Le satellite de Vénus dans Les Terres du ciel

Terres du ciel
Les Terres du ciel
Flammarion
Camille Flammarion
Ayant déjà parlé du satellite de Vénus, dans Les merveilles céleste et dans L'astronomie populaire, Camille Flammarion ne pouvait pas ne pas y consacrer un chapitre dans un livre entièrement dédié aux planètes.
Au livre II, il consacre 120 pages à la planète Vénus, il y parle, bien sûr de l'histoire de nos connaissances à son sujet, de sa mythologie, de son aspect, de ses phases, de sa géographie (mais ne faudrait-il pas dire Venerographie?), de son atmosphère, de sa masse, du problème de sa rotation, mais il consacre aussi 5 pages à sa mystérieuse "lumière cendrée", 24 pages à ses habitants (si, si!) et 5 à son problématique satellite.

Tel est le volume de notre planète voisine. Quel est son poids ? Si elle avait un satellite tournant autour d'elle, nous pourrions facilement calculer ce poids, comme nous l'avons fait plus haut pour Mars, par la vitesse de son mouvement. Mais nous verrons tout à l'heure que les observations qu’on a cru faire de ce satellite ne sont rien moins que concluantes.
Note: Il faudrait dire "quelle est sa masse?", le poids n'ayant pas de sens pour un corps en orbite.
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Nous parlions tout à l’heure d’observations problématiques faites sur le satellite de Vénus. — Vénus a-t-elle un satellite ?
— Elle en aurait plutôt deux qu’un, répondaient au temps de la régence les astronomes qui se souvenaient de leur mythologie.
— Elle n’en a probablement aucun, répondons-nous aujourd’hui. Il faut avouer néanmoins que cette non-existence du satellite de Vénus n'est pas tout à fait prouvée, et que le sujet reste assez perplexe. Nous résumerons ici l’ensemble des observations (1).
(1) Voir l'article de M. Joseph Bertrand, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, dans la Revue mensuelle L'Aséronomie (août 1882),
Note: C'est l'article qui figure sur cette page. La suite du texte est simplement reprise de cet article, et nous y renvoyons, mais nous citons la fin qui est un peu différente.
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Nous restons en face de trois explications possibles. La première est que le satellite existerait réellement, mais serait très petit et ne pourrait être observé qu’en des circonstances rares, à des époques d’élongations exceptionnelles. Ce n’est pas probable.
Note: Cette hypothèse était cependant plausible pour Joseph Bertrand.
La seconde explication est celle des fausses images (1) qui se produisent dans les instruments, provenant soit de la réflexion de l'œil dont il a été parlé plus haut, soit d’un ajustement défectueux dans les lentilles de l’oculaire et de certains effets d'optique dus au jeu des rayons lumineux dans l'instrument lui-mëme. La troisième explication consiste à considérer ces observations comme celles de petites planètes qui seraient passées au delà de Vénus et se seraient trouvées fortuitement sur le mème rayon visuel. Ces deux dernières hypothèses sont les plus vraisemblables et peuvent s’appliquer l’une et l’autre à ces observations énigmatiques.
Note: La deuxième ne s'applique qu'à quelques observations, comme celle de Cassini. La troisième ne peut s'appliquer qu'à des objets d'aspect stellaire.
{1) Un jour, le 30 mars 1881, M. Denning, observant Vénus, remarqua que deux croissants étaient visibles dans le champ de la lunette : l'un large et pâle, presque au centre du champ. et l’autre petit et brillant, un peu à l'ouest du premier; ce dernier était la véritable image de la planète. Les deux croissants étaient tournés du même côté et leur phase était la même : l'un semblait la reproduction exacte de l'autre. M. Denning estima que le diamètre du plus petit était à peu près le 1/6 du diamètre de l'autre. Il fit tourner l'oculaire sans produire aucun déplacement dans la position relative des deux images, puis il le retira, Regardant alors dans l’intérieur du tube, il découvrit l'explication du phénomène. Les rayons du Soleil entrant par l'ouverture principale de la lunette venaient tomber en partie sur le petit tube mobile qui porte l'oculaire et y formaient du côté de l'Ouest uh-petit croissant brillant, lequel, faiblement réfléchi et renversé par l'oculaire, devenait l'origine de l'image.
Note: Cette note s'inspire de la lettre de Denning sur cette page.
Dans le grand équatorial dé Washington. (l'un des meilleurs qui existent), l'un des oculaires a constamment montré à M. Newcomb un petit satellite à coté d'Uranus et de Neptune, lorsque l'image de la planète était arrivée juste au centre du champ; mais ce satellite disparaissait aussitôt qu'on remuait la lunette.
L'explication est fort simple et rend compte des apparitions du satellite de Vénus; pourtant il est difficile de penser que l'origine de pareilles illusions aient pu échapper à des observations soigneuses.

Note: Celle ci est reprise de l'article de Bertrand sur cette page.
Camille Flammarion, Les Terres du ciel, Paris, C.Marpon et E.Flammarion, 1884, p. 262-266

  Et voila! Flammarion fait confiance à Joseph Bertrand, qui avait fait confiance au Dr F. Schorr, qui avait fait confiance à Lambert, qui avait fait confiance à Baudouin, qui avait fait confiance à Montaigne, qui... avait triché. Voila où ça mène de ne pas vérifier. Heureusement que Flammarion reste réservé.

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Dernière mise à jour: 3/11/2020