaine du vice, du jeu et des « machines à sous », est sur le 36e parallèle, et que Sodome et Gomorrhe, les honteuses cités antiques - atomisées ou réduites en cendres par le « feu du ciel » - , étaient sur le 32e parallèle, soit le même en tenant compte des fluctuations du pôle magnétique !
(Charroux2, p 73)
Note: Les coordonnées géographiques n'ont rien à voir avec le pole magnétique, les habitants de Las Végas peuvent dormir tranquilles.

1964 Peter Kolosimo a les mêmes sources que Charroux:

Peter Kolosimo
Peter Kolosimo, Pier Domenico Colosimo pour les intimes, est un précurseur de l'archéologie fantastique avec son livre Il pianeta sconosciuto (1959), en français La planète inconnue. Cependant, en 1964, dans son nouveau livre, Terra senza tempo, il ne semble pas avoir de meilleure sources que n'en avait Charroux.
Corde si sa, le tesi a favore dell'abitabilità d'altri mondi prendono sempre più piede fra gli studiosi sovietici: convinti dell'esistenza di nostri evolutissimi "fratelli dell'Infinito", scienziati russi d'indubbia serietà vanno cercando appassionatamente le prove delle loro scorribande sulla Terra. Ed il Deserto di Gobi, per i molti miraggi cosmici che lascia tralucere, non poteva non attirarli.
La cosa incominciò quando il professor Michail Agrest, un insigne matematico e fisico, si dichiarò persuase» che a causare la distruzione di Sodoma e Gomorra un milione d'anni fa fosse stata una deflagrazione nucleare.

On sait que les thèses en faveur des mondes habités sont de plus en plus en faveur auprès des Soviétiques: convaincus de la réelle existence de nos « frères de l'infini », des savants notoires cherchent passionnément les preuves de leurs incursions sur la Terre, et le désert de Gobi - à cause de toutes sortes de raisons importantes du point de vue cosmique - ne pouvait pas les laisser indifférents.
La chose commença quand le Pr Mikaïl Agrest, célèbre mathématicien et physicien, déclara être persuadé que la destruction de Sodome et de Gomorrhe - il y a un million d'années - était survenue à la suite d'une déflagration atomique.

Note: La source de Kolosimo commet la même erreur que celle de Charroux: Agrest n'a probablement jamais parlé d'un million d'années. Notons que Charroux figure dans la bibliographie, et est cité une dizaine de fois dans le livre, mais ne semble pas être la source de Kolosimo ici.

Le livre de Kolosimo
Secondo la Sacra Scrittura, le due città chiudevano tra le loio mura tanti vizi, tanta depravazione, da indurre Dio a cancellarle dalla faccia della Terra "con una pioggia di fuoco e di zolfo ardente", dopo aver concesso solo a Loth ed alla sua famiglia di porsi in salvo. Durante la fuga, nessuno dei fortunati avrebbe dovuto volgersi a contemplare lo spettacolo della furia divina; ma la moglie del patriarca trasgredì l'ordine, spinta dalla curiosità, e venne trasformata in una statua di sale.
Alcuni scienziati ribattono che la catastrofe dev'essersi verificata 4 mila anni fa, ma non sono in grado di spiegarla: le ipotesi d'incendi e devastazioni debbono essere escluse, e nessun elemento valido appoggia quelle d'una eruzione vulcanica o di uno sconvolgimento tellurico.

Selon l'Écriture Sainte, les deux villes enfermaient dans leurs murailles assez de vices et de dépravations de toutes sortes pour donner à Dieu le désir de les effacer de la surface de la terre en les ensevelissant sous une pluie de feu et de soufre brûlant. On se souvient qu'Il épargna Loth et sa famille, mais que la femme du patriarche subit le châtiment de sa curiosité en se voyant transformée en statue de sel.
Quelques savants prétendent que cette catastrophe a eu lieu il y a 4000 ans, mais ils ne peuvent l'expliquer. Les hypothèses d'incendie et de dévastation doivent être définitivement exclues et rien ne peut faire croire à une explosion volcanique ou a une secousse tellurique.

(Kolosimo1, p 70, traduction Simone de Vergennes)
Note: La traduction des dernières phrases manquant d'exactitude, nous traduisons nous même:
C'è, poi, un particolare curioso, da cui presero avvio gli studi di Agrest, diffusi all'inizio del 1960 dalla "Gazzetta Letteraria" di Mosca e commentati poi con fervore dalla radio della capitale: il fatto che i testi accennino esplicitamente alla "caduta dall'alto" del fuoco distruttore.
Secondo il sostenitore dell'originale teoria, fu un'astronave extraterrestre scesa sul nostro pianeta a causare il disastro: i visitatori spaziali, costretti a disfarsi d'una parte del loro combustibile nucleare, lo avrebbero fatto esplodere dopo aver allontanato gli abitanti dalla zona.

Il y a ensuite un détail curieux, à partir duquel ont commencé les études d'Agrest, diffusées au début de 1960 dans la Gazette littéraire de Moscou et commentées ensuite avec ardeur à la radio de la capitale: le fait que les témoins indiquent explicitement la chute du feu destructeur depuis le haut.
Selon l'auteur de la théorie originale, ce fut un astronef extraterrestre descendu sur notre planète qui provoqua la catastrophe: les visiteurs de l'espace, contraints de se défaire d'une partie de leur combustible nucléaire, l'auraient fait exploser après avoir éloigné les habitants de la zone.
Note: Apparemment Agrest s'adressait à des gens qui n'avaient jamais lu la bible: Il prétend y avoir lu des choses qui n'y sont pas. Quels témoins ont vu la destruction de Sodome? Les habitants de Sodome sont morts. Abram ne vit le résultat que le lendemain. Lot fuyait vers la montagne sans regarder derrière lui. Le seul témoin, la femme de Lot, fut transformé en statue de sel. Comment aurait elle pu décrire la scène explicitement?
Et Kolosimo n'y voit que du feu...


1968 Von Daniken n'a rien compris au texte biblique:
Erich Von Daniken's, arrivé neuf ans après Agrest dans le petit monde des théoriciens des anciens astronautes, est tout de même celui à qui cette théorie a le plus rapporté. Mais il ne fut pas plus habile qu'Agrest dans l'interprétation des textes bibliques.

Erich Von Daniken
Moses übermittelt uns im 1.Buch 19,1 einen sehr ausführlichen und im Detail erregenden Bericht über die Katastrophe von Sodom und Gomorrha. Assoziieren wir unsere Kenntnisse zu den gegebenen Schilderungen, dann werden ganz und gar nicht abwegige Vorstellungen wach.
Da kamen also am Abend zwei Engel nach Sodom, als Vater Lot gerade am Stadttor von Sodom saß. Offenbar erwartete Lot diese »Engel«, die sich bald als Männer zeigten, denn Lot erkannte sie sofort und lud sie gastfreundlich über Nacht in sein Haus ein.

Moïse nous a transmis (Livre 1, ch 19, 1) un récit circonstancié et passionnant dans le détail de la catastrophe de Sodome et Gomorrhe. Si nous associons nos connaissances aux descriptions données, alors les idées présentées ne sont pas du tout extravagantes.
Ainsi Deux anges vinrent à Sodome, un soir, alors que Lot était assis aux portes de la ville. Évidemment Lot attendait ces anges qui se montrèrent bientôt comme hommes, car Lot les reconnut immédiatement et les invita avec hospitalité pour la nuit dans sa maison.

Note: Faux. Loth ne les attendait pas, comme on peut le lire plus haut, en Gen. 19,1.
Die Lüstlinge der Stadt, erzählt die Bibel, wünschten den fremden Männern »beizuwohnen«. Die beiden Fremden konnten jedoch mit einer einzigen Gebärde die Sexuallust der einheimischen Playboys vertreiben: die Störenfriede waren erledigt.
Les débauchés de la ville, raconte la Bible, voulaient copuler avec les étrangers. les deux étrangers cependant pouvaient chasser l'envie sexuelle des play-boys locaux d'un seul geste : les trouble-fête furent corrigés.
Note: Faux. On peut voir plus haut en Gen.19,4, que c'étaient tous les habitants, et pas seulement les débauchés.

Plus loin, l'auteur continue sa lecture très personnelle:
Wenig später gestehen die Engel, dass sie nichts für ihn tun können, wenn er nicht folgt.
Un peu plus tard les anges avouent qu'ils ne peuvent rien faire pour lui, s'il n'obéit pas.
Note: Faux. en parlant de la ville de Coar, ou Lot veut s'enfuir, l'ange dit: " Vite, sauve-toi là-bas, car je ne puis rien faire avant que tu n'y sois arrivé ". (Gen.19,22). C'est à dire que l'ange ne déclenchera pas la catastrophe, tant que Lot ne sera pas à l'abri.

Le livre de Von Daniken
Denken wir einmal schwarz auf weiß, Sodom und Gomorrha seien nach Plan, also willentlich, durch eine Kernexplosion zerstört worden. Vielleicht wollten - spekulieren wir weiter - die »Engel« ganz einfach spaltbares, gefährliches Material vernichten, mit Sicherheit aber eine ihnen unangenehme menschliche Brut ausrotten.
Pensons le une fois noir sur blanc, Sodome et Gomorrhe auraient été détruits d'après un plan, donc intentionnellement, par une explosion nucléaire. Peut-être - nous le spéculons plus loin - les « anges » voulaient-ils tout simplement détruire avec sécurité les dangereux matériaux fissiles, mais cependant exterminer une engeance humaine désagréable à eux.
Note: Von Daniken mélange ici la Bible et la théorie d'Agrest. L'explosion nucléaire aurait exterminé les infâmes Sodomites. C'est donc exactement la même chose que la Bible, en remplaçant Dieu par des extraterrestres, et le feu et le soufre par une explosion nucléaire.
Der Zeitpunkt der Vernichtung stand fest. Wer davonkommen sollte - wie die Familie Lot - musste sich einige Kilometer vom Explosionszentrum im Gebirge aufhalten.
L'heure de la destruction était certaine. Qui devait en réchapper - comme la famille Loth - devait se tenir dans la montagne à plusieurs kilomètres du centre de l'explosion.
Note: Faux. Lot s'est réfugié dans la ville de Coar, que les anges ont épargné à sa demande, et non dans la montagne, et l'heure de la catastrophe n'était pas programmée: les anges ont attendu que Lot atteigne la ville.
Uns aufgeklärten Kindern dieser Zeit fällt es auch schwer, einen allgütigen Vater zu denken, der unter zahllosen anderen sogenannte Lieblings kinder bevorzugt, wie eben die Familie Lot.
Aux enfants éclairés de ce temps il est également difficile d'imaginer un père miséricordieux, qui parmi d'innombrables autres préfère ses soi-disant enfants chéris, comme justement la famille Loth.
Note: Absurde! Un Dieu de Bonté ne peut évidemment pas réserver le même sort au criminel et au juste.
(Von Daniken1, p 70 à 73)
Il est clair que Von Daniken n'a pas mieux lu la Bible qu'Agrest, mais il mélange l'ancien et le moderne, remplaçant soufre et feu par une explosion nucléaire, tout en gardant le cliché biblique de l'extermination des Sodomites.

1975 L.M Lewis prouve l'explosion nucléaire par le sel.

Le livre de Lewis
L.M. Lewis, dans Footprints on the sands of time, soutient que Sodome et Gomorrhe ont été détruits par des armes atomiques et que les piliers de sel autour de la Mer Morte sont la preuve d'une explosion nucléaire.
When Hiroshima was being rebuilt, stretches of sandy soil were found to have been atomically changed into a substance resembling a glazed silicon permeated by a saline crystalloid. Little blocks of this were cut from the mass and sold to tourists as souvenirs of the town--and of atomic action.
Had an even larger explosion pulverized every stone of every building--and had the complete city disappeared into thin air--there would still have been tell-tale indications of what had occurred on the outskirts of the area of devastation. At some points there would surely be a marked difference in the soil or an atomic change in some object of note.

Alors qu'Hiroshima était en reconstruction, on a trouvé des étendues de sols sableux atomiquement changées en une substance ressemblant à du silicium vitrifié imprégné par une solution saline cristalloïde. De Petits blocs en ont été découpées dans la masse et vendus aux touristes comme souvenirs de la ville - et de l'action atomique.
Une explosion encore plus importante eut elle pulvérisé chaque pierre de chaque bâtiment - et la ville entière eut elle disparu en fumée - ils seraient tout de même resté révélateurs des indications sur ce qui s'était passé à la périphérie de la zone de dévastation. À certains moments, il y aurait sûrement eu une différence marquée dans le sol ou un changement atomique à noter dans un objet.



concrétions de sel

la "femme de Loth"
L'argument de Lewis, c'est que de nombreuses colonnes de sel parsèment le sud de la mer morte, or, ces colonnes devraient fondre sous la pluie, donc ce sel insoluble ne peut avoir été créé que par une explosion nucléaire. En particulier la statue de sel que serait devenue la femme de Loth, et qu'aurait vu Flavius Josèphe:
It should be emphasized that Flavius Josephus lived from 37 to approximately 100 AD. As previously stated, Sodom was disintegrated in 1898 BC. How amazing, then, that Josephus should actually have seen the human "pillar of salt" after it had stood for almost 2,000 years! If it had been ordinary salt, it would have disappeared with the first rains.
Il convient de souligner que Flavius Josèphe a vécu de 37 à environ 100 après JC. Comme indiqué précédemment, Sodome a été désintégrée en 1898 av. JC. Comme il est étonnant, alors, que Josèphe ait effectivement vu la "statue de sel" humaine après qu'il se soit maintenu pendant presque 2000 ans! Si cela avait été du sel ordinaire, il aurait disparu avec les premières pluies.
Note: C'est un fait que le bassin sud (aujourd'hui presqu'asséché) de la mer morte est entouré de concrétions de sel. Et d'un sel apparemment insoluble, puisque ces concrétions baignent dans l'eau sans se dissoudre. Mais c'est le contraire qui serait anormal, car l'eau de la mer morte est totalement saturée en sels, et ne peut en dissoudre un gramme de plus. Pas besoin ici d'explosion nucléaire. De plus, Lewis, suppose qu'une explosion nucléaire puisse rendre le sel insoluble, mais oublie de prouver qu'aucun autre phénomène ne le puisse. Son argument ne vaut donc rien. Quant à la colonne de sel qu'a vu Josèphe, qui nous prouve que c'était la même que celle qui s'était formée deux mille ans avant? En bon fondamentaliste, Lewis ne se permet pas de douter que c'est bien le femme de Loth que Josèphe a vu. Pourtant encore aujourd'hui les touristes peuvent photographier une "femme de Loth", qui, il est vrai, n'a pas l'air d'être en sel.

En additionnant Hiroshima à la femme de Loth, Lewis conclut:
The atomic change of the soil upon which Lot's wife stood and that of the shore of Hiroshima have a similarity that cannot be denied! Both had undergone a sudden atomic conversion which could only have been caused by the instant action of nuclear fission. As those things which equal the same thing must be equal to one another, it is difficult to escape the conviction that as Hiroshima was destroyed, so, by similar means, Sodom was disintegrated and Lot's wife at the same moment atomically changed. Relying on the veracity of Josephus, the only conclusion that can be reached is that Sodom was destroyed by nuclear fission.
Le changement atomique du sol sur lequel se tenait la femme de Lot et celle de la côte d'Hiroshima ont une similitude qui ne peut pas être nié! Tous deux avaient subi une soudaine transformation atomique qui pourrait avoir été provoqué par l'action instantanée de la fission nucléaire. Comme des choses qui égalent la même chose doivent être égales entre elles, il est difficile d'échapper à la conviction que si Hiroshima a été détruit, alors, par des moyens similaires, Sodome a été désintégré et la femme de Lot, au même moment atomiquement modifiée. En s'appuyant sur la véracité de Josèphe, la seule conclusion qui peut être tirée est que Sodome a été détruite par fission nucléaire.
Note: Non seulement la similitude peut être niée, mais l'ensemble du raisonnement ne tient pas debout. Hiroshima n'a pas été désintégrée, et si la femme de Loth avait été atomiquement modifiée, Loth et ses filles, qui devaient être à quelques mètres devant, auraient du l'être aussi.

1977 Raymond Drake ne mentionne guère qu'une rumeur:
1950 av. J.-C. Le « Seigneur» et deux « anges » détruisirent Sodome et Gomorrhe par le feu du ciel. Les savants disent que, dans cette région désolée proche de la mer Morte, on trouve des traces de radioactivité dans le sol. Ces deux villes condamnées furent-elles détruites par des bombes atomiques comme Hiroshima et Nagasaki?
(Drake2, p 101)
Note: Aucune source indiquée. Il s'agit évidemment de la théorie d'Agrest, mais on ignore par quel cheminement l'auteur en a eu connaissance.

1985 Zecharia Sitchin croit la Bible quand ça l'arrange.
Zecharia Sitchin est surtout connu pour sa théorie sur Nibiru, l'étoile de Sumer", qu'il a présenté en 1976 dans The 12th Planet. Mais il a écrit d'autres livres, en particulier The Wars of Gods and Men (1985) où il consacre un chapitre à l'holocauste nucléaire de Sodome et Gomorrhe.


Zecharia Sitchin
But so far as the biblical narrative is concerned — and until now it has been the only source for all the interpretations — the event was most definitely not a natural calamity.
Mais pour autant que le récit biblique est concerné - et jusqu'à présent, il a été la seule source pour toutes les interprétations - l'événement n'a très certainement pas été une calamité naturelle.
Note: Faux. Depuis le 17ème siècle, les discussions de la catastrophe tenaient aussi compte des récits des écrivains antiques, comme Strabon, et Tacite, qui n'y voyaient pas autre chose qu'une catastrophe naturelle. Et Dom Calmet, par économie de miracle, y voit une catastrophe naturelle, mais initiée par Dieu
It is described as a premeditated event: the Lord discloses to Abraham ahead of time what is about to happen and why. It is an avoidable event, not a calamity caused by irreversible natural forces:
...
But Lot, afraid that they would not reach the mountains in time and "would be overtaken by the Evil and die," had a suggestion: Could the upheavaling of Sodom be delayed until he had reached the town of Zoar, the farthest one away from Sodom? Agreeing, one of the emissaries asked him to hurry there: "Haste thee to escape thither, for I will be unable to do anything until thou hast arrived there."
The calamity was thus not only predictable and avoidable but also postponable; and it could be made to afflict various cities at different times. No natural catastrophe could have featured all these aspects.

Il est décrit comme un événement prémédité: le Seigneur révèle à Abraham à l'avance ce qui va se passer et pourquoi. C'est un événement évitable, pas une calamité causée par des forces naturelles irréversibles:
...
Mais Lot, effrayé qu'ils ne parviennent pas à temps à la montagne et "soit rattrapé par le mal et ne meure", a fait une suggestion: Le bouleversement de Sodome ne pourrait il être retardée jusqu'à ce qu'il ait atteint la ville de Tsoar, la plus éloignée de Sodome? L'admettant, l'un des émissaires lui a demandé de s'y dépêcher: «Hâte-toi de fuir là, car je serai incapable de faire quoi que ce soit jusqu'à ce que tu as arrivé là-bas."
La catastrophe était donc non seulement prévisible et évitable, mais aussi différable, et il aurait pu se faire de frapper plusieurs villes à des moments différents. Aucune catastrophe naturelle n'aurait pu présenter tous ces aspects.

Note: Oui, dans le récit biblique. Mais ce récit donne trop de détails qu'un récit historique n'aurait pu donner, sans citer aucun témoin, ni chroniqueur. De plus, Sitchin s'apprête à remplacer Dieu par des extraterrestres. Or Dieu est indispensable, car c'est l'inspiration par Dieu du récit biblique, qui garantit son exactitude. Sans Dieu, le récit n'est plus qu'une fable, et le raisonnement de Sitchin ne vaut plus rien.

Le livre de Sitchin
The cities, the people, the vegetation—everything was "upheavaled" by the gods' weapon. Its heat and fire scorched all before it: its radiation affected people even at some distance away: Lot's wife, ignoring the admonition not to stop to look back as they were fleeing away from Sodom, turned to a "pillar of vapor." * The "Evil" Lot had feared had caught up with her...
* The traditional and literal translation of the Hebrew term Netsiv melah has been "pillar of salt," and tracts have been written in the Middle Ages explaining the process whereby a person could turn into crystalline salt. However, if—as we believe—the mother tongue of Abraham and Lot was Sumerian. and the event was first recorded not in a Semitic language but in Sumerian. an entirely different and more plausible understanding of the fate of Lot's wife becomes possible.

Les villes, les gens, la végétation, tout était "bouleversé" par l'arme des dieux. Sa chaleur son feu brûlait tout sur son passage: son rayonnement affectait les gens, même à une certaine distance: La femme de Lot, en ignorant l'avertissement de ne pas arrêter pour regarder en arrière alors qu'ils fuyaient loin de Sodome, se transforma en une "colonne de vapeur" * Le «Mal» que Lot avait craint l'avait rattrapée...
* La traduction traditionnelle et littérale du terme hébreu Netsiv Melah a été "statue de sel", et des traités ont été écrits au Moyen Age pour expliquer le processus par lequel une personne pourrait se transformer en sel cristallin. Toutefois, si, comme nous croyons, la langue maternelle d'Abraham et Lot était sumérienne. et l'événement a été enregistré, non dans une langue sémitique, mais en sumérien. une compréhension totalement différente et plus plausible sur le sort de la femme de Lot devient possible.

Note: pour ce qui est de la chaleur et du feu, nul besoin d'explosion nucléaire. Dom Calmet l'expliquait tout aussi bien avec des exhalaisons enflammées et du naphte.
Quant à la femme de Lot, Qu'elle ait été transmutée en sel, ou vaporisée, il nous faut encore répéter qu'il est absurde qu'elle ait été frappée, et pas Lot, à quelques pas devant. Faire appel au sumérien ne change rien, d'autant qu'on ne sait même pas si Abraham, ou Lot, savaient écrire

"And Abraham got up early in the morning to the place where he had stood facing Yahweh, and he looked in the direction of Sodom and Gomorrah and the region of the Plain; and he beheld there smoke rising from the earth as the smoke of a furnace."
He was witnessing a "Hiroshima" and a "Nagasaki" —the destruction of a fertile and populated plain by atomic weapons. The year was 2024 B.C.

"Et Abraham se rendit de bon matin à l'endroit où il s'était tenu face à l'Éternel, et il regarda dans la direction de Sodome et de Gomorrhe, et la région de la plaine, et il vit là-bas de la fumée monter de la terre comme la fumée d'une four."
Il était en train d'observer un «Hiroshima» et «Nagasaki», la destruction par des armes atomiques d'une plaine fertile et peuplée. Ce fut en 2024 avant Jésus-Christ

Note: Et voila! L'hypothèse de l'explosion nucléaire, aussi faussement prouvée soit elle, est devenue un article de foi. Et bien sûr, nulle mention dans le livre de Sitchin, du professeur Agrest, pourtant initiateur de cette théorie. Zecharia Sitchin est, non seulement un crank, mais encore un plagiaire.
(Sitchin, p 311)

2000 David Hatcher Childress nous ressert de la vieille soupe.
Oui, de la vieille soupe, car la théorie du savoir fabuleux des anciens remonte au moins à Louis Dutens, en 1796. On y a rajouté l'ingrédient déjà éculé des anciens astronautes, mais le résultat sent toujours le moisi. Dans son livre, Technology of the gods, Nous avons droit aux Atlantes, aux crânes de cristal, aux mégalithes, au pilier de fer de Delhi, aux lampes électriques antiques, à l'arche d'alliance électrique, à l'antigravité, aux vimanas (avec leurs plans, SVP), à la soucoupe d'Adamski (si!), aux forts vitrifiés, aux tectites, aux armes à plasma, et bien sûr, aux explosions nucléaires antiques. Autant de "vieilles lunes" alléguées autrefois par Charles Fort, Agrest, Kolosimo ou Charroux, et démystifiées depuis.



David H.Childress
Standard historical theory on the destruction of Sodom and Gomorrah, such as in The Bible as History by Werner Keller, holds that the cities of the Vale of Siddim were destroyed when a plate movement caused the Great Rift Valley, of which the Dead Sea is a part, to shift, and the area at the southern end of the Dead Sea subsided. In the great earthquake, there we probably explosions, natural gases issuing forth, and brimstone falling like rain. This is likely to have happened about 2000 BC, the time of Abraham and Lot, thinks Keller, though geologists place the event many thousand of years before this.
La théorie historique officielle sur la destruction de Sodome et Gomorrhe, comme dans la Bible arrachée aux sables par Werner Keller, soutient que les villes de la vallée de Siddim ont été détruites quand un mouvement de plaque a forcé la Grande Vallée du Rift, dont la mer Morte est une partie, à se déplacer, et la zone à l'extrémité sud de la mer Morte s'affaissa. Dans le grand séisme, il y eut probablement des explosions, des émissions de gaz naturels, et du soufre tombant comme la pluie. Ceci a probablement eu lieu environ 2000 avant J.-C., du temps d'Abraham et Lot, pense Keller, bien que les géologues placent l'événement plusieurs milliers d'années avant ceci.
However, Keller himself admits that there is a very serious problem with this theory of a cataclysm sending the Vale of Siddim to the bottom of the Dead Sea: it must have happened many hundreds of thousands, even millions, of years ago -at least- according to most geologists.
Cependant, Keller lui-même admet qu'il y a un problème très grave avec cette théorie d'un cataclysme envoyant la vallée de Siddim au fond de la mer Morte: il a dû se passer il y a plusieurs centaines de milliers, voire des millions d'années - au moins - selon la plupart des géologues.
In addition, it is precisely to the south of the Lisan peninsula, where Sodom and Gomorrah are reported to have been annihilated, that the traces of former volcanic activity cease. In short, the proof in this area of a quite recent catastrophe which wiped out towns and was accompanied by violent volcanic activity is not provided by the findings of the geologists.
So here is the problem: the Dead Sea area may have had a cataclysm that could be the origin of the Old Testament story, however, conservative uniformitarian geologists have said that a such earth changes must have occurred long before any sort of collective memory of the event could have occurred.

En outre, c'est précisément au sud de la péninsule de Lisan, où Sodome et Gomorrhe auraient été anéantis, que les traces d'une ancienne activité volcanique cessent. En bref, la preuve d'une catastrophe assez récente dans cette zone qui a détruit des villes et a été accompagnée d'une violente activité volcanique n'est pas fourni par les résultats des géologues.
Donc, voici le problème: la région de la mer Morte a peut-être eu un cataclysme qui pourrait être à l'origine de l'histoire de l'Ancien Testament, cependant, les géologues conservateurs uniformitaristes ont dit qu'un tel changement terrestre doit avoir eu lieu bien avant qu'aucune sorte de mémoire collective de l'événement ait pu apparaître.

Note: C'est un faux problème. Keller et Childress, n'arrivant pas à se dépêtrer d'a priori bibliques, confondent la destruction de Sodome et Gomorrhe avec la formation de la mer morte. Or, quand on connaît la lenteur des mouvements des plaques tectoniques, il est évident que la formation du rift du Jourdain ne s'est pas fait d'un seul coup. Cela a du prendre des millions d'années, à coup de séismes successifs. Il semble qu'il y a 3 millions d'années, il y ait eu une communication avec la méditerranée, rompue ensuite, d'où après évaporation de la plus grande partie de l'eau, un reliquat stable saturé en sel, l'évaporation étant en équilibre avec l'apport hydrographique, variable au fil des millénaires. Ainsi la mer morte que les humains ont connu de l'antiquité au début du 20ème siècle, existait depuis très longtemps, ce qui n'empéchait pas l'activité séismique de continuer de se produire au fil des millénaires. Le destruction de Sodome et Gomorrhe correspondrait ainsi au dernier grand séisme, avec émission abondante d'hydrogène sulfuré.

Le livre de Childress
In late 1999 a new theory was proposed by British Bible scholar Michael Sanders and an international team of researchers, who discovered what appear to be the salt-encrusted remains of ancient settlements on the sea-bed after several fraught weeks diving in a mini-submarine.
...
Mr. Sanders unearthed a map dating from 1650 which reinforced his belief that the sites of the two cities could be under the north basin, rather than on the southern edge of the Dead Sea.

À la fin de 1999, une nouvelle théorie a été proposée par le bibliologue britannique Michael Sanders et une équipe internationale de chercheurs, qui ont découvert ce qui semble être les vestiges incrustés de sel d'anciens établissements sur le fond de la mer après plusieurs semaines difficiles, en plongée dans un mini-sous-marin.
...
M. Sanders a découvert une carte datant de 1650 qui a renforcé sa conviction que les sites des deux villes pourrait être sous le bassin nord, plutôt que sur le bord sud de la mer Morte.

Note: Michael Sanders aurait mieux fait de lire d'abord la dissertation de Guillaume Sanson, qui lui aurait appris que les géographes de cette époque plaçaient Sodome et Gomorrhe n'importe où.
Sanders' location for Sodom and Gomorrah, in the deep northern part of the Dead Sea, is even more at odds with history and geology than Keller's theories of the cities being at the shallow southern end. Therefore, we come back to the popular theory that these cities were were not destroyed in geological cataclysm, but in a man-made (or extraterrestrial-made) apocalypse that was technological in nature. Were Sodom and Gomorrah attacked with atomic weapons, as were Hiroshima and Nagasaki?
La localisation de Sanders pour Sodome et Gomorrhe, dans la partie profonde du nord de la mer Morte, est encore plus en contradiction avec l'histoire et la géologie que les théories de Keller des villes se trouvant à l'extrémité méridionale peu profonde. Par conséquent, nous revenons à la théorie populaire que ces villes ont été n'ont pas été détruits dans un cataclysme géologique, mais dans une apocalypse d'origine humaine (ou extraterrestre) qui était de nature technologique. Sodome et Gomorrhe ont elles été attaqués avec des armes atomiques, de même que Hiroshima et Nagasaki?
Note: Et bien voila: L'hypothèse de Keller, ne tient pas la route. Celle de Sanders non plus. Donc c'est la vieille soupe, c'est à dire l'hypothèse de l'explosion nucléaire, qui est la bonne. A ce compte là, on pourrait tout aussi bien préférer la punition divine. En fait, Dom Calmet avec ses phénomènes naturels déclenchés par Dieu était plus près de la vérité. Mais Childress tient tellement à pouvoir suggérer ses extraterrestres, qu'il se garde bien de pousser plus loin l'analyse des hypothèses à base de phénomènes naturels. D'ailleurs, s'il a lu Sitchin, il n'a probablement pas lu Dom Calmet.
(Childress, p 229)

Au XXIe siècle

2008 l'astéroïde revient à la mode.
On pourrait croire l'hypothèse de l'explosion nucléaire définitivement établie dans notre culture. C'est oublier qu'il y a des modes, et que dans la série "fais moi peur", le thème de l'astéroïde destructeur revient très fort ces dernières années. C'est ainsi que depuis 2008, nous avons droit à un "remake" de l'explication "scientifique" de la destruction de Sodome et Gomorrhe.


La science apporte la preuve sur des faits bibliques...
Une tablette d'argile Cunéiforme qui défiait les tentatives d'interprétation depuis plus de 150 ans, vient de révéler la description d'un impact d'astéroïde qui a frappe Koefels (Autriche) en 3123 BC, laissant sur son passage une traînée de destruction, qui pourrait expliquer l'histoire biblique de Sodome et Gomorrhe.
Note: Nous allons voir que ces journalistes confondent la science avec les objets qu'elle étudie. Pour eux, tablette cunéiforme + astéroïde = science
Le planisphère
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La tablette "Planisphère" (écrite aux environs de 700 BC) fut déterrée par Henry Layard dans les restes d'une bibliothèque du palais royal assyrien de Nineveh (Ninive) proche de la ville actuelle de Mosul (Irak). C'est la copie des notes nocturnes d'un astronome Sumérien contenant des dessins de constellations et les "noms connus des constellations", mais ce n'est que grâce au recours a un ordinateur moderne que l'on a pu révéler sa signification exacte.
Alan Bond, Directeur de "Reaction Engines Ltd" et Mark Hempsell, conférencier senior en Aéronautique a l'Université de Bristol, ont soumis la tablette a un programme qui "peut simuler des trajectoires et reconstituer l'état du ciel des milliers d'années en arrière". Ils ont découvert qu'elle décrivait "des événements célestes avant le crépuscule du 29 Juin 3123 BC", dont plus de la moitié constituait "des positions de planètes et des couvertures nuageuses semblables a toute autre nuit".
Note: Reconstituer la carte du ciel d'un certain jour de l'antiquité est à la portée de quiconque dispose de Stellarium ou de Celestia. On peut s'étonner qu'on puisse trouver autant de détails, jusu'à la couverture nuageuse, avec aussi peu de signes. On peut aussi s'étonner que l'auteur initial de cette tablette et de ces "notes nocturnes" ait pu repérer des étoiles avant le crépuscule. On peut encore s'étonner que nos auteurs soient aussi surs de leur interprétation, en analysant 60% d'une copie d'une tablette antérieure de 2400 ans, alors que la graphie des caractères cunéiformes avait changé. Les tablettes d'Amizadouga, sur lesquelles s'était basé Vélikovsky étaient ainsi erronées, car elles n'étaient que des copies fautives de tablettes antérieures de 1000 ans.
Cependant, l'autre moitié décrit un objet "suffisamment grand pour noter sa forme bien qu'étant toujours dans le ciel" et enregistre sa trajectoire par rapport aux étoiles, laquelle, "avec une marge d'erreur meilleure qu'un degré est cohérente avec un impact a Koefels".
Note: Une étude plus sérieuse de Willem H. Zitman, parue en 2006, ne retrouve pas ces rêveries dans cette tablette.
image satellite
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On suspectait depuis longtemps qu'un objet de grandes dimensions avait touché Koefels, a cause d'un éboulement gigantesque de 500 m d'épaisseur et 5 km de diamètre. Le site ne possédait pas de cratère d'impact pour appuyer cette théorie, mais les chercheurs croient maintenant détenir une explication plausible.
Note: L'explication n'est évidemment pas plausible, car le glissement de terrain de Koefels, a pu être daté d'il y a 9800 ± 100 ans, selon la datation au radiocarbone des arbres ensevelis par l'événement. Il ne risque donc pas d'avoir été provoqué par un phénomène céleste, prétendument survenu plus de 4600 ans plus tard
Le compte rendu de l'Université de Bristol explique :
Note: Il y a effectivement une page web de l'université de Bristol qui en parle, mais il s'agit seulement d'un communiqué de presse
  "L'observation suggère que l'astéroïde est de plus d'un kilomètre de diamètre et que son orbite originelle autour du soleil était de type "Aten", un genre d'astéroïde ayant une orbite proche de la terre, en résonance avec l'orbite terrestre. Cette trajectoire explique pourquoi il n'y a pas de cratère a Koefels."
Note: Depuis des années, des documentaires catastrophes nous assènent les conséquences de l'impact d'un astéroïde de 1 km. L'énergie mise en cause va de 2 millions à 80 millions de bombes d'Hiroshima, selon la vitesse.
  "L'angle d'incidence était très faible (6 degrés) et a fait que l'astéroïde ait rasé une montagne appelée Gamskogel au dessus de la ville de Laegenfeld, a 11 kms de Koefels, et c'est ce qui a provoqué l'explosion de l'astéroïde avant qu'il n'atteigne son point d'impact final."
  "Alors qu'il progressait dans la vallée il s'est transformé en boule de feu d'environ 5 kms de diamètre (la taille de l'éboulement). Lorsqu'il a touché Koefels il s'est crée une pression énorme qui a pulvérisé la roche et créé l'éboulement mais, comme ce n'était plus un objet solide, il n'y a pas eu de cratère d'impact classique."
Note: Les cratères sont causés par l'explosion et non par le corps de l'astéroïde s'enfonçant comme un poinçon dans le seul. l'explication donné ici est bonne pour un enfant de 10 ans.
Mark Hempsell, évoquant le possible destin de Sodome et Gomorrhe, ajoute: "Un autre conclusion peut être tirée de la trajectoire. La partie arrière de l'explosion (le champignon) se serait courbé sur la Méditerranée, pénétrant a nouveau l'atmosphère vers le Levant, le Sinaï et l'Égypte du nord."
  "La chaleur au sol, bien que de très courte durée, aurait été suffisante pour enflammer toute matière combustible, humains et vêtements inclus. Il est probable que plus de personnes sont mortes du nuage que de l'impact même dans les Alpes."
Note: Après la série d'hypothèses, non prouvées, ou prouvée fausses que nous venons de voir, les auteurs en rajoutent quelques louches. Il nous faut maintenant admettre que le panache de l'explosion a fait plus de dégâts que l'explosion elle même, qu'il s'est déplacé vers la mer morte pour s'y concentrer, et que la destructions de Sodome et Gomorrhe est à reculer de plus de 1000 ans. Et tout ça pourquoi? Pour faire plaisir à deux cranks.
Alors que le destin biblique des légendaires "repaires du vice" ("Alors le Seigneur fit pleuvoir du soufre en fusion sur Sodome et Gomorrhe ..." - Genèse 19:24) correspond bien avec l'hypothèse d'astéroïdes, il n'avait jamais été catégoriquement prouvé qu'ils existèrent dans cette contrée proche de la Mer Morte.
Note: La Genèse parle de soufre et de feu, et non de soufre en fusion. Et nous apprenons avec étonnement que les astéroïdes sont composés de soufre. Mais saluons l'exploit: La Science n'avait jamais réussi à prouver grand chose à propos de Sodome et Gomorrhe, mais Mrs Alan Bond et Mark Hempsell, eux, avec une demi-douzaine d'hypothèses tenant debout comme un château de cartes pendant un tremblement de terre, y ont réussi. Bravo messieurs. Je propose pour vous le prix Ig-nobel d'astro-archéologie.
(Source, au 8 avril 2013)
Note: Pour bien montrer son ignorance du dossier, le site illustre ce texte d'une illustration de Gustave Doré de la vision de la vallée des ossements, par Ezechiel, ce qui n'a évidemment rien à voir.
Des dizaines de sites web reprennent l'extravagante théorie de Mrs Alan Bond et Mark Hempsell, Heureusement, il y a tout de même quelques sites sérieux, comme RationalWiki pour dénoncer l'imposture.

Nous n'avons donné ici que des théories basées sur des arguments, aussi faux soient ils, et non des affirmations gratuites, comme celles que débitent ceux qui on été contactés par des extraterrestres, ou ont eu des visions mystiques.


Analyse:
On remarque qu'à toutes les époques, l'explication dominante a toujours été un mythe: Soit la punition divine par une pluie de soufre et de feu, soit un cataclysme ayant créé la mer morte, soit l'explosion nucléaire déclenchée par des extraterrestres, soit plus récemment l'astéroïde destructeur. L'auteur qui s'est approché le plus près de la solution, dans le cadre de son mythe, est encore Dom Calmet.

La punition divine, aussi certaine soit elle pour Josèphe ou Orosius, souffre d'un manque de preuve évident. Elle n'est pas mentionnée par Strabon, ou Tacite, mais seulement par La Genèse, laquelle nous affirme aussi quelques absurdités, dont l'existence, à la place de la mer morte, d'une vallée fertile arrosée par un Jourdain, qui remontait la pente pour disparaître du coté de Ségor (ou Zoar). D'un point de vue logique, elle ne tient pas la route non plus. Dieu aurait puni les habitants de la pentapole pour avoir violé des lois qu'il n'avait pas encore promulgué (elles n'apparaissent qu'avec Moïse). Ou bien, il les aurait puni, mais eux seuls, pour leur égoïsme. Pourquoi eux seuls? Pourquoi ne répéta-t-il pas ce chatiment pour d'autres cités, lui qui avait été capable de faire disparaitre toute l'humanité par le déluge. Une explication nous est donnée (à l'insu de son plein gré) par Dom Calmet. Dieu a utilisé un cataclysme naturel. Et voila pourquoi ce sont les villes de la pentapole qui ont disparu, et pas d'autres: Parce qu'un cataclysme naturel était tout près de se produire, là, et pas ailleurs. Dieu n'avait qu'à appuyer sur le bouton. Mais alors, si nous supprimons Dieu et son bouton, le cataclysme finira par se produire quand même, et sera plus tard évoqué pat Strabon et Tacite, et par la Bible qui lui donnera une explication, en décrivant dans le détail (mais avec des incohérences), une punition divine. Dans ces conditions, la punition divine n'est plus qu'une histoire pour l'édification des générations futures, une fable pieuse.

La création
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Le cataclysme créateur de la mer morte, montre une allégeance affligeante à la Bible. Ses auteurs sont incapables de se débarrasser des a-prioris acquis dans l'histoire sainte de leur jeunesse. Car c'est bien la bible qui nous dit qu'il n'y avait pas de mer morte au temps d'Abraham, et ses commentateurs, au moins à partir d'Orosius, qui font apparaître la mer morte après la destruction de la pentapole. Or la géophysique est formelle: la création du rift où s'est installé la mer morte remonte à plusieurs millions d'années, et son envahissement par les eaux de la méditerranée à peut-être trois millions d'années. Ce qui est assez génant pour un cataclysme biblique, censé s'être produit dans un monde créé il y a 6000 ans.

L'explosion nucléaire, en dépit des apparences, montre un manque total d'imagination. En effet, qui l'a le premier imaginé? Matest Agrest. Et que faisait Matest Agrest? Il travaillait pour le projet nucléaire soviétique. S'il avait travaillé dans l'industrie pétrolière, il y aurait vu une erreur de manipulation dans l'extraction locale du naphte. Et de toutes façons, nous avons vu que son récit, exclusivement basé sur la Bible, est incompatible avec le texte biblique. Honte à vous, rabbin d'occasion!

Enfin, l'hypothèse de l'astéroïde est encore plus stupide que celle de la "magic bullet" qui aurait tué Kennedy. Elle aligne tellement d'âneries, qu'on se demande si ce n'est pas une expérience de sociologie à la Sokal-Bricmont.

Mais alors que s'est il passé? Dom Calmet nous met sur la voie, avec ses "exhalaisons sulphureuses enflammées" tombant sur un terrain bitumineux. Diodore de Sicile, Strabon, Pline et Tacite sont d'accord pour affirmer que le lac produisait du bitume. Diodore et Strabon mentionnent des éruptions de gaz fétide ternissant les métaux. Tacite parle d'une odeur pestilentielle. Tout cela est symptomatique d'éruptions périodiques d'hydrogène sulfuré. Ces éruptions semblent s'être calmées aujourd'hui, et le bitume ne remonte plus que par petits morceaux, mais il est probable que dans la haute antiquité, elles étaient plus violentes que du temps de Diodore et Strabon. L'archéologie et la géologie viennent encore nous livrer des pièces du puzzle, en révélant l'existence de séismes dans la région, deux millénaires avant notre ère. Une partie du puzzle se met alors en place: Un séisme aurait ouvert des failles et fait jaillir d'importantes quantités d'asphalte et d'hydrogène sulfuré. Il ne suffit plus alors que d'un coup de foudre pour provoquer un embrasement général, d'où les traces de villes dévastées et de terrains brulées. Finalement, c'est à peu près l'hypothèse de Dom Calmet, en remplaçant Dieu par un séisme.

Cela résout-il le problème de la destruction de Sodome et Gomorrhe? Pas vraiment, car il faudrait encore savoir où se trouvaient ces villes. Or si les récits des voyageurs parlent de zones brulées à l'ouest, les fouilles archéologiques situent la pentapole à l'est, au niveau de la péninsule de Lisan. En effet, des tablettes cunéiformes découvertes à Ebla, mentionnent un itinéraire ou figurent Adma et Sodome, deux villes de la pentapole Biblique. Des fouilles archéologiques à Bab ed-Dhra, au niveau de la péninsule de Lisan, pourraient bien avoir retrouvé la mythique Sodome, qui se trouverait alors à bien plus de quatre lieues de Ségor/Zoar. Et par conséquent, les villes brulées pourraient n'avoir rien à voir avec Sodome, qui de son coté aurait pu être détruite par le séisme.

Au final, nous n'avons pas réussi à reconstituer le puzzle complet, mais nous savons qu'encore une fois, la Bible s'est inspirée de faits réels, qu'elle a raconté n'importe comment, en mélangeant l'abandon des villes de la pentapole, avec un incendie par l'hydrogène sulfuré de villes situées à l'ouest. Une savante salade, agrémentée de la visite de Yahvé, d'homosexuels et d'une statue de sel.
Honte à Orosius, à Agrest, et à tout ceux qui ont pris la bible au pied de la lettre, pour établir leur théories (très) personnelles.

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Dernière mise à jour: 22/06/2018