1977: Michel Bougard s'interroge

Bougard
Michel Bougard
chronique
La chronique des OVNI

Michel Bougard, chimiste de formation, fut un des premiers membres de la défunte SOBEPS (Société Belge d'étude des Phénomènes Datiaux), qui fut la plus sérieuse association d'études des OVNI (objets Volants non identifiés, pour ceux qui l'ont oublié). Cette association éditait la revue INFORESPACE dont il fut le rédacteur en chef, avant de devenir président de la SOBEPS.
Dès son premier numéro, paru début 1972, la revue abrite une Chronique des OVNI, qui sera tenu par Michel Bougard dès le numéro 3.
En 1977, Michel Bougard récapitule tous ses articles dans un livre, La chronique des OVNI. Il y insére le récit d'Ambroise Paré qui ne figurait pas dans la revue. Malheureusement, si on comprend que le récit vient de l'astronomie populaire de Flammarion, on ignore d'ou vient le commentaire à propos d'Aldrovandi. En effet, Michel Bougard cite toutes ses sources en vrac à la fin de chaque chapitre, par renvoi à un numéro dans une table, sans donner d'indication de page, et l'une des sources indiquées est absente de ta table (et en vertu des lois de Murphy, il y a des chances que ce soit la bonne). Voici ce qu'il en dit.

Ce qui est plus certain en tout cas, c'est que le phénomène observé en 1528 était bien une comète. Dans un chapitre sur les « Monstres célestes », le célèbre chirurgien Ambroise Paré la décrit sous des couleurs les plus affreuses: « Cette comète estoit si horrible et si espouvantable et elle engendroit si grande terreur au vulgaire, qu'il en mourut aucuns de peur; les autres tombèrent malades. Elle apparoissoit être de longueur excessive, et si estoit de couleur sang; à la sommité d'icelles, on voyait la figure d'un bras courbé, tenant une grande épée à la main, comme s'il eust voulu frapper. Au bout de la pointe, il y avoit trois étoiles. Aux deux costés des rayons de cette comète, il se voyoit grand nombre de haches, cousteaux, espées colorées de sang parmi lesquelles il y avoit grand nombre de fasces humaines hideuses, avec les barbes et les cheveux hérissez. »
  Dans le « Monstrorum Historia » d'U.Aldrovani publié en 1642, on trouve la représentation de la description de Paré, bien que l'auteur relie plutôt le dessin à une aurore boréale observée le 11 octobre 1527.
(voir illustration n° 13)
  On voit à quel point l'imagination populaire pouvait déformer la réalité. Ou alors, et il n'est pas interdit de le faire, on peut se demander si malgré les remarques des astronomes, les phénomènes décrits sont quand même bien des comètes ou des aurores boréales
Michel BOUGARD, La chronique des O.V.N.I., Delarge 1977, p.79-80

Hé non, il n'est pas certain du tout que c'était bien une comète, c'était bien plutôt une aurore boréale
Quant à Ulysse Aldrovandi (et non Aldrovani), il consacre bien un chapitre aux aurores boréales après avoir parlé de la "comète" de 1527, et montré la reproduction du dessin de Cornélius Gemma (et non de Paré), mais il ne relie absolument pas les deux. Pour lui, c'est bien une comète. D'ailleurs, si Aldrovandi avait imaginé un instant que cela pouvait être une aurore boréale, il aurait été un précurseur, au lieu d'un simple compilateur.
On voit à quel point l'imagination des ufologues peut déformer la réalité. Surtout quand ils en profitent pour se demander si ces visions ne seraient pas autre chose que ce que disent les astronomes.
L'auteur précise sa pensée dans sa Chronique des OVNI, pour la période de la Renaissance au Roi Soleil...




Michel Bougard, Chronique des OVNI, INFORESPACE N° 24, décembre 1975

"beaucoup de confusion avec d'authentiques OVNI ?". cette notion d'authentique OVNI est paradoxale, puisque pour affirmer qu'un objet est authentique, il faut d'abord qu'il soit identifié. Mais c'était une façon de raisonner courante chez les ufologues des années 1970. Après que Jacques Vallée, dans Passport to Magonia, eut rapproché les observations d'OVNI du folklore, les ufologues, piégés dans une dissonance cognitive, en conclurent, non que les observations d'OVNI n'étaient jamais que du folklore moderne (ce qu'ils feront dans la décennie suivante), mais que les récits tirés du folklore n'étaient pas des réveries mais des OVNI. C'est dans cet esprit que Michel Bougard a été le premier a ressortir en 1977 la comète d'Ambroise Paré, au cas où...
Voici l'illustration correspondante

Seulement, si cette illustration vient bien de CamilleFlammarion, celui ci la reprenait du magasin pittoresque, qui lui même reproduisait tant bien que mal l'illustration de Conrad Lycosthènes (elle se reconnait à son format carré) et non celle d'Ambroise Paré.
Mais de toutes façons, ces représentations sont toutes fausses. Pour une représentation correcte, il eut fallu une image en rectangle allongé horizontalement, et une épée dirigée vers le haut.
L'initiative de Michel Bougard a fait école sur internet, ou de nombreux sites qui se piquent de raconter l'histoire des OVNI, on repris son texte, limité au récit d'Ambroise Paré
On peut remarquer que ce faisant, les ufologues qui compilent les observations anciennes, au seul motif qu'elles sont étranges et, pour eux, non identifiables, se comportent exactement, comme les pseudo-cometographes du seizième siècle, sauf qu'ils parlent d'OVNI au lieu de comète. Ils utilisent des documents peu crédibles, copient en embellissant, ne remontent pas aux sources, et surtout, ne cherchent absolument pas à savoir ce qui s'est réellement passé. D'ailleurs, pour eux, chercher à comprendre est impie, et expliquer un cas est sacrilège. Ceux qui l'ont fait ont fini par être excommuniés.
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Dernière mise à jour: 3/06/2011