2006: Jean Sider se pose en juge

Prieur
Jean Sider

Jean Sider, né en 1933, et venu à l'ufologie en 1954 (l'année de la grande vague française de soucoupes) est l'auteur de nombreux livres et articles ufologiques.
Il n'est guère connu que dans le microcosme ufologique. Mais son fan-club ne tarit pas d'éloges sur lui:
Un explorateur audacieux... Quand on prend la pleine mesure de la valeur des ouvrages de Sider, on ne peut que légitimement regretter la faible visibilité de l’auteur. (Fabrice Bonvin)
Félicitations à Jean Sider qui est l'exemple même de l'enquéteur que rien ne décourage. (Rémy Chauvin)
Il est considéré comme un des principaux spécialistes du phénomène Ovni (4ème de couverture de son livre)


Pour lui, il ne fait aucun doute que les OVNIs ont une réalité intrinsèque, et participe d'une inteligence supra-terrestre, mais ses théories sont autrement plus sophistiquées que celles des partisans des soucoupes en tôles et boulons. Il va même jusqu'à penser que la vie aurait été importée ou créée sur Terre par une intelligence étrangère à la notre, ce qui s'apparente beaucoup au créationnisme, et même à la thèse du pseudo prophète Rael, alias Claude Vorilhon, ex petit journaliste raté
Pour aller dans cette voie, il est donc obligé de réfuter les avancées de l'ufologie scientifique, pour qui un chat est un chat, et une aurore boréale, une aurore boréale.
[mode Sider: ON]
Non messieurs les sceptiques, les témoins ne se trompent pas, et les fantasmagories qu'ils décrivent sont réelles
[mode Sider: OFF]
Pourtant, il existe de nombreuse preuves du contraire, et l'on ne devrait pas ignorer que les ufologues ne collectent que les histoires fantastiques, et pas les observations d'aurores boréales, c'est à dire qu'ils ne collecteront ces observations que si elles ont été suffisamment déformées pour n'être plus reconnaissables

Pire, Jean Sider, anathémise, excommunie, les chercheurs impies qui, comme moi, cherchent à comprendre la réalité sous jacente des observations d'OVNI, au lieu d'y projeter leurs fantasmes, et sont donc bien obligés, quand ils trouvent une aurore boréale, de la reconnaitre comme telle, et pas pour une armée céleste.

Soucieux de préserver la foi dans la vérité extraterrestre, il est allé jusqu'à écrire: Réflexions d'un nouvel hérétique sur les nouveaux inquisiteurs. Les nouveaux inquisiteurs, c'étaient les "nouveaux ufologues", ceux qui faisaient de l'ufologie scientifique, et avaient abandonné les croyances des anciens. Le nouvel hérétique, c'était lui, le gardien de l'orthodoxie extraterrestre. S'il avait vécu du temps de Galilée, il l'aurait traité d'inquisiteur, et le cardinal Bellarmin d'hérétique. Mais que voulez vous, on est audacieux, ou on ne l'est pas.

En 2006, il a écrit Les armées fantômes, catalogue d'observations d'OVNI interprétables, parfois de loin, parfois même pas du tout, comme des "armées célestes". Nous allons voir, sur l'exemple de la comète d'Ambroise Paré, que dans ce livre, il fait preuve d'une ignorance ahurissante, assorti d'une arrogance écoeurante, avec laquelle il juge ceux qui en savent plus que lui, et à qui il est pourtant redevable.

1528 - sdp - Pays-Bas:
  Notre source donne la description du phénomène de la façon suivante:
  « En 1528, lors du siège d'Utrecht, une cruelle et étrange observation fut faite dans le ciel qui terrifia les citadins et fit croire aux ennemis qu'ils allaient occuper la ville. Cela était de couleur jaune et passa au-dessus de la cité, haut dans le ciel, et fut effrayant à contempler. » (Bougard, p. 79-80, slb)
  Puis, l'auteur belge écrit plus loin: « Ce qui est plus certain en tout cas, c'est que le phénomène observé en 1528 était bien une comète. » Toutefois il ne fournit aucun élément justifiant cette prétendue certitude, mais peut-être ne fait-il que répéter ce qu'affirma Ambroise Paré, le célèbre chirurgien, qui livra également la version du même incident dans un chapitre de livre titré Monstres célestes.
  
Le problème, c'est que ladite version se lit comme suit en français moderne:

  « Cette comète était si horrible et si épouvantable, et elle engendrait une si grande terreur aux gens simples, qu'il en mourut certains de peur; d'autres tombèrent malades. La comète paraissait être de longueur très grande et était de la couleur du sang. A son sommet on voyait une sorte de bras courbé tenant une grande épée à la main, comme s'il voulait frapper. Au bout de la pointe, il y avait trois étoiles. De chaque côté des rayons de cette comète, on pouvait voir un grand nombre de haches, couteaux, épées colorées de sang, et parmi toutes ces choses il y avait un grand nombre de faces humaines hideuses, avec des barbes et des cheveux hérissés. »

D'autre part, M. Bougard cite aussi l'opinion d'un certain U. Aldrovani (Aldrovandi?) qui, en 1642, dans son livre Monstrorum Historia, évoque la « comète: » d'Utrecht comme étant une aurore boréale!
  Comète? Aurore boréale? Pourquoi pas le gaz des marais, pendant qu'on y est?
  Nous avons là d'honnêtes gens qui ne cherchent pas à faire de la fantaisie et qui se passionnent pour les phénomènes qu'ils essaient d'expliquer avec les moyens de leur temps (comme nous, nous avons ceux du nôtre !). Soyons heureux qu'ils nous aient livré ces témoignages, sans eux nous n'aurions rien du tout, et s'ils avaient pu prévoir que les générations futures seraient avides de plus de détails, soyons certains qu'ils les auraient donnés. Donc n'accablons pas Ambroise Paré, car comme les auteurs plus anciens que lui, tout ce qui passait dans le ciel était étiqueté « comète .», englobant les vraies et les phénomènes paranormaux. Cependant, nous ne comprenons pourquoi Michel Bougard explique l'affaire par une comète, d'autant que les détails livrés par Ambroise Paré écartent totalement l'idée d'un tel phénomène naturel.

On croit réver! Comment afficher tant d'arrogance? Tout au long de son livre, Jean Sider quand il écrit "l'auteur belge", affiche un superbe mépris pour "ses sources", qui ne sont souvent que Michel Bougard et Christiane Piens, qui sont effectivement belges, mais sans lesquels il n'aurait rien pu écrire du tout. Eux sont allés "au charbon" pour trouver les traductions des textes originaux, de Tite Live, ou Pline L'ancien. Et lui, qui n'a lu aucun texte d'origine, qui ne semble même pas savoir que Tite Live écrivait en latin, plutôt que de remercier ces auteurs de ce qu'il leur doit, il les méprise, comme s'il affichait ouvertement un racisme anti-belge.

Et du haut de quelle ignorance! Jean Sider amalgame l'observation d'Utrecht en 1528, qu'il ne connait que par Bougard, et dont il ignore qu'elle est cité par Conrad Lycosthènes, avec la pseudo-comète d'Ambroise Paré. Au nom de quoi? Apparemment parce que ça s'est passé en 1528 dans les deux cas, et que Jean Sider n'imagine pas que plusieurs prodiges puissent apparaitre en une seule année. C'est normal, puisqu'il n'a pas lu Lycosthènes, qui pour cette année là, cite pas moins de six prodiges: une grèle extraordinaire, un halo solaire, un enfant sans bras, le prodige d'Utrecht, un chiasma (aurore boréale), et un enfant avec huit membres . Mais si le prodige d'Utrecht s'est peut être passé en 1528, quoique Lycosthènes se trompe parfois dans les dates, et ne cite pas sa source, celui cité par Paré date en fait de 1527 (et Lycosthenes le place à cette date). Pour le prodige d'Utrecht, Bougard parle d'une couleur jaune, et Lycosthènes, qui écrit en latin, dit "luteo", jaune tirant sur l'orange, alors que Paré parle de la couleur du sang
De quel droit, Sider suspecte-t-il Bougard d'avoir déformé le texte, puisque, comme d'habitude, il n'a pas lu les originaux? Et ici, il n'a évidemment pas lu le texte de Paré, puisqu'il ne cite pas sa source et présente la gravure... à l'envers. Il a d'ailleurs encore moins compris que Paré n'avait jamais été le témoin, et qu'il n'avait jamais prétendu l'ètre, comme on peut le voir dans le livre d'Ambroise Paré.

Puis Sider semble blamer Bougard d'avoir cité Ulysse Aldrovandi, que bien sûr, il n'a pas lu plus que Paré, parce que cet impie d'Aldrovandi aurait parlé d'Aurore boréale. Or, non seulement la pseudo-comète de Paré était bien une aurore boréale, mais Aldrovandi n'a rien dit de tel, comme on peut le voir en lisant son livre. Il se trouve simplement qu'Aldrovandi parle des aurores boréales dans le chapitre qui suit celui ou il parle de la comète d'Ambroise Paré.

Et quelle naïveté paternaliste pour louer les braves témoins, grace à qui nous connaissons ces merveilles! Le hic, c'est que ces témoins n'ont jamais existé. Le prodige de 1528, n'était ni une comète ni une armée céleste. Celui de 1527 s'est montré en Westrie, et non à Utrecht, il a été observé par Peter Creutzer, et non par Paré, et n'en déplaise à Monseigneur Sider, c'était bien une aurore boréale, quelque blasphématoire que cela puisse paraitre.

Alors qu'il existe des dizaines de sources, et notoirement connues comme l'astronomie populaire, pour parler de la pseudo-comète d'Ambroise Paré, Jean Sider ne cite que Bougard, tout en le traitant "d'auteur belge", qui, o blasphème, soupçonne un phénomène naturel.
Par contre il remercie Paré, qu'il n'a pas lu, d'avoir donné des détails tels qu'on ne reconnaisse plus un phénomène naturel, c'est à dire d'avoir suffisamment déformé la description originale.

Il faut reconnaitre qu'après avoir lu ça, les affirmations confuses de Jacques vallée paraissent déjà moins moins sectaires

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Dernière mise à jour: 24/04/2016