1858. Lecouturier expose le dossier du satellite de Vénus.

DU FAUX SATELLITE DE VÉNUS.

  Il s'est élevé, au siècle dernier, à propos de Vénus, un débat fort animé. Cette planète est-elle accompagnée d’un satellite, comme la Terre l’est de la Lune? C’est ce qu’on a affirmé pendant longtemps et c’est ce qu'on nie aujourd'hui.
  Dès le 25 janvier 1672, vers sept heures du matin, Cassini avait aperçu, pendant dix minutes, non loin de Vénus, une petite lumière imitant à peu près la phase de la planète; la clarté du crépuscule l’ayant fait évanouir, l’astronome ne put étudier plus à fond cette apparition. Il l'avait déjà presque oubliée, lorsque le 28 août 1686, à quatre heures quinze minutes du matin, il aperçut le même phénomène. Voici la description qu'il en donne (Découverte de la lumière zodiacale, p. 45): « En regardant Vénus, dit-il, avec la lunette de trente-quatre pieds, je vis à une distance égale aux trois cinquièmes de son diamètre, vers l'Orient, une lumière informe qui semblait imiter la phase de Vénus, dont la rondeur était diminuée vers l'Occident. Le diamètre de ce phénomène était à peu près égal à la quatrième partie du diamètre de Vénus; je l’observai attentivement pendant un quart d'heure, et après avoir interrompu l'observation pendant l’espace de quatre à cinq minutes, je ne le vis plus, mais le jour était grand. »
  A partir de ce moment, tous les astronomes furent en quête du satellite de Vénus, mais leurs recherches furent vaines pendant cinquante-quatre ans.
Note: Ceci n'est qu'une légende. Cassini ne publia son observation qu'en 1695, et on n'a pas connaissance que tous les astronomes guettèrent alors le satellite, recherche qui n'eut lieu qu'en 1761 .
Ce ne fut que le 3 novembre 1741 que Short aperçut à Londres, avec un télescope grossissant cinquante ou soixante fois l’objet, comme une petite étoile très-proche de Vénus. Le ciel étant alors fort serein et Vénus paraissant très-distinctement, il prit des oculaires trois ou quatre fois plus forts, et reconnut, avec une agréable surprise, que la petite étoile avait une phase, la même que celle de la planète. Le diamètre de ce satellite n’était pas le tiers de celui de Vénus, dont il était distant de dix minutes vingt secondes ; sa lumière était moins vive, mais aussi bien déterminée. L'astronome put le considérer à plusieurs reprises, avec différents télescopes, pendant une heure entière.
Note: Ce passage est manifestement recopié - avec ses erreurs - de l'article de De Lalande dans l'encyclopédie Méthodique.
  On ne trouve plus trace du satellite de Vénus jusqu’à 1761, l’année du passage de cette planète sur le Soleil. Ce fut Montagne, astronome de Limoges, qui le retrouva le 3 mai à neuf heures et demie du soir, sous la forme d’un petit croissant assez faible, à une distance d'environ vingt minutes de la planète, dont son diamètre paraissait être à peu près le quart. Le lendemain 4 mai, à la même heure, nouvelle observation du satellite qui était plus éloigné de Vénus d'environ une minute. Même observation les 7 et 11, toujours avec quelque différence dans la position.
  Il est à remarquer que le satellite paraissait également, soit que la planète se trouvât dans le champ de la lunette avec lui, soit qu’elle ne s’y trouvât point. L'absence de Vénus du champ de l'instrument semblait même faciliter l’observation du satellite. Baudouin lut à l’Académie des Soiences un mémoire dans lequel il essayait de déterminer les éléments de son orbite.
  Ces observations du satellite de Vénus ne sont pas les seules qui datent de cette même année. Le jésuite Lagrange, dé Marseille, n’y remarqua point de phases comme les autres observateurs, et ce qui n'est pas moins surprenant, c’est que ce petit astre lui sembla perpendiculaire à l’écliptique.
  Un astronome anglais profita du passage de Vénus sur le Soleil le 6 juin 1761, pour observer le satellite. Il le vit décrire la mème ligne que la planète, mais seulement plus près de l’écliptique. Cette observation est consignée dans le London Evening Post (août 1761).
  D’autres apparitions de ce satellite furent constatées Les 16, 28 et 29 mars 1765, vers sept heures et demie du soir, par Montbaron, conseiller au présidial d'Auxerre. Avec un télescope de trente-deux pouces, dont il changea le petit miroir et varia les oculaires, il tint Vénus hors du champ de son instrument pendant qu'il observait le satellite; il le fit voir à un grand nombre de personnes pendant des heures entières et ne négligea rien de ce qui pouvait en constater la réalité.
  La certitude de l'existence du satellite de Vénus était alors si bien établie, que le grand Frédéric proposa de l'appeler d'Alembert. L'illustre géomètre s'en défendit par cette lettre spirituelle qu'il écrivit au roi de Prusse :
  « Votre Majesté me fait trop d'honneur de vouloir baptiser en mon nom cette nouvelle planète. Je ne suis ni assez grand pour devenir au ciel le satellite de Vénus, ni assez bien portant pour l'être sur la Terre, et je me trouve trop bien du peu de place que je tiens en ce bas-monde, pour en ambitionner une au firmament. »
  Le célèbre Lalande s’efforça le prouver la non-existence du satellite de Vénus, en disant que cette apparition n’était autre chose que l’image secondaire produite par une double réflexion, lorsqu'on regarde au travers d'une seule lentille de verre un objet lumineux d'un fort petit diamétre placé sur un fond obscur. Cette réfutation aurait de la valeur, si l'on ne pouvait observer le satellite que lorsque Vénus est dans le champ de la lunette; mais on a vu que Montagne et Montbaron l’observaient avec beaucoup plus de facilité, lorsqu'ils tenaient la planète écartée du champ de leur instrument.
Note: Mais ces deux observations ne prouvent pas que le supposé satellite n'était pas une étoile.
  Dans le cas ou ce satellite existerait réellement, il serait très-difficilement visible pour nous, car il ne pourrait se présenter à nos yeux que dans les époques de sa phase en croissant. Sa lumière serait donc toujours inférieure à celle que donnent les satellites de Jupiter et de Saturne, qui n’affectent pour notre vue que la forme ronde. Et encore, la plus grande élongation de Vénus, par rapport au Soleil, n'étant que de quarante-huit degrés, il faudrait que son satellite, pour êre aperçu, fût lui-même, à cette époque, dans sa plus grande élongation ; car dans toute autre circonstance il se trouverait plongé dans les rayons du Soleil, ou enveloppé par les vapeurs de l'atmosphère, ou éteint par la lumière de l'horizon.

Note: Tout ceci est faux. Si le satellite était gros comme la lune, il serait visible dans les mêmes conditions que Vénus, tout en étant 100 fois moins lumineux, ce qui lui assurerait encore une luminosité 100 fois supérieure à celle des satellites de Jupiter. Il se confirme que Lecouturier n'a pas fait de calculs et recopié les assertions d'un autre.
Lecouturier, PANORAMA DES MONDES, Paris, 1858, p. 196

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Dernière mise à jour: 16/10/2020