L'historique photo d'OVNI de Zacatécas

C'est en 1953, dans "Flying saucers have landed", qu'apparait la première mention de l'affaire de Zacatécas dans un livre d'ufologie. Au chapitre "le musée des soucoupes volantes", Desmond Leslie écrit:
1883. 12 août. Observatoire de Zacatecas, Mexique. L'astronome Bonilla voit 143 objets circulaires projetant des flammes ou des rayons lumineux; ils passent obliquement devant le soleil. La procession continue le lendemain. Bonilla parvient à obtenir une photographie.

Les astronomes et les OVNI

Ce serait donc un astronome qui aurait pris la première authentique photo d'OVNI (attention, c'est la photo qui est authentique, pas l'OVNI)
Donald Menzel
Donald Menzel
L'affaire est au coeur d'un débat qui dure depuis les premières attaques anti-soucoupiques de l'astrophysicien Donald Menzel, entre les ufologues et les astronomes: Les astronomes ont ils vus ou non des OVNIs? Plus précisément, à l'époque de l'astronome Donald Menzel, grand descendeur en flammes de soucoupes volantes devant l'Eternel, la question était: Les astronomes ont ils vus, ou non, des "soucoupes volantes" (flying saucers) ?
Pour Donald Menzel, les "soucoupes volantes" existent, mais ne sont pas ce que les témoins croient avoir vu. Les astronomes, eux, savent ce qu'ils voient, et par conséquent la réponse est: NON !
Mais pour les ufologues, il existent toute une série d'observations d'objets volants et autres phénomènes mystérieux, faites par des astronomes, et non des moindres, comme Charles Messier ou Clyde Tombaught, et la réponse est: oui

Ainsi Charles Hoyle Fort, instigateur de la demoriosophophobie (méfiance vis à vis de la "science officielle"), compila dans le livre des damnés plusieurs chapitres d'observations astronomiques qui ne correspondaient pas aux théories standard de l'époque. Ce catalogue fut utilisé en 1953 par Desmond Leslie dans Flying saucers have landed (les soucoupes volantes ont atterri). On y retrouve l'observation de Zacatécas avec beaucoup d'autres
Pour les ufologues, un tel catalogue prouve la mauvaise foi des astronomes, ces infames réprésentants de la "science officielle"
Pour les astronomes, un tel catalogue prouve l'ignorance des ufologues, capables d'assimiler n'importe quoi à des "soucoupes volantes"
Voici un exemple typique de débat sous la plume du journaliste Frank Edwards:

Frank Edwards
Frank Edwards

On dit souvent que « jamais un astronome de profession n'a vu de soucoupe volante ».
C'est un des mensonges les plus éhontés de notre temps.
Il prouve l'empressement avec lequel certaines personnes, par ailleurs intelligentes, répètent, sans le vérifier, l'argument qui va dans leur sens.
Je suivais un jour un programme de télévision au cours duquel un speaker à voix de velours interviewait un éminent astronome. A coup sûr, me disais-je, ils ne vont pas laisser se terminer ce programme sans parler des O.V.N.I.
Quand il ne resta plus que quelques secondes, le speaker attaqua le sujet:
«Avez vous jamais vu (ricanement) une soucoupe volante? »
Le petit astronome respira profondément, lorgna la caméra et répondit d'un ton hargneux et plein de suffisance:
« Jamais un astronome de profession n'a vu de soucoupe volante! »

Allons donc!
Le professeur José A. Y. Bonilla n'était il donc pas un astronome, et de plus, internationalement connu, quand, le 1 août 1883, il se rendit célèbre, avec ses collègues de l'observatoire de Zacatécas, au Mexique, en photographiant les corps opaques qui passaient entre l'observatoire et la face du soleil?

Et voila! De prestigieux astronomes auraient vu des soucoupes volantes, et les représentants de la "science officielle" auraient mentis. Sauf que...
...que cet argument prouve l'empressement avec lequel certaines personnes, par ailleurs intelligentes, répètent, sans le vérifier, l'argument qui va dans leur sens. (où ai je déja lu ça? )

Car José A. Y. Bonilla n'était ni professeur, ni astronome (professionnel), ni internationalement connu. L'observation n'a pas eu lieu le 1er août, Il ne s'est pas rendu célèbre, n'était pas en compagnie d'autres astronomes, et les corps qu'il a photographiés n'étaient pas simplement opaques.
Mais à part ça, Frank Edwards a tout bon: ces corps passaient bien entre l'observatoire et le soleil. Seulement, ils ne ressemblaient pas à des "soucoupes volantes", et l'on peut dire en pastichant Menzel, que les objets vus par les astronomes, n'étaient pas ce que les ufologues croient qu'ils ont vu.

Zacatécas, le lieu et le temps

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armoiries de Zacatécas
Armoiries
Zacatécas, dont le nom dérive du mot nahuatl zacatl, et peut se traduire la « Ville des Herbes », est le chef lieu de l'état Mexicain du même nom, et est située à 520 km de Mexico par 23° de latitude Nord. Elle est donc presque sur le tropique, mais est préservé de la canicule par son altitude de 2450 m, et la température ne dépasse pas 30°.

Zacatécas s'énorgueillit d'ètre l'une des plus anciennes villes du Mexique. Le pays était habité depuis des milliers d'années par des tribus chichimèques quand l'emplacement, découvert vers 1529 par par Nuño de Guzman, le "himmler mexicain", fut valorisé en 1546, par Juan de Tolosa, qui y découvrit un filon de plomb argentifère.
La ville doit d'ailleurs son développement à la richesse de ses mines d'argent, dont le produit allait initialement à la couronne d'espagne. Le premier nom de la Ville était d'ailleurs "Las Minas de los Zacatecas".

Après l'indépendance du Mexique en 1821, la ville entre progressivement dans le monde moderne. En 1826 est crée une école normale et l'esclavage est aboli. En 1832 est fondée l'université autonome de Zacatécas par Don Francisco García Salinas
C'est donc au coeur d'un pays en voie de développement, dans une ville qui s'éveillait à la science, et qui n'avait guère, à l'époque, que 32 000 habitants que fut fondé en 1876, un observatoire astronomique, qui devint opérationnel en 1882, sous la direction de José Arbol y Bonilla.

José Arbol y Bonilla et l'observatoire de Zacatécas

José Arbol Y. Bonilla est né à Zacatécas le 5 février 1853 et à fait ses études d'ingénieur topographe à "l'instituto literario de Garcia", future université de Zacatécas. Sorti second le 29 mai 1873, il fait ensuite des études d'essayeur de métaux à l'hotel des monnaies de Zacatécas, puis d'ingénieur des mines au Collège National d'Industrie minière, à Mexico.
Au cours de ses études, il s'initie à l'astronomie auprès de Francisco Díaz Covarrubias. cet intérèt ne le quittera plus
À la fin de ses études il est incorporé au personnel enseignant de "l'instituto literario de Garcia", et quelques années plus tard se voit chargé de diverses missions, lui donnant l'occasion de voyager à l'étranger, notamment pour acquérir du matériel didactique. il a ainsi eu occasion d'approfondir ses connaissances en astronomie et photographie céleste, à l'observatoire de Paris, au côté des frères Paul et Prosper Henry.
oeuvre de Bonilla
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si l'on en croit L'université autonome de Zacatécas, c'est Don José Arbol y Bonilla lui même qui aurait fondé l'observatoire de Zacatécas en 1876. Mais voila, au moment de cette fondation, il venait seulement d'intégrer la future université et n'avait encore que 23 ans.
C'est néanmoins lui qui inaugura l'observatoire le 6 décembre 1882, en faisant des observations du transit de Vénus sur le disque solaire, ce qui lui valu les encouragements les plus vifs de Camille Flammarion. Et c'est dans cet observatoire, qu'il allait faire ses mémorables observations des 12 et 13 aout 1883

Analyse de l'observation

L'observation de José A Y Bonilla a été annoncé dans le numéro d'août 1884 de L'Astronomie, et le rapport original complet est paru dans le n° de septembre de l'année suivante
Le 12 aout 1883, se préparant à observer les taches solaires par projection, il a vu des corpuscules sombres traverser l'image solaire. Il en compta 331 ce jour là et put prendre plusieurs photographies. Il télégraphia aux observatoires de Mexico et de Puebla, où l'on avait rien vu. Le lendemain, il en vit encore 116. De l'invisibilité du phénomène à Mexico, et de la mise au point de sa lunette, il en déduisit que ces corps étaient assez proches de la Terre, à une moindre distance que la Lune
Le commentaire de L'Astronomie parle prudemment d'oiseaux, d'insectes, ou de poussières supérieures

Analyse du cas
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Grace a ce rapport de José A Y Bonilla, nous disposons de la photo d'un des objets sur le dique solaire, et partant, de ses dimensions angulaires, de la trajectoire des objets sur le disque, et d'une estimation de leur vitesse de traversée du disque, et donc de leur vitesse angulaire en projection frontale. Nous savons aussi que l'image des objets n'étaient pas au foyer, et donc que leur distance étaient inférieure à l'hyperfocale de l'instrument.
Ces renseignements, joints à ceux sur l'instrument, vont nous permettre d'analyser ce cas en éliminant les hypothèses incompatibles avec les paramètres de l'observation.
Et force est de constater que l'hypothèse de corps extraterrestres (donc d'astéroïdes) proposée par Bonilla est aussi farfelue que celle des soucoupes volantes, d'origine non moins extraterrestre, proposée par les ufologues

La solution: un vol d'oiseaux

hé oui, comme l'avait pressenti le commentaire du compte-rendu de l'observation, c'était bien un vol d'oiseaux. Des centaines de milliers d'oiseaux qui pendant deux jours sont passés à quelques centaines de mètres au dessus de Zacatécas. Aitrement dit un vol d'oiseaux migrateurs.

le martinet pourpre par J.J Audubon
martinet pourpre
Mais quels oiseaux migrateurs? Il nous faut trouver une espèce d'oiseaux américains s'envolant vers le mois d'août, et capables de voler entre 2500 et 3000 m d'altitude. Grace à l'immortel ouvrage de Jean-Jacques Audubon, Les oiseaux d'Amérique, nous trouvons un "coupable" possible: le martinet pourpre:
J'ai maintes fois eu l'occasion d'en voir des troupes prodigieuses qui volaient dans les environs à une hauteur considérable... ces troupes étaient peu serrés...
Quand vient le moment de leur retour aux états du sud ... tous partent vers le 20 août. Ils s'élancent d'un même accord, et on les voit se drigeant droit à l'ouest ou au sud-ouest pour se joindre aux autres troupes qu'ils rencontrent jusqu'à ce qu'ils n'en forment plus qu'une ... ils voyagent alors bien plus rapidement qu'au printemps

Bien sûr, on excuse José A Y Bonilla de n'ètre pas ornithologue...
Néanmoins, une fois l'article paru dans L'Astronomie, le cas fut discuté. Après les remarques faites par la rédaction, d'autres observateurs, professionnels ou amateurs, firent part de leur propre expérience (voit les sources, plus bas). La conclusion finale fut qu'il s'agissait bien d'oiseaux. Le rédacteur aurait été bien étonné si on lui eut dit que 70 ans plus tard, il aurait des gens pour en faire une escadrille d'engins extraterrestres.

Autres observations

Aujourd'hui
bouton oiseaux
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D'autres numéros anciens de l'Astronomie contiennent des rapports d'observations similaires: H. Bruguière à Marseille le 15 avril 1883, Maurice Jacquot au Havre le 7 mai 1885, Jacques Léotard à Marseille le 8 août 1886 (voir plus bas les sources)
De plus le phénomène n'était pas nouveau, et avait déja été reconnu pour ce qu'il est, si l'on en juge par cette remarque de l'astronome Babinet:
J'ai moi-même autrefois, avec M. l'abbé Moigno, tenu pendant des heures entières l'oeil à la lunette dirigée sur le soleil couchant pour apercevoir ces petites planètes. Nous voyions à des distances prodigieuses des hirondelles et d'autres oiseaux traverser comme des points noirs le disque brillant du soleil dont l'éclat était modéré par un verre coloré.
(M.Babinet, de l'institut, Etudes et lectures sur les sciences d'observation, 5ème volume, Paris 1858)
Mais l'observation du phénomène ne s'est pas limité au 19ème siècle. Bien plus, de nouveaux venus sont entrés sur la scène (enfin, sur le disque solaire): les avions
Bien sûr, il n'y a pas de programmes international de recherche des transits d'oiseaux ou d'aéronefs sur le disque solaire (ou lunaire), les observations sont toujours inopinées. Mais nous commencons à disposer d'une galerie de photos montrant les différentes combinaisons possibles de "transits"
Nous avons pu, par ailleurs faire une observation similaire à celle de Bonilla.

Reconstitution de l'observation

Connaissant les paramètres de l'observation et la position des taches solaires, nous avons pu faire cette reconstitution où les dimensions, les durées et l'aspect du soleil ont été respectés. Nous avons seulement restreint à un maximum de 2 secondes l'intervalle des passages qui pouvait atteindre une demi-minute
les objets volants de Zacatécas
Ce que José Arbol y Bonilla a vu

Les sources originales

Les sources
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Il est remarquable que la plupart des ufologues qui ont fait leurs choux gras de l'affaire de Zacatécas, l'ont pris pour argent comptant, l'ont considéré comme pain béni, l'ont mise dans un taberbacle, pour la ressortir comme un crucifix brandi à la face des mécréants, n'ont tout simplement jamais pris la peine de consulter les sources originales. Et ceux qui l'ont fait n'ont guère tenté de suivre la suite de l'affaire, pour voir si d'autres articles ne permettaient pas d'y voir plus clair.
Notons tout de même ce passage de Desmond Leslie, qui, s'il est exact, est l'exception qui confirme la règle:
J'appris qu'un exemplaire de cette photographie se trouvait à Paris et je fis le voyage pour le voir. Malheureusement, cette photo était vieille et floue; il me fut impossible d'en faire une reproduction.
Mais fit il réellement un voyage en France, rien que pour voir cette photo, et vit il vraiment l'original?

Le bétisier de l'affaire de Zacatécas

En se souvenant que l'affaire de la photo de Zacatécas fut érigée au rang des phénomènes célestes inexplicables dès 1919, par Charles Fort, puis reprise en 1953 dans "Flying saucers have landed", de Leslie et Adamski, on se doute que de recopiage, en embellissement , le récit de l'affaire doit avoir été passablement travesti

Le bétisier
bouton bétisier
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Effectivement, en explorant, tant le Web, que la littérature ufologique, on voit se dérouler le miracle de la transsubstanciation ufologique: Un phénomène bien terrestre, observé par un observateur insuffisamment expérimenté, se transforme progressivement en manifestation d'engins extraterrestres, observé et photographié par un éminent "professeur", à qui nous sommes redevable de la plus prestigieuse preuve de l''existence des OVNI

Conclusions

Nous devons convenir que Don José Arbol y Bonilla a fait beaucoup pour développer l'astronomie dans sa ville, et savait faire de la photographie astronomique, ce qui, en 1883, n'était pas donné à tout le monde. Il fut parmi les premiers membres de la Société Astronomique de France, avec le n° 124, et Camille Flammarion ne lui ménagea pas ses encouragements. Mais sa naïveté n'a d'égale que son ignorance de l'astronomie fondamentale
A Zacatécas, on n'a voulu se souvenir de lui que comme promoteur de l'astronomie, et l'université de Zacatécas a donné son nom à son nouvel observatoire
Les ufologues (qui en savent encore moins que lui) n'ont voulu se souvenir que de son titre de "directeur" de l'observatoire, pour transformer une migration d'oiseaux en escadrille de soucoupes volantes estampillée par la science...

Mieux vaut en rire, n'est ce pas? Alors... RIONS

Dernière mise à jour: 02/09/2014

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Dernière mise à jour: 1/09/2014