1668: Hévélius a du mal à comprendre

Hévélius
Johannes Hévélius
frontispice
le frontispice

Johann Hewelke, en latin, Johannes Hévélius, né en 1611, est le plus illustre savant de Dantzig, aujourd'hui Gdansk. Il serait l'astronome polonais le plus célèbre s'il n'y avait eu Nicolas Copernic
Il s'est illustré en construisant des instruments astronomiques, qui lui permirent des observations précises, et notamment sa grande lunette, la plus grande lunette sur monture qu'on ait jamais construite, puisqu'elle faisait 46 m. Il la décrivit, avec d'autres instruments de l'époque, dans son ouvrage Machina Coelestis. Il s'en servit pour faire des observations de la lune, qui lui permirenr d'en dresser une carte, qui n'était pas la première, mais était la plus précise de son temps. Il la publia dans sa Selenographia, encore recherchée.

Un autre ouvrage important d'Hévélius, dont seul le frontispice est bien connu, est sa Cométographia, publiée en 1668, qui résume le savoir de son temps sur les comètes. Le dernier chapitre contient un historique des observations de comètes, où il compile, sans trop se poser de questions, les observations des comètes mentionnées par les auteurs précédents. Cependant, à la différence des cométographes du siècle précédent, il ne fait pas suivre chaque observation de la liste des calamités que la comète aurait annoncé.

Hévélius n'eut pas en France, le respect qu'il méritait. Pire, son observatoire fut ravagé par le feu en 1679. Quand au cuivre de la gravure de sa carte de la lune, qui avait échappé à l'incendie, il fut utilisé par ses héritiers pour en faire une boite a thé. Longtemps les splendides ouvrages d'Hévélius ne furent consultables que dans les grandes bibliothèques. Ce n'est qu'en février 2012, que sa Cométographia fut mise sur internet par la bibliothèque de Silésie.

Voici ce que, dans sa Cometographia, Hévélius a trouvé pour la spseudo-comète de 1527

  A. C. 1527, In Ditione Palatinatus Cometa ingentis & monstrosae magnitudinis II die Decembr. in Occasu visus & observatus est. Erat ipse omnino cruentus nube terribilis, Stellis hastis & gladiis, etiam capitibus obtruncatis hinc inde circumdatus. Bizar. lib. 19, sub fin.
Vix imaginari mihi possum, hocce phaenomenum fuisse cometam.
1527 après J.C. Dans la gouvernance du Palatinat, une immense comète, d'une grandeur monstrueuse, fut vue et observée au couchant le 11 décembre. Elle était entièrement ensanglantée, entourée d'une nuée terrifiante, d'étoiles, de lances et d'épées, et encore de têtes tranchées. Bizaro, livre 19, à la fin
J'ai du mal à imaginer que ce phénomène ait été une comète
La deuxième phrase est identique à celle de Cornélius Gemma

  A. C. 1527, Die II Augusti primùm in cœlo illuxit Cometa de mane summo, horam circiter quartam, conspectus ferè universæ Europae. Is in se, contra aliorum Cometarum naturam, quandam habuit manum, protendentem gladium, & vibrantem minas. Wolf. Centur. 16, pag. 293.
1527 après J.C. D'abord Le 11 aout, d'abord une comète brilla dans le ciel de grand matin, vers quatre heures, observée de presque toute l'Europe. Contrairement à la nature des autres comètes, était en elle une main brandissant une épée et vibrante de menaces
Le livre de Wolff, lectionum memorabilium, ne cite pas sa source, et est plus un catalogue de prodiges et de caricature antipapistes, qu'une vraie chronique. "Mauvais auteur à tous égards" dit Pingré, qui, il est vrai, est chanoine

  A. C. 1527, Die Octobr. II, (alii die II Augusti) manè circa horam quartam, non tantum in ea Vuestriae parte, cui Comites Rheni praessunt, sed etiam per totam ferè Europam Cometa terrificus vifus est, duravitque per horam unam & quadrantem, quotidiè flagrans. A Subsolano ortus est, versusque Meridiem & Occidentem ascendit, sub Septentrione autem maximè conspicuus fuit. Longitudo ejus fuit immensa, colore sanguineo, in croceum desinente. Summitas ejus formam brachii incurvati vel speciern habuit, in cujus manu gladius ingentis magnitudinis, velutli jam jam percussuri videbatur. ln mucrone gladii & ab utraque acie, Stellæ tres non mediocres apparuerunt; Sed ea, quæ a Mucrone fulsit, reliquis duabus major fuit. Ab his radii subobscuri, sub forma pilosae caudæ conspiciebantur. In Iateribus radii a summo ad imum, in speciem hastarum ferè deformati & gladii minores, sanguinis colore diluti, inrer quos facies humanae, comis barbisque hispidæ, colore nigricantis nubis cernebantur. Haec tanto tertore horroreque rutilantia mota sunt, ut nonnulli spectatores metu ferè fint exanimati. Rockemb. Lavath. cujus ipsam descriptionem vide inter Meteora.
Mirum sane phaenomenum.
1527 après J.C. Le 11 octobre (selon d'autres, le 11 aout), vers quatre heures du matin, non seulement dans cette partie de la Westrie que commandent les comtes du Rhin, mais encore dans presque toute l'Europe fut vue une comète effrayante, et persista une heure un quart en brillant chaque jour. Elle se leva à l'orient, et monta dans la direction du midi et du couchant, étant cependant le plus remarquable vers le Nord. Sa longueur fut démesurée, et sa couleur de sang, finissant au jaune safran. Son sommet eut la forme et l’aspect d’un bras recourbé dans la main duquel on voyait une épée d’une grandeur immense et comme prète à frapper. A l’extrémité de l’épée de chaque côté de la lame se virent 3 étoiles de bonne taille, mais celle qui étincela au bout de l’épée fut plus grande que les deux autres. De celle-là s'apercevaient des baguettes un peu obscures, à la structure de queues velues. Sur les côtés des baguettes du sommet jusqu’au pied, des rayons grossièrement en forme de lance et de petites épées, de couleur rouge délavé, entre lesquels se distinguaient des figures humaines aux barbes et cheveux hérissées, de la couleur de nuages noirâtres. Ces choses ensemble se déplaçèrent et brillèrent de tant de terreur et d'horreur que quelques spectateurs furent près de rendre l'ame de peur et d'angoisse. Rockenbach. Lavater. Voye sa description parmi les météores.
Phénomène vraiment merveilleux
Ce texte est celui de Rockenbach, qui, après Spangenberg, invente une apparition quotidienne du phénomène. On comprend l'étonnement d'Hévélius

  Eckstormius ait eum apparuisse in Leone, ex Herlicio & Gemmâ.
Eckstorm dit qu'elle apparut dans le lion, d'après Herlicius et Gemma
Eckstorm n'en dit que cinq mots. C'est un peu court, jeune homme

  Nullum Cometae genus illi horroris magnitudine ac divinatis specie comparandum, quod Pater Creusserus annotat vifum 1527, Decemb. II die in occasu, in ditione Palatinatus. Erat omnino cruentum, nube terribili Stellis & hastis & gladiis, etiam capitibus obtruncatis hinc inde circumdatus. Multi hoc spectaculo solo in morbum & Syncopen incidere. Corn. Gemm. de natura div. Char. capite 8.
Aucune comète n'est comparable par la grandeur de l'horreur qu'elle engendra et par l'apparence surnaturelle à celle que P.Creutzer nota avoir été vue le 11 décembre 1527, au coucher du soleil, dans la gouvernance du Palatinat. Elle était entièrement ensanglantée, entourée d'une nuée terrifiante, d'étoiles, de lances et d'épées, et encore de têtes tranchées. Beaucoup de gens, à ce seul spectacle en moururent ou s'en évanouirent. Cornelius Gemma, De naturae divinis characterismis, chapitre 8.
Cornélius Gemma a beau être astronome, les renseignements qu'il donne sont complètement erronés.

Bizarre, cette comète, n'est ce pas? Hévélius ne peut s'empècher d'exprimer sa perplexité. Cependant la mention "Bizar." n'est pas autre chose que l'abréviation du nom de l'auteur, Petro Bizaro
En dépit des remarques de l'auteur, on ne sait pas très bien s'il compte ces prétendues comètes du 11 aout, du 11 octobre et du 11 décembre, pour trois comètes différentes, ou pour une seule.
On note aussi l'amusante coquille qui transforme l'astrologue Peter Creutzer, en père Creutzer. Il est vrai que Gemma dit simplement "P.Creutzer"
On ne connait guère de descendance au texte d'Hévélius, au contraire de celui d'Ambroise Paré, qui fit une belle carrière grace à Félix Pouchet.



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Dernière mise à jour: 16/03/2017