1802. De Lalande récidive contre le satellite de Vénus.

Jean-Etienne Montucla (1725-1799) publia en 1758, une Histoire des Mathématiques très réputée. En 1798 il en commença une nouvelle édition qui fut achevée et complétée par De Lalande, de 1799 à 1802. Le dernier tome est donc entièrement de De Lalande, et l'on peut s'étonner de le voir parler du citoyen De Lalande, comme si, à l'instar de Jules César, il parlait de lui à la troisième personne.

H I S T O I R E
DES
MATHÉMATIQUES
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C I N Q U I E M E  P A R T I E
Qui comprend l'histoire de ces sciences pendant le dix-huitième siècle.


L I V R E  C I N Q U I È M E
Qui traite de l'Astronomie planétaire, des Etoiles et des Eclipses.

...
  On a beaucoup parlé d'un satellite de Vénus, sur-tout en 1761. Cassini avoit cru en voir un en 1672, du moins il avoit vu quelque chose de ressemblant à un satellite de Vénus; elle étoit alors en croissant, et ce phénomène, qui étoit égal à peu-près au quart du diamètre de Vénus , étoit aussi en forme de croissant. Il ne paroît pas qu'il ait fait alors beaucoup d’attention à cette observation ; mais ayant revu, en 1686, le même phénomène, imitant pareillement la phase de Vénus qui étoit seulement diminuée de rondeur, comme la lune entre sa première quadrature et la pleine lune, il y fit plus d’attention. Il l’observa environ pendant quinze minutes; il raconta cette observation, dans son ouvrage sur la Découverte de la Lumière zodiacale , imprimé en 1681.
Note: Cassini ne risquait pas de relater en 1681 une observation faite en 1686. En fait, son travail fut publié en 1695.
Il conjecturoit que ce pouvoit être un satellite de Vénus , que quelque circonstance rend moins propre à se faire appercevoir dans certaines situations que dans d’autres; mais il ne dissimuloit pas que quelque effort qu’il eût fait depuis pour le voir de nouveau, il n'y avoit pu parvenir.
  On ne songeoit plus à ce satellite de Vénus, lorsque le hasard l’offrit de nouveau à Short, célèbre opticien Anglois et habile observateur. Essayant le 3 novembre, 1740, au matin, sur Vénus, un télescope à réflexion, de seize pouces de longueur et grossissant le diamètre des objets cinquante à soixante fois , il vit à côté de cette planète, comme une petite étoile fort voisine, ce qui l’engagea à la considérer avec des oculaires de plus grande en plus grande force successivement , et il vit distinctement ce petit corps lumineux imitant parfaitement la phase de Vénus, à une distance qu'il estima de 10 ' 20 ".
Note: L'observation est mentionnée pour le 23 octobre, mais c'était en calendrier julien, correspondant au 3 novembre. Quand à la mesure, elle fut faite au micromètre, et non à l'estime.
Short le considéra à différentes reprises et avec différens télescopes , pendant une heure, jusqu'à ce que le crépuscule le lui ravit entièrement. Mais il lui arriva comme à Cassini, quelque soin qu'il ait pris depuis pour réitérer cette observation, en y employant même son fameux télescope de douze pieds, qui grossissoit les objets de six à douze cent fois , il n'a pu avoir cette satisfaction, en sorte que son observation est aussi isolée et stérile que celles de Cassini.
  Le cit. Baudouin de Guemadeuc , maître des Requêtes et amateur d'Astronomie , engagea Montaigne, astronome de Limoges, à s’en occuper. Il espéroit que ce satellite pourroit passer , avant ou après Vénus, sur le disque du soleil, le 3 juin ; mais il falloit le chercher d'avance. Le 3 mai, 1761, ayant tourné du côté de Vénus, une lunette de neuf pieds de longueur, grossissant quarante à cinquante fois, il vit à côté de la planète , à vingt minutes environ de distance, un petit croissant dans le même sens, qui lui parut environ un quart de celui de Vénus. Il continua à le voir les jours suivans.
Note: En fait, il crut le voir le 3 et le 4, bien que le 4 il ne s'agissait que d'une étoile qu'il avait négligé le 3. Puis il ne vit rien le 5 et le 6, et crut le revoir le 7 et le 11.
Baudouin se hâta d'informer l'Académie des Sciences, du succès de ces observations ; il ébaucha une théorie de ce satellite, dont le cit. de la Lande lui fournit les calculs. Mais Montaigne eut le même sort que Cassini et Short : après les quatre observations dont nous venons de parler, il n’a jamais pu revoir son nouvel astre, aidé même d’instrumens supérieurs à celui avec lequel il l’avoit vu la première fois.
  D'autres astronomes, Rodkier et Horrebow, Danois, crurent avoir vu le satellite ; mais le P. Hell, astronome de Vienne, fit voir que ce n'étoit qu’une illusion d'optique : c'est l'objet d’une dissertation latine , qu’il publia dans les Éphémérides de Vienne, 1766, de Satellite Veneris. Il fait voir que ce n’est qu’une de ces petites images qu’on apperçoit à côté, au-dessus ou au-dessous de l’image principale d’un objet lumineux regardé avec une lunette, et qui sont produites par la réflexion des rayons sur la cornée de l'œil ou sur la surface de l’oculaire, dont la concavité est tournée vers l’œil; ce qu'il établit fort au long et avec beaucoup de soin, par un grand nomhre d'expériences. On ne peut disconvenir que la dissertation du P. Hell ne rende cette illusion fort probable dans bien des cas.
Note: En fait, l'explication du père Hell s'applique à tout ceux qui on réellement vu une phase. Le père Lagrange n'a pas vu de phase, et Montaigne a décrit une phase, alors qu'ils n'avait vu qu'une étoile.
Il faut supposer qu'il n’étoit pas vrai que Short eût changé plusieurs fois d’oculaires à son télescope, et qu'il en eût toujours résulté une pareille image parasite, aussi Lambert n'a pas laissé de donner dans les Mémoires de Berlin, année 1773; un Essai sur la théorie du Satellite de Vénus. Dans ce mémoire, Lambert, employant d’abord les quatre observations de Montaigne, ensuite les observations de Rodkier et de Montbaron d'Auxerre, parvient à former une hypothèse sur la position et la grandeur de l'orbite du satellite ; mais malgré le travail de cet habile géomètre , les astronomes ne croient plus au satellite de Vénus.

J.F.Montucla HISTOIRE DES MATHEMATIQUES, tome Quatrième, achevé et publié par Jérome De Lalande, Paris, An X (Mai 1802), p. 15-16

Et voila! Circulez, y'a rien à voir. La conclusion est tout de même exacte, mais la démonstration n'est pas un modèle d'exactitude.

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Dernière mise à jour: 09/09/2020