1841 J.-P. Migne reprend l'édition d'Etienne Baluze


L'abbé Jacques-Paul Migne, né en 1800 à Saint-Flour, fut ordonné prètre en 1824 et affecté à la paroisse de Puiseaux, mais en démissionna bientôt, en désaccord avecv son évêque.
J-P Migne
J.-P. Migne
Monté à Paris en 1833, il y fonda le journal l’Univers religieux, qu'il céda en 1836. L’un des premiers ecclésiastiques à comprendre le pouvoir de la presse écrite et de l’édition de masse, il se fit alors imprimeur au Petit-Montrouge et devint le plus grand éditeur français de son temps, publiant des éditions à bon marché d’ouvrages de théologie, d'encyclopédies destinées à l’éducation du peuple, et d'éditions d’œuvres des pères de l'Église.
Dans sa colossale Bibliothèque du Clergé, l'édition des Patrologiae latinae compte déjà 217 volumes. Les oeuvres d'Agobard se trouvent dans le volume CIV, qui contient aussi des oeuvres d'Eginhard et de Claude de Turin.
On aurait pu s'attendre à ce qu'il soit encouragé par l'Église, félicité, récompensé, en étant - par exemple - nommé chanoine. Il n'en fut rien, il fut au contraire flétri pour avoir mis la littérature ecclésiastique aux mains d'un public non averti, et même interdit par Mgr Darboy (qui fut plus tard exécuté par les communards).
Il faut reconnaitre que la typographie de ses ouvrages n'est pas aussi lisible que celle des éditions de Gallandi, mais rappelons nous qu'il s'agissait d'une édition à bon marché.

titre

Nous ne donnons pas ici le texte du livre d'Agobard, puisqu'il est le même que celui de l'édition d'Etienne Baluze. Le titre en est même scrupuleusement repris, alors que le début ( ITEM LIBER ) n'est manifestement pas d'Agobard, mais de son copiste.
La différence avec l'édition de Baluze, c'est que les notes sont ici reproduites page à page, alors qu'elles figuraient dans un troisième tome dans l'édition de Baluze.

notes


SOURCE: Saeculum IX. S. AGOBARDI, Lugdunensis episcopi... OPERA OMNIA, Accurante J.-P. Migne, 1851, col 147-158

Remarques:

Les Patrologiae latinae sont suivies d'une série de tables analytiques qui sont un outil précieux pour l'analyse de la littérature ecclésiastique, et qui selon l'éditeur lui même, ont représenté un travail colossal:
Après de si solennelles promesses, nous livrons enfin au Public, qui les attend avec impatience, les TABLES de notre COURS COMPLET DE PATROLOGIE LATINE. Le retard que nous semblons avoir apporté trouvera une légitime excuse aux yeux du Lecteur qui saura apprécier l'immensité d’une pareille oeuvre, les difficultés incroyables que nous avons eu a vaincre, le temps presque incalculable qu’exigeait une semblable entreprise et les fonds immenses qu’il nous a fallu avancer. En effet, nous donnons DEUX CENT TRENTE ET UNE TABLES sur notre Cours de Patrologie Latine, forte de 217 volumes. Or, pour dresser CHACUNE de ces Tables, il a fallu tourner et retourner, analyser d’un bout a l’autre CHACUN de ces 217 volumes; et cette opération a dû nécessairement être recommencée 231 fois ; ce qui donne l’analyse de plus de 50,000 volumes de notre format. Supposons qu'un homme soit d’un jugement assez rapide, d’un coup d'oeil assez sur, d’une intelligence assez vaste pour analyser un de nos volumes dans l’espace de quinze jours, il lui faudratt plus de 1800 ans pour réaliser ce que nous avons fait, nous, en quelques années. Afin d’y parvenir, nous avons appliqué a ce travail plus de cinquante hommes pendant plus de dix ans, et le résultat a été obtenu. Ce n’est pas tout encore: après ce premier jet, qui laissait sans doute a désirer, d’autres hommes sont venus, qui ont pris en mains le travail déja fait, pour le réviser, abréger ce qui était trop étendu, compléter ce qui n'était qu'ébauché, redresser ce qui etait faux ou erroné, enlever ce qui était faible ou superflu. Enfin, un seul homme a été chargé d'examiner attentivement et avec soin toutes ces Tables disparates, fruit de diverses intelligences, de les coordonner, de les unifier entre elles, pour en former un tout rationnel et logique, comme nous le montrerons tout a l'heure.

L'auteur se laisse alors aller à un accès d'autosatisfaction euphorique:
Aprés tout cela, n’avons-nous pas le droit de nous écrier; Que sont les douze Travaux d'Hercule auprés de nos 231 Tables ! Que sont tous les autres travaux littéraires ! Que sont les Encyclopédies du XVIIIe et du XIXe siécle! Que sont toutes les autres oeuvres typographiques! Des jeux d’enfants, dont le plus grand n’est rien auprés du nôtre.
( INDICES GENERALES SIMUL ET SPECIALES PATROLOGIAE LATINAE, J-P Migne, 1862, col I )

Nous ne citons pas la suite, qui est du même tonneau, mais nous nous permettrons de tempérer ce bel enthousiasme:

  Les tables elle-mêmes n'occupent que 4 volumes, et, si un homme seul, d'un jugement rapide et à l'intelligence vaste a besoin de 1800 ans pour faire ce travail, 50 hommes ont besoin de 36 ans et non de 10. Inversement, l'homme seul aurait besoin de 500 ans.
En fait, il n'est pas nécessaire de relire 231 fois chacun des 217 volumes, mais simplement de travailler avec 231 tables ouvertes de front. A raison de 4 volumes par homme, il n'est plus nécessaire de travailler 10 ans, encore moins 36.

  Le livre d'Agobard est destiné à ouvrir les yeux des autres écclésiastiques sur les superstitions populaires, et à démontrer que les sorciers n'ont aucun pouvoir réel. On s'attendrait donc à trouver une référence à cet ouvrage d'Agobard dans le chapitre Superstitio de la table CCIX consacrée aux sciences occultes. Or on n'y trouve que deux références à son livre De imaginibus sanctorum, et rien sur les tempestaires.
Par contre on trouve une référence dans la table CCX INDEX ASTRONOMIAE ET METEOROLOGIAE
  Grando. - ... - Liber de grandine, S.Agobard., CIV, 147.

Or le livre d'Agobard n'est absolument pas un livre de météorologie. Alors? 500 hommes-années, et les auteurs se sont arrétés à la seconde moitié du titre. C'est bien décevant.
 

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