1865: Pouchet créé la légende d'Ambroise Paré

pouchet
Félix Archimède Pouchet

Félix Archimède Pouchet, né à Rouen en 1800, fit des études de médecine et de chirurgie, avant de devenir, en 1828, professeur d'histoire naturelle au Museum de Rouen
En 1845, il présente à l'Académie des sciences sa Théorie positive de l'ovulation spontanée qui sera couronné par l'Académie.
Il défend ensuite l'hétérogénie, qui n'est jamais que la vieille théorie plusieurs fois controversée de la génération spontanée. Elle soulève une vive controverse face à celle de Louis Pasteur, qui en sortira vainqueur. Remarquons que Pouchet n'était ni obscurantiste, ni idiot: Il mit au point un aéroscope pour dénombrer les poussières de l'air, et des expériences pour vérifier l'assertion de Pasteur, selon laquelle les germes microbiens étaient véhiculés par l'air. Malheureusement, il avait méconnu un détail du domaine des mathématiques: la rapidité de la croissance de la progression géométrique, fait qu'il suffit d'un seul germe, et non d'un brouillard épais, pour coloniser un ballon de liquide nutritif. Pouchet perdit la bataille en 1865, mais garda ses convictions

Cette même année, il publia: L'univers les infiniment grands et les infiniment petits. Axé surtout sur le règne vivant, le livre parle aussi d'astronomie, ce qui lui valut d'ètre lu par Amédée Guillemin. Il sera réédité en 1868 et 1872
Médecin, chirurgien et naturaliste, Pouchet connaissait évidemment Ambroise Paré et son livre des monstres, et c'est lui qui va faire passer la "comète d'Ambroise Paré" du domaine des monstruosités, à celui de l'astronomie


LES ERREURS

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MONSTRES ET SUPERSTITION

Terminons cette esquisse des magnificences de la nature en lui opposant les ridicules fictions que, trop souvent, nos devanciers se complurent a leur substituer. Ainsi nous aurons complété le tableau de la marche des sciences.
Les anciens peuples ont eu leurs superstitions et leurs fabuleuses légendes, mais celles-ci ne furent jamais si répandues qu'elles le devinrent au Moyen age, temps de naïve ignorance et de foi ardente. a Alors, comme le dit L. Figuier, dans son excellent livre sur cette époque, toutes les classes du peuple, et même en grande partie la noblesse, la magistrature et le clergé, croyaient à la magie.
La Renaissance elle-même ne secoua pas cette défaillance de l'esprit humain; au contraire, ses savants semblent à l'envi collecter toutes les fables de leurs devanciers et les inscrire dans leurs ouvrages. Ils trouvent des Monstres dans tous les règnes de la nature, et aussi bien dans les profondeurs de la mer que parmi les cieux. Ambroise Paré consacre même l'un de ses paragraphes aux Monstres Célestes, dans lequel il décrit les fabuleuses comètes dont nous avons parlé

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ADDITIONS ET ECLAIRCISSEMENTS

161. On peut voir, dans Ambroise Paré. jusqu'à quel point les esprits les plus sérieux des derniers siècles se sont laissé egarer au sujet des Comètes. L'illustre cbirurgien, qui certes n'etait pas superstitieux, donne, dans son important ouvrage, les plus fantastiques figures de quelques-uns de ces astres.
  Dans son chapitre intitule des Monstres célestes, Ambroise Paré parle de Cometes chevelues, barbues, en bouclier, en lance, en dragon ou en batailles de nuées. Et il y décrit surtout, et y represente, dans tous ses détails, une Comète sanglante qui apparut en 1528. « Cette Comète estoit si horrible, dit-il, si espouuantable qu'elle engendroit si grand terreur au vulgaire, qu'il en mourut aucuns de peur; les autres tomberent malades. Elle apparoissoit estre de longueur excessiue, et estoit de couleur de sang; a la sommité d'icelle, on voyoit la figure d'vn bras courbé tenant vne grande espée en la main, comme s'il eut voulu frapper. Au bout de la pointe, il y auoit trois estoilles. Aux deux costes des rayons de cette Comete, il se voyoit grand nombre de haches, cousteaux, espées colorees de sang parmy lesquels il y auoit grand nombre de faces humaines hideuses, auec les barbes et les cheueux herissez. »
(AMBROISE PARE, chap XXXII.)


F.A.Pouchet, L'univers les infiniment grands et les infiniment petits, Hachette, 1872, p 705-706 et 757

Remarquons comment Pouchet dénonce la naïveté des savants de la Renaissance, qui recopiaient sans vérifier tout ce qui passait à leur portée. Or il fait exactement la même chose, en recopiant Ambroise Paré, sans remonter à ses sources, pourtant clairement indiquées. De plus il n'a pas bien lu Paré, qui certes, donnent une énumération de prodiges défigurant la face du ciel, mais n'a jamais parlé de comètes en dragon ou en bataille de nuées. Ce sont les autres termes de son énumération, dont il précise bien qu'il s'agit là de l'opinion des anciens:
Les anciens nous ont laissé par escrit que la face du Ciel a esté tant de fois défiguree de Comettes barbues, chevelues, de torches, flambeaux, coulonnes, lances, boucliers, bataille de nuees, dragons, duplication de Lunes & soleils, & autres choses:
Paré n'a fait que recopier ce texte, comme la description de la "comète" dans le livre de Boaistuau, comme on peut le vérifier.
Mais Pouchet ne veux pas se donner la peine de chercher plus loin. Ce faisant il cautionne les erreurs de Paré: c'était une comète, et elle apparut en 1528
Avec l'aide d'Amédée Guillemin, qui lui accorde sa confiance, Félix Archimède Pouchet va faire apparaitre dans le domaine de l'astronomie, une comète qui n'a pourtant jamais existé.
Une "génération spontanée", en quelque sorte.


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Dernière mise à jour: 02/02/2016