1451 avant JC
Gabaon, Palestine, Josué arrète le soleil.
En réalité: Fable

Josué aurait arrété le soleil, et la lune, pendant près d'une journée entière. Mais c'est une fable reprise d'un poême épique.
Note: La date de 1451 AC est celle donnée par Augustin Calmet et Nicolas Lenglet Dufrenoy, et reprise par Chladni dans son catalogue de chutes de météorites. En fait, les dates données par les différents auteurs s'échelonnent entre 1600 et 1400 AC. Elles sont d'ailleurs toutes fausses puisque, non seulement ce prodige n'a jamais eu lieu, mais les progrès de l'archéologie nous apprennent que la pénétration des Israélites en Palestine aurait eu lieu vers 1200 AC.

Les illustrations
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Le miracle de Josué, illustré tant bien que mal ( mais moins mal que dans les fresques ou les tableaux ), apparait dans toutes les bonnes histoires saintes, car c'est l'un des plus prodigieux miracles de la Bible. Mais en réalité, la Bible n'est pas aussi affirmative qu'elle le parait, car le miracle n'apparait que dans trois versets, semblant rajoutés au texte intitial.

Pour le miracle solaire, lui même, consultons trois traductions de confessions différentes, de la bible massorétique.

Voici la traduction juive du rabbinat (1902)
12 C'est alors, en ce jour où l'Eternel mit l'Amorréen à la merci des Israélites, que Josué fit appel au Seigneur et dit en présence d'Israël: "Soleil, arrête-toi sur Gabaon! Lune, fais halte dans la vallée d'Ayyalôn!"
13 Et le soleil s'arrêta et la lune fit halte, jusqu'à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis, ainsi qu'il est écrit dans le Livre de Yachâr. Et le soleil, immobile au milieu du ciel, différa son coucher de près d'un jour entier.
14 Pareille journée ne s'est vue ni avant ni depuis lors, où l'Eternel ait obéi à la voix d'un mortel. C'est que Dieu combattait pour Israël!

la traduction protestante de Louis Segond (1910):
12 Alors Josué parla à l'Éternel, le jour où l'Éternel livra les Amoréens aux enfants d'Israël, et il dit en présence d'Israël: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, Et toi, lune, sur la vallée d'Ajalon!
13 Et le soleil s'arrêta, et la lune suspendit sa course, Jusqu'à ce que la nation eût tiré vengeance de ses ennemis. Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Juste? Le soleil s'arrêta au milieu du ciel, Et ne se hâta point de se coucher, presque tout un jour.
14 Il n'y a point eu de jour comme celui-là, ni avant ni après, où l'Éternel ait écouté la voix d'un homme; car l'Éternel combattait pour Israël.


la traduction catholique de l'école de Jérusalem (1955):
12 C'est alors que Josué s'adressa à Yahvé, en ce jour où Yahvé livra les Amorites aux Israélites. Josué dit en présence d'Israël : « Soleil, arrête-toi sur Gabaôn, et toi, lune, sur la vallée d'Ayyalôn! »
13 Et le soleil s'arrêta, et la lune se tint immobile jusqu'à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis.Cela n'est-il pas écrit dans le livre du Juste ? Le soleil se tint immobile au milieu du ciel et près d'un jour entier retarda son coucher.
14 Il n'y a pas eu de journée pareille, ni avant ni depuis, où Yahvé ait obéi à la voix d'un homme. C'est que Yahvé combattait pour Israël.

Maintenant, lisons la version "des septantes" (1865, traduction Giguet)
12 Alors, Josué parla au Seigneur, le jour même ou Dieu avait livré l'Amorrhéen au bras d'Israél, lorsqu'il les eut accablés en Gabaon, et qu'ils furent écrasés devant les fils d'Israel. Et Josué dit: Que le soleil s'arrête sur Gabaon, et la lune sur le val d'Aïlon
13 Et le soleil s'arrêta, et la lune se tint en repos jusqu'à ce que le Seigneur eut tiré vengeance des ennemis. Le soleil resta au milieu du ciel et il ne s'avança pas du coté de l'occident, durant le cours de toute une journée.
14 Et il n'y eut jamais, avant ou après, pareil jour, où le Seigneur écoutât ainsi un homme, parce que le Seigneur combattait avec Israël.

A part que les septantes ne parlent pas du livre du juste, ces traductions sont d'accord, au choix des mots près: Josué demanda à Yahvé d'arrèter le soleil, et le soleil s'arréta pendant près d'un jour entier. Prodige qui n'eut lieu qu'une fois.
Mais si on lit l'ensemble du chapitre 10 depuis le premier verset, tout change.

Carte de la région.

en jaune: les villes des rois coalisés, en blanc: les lieux de la bataille
Les invraisemblances du récit.

En lisant l'ensemble de la description de la bataille de Gabaon, on finit par se retrouver, à partir du douzième verset, face à des invraisemblances et des incohérences (traduction Osty, 1970):
10 Lors donc que Adoni-Sèdeq, roi de Jérusalem, apprit que Josué s'etait emparé de Aï et l'avait vouée à l'anathème, qu'il avait traité Aï et son roi ainsi qu'il avait traité Jéricho et son roi, que les habitants de Gabaôn avaient fait la paix avec Israël et qu'ils se trouvaient au milieu d'eux,
2 on eut très peur, car Gabaôn était une grande ville,- comme une des villes royales; elle était, en effet, plus grande que Aï, et tous ses hommes étaient des braves.
3 Adoni-Sèdeq, roi de Jérusalem, envoya dire à Hoham, roi d'Hébron, à Piream, roi de Yarmout, à Yaphia, roi de Lakich, et à Debir, roi de Églôn:
4« Montez vers moi et secourez-moi, pour que nous battions Gabaôn, parce qu'elle a fait la paix avec Josué et avec les fils d'Israël. »
5 Les cinq rois des Amorrhéens, le roi de Jérusalem, le roi d'Hébron, le roi de Yarmout, le roi de Lakich, le roi de Églôn, se réunirent et montèrent, eux toutes leurs troupes; ils campèrent contre Gabaôn et l'attaquèrent.
6 Les hommes de Gabaôn envoyèrent dire à Josué, au camp du Guilgal: « Ne refuse pas ton aide à tes serviteurs, monte vers nous bien vite, sauve-nous et secours-nous; car tous les rois des Amorrhéens qui habitent la montagne se sont rassemblés contre nous. »
7 Josué monta du Guilgal, lui et tous les gens de guerre avec lui, ainsi que tous les vaillants guerriers.
8 Yahvé dit à Josué: « N'aie pas peur d'eux, car je les ai livrés entre tes mains; pas un d'entre eux ne tiendra devant toi. »
9 Josué arriva sur eux à l'improviste; toute la nuit il était monté du Guilgal.
10 Yahvé les mit en déroute devant Israël, qui leur infligea une grande défaite à Gabaôn, les poursuivit en direction de la montée de Bet-Horôn et les battit jusqu'à Azéqa et jusqu'à Maqqéda.
Note: jusqu'ici, rien d'invraisemblable: les vaillants guerriers hébreux après plusieurs heures de marche nocturne, tombent à l'improviste au petit matin sur leurs adversaires et leur infligent une défaite avec l'aide (non précisée) de Yahvé.
11 Or, tandis qu'ils fuyaient devant Israël, à la descente de Bet-Horôn, du ciel Yahvé lança sur eux de grosses pierres jusqu'à Azéqa, et ils moururent; il en mourut plus par les pierres de grêle que les fils d'Israël n'en tuèrent par le glaive.
Note: Ici, l'aide de Yahvé est manifeste. l'armée des fuyards, dèjà décimée par les hébreux, est achevée par Yahvé, au moyen:
D'énormes grêlons (rabbinat), d'une averse de grêlons (Jérusalem), de grosses pierres ou pierres de grèle (Segond et Osty).
Le récit est cohérent, mais peu vraisemblable: tous ces soldats auraient péri d'une simple averse d'énormes grêlons, alors qu'ils étaient censés avoir un casque et un bouclier pour se protéger.

12 Alors Josué parla à Yahvé - le jour où Yahvé livra les Amorrhéens à la merci des fils d'Israël - il dit, en présence d'Israël: « Soleil, sur Gabaôn arrête-toi, et toi, lune, sur la vallée d'Ayyalôn »
Note: Enorme invraisemblance! Josué commande à Yahvé! Sacrilège inouï! Et le plus fort, c'est que Yahvé obéit.
Et incohérence avec le récit des versets 1 à 11: l'armée ennemie étant exterminée, les hébreux n'ont plus besoin du jour pour terminer la bataille.

13 Le soleil s'arrêta et la lune se tint immobile, jusqu'à ce que la nation se fût vengée de ses ennemis.
Note: : Dans la cosmographie antique, le soleil et la lune tournent autour de la Terre (qui est plate). Mais le mouvement du soleil qui produit les jours et les nuits n'est pas le mouvement de révolution (qui dure un an). C'est le mouvement diurne, qui fait tourner toute la voùte céleste. C'est donc tout l'univers (et pas seulement le soleil) qui se serait arréter de tourner autour de la Terre pendant près d'une journée!
Cela n'est-il pas écrit sur le livre du Juste? Le soleil se tint immobile au milieu du ciel et retarda son coucher près d'un jour entier.
14 Et il n'y eut pas de jour comme celui-là, ni avant ni après, où Yahvé obéit à la voix d'un homme. Car Yahvé combattait pour Israël.

Note: Voila la clé du mystère: ce récit invraisemblable de l'arrèt du soleil, qui vient se superposer à celui - cohérent jusqu'au verset 11 - de la bataille, vient du "livre du Juste", qui, bien qu'également mentionné dans le deuxième livre de Samuel, a disparu. Même les manuscrits de la mer morte n'en contiennent pas une copie.

La piste du "livre du juste".

En cherchant le contenu de ce mystérieux "livre du juste", on est heureux de retrouver un ouvrage qui porte ce nom, le "Sepher Haiyaschar", et qui a même été traduit en français, par le chevalier P.L.B Drach. Malheureusement, ce livre prétendument découvert dans des circonstances hautement invraisemblables, n'est manifestement qu'un apocryphe. On s'attendrait à un récit partiel et tendancieux de la conquète de la Palestine, et l'on découvre une histoire du monde, déroulée depuis Adam, jusqu'à la fin de la conquète de la Palestine par Josué. Une histoire, lissée de ses invraisemblances, qui ressemble bien plus à une sorte "d'histoire sainte", à l'intention des juifs du moyen age, qu'à la source du livre de Josué. Ainsi nous y lisons:
Or, pendant que Josué achevait de défaire l'ennemi, le jour commençait à incliner vers le soir. Alors Josué s'écria en présence de tout le peuple: Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée d'Aïalon, jusqu'à ce que ma nation se soit vengée de ses ennemis! Et Jéhova obéit au commandement de Josué, de telle sorte que le soleil s'arrêta court au milieu du ciel pendant trente-six temps.
On remarque que l'auteur introduit une explication de la nécessité d'arrèter le soleil: le soir allait tomber. Mais cette justification aurait du être recopiée dans le livre de Josué, ou le soleil s'arrète au milieu du ciel, sans préciser qu'il était près de se coucher. On a donc bien l'impression que l'auteur a recopié, le livre de Josué, en le rendant plus vraisemblable, et non l'inverse. C'est pourquoi ce pseudo "livre du juste" figure dans le dictionnaire des apocryphes de l'abbé Migne.

Le "livre du juste" n'est pas le seul livre mentionné dans la bible, et perdu. On trouve aussi la trace d'un "livre des guerres de Yahwé" (Nombres, 21,14). Nous pouvons avoir une toute petite idée du contenu du vrai "livre du juste", en en lisant un passage recopié dans le deuxième livre de Samuel. Ce livre apparait alors comme une sorte de poème épique. Rien à voir avec un livre historique, donc, et encore moins scientifique. On comprend que le poète fut plus soucieux d'écrire une relation merveilleuse, que de vraisemblance, mais on est bien obligé de tenir son récit pour ce qu'il est: une fable. Et une fable inutile, après l'extermination des ennemis d'Israel.

Vers 93, Josèphe n'utilise pas la fable.

On est étonné de voir Flavius Josèphe, dans ses "Antiquités Judaïques", nous raconter, une version "a minima" de la bataille de Gabaon, ne contenant ni miracle, ni impossibilité :
Le roi des Hiérosolymites, indigné que les Gabaonites eussent passé du coté de Josué, avait invité les rois des peuples voisins à se joindre à lui pour leur faire la guerre; les Gabaonites les ayant vus venir avec lui, au nombre de quatre, et camper près d'une source voisine de la ville d'où ils en préparaient le siège, appelèrent Josuè à l'aide. Les choses en étaient à ce point, que de leurs compatriotes ils attendaient leur perte et qu'au contraire, de ceux qui faisaient campagne pour l'anéantissement de la race chananéenne, ils espéraient leur salut, grace à l'alliance conclue avec eux. Josué, avec toute son armée, se porte en hâte à leur secours, et, après avoir marché tout le jour et la nuit, à l'aube il tombe à l'improviste sur les ennemis, les met en fuite, et les poursuit avec acharnement à travers un canton accidenté qui s'appelle Bèthôra. Là, Dieu lui fit connaître son assistance par des bruits de tonnerre, des coups de foudre et une grèle qui s'abattit plus violente que de coutume. En outre, il advint que le jour se prolongea, afin que l'arrivée de la nuit n'arêtât pas l'ardeur des Hébreux; de sorte que Josué put se saisit des rois cachés dans une caverne à Makkéda et les chatier tous. Que la durée du jour se soit accrue et ait dépassé alors la mesure habituelle, c'est ce qu'attestent les Ecritures déposées dans le sanctuaire.
(Josèphe, tome I, p 304)
Note: La version de Josèphe est étonnament moderne: Bien que le texte biblique ne mentionne ni tonnerre, ni foudre, il invoque un orage de grèle d'une violence inaccoutumée, puis mentionne une prolongation du jour, sans parler d'un arrèt du soleil, ni d'une prolongation d'un jour entier. Or on peut toujours imaginer qu'un phénomène ait illuminé la haute atmosphère, prolongeant ainsi la durée habituelle du jour. Le texte de Josèphe est donc encore admissible de nos jours. Hélas, des siècles plus tard, les théologiens, qui pourtant, connaissaient moins bien la bible que Josèphe, n'auront plus la même prudence.

Les avatars de la fable.

La fable de l'arrêt du soleil va malheureusement être admise comme une réalité pendant de nombreux siècles. En particulier, le retour à l'autorité biblique, initié par la réforme, renforcera la crédibilité de la fable, ce qui contribuera gravement à faire refuser le système de Copernic, apparemment incompatible avec ce qu'on croyait comprendre de l'écriture (le livre de Copernic finira par être mis à l'index en 1616).

Vers 1545, Luther préfère l'autorité de la "sainte écriture" en matière d'astronomie.


Martin Luther
« Ainsi va le monde aujourd'hui; quiconque veut être habile , ne doit pas se contenter de ce que font et savent les autres. Le sot veut changer tout l'art de l'astronomie; mais, comme le dit la sainte Ecriture, Josué commanda au soleil de s'arrêter, et non à la terre. »
(Luther1, tome II, p 119)
Note: On est étonné de voir écrire tant de conneries (appelons un chat, un chat), en si peu de mots: Bien que Copernic ne soit pas nommé, on sent bien que c'est lui qui est assimilé à un sot. Le livre de Josué est qualifié de sainte Ecriture, alors qu'en fait, c'est un livre criminel et blasphématoire. Luther est manifestement incapable d'imaginer que l'apostrophe de Josué signifait seulement que Josué croyait, avec tous ceux de son époque, que c'était le ciel qui tournait autour de la Terre.
Et bien sûr, Luther est encore plus incapable d'imaginer que le miracle n'ait pas eu lieu.


1557, Conrad Lycosthènes dédouble le miracle.


miracle solaire (Lycosthenes)
Anno Mundi 2495, Ante Christum 1468.
Josue dux populi Israelitici post Moysem, cum quinque reges oppugnantes Gabaon, vinceret armis, sed contra Gabaon non motus est, nec luna contra vallem Ajalon, sed stetit sol in moedio coeli, ac non festinavit ad occasum uni9 diei spacio. Nec fuit antea & postea tam longa dies, obediente divino voci Josue, ac pugnante pro Israel. Josue 10.
An 2495 de la création, 1468 avant Jésus Christ.
Josué, chef du peuple d'Israël après Moïse, alors que cing rois attaquaient Gabaon, les vainquit par les armes, mais [le soleil] ne bougeat plus sur Gabaon, ni la lune sur le val d'Ajalon, mais le soleil se maintint au milieu du ciel, et ne se hâta point de se coucher l'espace d'un jour. Il ne fut ni avant ni après une si longue journée, obéissant à la voix divine de Josué, et combattant pour Israël. Josué, 10.
Anno Mundi 2503, Ante Christum 1460.
Josue cum pugnaret contra quinque reges, qui venerant ad destruendum Gabaonitas, misit dominus super illos lapides magnos de coelo, & multo plures de lapidibus mortui sunt grandinis, quam quos gladio percusserunt filii Israel. Et tunc apud vocem Josuae stetit sol per spacium unius diei, ut posset delere funditus inimicos suos. Josuae decimo.
An 2503 de la création, 1460 avant Jésus Christ.
Alors que Josué combattait contre cinq rois, qui étaient venus pour d"truire les Gabaonites, le seigneur envoya du ciel d'énormes pierres sur eux, et il en mourut plus de la grèle, que les fils d'Israël n'en avaient tué par le glaive. Et alors, à la voix de Josué, le soleil se maintint pendant l'espace d'une journée, de sorte qu'il put totalement détruire ses ennemis. Josué dixième
(Lycosthenes, p 46)
Note: Hé oui, encore une fois Lycosthènes s'est mélangé les fiches, et raconte deux fois le même prodige à huit ans d'intervalle. C'est à dire que, contredisant la Bible, qui précise bien que ce miracle là n'eut lieu qu'une fois, Lycosthènes le fait se produire deux fois. Précisons tout de même que Lycosthènes travaillait avec difficulté, ayant été victime d'une attaque d'hémiplégie.

L'argument boiteux de Martin Luther va malheureusement resservir et être utilisé par les adversaires de Galilée.

1612, Niccolo Lorini ferait mieux de se taire.

Le 5 Novembre 1612, le père dominicain Niccolo Lorini dénonce dans une lettre les idées d'IPERNIC (sic).
e detto comme dico che quell' opinione di quell' IPERNICO, o come si chiami, apparisce che osti alla divina Scrittura
et dit que comme l'opinion de cet IPERNIC, ou comme ils l'appellent, apparaît s'opposer à la sainte écriture
Note: Il s'agit, bien sûr, de Copernic, ce qui montre assez que Lorini ne sait pas de quoi il parle.

1614, Tommaso Caccini juge les mathématiques diaboliques!

Le quatrième dimanche de l'Avent 1614, dans la chaire de l'église Santa Maria Novella à Florence, le Père Dominicain Tommaso Caccini va plus loin, et s'en prend à Galilée. Il commence son sermon par une citation des actes des apotres: Viri Galilaei, quid statis aspicientes in coelum?, "Hommes de Galilée, pourquoi restez vous ainsi à regarder le ciel?".
Puis il utilise l'argument de Josué arrétant le soleil, et finalement, conclut que les mathématiques sont une invention du diable et les mathématiciens devraient être bannis de tous les États chrétiens. On croit réver...
Mais le père Caccini, malgré la plainte de Galilée au père Maraffi, ne fut pas sanctionné. Bien plus, Le 20 mars 1615, il dénonce Galilée devant le Saint-office romain, en l’accusant d’adhérer à la doctrine de Copernic.
Galilée va donc être obligé de tenir compte du miracle de Josué, ce qui ne l'empéchera pas d'être condamné en 1633.

1615, Galiléo Galilei pratique un concordisme de mauvais aloi.

Fermat
Galilée
Galileo Galilei à Madame la Sérénissime Grande-Duchesse Mère.
...
si nous portons attention à la noblesse du Soleil, qui est la source de la lumière et illumine, comme je l'ai démontré de façon nécessaire, non seulement la Lune et la Terre, mais toutes les autres planètes qui, par elles-mêmes, sont obscures, je ne crois pas que ce serait mal philosopher que de dire qu'il est le principal ministre de la nature et, d'une certaine manière, l'âme et le cœur du monde ; qu'il apporte aux autres corps qui l'entourent, non seulement la lumière mais encore le mouvement, ceci, par sa révolution sur lui-même ; aussi, de la même manière que, si le mouvement du cœur d'un animal s'arrête, tous les autres mouvements de ses membres s'arrêtent aussi, de même, si le Soleil devait s'arrêter de tourner sur lui-même, aussitôt tous les mouvements des autres planètes cesseraient.
...
Le Soleil étant donc à la fois source de lumière et principe des mouvements, lorsque Dieu voulut qu'au commandement de Josué, tout le système du monde demeurât immobile pendant de nombreuses heures dans le même état, il lui suffit d'arrêter le Soleil. En effet, celui-ci étant devenu immobile, tous les autres mouvements s'arrêtèrent. La Terre, la Lune et le Soleil demeurèrent dans la même position ainsi que toutes les autres planètes ; durant tout ce temps, le jour ne déclina pas vers la nuit, mais se prolongea miraculeusement : et c'est ainsi, qu'en arrêtant le Soleil, sans altérer en rien les positions réciproques des étoiles, il fut possible d'allonger le jour sur la Terre, ce qui est conforme exactement avec le sens littéral du texte sacré.

(Galileo Galilei, Lettre à Christine de Lorraine, 1615, traduction François Russo 1964)
Note: Cette affirmation parait aujourd'hui naïve et absurde, mais il faut se rappeler que Galilée ne cherche pas à expliquer le miracle, mais à montrer qu'il n'est pas incompatible avec le système de Copernic. Cependant sa théorie contient une grave incohérence: si le soleil est la cause de la lumière et du mouvement (idée bien Copernicienne), alors lorsque Dieu l'arrète, il devrait s'éteindre aussi.

1645, Nicolas Talon fait du "sang et lumière".

La croyance au miracle de Josué semblait donc solidement ancrée, au XVIIème siècle, ce qui nous est confirmée en 1645, dans l'Histoire Sainte du père Jésuite Nicolas Talon:
Mais lsrael est déia en campagne , & Dieu a promis à losué une deffaite generale de tous ses Ennemis.
Le voila donc qu'il les poursuit , & qu'il marche toute la nuit, iusques à ce qu’estant parvenu au Camp des Amorrheans, & les ayant trouvé presque tous endormis, il fait une effroyable expedition parmy ces assiegeans, dont neanmoins la plus grande partie se fut pû échapper, si â mesme temps qu'ils fuyaient, une gresle de pierres ne les eust arresté en chemin, & fait un horrible massacre de tous tant qu'ils estoient: de sorte que cette seconde tempeste fut plus impitoyable que la premiere, & il y en eut beaucoup plus d'écrasez dessous les coups de cét orage, qu’il n’y en avoit eu dans le combat qui l'avoit precedé.
Il faut bien croire neanmoins que ce triomphe n'estoit pas encore assez illustre & assez general, puisque Iosué leve encore ses mains toutes sanglantes vers le Ciel, & qu’il coniure le Soleil & la Lune de s'arrester, pour faire un iour miraculeux à ses victoires, & pour estre témoins de la valeur & de la gloire qui accompagne les Armées de Dieu.
Arreste donc Soleil sur la ville de Gabaon, & toy Lune dont les revolutions ne sont pas moins constantes que celles du Soleil, arreste icy pour voir ce qui se passe maintenant dans la vallée d'Ajalon, beaux yeux dont les oeillades lumineuses, & les lumieres conquerantes font voir le iour mesme durant la nuict, faites icy un double iour, & arrestez tous vos regards sur cette plaine, iusqu'qu'à tant qu’Israël se soit vengé de tous ses Ennemis.

(Talon, tome II, p 330)
Note: Houla! Non seulement le père Talon y croit dur comme fer, mais il en rajoute: cela devient du spectacle sang et lumière, qui confine à l'absurde, et même au blasphème. Josué commande au soleil et à la lune de s'arréter, non pour pouvoir terminer la bataille, mais pour illuminer sa victoire et que la lune considère de ses oeillades l'armée de Dieu (l'armée de Dieu, ce sont les anges, mais le père Talon semble ici prendre Josué pour Dieu).

1670, Spinoza précurseur d'une explication naturelle.

Quoi de plus clair, par exemple, que l’opinion de Josué, et peut-être aussi de celui qui a écrit son histoire, sur le mouvement du soleil autour de la terre, l’immobilité de la terre, et le Soleil arrêté pour un temps dans sa marche? Cependant plusieurs personnes qui ne veulent pas accorder qu’il puisse s’accomplir quelque changement dans les cieux interprètent ce passage de façon qu’il ne contient plus en effet rien de semblable; d’autres, qui sont meilleurs philosophes, sachant que la terre se meut et que le soleil, au contraire, est immobile, c'est-à-dire ne se meut pas autour de la terre, ont employé toutes leurs forces à lire cette doctrine dans l'Écriture, en dépit de l’Écriture elle-même; et certes, j’admire ces commentateurs; mais je leur demanderai si nous sommes tenus de croire que le soldat Josué fut un habile astronome, et si ce mirade n’a pu lui être révélé, ou si la lumière du soleil n’a pu rester sur l’horizon plus longtemps que d’ordinaire, sans que Josué en sût la cause? Pour moi, je trouve ces deux hypothèses egalement ridicules, et j’aime mieux penser, je le dis ouvertement, que Josué a ignoré la cause de cette lumière prolongée, et qu’il a cru, comme la. foule qui l’environnait, que le soleil accomplissait un mouvement diurne autour de la terre, que ce jour-là il s’était arrêté pendant quelque temps, et que c’était là la cause qui avait prolongé ce jour, sans remarquer qu’à cette époque de l'année la quantité extraordinaire de glace qui se trouvait dans la région de l'air (voy. Josué, chap. X, vers. 11) pouvait produire une réfraction plus forte que de coutume, ou telle autre circonstance du phénomène qu'il n'est pas de notre sujet de déterminer.
(Spinoza, Oeuvre complètes tome II, traité theologico-politique, p 42, traduction Emile Saisset, Paris 1861)
Note: Spinoza accepte, comme Josèphe, la prolongation du jour sans miracle, et bien que son explication ne tienne guère la route, elle rejoint celles qui seront imaginées deux et trois siècle plus tard.

1710, Ignace de Laubrussel refuse d'épargner la puissance divine

C'est par le même principe qu'il ne paroît pas vrai-semblable à M. le Clerc [12] , quoiqu'en dise le Texte sacré, que Dieu ait voulu en faveur de Josué arréter le cours du soleil & de la lune [13] : c'eût été bouleverser la nature et incommoder le genre humain sans nécessité; croyez plutôt malgré les textes qui expriment ces miracles, que Dieu se contenta de produire une lumière en l'air ou quelque réfraction extraordinaire qui en tint lieu. Car il juge que c'est là épargner à la puissance divine une dépense superfluë, & ramener l'Ecriture à un sens plus raisonnable.
(12) J.Clerc. Comment.in cap. 10 lib. Josue.
(13) Josue cap. 10 v.13 & seq.

Note: Alors que Dom Calmet est partisan du principe de l'économie de miracle, variante du principe d'économie d'hypothèse, le père De Laubrussel, avec d'autres auteurs, juge plutôt que c'est abaisser la puissance de Dieu que ne pas lui faire faire des miracles partout. Ces auteurs en parlent à leur aise: ce ne sont pas eux qui font les miracles.
(De Laubrussel, Traité des abus de la critique en matière de religion, 1710, 377-378)

1748, Dom Calmet refuse la bonne solution

Un sujet aussi sensible ne pouvait pas non plus échapper à Dom Calmet, auteur, à partir de 1707, d'une édition de la bible en 23 volumes, parsemée de savantes dissertations, puis d'un dictionnaire de la Bible. Il y consacre donc une de ses dissertations.

DISSERTATION SUR LE RETARDEMENT DU SOLEIL ET DE LA LUNE
au commandement de Josué


Dom Augustin Calmet
Le prodige du retardement du Soleil & de la Lune au commandement de Josué, est exprimé dans les livres saints d'une manière si précise et si claire, que c'est se fatiguer l'imagination, & donner la torture au Texte, que de n'y pas reconnoître un vrai miracle.
Note: Argument absurde, car si un auteur venait à écrire, qu'en ouvrant la Bible, il découvrit que le livre était creux, et qu'un Dom Calmet de 20 cm de haut en sortit, et commençat de lui expliquer qu'il ne faut pas croire tout ce que raconte la bible, ce prodige décrit d'une manière si précise et si claire, ne pourrait être aussi qu'un vrai miracle.
...
Note: ici Dom Calmet cite, et combat, les opinions des différents auteurs qui ont nié le miracle de Josué.
Prétendre que tout ce récit est tiré du Livre des Justes, qui étoit, dit-on, une pièce de Poësie, c'est avancer une chose certainement fausse, & une autre très-incertaine.
...
On ne peut assurer sans témérité, qu'un livre qu'on a pas, qu'on a jamais vu, & dont on a qu'un petit fragment soit un livre Poëtique...
Note: Ici, Dom Calmet commet un sophisme, et retourne la charge de la preuve. Le "livre du juste" ayant disparu, il n'a évidemment pas le droit d'affirmer quoi que ce soit quant à son contenu.
Enfin il est absolument faux que tout le récit du retardement du Soleil soit tiré du Livre des Justes. On n'allègue pas un Passage des Livre, pour prouver le même Passage. Le Livre des Justes n'est cité ici, que pour appuyer le récit de Josué. Ainsi il est incontestable, que si le livre de Josué assure que le Soleil s'aréta véritablement, le Livre des Justes doit dire nécessairement la même chose
Note: Les exégètes modernes s'accordent à dire que ce passage est rajouté au texte initial (cohérent), d'après le "livre du juste". Personne n'a jamais dit que ce livre aurait pu contenir autre chose que ce que dit le livre de Josué de l'arrêt du soleil. Dom Calmet ne semble pas avoir compris que ce passage a été rajouté, rendant le récit de la bataille de Gabaon incohérent, avec un miracle inutile.
Quant à l'impossibilité prétendue du miracle que nous examinons, & à l'opposition qu'il a avec les règles de l'astronomie, on peut répondre qu'à la vérité, Dieu ne peut agir contre ses propres lois,
...
Enfin on ne doit pas admettre de miracles sans nécessité... la sagesse de Dieu choisit toujours les voies les plus simples, et ne produit des miracles que pour de très grandes raisons.
Note: Voila un sain principe, que Dom Calmet utilise souvent, et qui n'est au fond que la variante théologique du principe d'économie d'hypothèses, ou "rasoir d'Ockam". Malheureusement, Dom Calmet va passer outre.
Mais sans donner atteinte à tout ces principes, nous croyons pouvoir soutenir à la lettre le prodige dont nous parlons: la chose en rigueur n'est ni contradictoire, ni impossible à Dieu. Le souverain Auteur de la nature, qui a donné l'être et le mouvement au Soleil & aux Astres, ne peut il pas arréter ce mouvement, & les conserver en repos pendant un certain temps? La volonté de Dieu n'est elle pas la nature des choses? & ne peut il pas, pour procurer sa gloire, arréter dans une circonstance ce qu'il met en mouvement dans une autre? On avoue que l'explication de ce prodige enferme des difficultés à notre égard; mais quand elles seroient réelles, & que nous ne pourrions pas y satisfaire, nous ne croirions pas pour cela devoir en abandonner la créance, ni recourir à des explications violentes, & qui ailla à ruiner la vérité du miracle: nous avouons que Dieu peut faire des choses qui sont au dessus de la portée de notre raison.
Note: cet aveu n'est pas à l'honneur de Dom Calmet, qui préfère continuer à croire, avec la foi du charbonnier, à un miracle inutile, quand bien même il ne pourrait réfuter les preuves de sa fausseté. Il va ensuite examiner les conséquences astronomiques du miracle, selon le système géocentrique, puis selon le système héliocentrique.
Le système qui met la Terre au centre du monde & qui la suppose immobile, pendant que le Soleil et la Lune tournent autour d'elle, comme autour du centre de leur mouvement, ce système à cet avantage par-dessus tous les autres, qu'il est le plus conforme aux paroles de l'Ecriture, & qu'il paroit le plus simple, le plus aisé, & le plus proportionné à la portée du peuple. Les Ecrivains sacrés le supposent, & le peuple juif y étoit tout accoutumé. C'est suivant ce système que, Josué a parlé, & que les Hébreux l'ont conçu, lorsqu'on leur a dit, que le Soleil & la Lune s'étoient arrétés. Ce sentiment pris dans sa simplicité & dans sa première idée, n'enferme aucun embarras; le Soleil & la Lune se sont arrétés en même temps; & toute la machine du monde est demeurée dans le repos, comme toutes les parties d'un concert de musique dans le silence.
Note: On sent que Dom calmet est nostalgique du bon vieux système géocentrique, où tout était tellement plus simple (à condition de ne faire aucune mesure). Dans ce système, l'univers entier s'est arrété pendant 24 heures. Merci Dom Calmet, ça c'est du miracle!
Les nouveaux philosophes, qui ont bati d'autres hypothèses, ont aussi donné de nouvelles explications à notre phénomène. Comme ils ont prétendu que la terre tournoit autour du soleil, ils ont dit que c'étoit la Terre, & non pas le Soleil, qui s'étoit arrétée à la prière de Josué.
...Ce système qui est aujourd'hui le plus suivi, & le plus universellement approuvé des Scavants, satisfait assez aux apparences du phénomène que nous expliquons; mais on forme encore contre ce système deux difficultés. La première, qu'il paroit impossible que la Terre entrainée par le mouvement du soleil, & nageant dans son tourbillon, demeure tout à coup immobile, & se soutienne plusieurs heures en cet état malgré la violente impression de la matière qui l'environne, qui la pousse & qui l'entraine.
Note: Dom Calmet semble n'avoir pas compris que le miracle de Josué, qui arrète le mouvement diurne, concerne la rotation de la Terre, et non son mouvement autour du soleil. De plus il est manifestement adepte dy système des tourbillons de Descartes, alors que la mécanique newtonienne est apparu il y a plus d'une génération.
Secondement, si la Terre qu'on suppose arrété dans le tourbillon du soleil, cesse simplement de se mouvoir d'un mouvement particulier, & sur son propre centre; mais qu'elle soit toujours entrainée dans la matière solaire, par son mouvement commun; en sorte qu'elle regarde toujours le soleil par le même coté, & tournée vers le même point, il en arrivera un autre grand inconvénient, qui est que Josué & ses troupes seront exposés à une ardeur insupportable, pendant un jour qui en vaut deux autres, ce qui sera capable non-seulement d'épuiser & d'étouffer tous les hommes & tous les animaux dans ces climats brulants, mais aussi de consumer les plantes, de dessécher les eaux, & de nous renouveller l'incendie de Phaëton, dont les Poëtes nous ont fait la peinture.
Note: maintenant, Dom Calmet accepte de considérer la rotation terrestre, mais pour lui opposer aussitôt un argument stupide. Après une journée et demie d'exposition au soleil, tout serait brulé. Avec ce raisonnement, les zones polaires, où le soleil brille pendant six mois, devraient être de vraies fournaises.
Quant à cette dernière difficulté, elle est égale dans tous les sytèmes,
Note: Pourquoi l'avoir soulevée, alors? Car cela revient à nier le miracle dont Dom Calmet voulait prouver l'existence.
Quand à l'autre difficulté, qu'il est impossible que la Terre se soutienne en repos contre l'impression de la matière qui l'environne, on peut répondre:
1° Que la chose n'est nullement impossible à Dieu, qui peut quand il lui plait, suspendre les effets naturels du mouvement des corps; & c'est en cela que consiste le miracle dont nous parlons ici.
Note: Ben voyons! Dieu n'a q'à... Avec l'omnipotence divine, on explique tout et le contraire. Malheureusement Dom Calmet avait bien dit qu'il ne faut pas multiplier inutilement les miracles, et que Dieu choisissait toujours la solution la plus simple.
2° pour arréter ainsi la terre au milieu du tourbillon du Soleil, sans que ni cet astre, ni les autres corps qui nâgent dans son tourbillon, cessent leur mouvement, il ne falloit que faire aller d'une vitesse égale, par-dessus & par-dessous la Terre, la matière céleste qui la frôle par-là, en l'avançant d'un coté, & en la retardant de l'autre; le tournoiement de la Terre sur son centre ne venant que de l'inégalité de ce frôlement.
Note: Voila une belle explication scientiste, qui n'a que le malheur d'ignorer la science de son temps. A l'époque de Dom Calmet, les tourbillons de Descartes n'étaient plus de mode, et le principe de l'inertie incontournable. La rotation de la Terre se maintient par son moment cinétique, et les tourbillons n'ont rien à y voir. Enfin, s'il plait à Dieu de stopper la rotation terrestre, il aura à résoudre le problème de l'énergie dissipée, et surtout d'éviter que Josué, son armée, et tous les habitants de la planète partent comme des boulets de canon selon le mouvement que la rotation terrestre leur faisait suivre avant l'arrèt.
Et bien sûr, le lendemain, il lui faut remettre la Terre en rotation.

(Calmet, tome III, p 20)
En conclusion: Dom Calmet eut été bien plus avisé d'appliquer son principe d'économie de miracle, et de considérer l'ajout du passage du "livre du juste", comme inutile et apocryphe.

1763, D'Alembert pose de bonnes questions.

D'alembert
D'Alembert
XVIII. Personne n‘ignore qu'un passage du livre de Josué, mal attaqué par les incrédules , et mal défendu par les inquisiteurs , a été la source des malheurs de Galilée. Pourquoi disaient avec affectation les esprits forts , Josué a-t-il ordonné au soleil de s’arrêter , au lieu de l’ ordonner à la terre ? Qu’en coûte-t-il à un auteur qu'on prétend inspiré , de dire les choses telles qu'elles sont ? Pourquoi l’Esprit saint qui a dicté les Écritures , nous induit-il en erreur sur la physique en nous éclairant sur nos devoirs ? Aussi devez-vous croire , répondaient les inquisiteurs , que le soleil tourne autour de la terre. Le Saint-Esprit, qui doit le savoir , vous en assure , et ne saurait vous tromper. On a répondu aux uns et aux autres que , dans les matières indifférentes à la foi , l’Écriture peut employer le langage du peuple. Mais cette réponse ne suffisait pas, ce me semble , pour confondre l’impiété d'une part , et l’imbécilité de l’autre. On aurait dû ajouter , que l’Écriture a besoin même de parler le langage de la multitude pour se mettre à sa portée.
(D'Alembert - De l'abus de la critique en matière de religion- mélanges de littérature d'histoire et de philosophie- tome 4 -Amsterdam 1793)
Note: ce livre de D'alembert, dont le titre parodie celui de Laubrussel, a été plagié dans le monarque accompli" de Lanjuinais - 1774

1776, Voltaire n'est pas convaincu

Voltaire ne pouvait manquer non plus de donner son avis, dans "La Bible enfin expliquée".

Voltaire
Alors Josué parla au Seigneur le jour auquel il avait livré les Amorrhéens entre ses mains, en présence des enfants d'Israël, & il dit en leur présence: Soleil, arrète toi vis à vis de Gabaon, Lune n'avance pas contre la vallée d'Ayalon. Et le soleil & la Lune s'arrétèrent jusqu'à ce que le peuple se fut vengé de ses ennemis.... Cela n'est il pas écrit dans le livre des justes? Le Soleil s'arréta donc au milieu du ciel, & ne se coucha point l'espace d'un jour. (15)
(15) Grotius prétend que le texte ne signifie pas que le Soleil & la Lune s'arrétèrent, mais que Dieu donna le temps à Josué de tuer tout ce qui pouvait rester d'ennemis avant que le Soleil & la Lune se couchassent. Le Clerc décide nettement que le Soleil ne s'arréta pas, mais paru s'arréter. Mais tous les autres commentateurs, parmi lesquels nous ne comptons point Spinosa, qui ne doit pas être compté, conviennent tous que le Soleil & la Lune s'arrétèrent en plein midi. On aurait eu le temps de tuer tous les fuyards depuis midi jusqu'au soir, supposé que la pluie de pierres en eut épargné quelques uns; mais il se peut aussi qu'il y en eut qui courirent si vite qu'il fallut huit à neuf heures pour les attraper et les tuer tous.
Note: Voltaire cite, comme Dom Calmet, les différentes opinions, mais remarque que l'arrêt du soleil ne semble pas nécessaire.
Les profanes remarquent que Bacchus avait déja fait arréter le Soleil & la Lune, & que le Soleil recula d'horreur à la vue du festin d'Astrée et de Thyeste. Surquoi M. Boulenger ose dire "Que si le miracle de Josué était vrai, c'est que le Soleil se serait arréter d'horreur en voyant un brigand si barbare qui égorgeait les femmes, les enfants & les rois, & les boeufs, & les moutons, & les ânes, & qui ne vouloit pas qu'un seul animal vivant, soit roi, soit brebis, échappa à son inconcevable cruauté."
Les physiciens ont quelque peine à expliquer comment le soleil, qui ne marche pas, arréta sa course, & comment cette journée, qui fut le double des autres journées, put s'accorder avec le mouvement des planetes et la régularité des éclipses. Le révérend père Dom Calmet dit, qu'il ne falloit que faire aller d'une vitesse égale, par-dessus & par-dessous la Terre, la matière céleste qui la fritte par-là, en l'avançant d'un coté, & en la retardant de l'autre; le tournoiement de la Terre sur son centre ne venant que de l'inégalité de ce frottement.. Cette réponse ingénieuse, savante et nette, ne résout pas entièrement la question.

Note: S'il s'agit de la Terre qui s'arrète de tourner pendant un jour, cela ne change rien à la régularité des éclipses, mais Voltaire, pourtant disciple de Newton, na pas remarqué que Dom Calmet en est resté aux tourbillons de Descartes.
(Voltaire3, tome I, p 224)

Après les attaques des critiques, sceptiques, athées et autres incrédules, au siècle des lumières, quelques ecclésiastiques, devant ce devoir sacré de sauver la sainte Bible, partirent en croisade contre les mécréants, et redoublèrent d'effort sous la Restauration.

1782, l'abbé Clémence tente de réfuter Voltaire.

On devait s'attendre que notre incrédule emploierait toute son industrie à décréditer les miracles arrivés à la journée de Gabaon; aussi n'y a-t-il épargné ni l'artifice ni le mensonge
Note: l'incrédule, appelé aussi le critique, c'est bien sûr Voltaire.
Tous conviennent, dit le critique, que le soleil et la lune s'arrétèrent en plein midi; on aurait eu le temps de tuer tous les fuyards, depuis midi jusqu'au soir, supposé que la pluie de pierres en eut épargné quelques uns. Plusieurs commentateurs, entr'autres le docte Marius, pensent qu'il était plus de midi; et que le soleil s'avançait vers le couchant lorsqu'il s'arréta.
Note: Si l'on se fie aux commentateurs, on peut démontrer tout, et le contraire. C'est le texte biblique qui fait foi, et lui seul.
Voici dans quel ordre il me parait que se passèrent les évènements de cette mémorable journée: 1° Josué vint toute la nuit de Galgala pour secourir Gabaon ; mais il ne put attaquer les princes confédérés que dans le milieu de la matinée; il y a sept à huit lieues de Galgala à Gabaon; le chemin est difficile dans ce canton, qui est coupé de montagnes; une armée nombreuse, telle que celle de Josué, dut employer une partie de la matinée à achever cette marche pénible commencée de nuit.
Note: Si l'on tente de faire la chronologie, il est évident que Josué dut décider d'attaquer les rois Amorrhéns, dès qu'il fut prévenus par les émissaires Gabaonites. Le temps de faire se préparer son armée, il parait logique qu'il se mit en route dans la soirée, et après une dizaine d'heures de marche de nuit, tomba au petit matin sur les Amorrhéens, bénéficiant ainsi de l'effet de surprise.
2° Les Cananéens devaient être campés à l'orient de Gabaon et du coté de Galgala, lorsqu'ils furent attaqués par Josué. Il est naturel qu'ils eussent pris cette position pour couper aux Gabaonites la communication avec les Israélites campés à Galgala.
Note: On ne sait rien de la position du campement. Il pouvait tout aussi bien être à l'ouest de Gabaon, puisque les royaumes Amorrhéns étaient à l'ouest. Si ce campement était à l'est cela réduit d'autant la marche des hrébreux, et avance l'heure du combat.
3° Josué était encore à l'orient de Gabaon quand il dit : Sta sol, contrà Gabaon.. Ces paroles supposent qu'il avait alors le soleil et Gabaon en face, et nous venons de voir que la bataille fut livrée à l'orient de cette ville.
Note: Josué ne s'est surement pas adressé au soleil en latin. Si l'on admet que Josué était encore à l'est de Gabaon, c'était au matin, et le soleil était au sud-est
4° Le soleil, quoiqu'encore assez élévé sur l'horizon, in medio coeli, avançait vers le couchant, quand il parut s'arrèter.
Note: Le Soleil étant à l'ouest, la journée aurait été bien avancée, et l'armée de Josué aurait dépassé Gabaon, et l'aurait eu dans son dos.
5° Ce miracle et la prière de Josué qui l'obtint, sont antérieurs à la chute de la grêle qui ne commença que lorsque les Cananénes furent arrivés en fuyant à la descente de Bethoron, qui est à quatre ou cinq lieues de Gabaon, vers l'occident. Cette disposition des évènements, fondée sur le texte et sur la distance respective des lieux, fait tomber toutes les chicanes du critique.
Note: cette chronologie est établie "ad hoc", en retardant les manoeuvres de Josué qui doit piétiner toutes une journée à l'est de Gabaon, afin de pouvoir justifier l'ajout du texte du "livre du juste"
Autre embarras: Et comment cette journée, qui fut le double des autres journées, put s'accorder avec le mouvement des planètes et la régularité des éclipses? Est ce un philosophe qui parle? Quoi! un encyclopédiste, un abréviateur du grand Newton, qui s'est vanté d'avoir mis à notre portée la théorie sublime de cet astronome, a ignoré que ce n'est point du mouvement diurne ou de la révolution de la Terre sur son axe, mais de sa progression dans l'écliptique et de son mouvement annuel , que dépendent ses rapports avec le mouvement des autres planètes, et la régularité des éclipses? Pour prolonger le jour, qu'a-t-il fallu? Que la terre cessât de tourner sur son axe, sans cesser d'avançer dans l'écliptique en vertu de son mouvement annuel. La puissance divine ne va-t-elle pas jusqu'à pouvoir suspendre le premier de ces mouvemens sans retarder l'autre?

Note: Il est exact que Voltaire fut bien mal inspiré de parler des éclipses, et qu'il ne faut supposer qu'un arrèt de la rotation terrestre, que notre réfutateur appelle "révolution". Mais notre réfutateur dispose bien à son gré de la puissance divine: Il faut que Dieu fasse un premier miracle pour arréter la Terre, un second pour dissiper son énergie cinétique , un troisième pour empécher tout les objets terrestres de partir comme des boulets de canon, un quatrième pour remettre la terre en rotation. Et tout ça pour permettre au rédacteur du livre de Josué de justifier son ajout d'un passage du "livre du juste". Notre réfutateur prendrait il Dieu pour un con?
(Clémence, p 260)

1812 Bigot de Morogues voit dans la grêle une pluie de météorites.

Catalogue chronologique des Chûtes de Pierres

1451.Av.J.C. Pluie de pierres à Gabaon: Moïse.

Note: Le catalogue est consacré aux chûtes d'origine céleste, et Moïse est ici donné comme source.

1816 L'abbé Du Clot venge la Bible à coup de sophismes.

Joseph-François Du Clot, né en 1745, fut ordonné prètre, puis nommé chanoine, et se fit surtout connaitre par son principal ouvrage: La sainte Bible vengée des attaques de l'incrédulité
Lisons à son sujet ce petit bijou de sectarisme sous la plume de l'abbé Crampon:
Il entra dans les Ordres à cette époque de funeste mémoire où la philosophie du XVIIIe siècle se déchaînait contre la Religion avec le plus de violence et de mauvaise foi, et attaquait, avec une audace et un acharnement inconcevables, les Livres saints qui en sont le fondement. Entre les mains de l’incrédulité, l'insulte, le sarcasme, la raillerie, le travestissement odieux des faits, étaient des armes d’autant plus dangereuses qu’elles flattaient alors le génie du siècle, avide jusqu’à l’excès de tout ce qui portait avec soi un air d’indépendance et de nouveauté. C’en était une que cette hardiesse sacrilége qui rejetait au rang des fables les monuments de la Religion , en épuisant contre eux les traits de la critique la plus amère et en même temps la plus déloyable.
On conçoit tout ce que des diatribes dégoûtantes contre les objets sacrés de la vénération des peuples devaient inspirer de mépris à des hommes vertueux dont la science avait allermi et fécondè la foi. Aussi la religion ne manquait-elle pas d’athlètes qui embrassèrent vigoureusement sa défense. Les Bullet, les Guénée, les Bergier vengeaient la Religion des attaques de la philosophie.

Note: Hé oui, Pour les Crampon, Du Clot, Bullet, etc. le siècle des lumières fut un siècle sacrilège, quant à la philosophie, elle n'est pas loin d'ètre considérée comme une invention du diable. C'est dans cet esprit que va travailler l'abbé Du Clot. Pour lui, les livres bibliques sont inspirés par Dieu, et donc vrais jusqu'à la dernière ligne, quelque stupidité ou blasphème qu'ils puissent contenir. Il va donc être victime du "syndrome du réfutateur", qui consiste à affirmer systématiquement le contraire de l'ouvrage qu'on réfute, prétendues preuves à l'appui. Pourtant si les astrologues ne sauraient avoir le privilège de se tromper toujours, les philosophes l'ont encore moins, et nombre de leurs affirmations doivent donc être exactes, mais seront néanmoins affirmées fausses, "preuves" à l'appui. En conséquence, nombre de ces réfutations sont parfois fausses elles aussi, et donc, un ouvrage contenant 100% de réfutation n'a aucune valeur. C'est pourtant ce genre d'ouvrage que va faire l'abbé Du Clot, partant en croisade contre les "incrédules" du siècle précédent, comme l'abbé Clémence était parti en croisade contre Voltaire.

Nous avons déjà aussi remarqué d’autre part que la plupart des fables du paganisme ont pris leur source dans l’Histoire sainte.
Note: Il est exact qu'on trouve nombre de similitudes entre des légendes anciennes et des passages de la Bible. En se souvenant que les diverses traditions bibliques ont été assemblées et mise par écrit lors de la captivité de Babylone, ces légendes sont donc antérieures à cette mise par écrit, et ne sauraient donc s'en inspirer. L'exemple le plus connu est l'épopée de Gilgamesh, dont s'est inspiré le récit du déluge biblique. Mais pour l'abbé Du Clot, puisque le Bible a été inspirée par Dieu, elle ne peut avoir été inspirée par des légendes païennes, et ce sont donc ces légendes qui se sont inspirées d'une Bible qui n'était pourtant pas encore écrite.
Nous ferons voir avant de terminer cette note que le retardement du soleil arrivé sous Josué n’a pas été entièrement inconnu à tous les peuples du monde. Au reste c’est une absurdité de vouloir comparer des allégories, des figures poétiques, avec le récit simple, naturel, circonstancié de l’histoire de Josué.
Note: C'est pourtant ce que fait l'abbé Duclot, quand il utilise la légende chinoise des dix soleils, comme nous le verrons plus loin. Quant au récit de Josué, il n'est simple, naturel et circonstancié que jusqu'au onzième verset.
C’est pourquoi, sans entrer dans le détail des différens systèmes imaginés par ceux qui veulent se distinguer par des opinions singulières , ou qui voudraient se débarrasser de l’autorité des miracles , nous nous bornerons prouver la vérité du prodige arrivé sous Josué. Il est exprimé d’une manière si précise et si claire que c’est se fatiguer l’imagination et donner la torture au texte que d'y méconnaitre un vrai miracle.
Note: Avec ce raisonnement bien des fables païennes deviendraient des miracles. Si le récit de Josué disait qu'à la place de la grèle, la lune s'est approchée de la terre jusqu'à écraser les ennemis des israélites, nous aurions là le récit précis et circonstancié d'un vrai miracle.
Nous réfuterons donc, suivant notre coutume, toutes les objections que les incrédules ont mises en avant pour en obscurcir ou en anéantir la vérité.
Note: Traduction, nous allons être victime du syndrome du réfutateur, et affirmer systématiquement le contraire de ce que disent nos adversaires.
« Comment cette journée qui fut le double des autres journées peut-elle s’accorder avec le mouvement des planètes et la régularité des éclipses ? » Quoi ! des philosophes, des physiciens, des encyclopédistes ! Quoi ! l’abréviateur du grand Newton , qui s'est vanté d’avoir mis à notre portée la théorie sublime de cet astronome, a ignoré que ce n’est point du mouvement diurne ou de la révolution de la terre sur son axe, mais de sa progression dans l'écliptique , et de son mouvement annuel que dépendent ses rapports avec le mouvement des autres planètes et la régularité des éclipses ! Pour prolonger le jour, qu’a-t-il fallu? que la terre cessât de tourner sur son axe, sans cesser d’avancer dans l’écliptique en vertu de son mouvement annuel : la puissance divine ne va-t-elle pas jusqu’à pouvoir suspendre le premier de ces deux mouvemens sans retarder l’autre ? Alors la terre aura continué tous ses rapports avec les autres planètes les éclipses auront dû arriver avec la même régularité , et les objections des incrédules s’évanouissent. Ces derniers seraient bien plus sensés et plus conséquens s’ils imitaient Newton. Ce grand homme ne regardait pas son système planétaire comme opposé à l’Ecriture, puisque personne n’a jamais témoigné plus de respect que lui pour ces divins Livres.
Note: C'est un fait que Voltaire s'est trompé en invoquant les éclipses, mais l'abbé Du Clot eut été plus honnète en reconnaissant qu'il reprenait cet argument à l'abbé Clémence. Quant à la puissance divine, l'abbé Du Clot à beau jeu de l'invoquer, puisqu'elle est supposée pouvoir faire n'importe quoi. On voit que ce n'est pas lui qui fait les miracles. Dieu se serait compliqué la vie, à arréter la Terre, empécher les effets de l'inertie, et remettre la terre en marche, tout ça pour permettre plus tard à l'abbé Du Clot et ses épigones, d'avoir raison contre leurs adversaires. Il y en a vraiment qui prennent Dieu pour leur larbin.
5.0 Quelques incrédules prétendent « que le récit du retardement du soleil (Bibl. expliq., Le Clerc , etc.) a été tiré du livre de Jashcr ou du Juste, qui, aussi bien que d’autres ouvrages poétiques , surtout ceux qui ont été composés par des orientaux,sont trop hyperboliques pour être entendus à la rigueur et dans un sens littéral.
Les incrédules avancent ici une chose certainement fausse, et une autre très-incertaine. Il est très-incertain que le livre des Justes ait été un poème; c’était plutôt une histoire de ce qui était arrivé de plus mémorable aux plus grands hommes de la nation des Hébreux. On ne peut assurer sans témérité qu’un livre qu’on n’a pas, qu’on n’a jamais vu, et dont on n’a qu’un petit fragment, soit un livre poétique, écrit d’un style enflé et figuré.
Note: Ici encore l'abbé Du Clot eut été plus honnète en reconnaissant qu'il reprenait cet argument à Dom Calmet, argument qui est d'ailleurs un sophisme, puiqu'il retourne la charge de la preuve. L'abbé Du Clot n'a pas non plus lu le livre du juste, et ne sait pas ce qu'il contient.
Enfin il est faux que le récit du miracle de Josué soit tiré du livre des Justes; au contraire le livre des Justes n’est cité ici que pour appuyer le récit de Josué, et tout ce qu’on peut conclure de cette citation est que le fait est également affirmé par l’auteur du livre des Justes , dans des termes équivalens , mais tels qu’un historien digne de foi ne les aurait jamais employés s’il avait soupçonné qu’ils étaient monstrueusement exagérés.
Note: Voila encore un de ces sophismes dont l'abbé Du Clot a le secret. Il affirme ex-cathedra que le miracle solaire, bien qu'incohérent et inutile, fait bien partie du récit de Josué, alors qu'en fait, il n'en sait rien. Ce qui est sûr, c'est que les versets 12 à 14 sont incohérents avec les versets prédédents, ce que l'abbé Du Clot veut ignorer. Aujourd'hui, des ecclésiastiques admettent que ces trois versets sont bien un ajout.
...
Quant au silence de tous les anciens historiens il faut observer que ce fait a précédé de longtemps tous les écrivains profanes, tant ceux dont il nous reste-quelques lambeaux que ceux dont les écrits sont parvenus entiers jusqu’à nous. Nous n’en exceptons que les Annales de la Chine qui ont fait mention de ce phénomène (Martini, Hist. de la Chine, 1. l ), comme nous l'avons rapporté dans nos Observations préliminaires sur les antiquités chinoises, auxquelles nous renvoyons;

Note: Pour cette époque, il nous reste cependant la trace de quelques prodiges comme ceux de 1460 AC et 1312 AC. Surtout, il nous reste les annales de la Chine, qui contrairement à ce que dit l'auteur, ne font nulle mention de ce phénomène. Lisons le père Martini:
VII. Imp. YAUS
regnavit XC.
Cyclo 6. an. 41. ante Christum 2357
p 37: Per haec tempora diebus decem non occidisse solem, orbemque conflagraturum mortales timuisse scribunt.
(en marge) sol decem dies non occidit

Il est écrit que pendant cette période, le soleil ne se couchat pas pendant dix jours et que les hommes craignirent qu'il enflamme le monde.
(en marge) le soleil ne se coucha pas pendant dix jours.

Déjà, nous voyons qu'il est question de dix jours, et non d'un seul. Mais remarquons la date: 2357 avant J.C., c'est neuf siècles avant Josué. Mais surtout c'est avant le déluge universel. Or selon l'abbé Du Clot, le déluge fut réellement universel, submergea les plus hautes montagnes, et ne laissa rien subsister que Noé et son arche.
Enfin, jusqu’à présent, malgré toutes les recherches et toutes les observations passibles, on n’a pu encore découvrir un seul monument ni un seul vestige d’industrie humaine antérieur au déluge, rien ne remonte au delà: il faut donc que pour lors le genre humain tout entier ait été détruit et renouvelé, comme, Moyse le rapporte. (La sainte Bible vengée, t.II, p.39)
Comme le père Martini mentionne aussi une immense inondation la soixante-unième année du règne d'Yao (qu'utilise l'abbé Du Clot) il nous faudrait admettre que, cette année là, l'empereur Yao fut noyé, avec ses sujets, son empire et ses archives, et que par conséquent, le père Martini nous a menti, en inventant une histoire de la Chine antérieure au déluge, ce qui ne n'empèche pas l'abbé Du Clot de récuperer le phénomène solaire qu'il citait.
Mais il y a plus. Le père de Mailla, auteur d'une histoire de la Chine, bien plus riche et bien plus sérieuse, ne dit pas un mot de ce prodige solaire, bien que lui aussi mentionne l'inondation gigantesque avec force détails.
La clé de l'énigme nous est donné par Le Journal des savants de décembre 1783:
Cet événement est celui du soleil , arrêté par le conducteur des Hébreux; événement qu‘ils retrouvent à quelques légères différences près dans l’histoire du P. Martini sous le règne d'Yao. Le soleil , dit ce Père, fut dix jours sans se coucher , sol decem diebus non occidit. Voilà donc à la Chine, le soleil arrêté sous Yao comme sous Josué. Voilà sur quoi tout le systême est appuyé. Nous avons été curieux de vérifier si ce fait est rapporté dans les Annales Chinoises, & voici ce que nous y avons trouvé. Dans des préliminaires qui sont à la tête des Annales, on a rapporté un grand nombre de fables qu’on n’a pas cru devoir mettre dans le texte , ce qui ne prouveroit rien , parce que les Chinois auroient pu regarder comme. fables, un événement miraculeux tel que celui de Josué. Ainsi nous n’insîstons pas sur le peu de cas qu‘ils peuyent faire de ce récit; mais ce que nous devons remarquer, c‘est que dans ces fables, il n’y est pas dit que le soIeil fut dix jours sans se coucher , mais bien qu‘un jour sous Yao dix soleils se levèrent à la fois, & qu'on craignit un embrasement, ce qui est bien différent d'un seul soleil qui est: dix jours sans se coucher. Ainsi, rien ne se rapporte plus à l‘événement de Josué & synchronisme d’Yao , avec ce chef des Hébreux, n'a plus lieu , ce qui détruit tout le sytême de la conciliation des deux chronologies. C’est une méprise du P. Martini.
De fait, ce récit des dix soleils, c'est la légende de l'archer Yi. L'abbé Du Clot a donc tout faux.

(Abbé Du Clot, La Sainte Bible vengée des attaques de l'incrédulité, ed.1824, t. III, p 378-386)

1845 L'abbé Glaire veut prouve le miracle par l'herméneutique

Il faut d’abord remarquer qu’après ces mots : Josué parla à Jéhova, on s‘attend tout naturellement à trouver le discours que Josué dut adresser à DIEU; contre l’ordinaire, l’auteur le supprime; a moins qu’on ne suppose que ce discours n’est que l’apostrophe même au soleil et a la lune. Mais il y a quelque chose de forcé dans cette interprétation; ce n’est pas la marche que suivent les historiens sacrés dans la narration.
Note: effectivement, mais ceci s'accorde justement avec l'hypothèse de l'ajout du passage sur l'arrêt du soleil.
D’abord, il est incontestable que l‘écrivain sacré, lorsqu'il commence son récit en disant que Josué adressa la parole a DIEU et qu'il apostopha le soleil et la lune, emploie le style et la forme dgoureusement historiques; et qu’il s’énonce comme s’il racontait le fait le plus réel et le plus positif :
Note: certes, mais ça prouve simplement que l'auteur de ce passage veut qu'on croit à un fait réel, puisqu'un menteur ou un farceur s'exprimerait de la même façon.
Ajoutons que la place qu'occupe dans le récit la question adressée par l'historien a ses lecteurs: Ceci n'est-il pas ecrit au livre de HAYYASCHAR, parait prouver clairement que tout ce qui précède n’est nullement une citation. D'abord, les phrases de cette nature ne sont jamais employées dans la Bible autrement que pour continuer, par le temoignage d’un document publie et authentique, la verite d‘un fait historique, surtout quand ce fait est extraordinaire et par conséquent mémorable.
Note: Pas une citation au sens habituel, mais une affirmation ayant besoin d'une justification, que donne le livre du juste, précisément parce que ce passage n'est pas de l'auteur du livre de Josué. Sans quoi l'auteur qui n'a pas eu besoin de justification pour la grèle de pierres, l'écroulement des murailles de Jéricho, ou le passage du Jourdain, n'aurait précisement pas utilisé la caution du livre du juste
Quant aux paroles qui suivent immédiatement: Et le soleil s‘arrêta au milieu du ciel. etc. jusqu‘au verset 14 inclusivement, elles appartiennent selon les uns au livre de HAYYASHAR, et elles sont suivant les autres de l'historien lui-même. Les premiers sont obligés de traduire la phrase interrogative du verset 13 par: N‘est-il pas écrit dans le livre de HAYYASCHAR: Le soleil s’arrêta , etc. ; de manière que cette dernière phrase ainsi que le verset 14 tout entier , se rattachent à l’expression précédente n’est-il pas écrit, et n’en soient qu’un simple explicatif. Mais le pronom ceci ou cela, en hébreu HI, s’oppose formellement, selon nous, à cette interprétation; car nous ne connaissons pas un seul passage de la Bible dans lequel ce pronom se rattache à ce qui suit ; il ne s’emploie que pour exprimer les objets dont on a déjà parlé, ou qu’on a suffisamment désignés et fait connaitre par ce qu’on a dit auparavant.
Note: Mais cette remarque prouve simplement que ce pronom cela s'applique au début du verset 13. La fin du verset 13 apparaissant alors comme une citation justificative.

Après quelques autres considérations "herméneutiques", l'auteur conclut:
le résultat de nos observations ne saurait être douteux. Le texte, expliqué selon les lois les plus sévères de l‘herméneutique sacrée, présente le commandement que Josué fit au soleil et a la lune d’arrêter leur course comme un fait positif et vraiment historique;
Note: Nous venons de voir au contraire qu'il y a de nombreux doutes sur cette interprétation.

Puis l'auteur discute de la possibilité effective de l'arrêt du soleil, et de la lune en répondant aux objections des critiques quant aux effets physiques de cet arrèt. Par exemple face à l'argument de l'échauffement excessif par le soleil, il invoque d'opportuns nuages et vents rafraichissants, sans réfléchir qu'ils sont inutiles si le soleil était près de se coucher. Face à l'argument d'une marée diluvienne submergeant la terre par l'arrêt de la lune, il se laisse aller à l'argument facile de l'omnipotence divine, capable de retarder la lune sans noyer la terre, sans réfléchir que l'arrêt de la lune n'aurait jamais fait que stabiliser la marée et perturbé son cours. Mais face aux silence des historiens, il n'invoque pas comme Du Clot, les annales de la Chine. Et comme il lui suffit que Josué ait réellement demandé une prolongation du jour, il se rallie à l'hypothèse d'une prolongation extraordinaire - et miraculeuse- du jour, mais sans véritable arrêt du soleil.
Nous ajouterons... que le sens littéral du texte n'implique ni perturbation dans le système planétaire en général, ni bouleversement sur notre globe en particulier, ni une station réelle du soleil, de la lune, ou même de la terre. Nous diront encore qu'un phénomène lumineux du genre des aurores boréales ou des parhélies suffirait pour prolonger la clarté du jour dont Josué avait besoin pour détruire les restes de l'armée ennemie; que ce phénomène extraordinaire, produit au commandement de Josué, était par cela seul un vrai prodige surnaturel

Note: L'auteur n'a probablement jamais vu, ni parhélie, ni aurore boréale. Un parhélie nécessite la présence du soleil, et une aurore boréale illumine une partie du ciel, mais n'éclaire pas vraiment le sol. D'autre part, nous avons vu que l'armée ennemi étant anéantie, Josué n'avait plus besoin d'un allongement de la durée du jour. Après avoir consacré 23 pages à prouver la véracité du commandement de Josué et à réfuter tant bien que mal, les objections des sceptiques, l'auteur échoue finalement à expliquer tant l'augmentation de la durée du jour, que sa nécessité.
(J.B.Glaire, Les livres saints vengés, Paris, 1845, t. II, p 17)

1858 James Bowman Lindsay préfère un miracle atmosphérique.

The apparent fixity of the light could be occasioned either by the stoppage of the earth’s rotation, or by a super-natural refraction of the rays of light, and we may adopt either of these methods without doing violence to the text. It would be a miracle in either case, and could only be done by the Creator. The stoppage of the earth’s rotation, however, would have caused a miracle to the whole world, which does not seem to have been necessary, and the supernatural refraction of light seems the preferable explanation.
La fixité apparente de la lumière pourrait être occasionné soit par l'arrêt de la rotation de la terre, ou par une réfraction surnaturelle des rayons de lumière, et l'on peut adopter une de ces méthodes sans faire violence au texte. Ce serait un miracle dans les deux cas, et ne pouvait être fait que par le Créateur. L'arrêt de la rotation de la terre, cependant, aurait causé un miracle pour le monde entier, ce qui ne semble pas avoir été nécessaire, et la réfraction surnaturelle de la lumière semble l'explication préférable.
(James Bowman Lindsay, the chrono astrolabe, 1858, p 100)
Note: Il faudrait une réfraction sacrément surnaturelle, donc un vrai miracle, pour provoquer une extension du jour de près d'une journée. Manifestement l'auteur applique le principe d'économie de miracle, en remplaçant un miracle à l'échelle de la Terre, par un miracle purement local.

1886 Charles Lagrange stoppe la croute terrestre.


Charles Lagrange
Dans la recherche de l'économie maximum de miracle, la théorie de Charles Lagrange, astronome à l'observatoire de Bruxelles, se tient bien: Puisqu'il faut que la surface terrestre s'arrète de tourner pour que le soleil s'arrète dans le ciel, il choisir de ne faire s'arrèter que la croute terrestre, le noyau sous-jacent continuant de tourner.
Et d'imaginer une théorie devant laquelle n'importe quel géophysicien se mettra l'index à la tempe. Des réactions chimiques internes aurait fait perdre de son poids à une masse centrale qui se serait alors élevée à travers le globe jusqu'à la croute terrestre qu'il aurait ainsi arrété dans sa rotation. Révons nous? Un astronome a-t-il vraiment pu émettre cette théorie tellement stupide qu'un enfant saurait la réfuter? Il y a presque une objection à chaque mot.
Pourquoi une masse centrale deviendrait elle plus légère par la magie de la chimie? On sait que les réactions chimiques internes générent les éruptions volcaniques, mais entre la montée d'une masse de magma dans une cheminée volcanique, et celle d'une masse capable de stopper la croute terrestre, il y a une marge, un gouffre, un rift. Pourquoi ce phénomène ne se serait produit qu'une seule fois? Pourquoi cette masse n'aurait mis que quelques heures pour parvenir sous la croute terrestre, quand aujourd'hui la tectonique des plaques compte en millions d'années? Pourquoi cette masse, qui participait de son moment cinétique à la rotation terrestre, a-t-elle stoppée celle de la croute? Pourquoi la croute s'est elle mise à glisser sur le manteau sous-jacent sans le moindre séisme? Pourquoi les habitants du globe n'ont ressenti aucune secousse? Pourquoi n'y eut il aucun tsunami, alors que l'océan, continuant sur sa lancée eusse du noyer les continents? Pourquoi la croute terrestre s'est elle ensuite remise en marche? et nous en oublions probablement. Voila une théorie qui mériterait le prix Ig-nobel de géophysique.
(référence alléguée: A propos de l'arrêt du soleil ,Ciel et terre (VIIe année, N° 20, 16 décembre 1886)

1887 Jules Gaudard invoque un bolide.


Jules Gaudard
Après un astronome qui invoque un phénomène qui ferait sourire un ingénieur, voici un ingénieur qui invoque un phénomène qui ferait sourire un astronome. Ingénieur en génie civil, Jules Gaudard imagine de remplacer le soleil par un bolide. Un bolide qui serait apparu après, et non avant, une pluie de météorites, ce qui oblige à supposer une altération du texte biblique. Un bolide qui ne rend pas compte de l'arrêt de la lune, ce qui oblige à supposer une licence poétique dans le texte. Un bolide qui aurait été très léger, très lent, très silencieux, flottant dans l'atmosphère au dessus des combattants, tout en étant assez lumineux pour être confondu avec le soleil, propriétés malheureusement contradictoires. Bref un bolide tout simplement miraculeux, hypothèse qui remplace un miracle par un autre.
Décidément, M. Gaudard s'y connait autant en bolides que M. Lagrange en géophysique.
(référence alléguée: Le cadran d'Achaz et les miracles., Lausanne, G. Bridel, 1887.)

1889 Rodolphe Chatelanat raille Voltaire d'avoir méconnu les météorites..

En 1776, Voltaire publiait son ouvrage La Bible enfin expliquée, dans lequel il parodiait et bafouait l’histoire du peuple d'Israël et ses traits les plus miraculeux. La victoire de Josuè à Gabaon, entre autres, lui fournissait matière à bon nombre de mots, au sel plus ou moins fin, et lui permettait de déployer tout son esprit, en vrai Scarron des Livres Saints qu’il était. Non seulement l’arrêt du soleil le faisait se pàmer à force de rire, mais encore il n’avait pas assez de bonnes plaisanteries a propos des grosses pierres que l’Eternel lança contre les Cananéens et qui les firent périr.
Note: Il n'y a rien de vrai la dedans. Voici ce que dit exactement Voltaire à propos de cette chute de pierres.
Toute l’antiquité a parlé de pluie de pierres: La premiere est celle que ]upiter envoya au secours d'Hercule contre les fils de Neptune. Don Calmet assure, que c’est un fait constant qu’on a vu autrefois de fort grosses pierres s’enflammer en l’air & retomber sur la terre, & qu’on ne peut raisonnablement révoquer en doute le prodige raconté par Josué. On remarque seulement ici que ces pierres, étant fort grosses, durent écraser tous les Amorrhéens qui étaient poursuivis par l’armée de ]osué, & qu’il est difficile qu’il en soit resté un seul en vie. C’est ce qui fait que plusieurs savants sont étonnés que ]osué ait encore eu recours au grand miràcle d’arrêter le Soleil & la Lune.
On lit donc ici, une remarque générale, une citation de Dom Calmet, et un argument de bon sens. Où sont les plaisanteries dont Voltaire n'avait pas assez? Manifestement, notre auteur n'a pas lu Voltaire, mais un de ses réfutateurs.

Or un siècle ne s’était pas écoulé, pas même cinquante ans, qu’on avait trouvé l'explication du fait qui avait tant amusé le philosophe de Ferney. Les aérolithes sont connus aujourd‘hui; chacun a entendu parler de ces pierres météoriques, de volume et de forme variables, de composition plus ou moins ferrugineuse, qui par leurs angles usés et émoussès, leur surface noirâtre et leur intérieur terreux rappellent au premier abord les rochers les plus communs de nos montagnes, et qui pourtant sont des débris de masses encore plus considérables venant des régions extra-atmosphériques et éclatant dans les airs.
Note: Les aérolithes étaient déjà connus de Pline l'ancien, mais où notre auteur a-t-il vu une météorite d'intérieur terreux? Et de toutes façons, nous verrons plus loin, à propos de l'hypothèse de Jean Bosler, que l'hypothèse est inadéquate.
La grêle de pierre de Gabaon est donc explicable par l’astronomie et la météorologie. Nous ne sommes pas ici en présence d’un miracle au sens où l’entendait Voltaire, d’une «violation des lois mathématiques, divines, immuables, éternelles. (Dictionnaire philosophique, article Miracle.) Mais nous avons simplement un fait naturel, provoqué par Dieu à un certain moment, dans un but précis, peut-étre avec une intensité spéciale, pour aider et pour sauver le peuple qu‘il avait élu.

Note: Encore un partisan de l'économie de miracle, qui fait intervenir Dieu à l'aide de phénomènes naturels. Mais encore faudrait il choisir le bon. L'hypothèse des météorites, qui ne fait tomber que quelques pierres à l'hectare, ne rend pas compte du texte biblique. Par ailleurs, en pieux catholique respectueux des décisions du saint office, mais en violation des fondements du christianisme, notre auteur admet que Dieu avait favorisé un peuple contre tous les autres, et l'avait sauvé de ses ennemis. En réalité, le texte biblique dit bien que les Amorrhéens étaient dèjà en déroute, et que Yahvé (et non Dieu) les acheva à coup de pierres, acte digne d'un bourreau, mais pas de Dieu.
Après cela, l'auteur se rachète un peu en traitant de l'arrêt du soleil, ce qui lui fait citer, avec critiques, les deux savoureuses théories que nous venons de lire, et que nous ignorerions encore sans lui (elles ne sont pas lisibles en ligne). C'est lui qui nous a fourni les références de ces ouvrages.
(Rodolphe Chatelanat, Quelques récentes explications de l'arrêt du soleil a Gabaon , Revue de théologie et de philosophie, 1889 )

Les fondamentalistes entrent en scène.

On sait que, dans la droite lignée des réfutateurs de Voltaire, les fondamentalistes américains croient à la vérité totale de la Bible, et en particulier à la création du monde en six jours. Ce qu'on sait moins, c'est que les chronologistes ne sont pas tous d'accord sur la date précise de cette création. On parle souvent de la chronologie de James Ussher, généralement adoptée par les américains, qui fixait le premier jour de la création au dimanche 23 octobre 4004 avant J.C. Mais en fait, Il existe des dizaines de datations de la création du monde, basées sur la Bible. Le pire est que la datation d'Ussher est la plus absurde de toutes. Au lieu d'essayer d'accrocher la chronologie donnée par la Genèse, à un phénomène historique, il utilise une cascade d'arguments ineptes: Un jour de Dieu vaut mille ans des hommes, donc la création en 6 jours représente 6000 ans, donc le monde doit durer six millénaires. Jésus est né l'année de la mort d'Hérode, Hérode est mort peu après une éclipse datée de l'an 4 avent notre ère, donc Jésus est né en 4 avant notre ère. Jésus n'a pu naitre que lors d'un changement de millénaire, et comme si le monde avait déjà 5000 ans à cette date, la fin du monde serait déjà survenue du temps d'Ussher, la seule date qui convienne pour la création est 4004 avant notre ère.
Une autre datation de la création nous a été offerte par Totten.

1890, Charles A.L. Totten utilise le miracle de Josué pour expliquer le "jour manquant".


Charles A.L. Totten
Après avoir été officier de l'armée américaine, Charles A.L. Totten se mit à écrire des livres sur les prophéties bibliques, la chronologie de la Bible, et même la pyramidologie. En 1890, dans Joshua's long day and the dial of Ahaz, a scientific vindication and "A midnight cry, il étudie les implications du miracle de Josué, complété par celui du cadran solaire d'Ezéchias. Cela lui permet de calculer une autre chronologie, et de résoudre le problème du "missing day". En effet certaines chronologies butent sur un problème: Le premier jour de la création devrait être un Dimanche, alors qu'en remontant semaine après semaine, jusqu'à la date trouvée, c'est un lundi.
Le "livre du juste" dit en substance: "Soleil, arrète toi sur Gabaon, et toi, lune, sur le val d'Ajalon. Cela signifie clairement que, vu depuis la position de Josué, le soleil paraissait à l'aplomb de Gabaon, et la lune à l'aplomb du val d'Ajalon. Mais le même livre dit aussi que le soleil s'arréta au milieu du ciel. Si donc le soleil s'arréta en plein midi, il était au sud, et Josué devait se trouver au nord de Gabaon, ce qui correspond mal au texte biblique. Qu'à cela ne tienne, Totten réinterprète le texte biblique. Le soleil se trouvait sur le méridien de Gabaon, et la lune sur le méridien du val d'Ajalon, ce qui lui permet de calculer que la lune était à 8 minutes d'arc à l'ouest du soleil, et qu'elle aurait du entrer en conjonction avec lui 13 minutes plus tard.
Ce que Totten oublie, ou veut oublier, c'est que dans cette hypothèse, c'était la nouvelle lune, que la lune était donc parfaitement invisible pour Josué, qui ne ne risquait donc pas de lui demander de rester à l'aplomb du val d'Ajalon. Son raisonnement est donc absurde
Mais un enchainement de raisonnements du même genre va lui permettre de dater le phénomène au mardi 21 décembre de l'an 2555 de la création du monde, et de calculer que le jour fut retardé de 23 heures 20 minutes. Mieux, plus tard, le miracle d'Isaïe, faisant rétrograder le cadran solaire d'Ezéchias, introduit un retard supplémentaire de 40 mn, ce qui amène le retard total à 24 heures pile.
Or, un enchainement de calculs difficiles à suivre, à base d'éclipses, le conduit à affirmer qu'il est nécessaire d'intercaler un jour supplémentaire. Et voila, ce jour manquant est retrouvé: il vient des miracles de Josué et d'Isaïe
Finalement Totten invente une nouvelle chronologie, où le Christ naquit en l'an 3996 de la création, et non en 4000 comme le prétendait Dimbleby, ni en 4004, comme l'avait calculé James Usher.
Très fort! Dommage que cette histoire de jour manquant ne tienne pas debout puisque, même en admettant la création en six jours, il est impossible d'en trouver le jour exact, et donc d'en déduire le jour de la semaine. De plus, le fait que le premier jour de la création soit un Lundi place le septième jour, où Dieu se reposa, le Dimanche, ce qui s'accorde avec le jour de repos des Chrétiens. Il n'y a désaccord que pour les juifs, chez qui le jour de repos est le Samedi, ce qui ramène le premier jour de la création le dimanche précédent.

1891 Fulcran Vigouroux réfute les objections au miracle.

En ce qui concerne le premier point, c'est à dire l'arrêt du soleil, l‘ancienne interprétation est universellement abandonnée, depuis que les astronomes ont établi que le soleil est le centre de notre monde planétaire et que c‘est la terre qui tourne autour de cet astre. Si le vainqueur des Chananéens a commandé au soleil de s‘arrêter, cela ne veut pas dire qu‘il admlt le système qu‘on a appelé depuis système de Ptolémée, enseignant le mouvement diurne du soleil autour de la terre; il a parlé la langue de tous, en jugeant les faits d‘après les apparences sensibles. Il n‘est pas plus question , dans le livre de Josué, du système de Ptolémée que de celui de Copernic. Le général hébreu, pour obtenir un miracle, emploie le langage usuel de son temps et de son pays et Dieu emploie, pour l’exaucer, les moyens qu’il juge à propos. Dans toute l‘Écriture, les auteurs sacrés s‘expriment d’une façon analogue, e‘est-à-dire conformément aux croyances populaires en ce qui touche aux questions scientifiques, et les interprètes sont unanimes à l‘admettre'. On ne doit donc pas chercher dans leurs paroles des apophthegmes scientifiques qu‘ils n’ont jamais eu l’intention de formuler.
  Mais si les exégètes sont d'accord sur ce premier point, qui n‘est que l'application d‘un principe général, ils ne tardent pas à se diviser sur une question non moins importante, concernant spécialement le récit qui nous occupe. Faut-il prendre, en mettant de côté la question astronomique, faut-il prendre le récit du livre de Josué à la rigueur de la lettre, c‘est-à-dire admettre que le jour de la victoire de Béthoron a été réellement le plus long des jours, ou bien peut-on ne voir dans ce langage qu’une hyperbole poétique , une de ces exagérations habituelles aux Orientaux? Dans ce dernier cas , l’historien de la conquête de la Palestine a-t-il cru que le vainqueur des Chananéeus avait obtenu du ciel une prolongation du jour ou bien s’est-il rendu compte que le livre du Juste qu’il nous cite ne parlait ‘que d‘une manière poétique? Toutes ces opinions diverses ont été et sont encore soutenues. D’abord, d'après les rationalistes, le rédacteur du livre de Josué sous sa forme actuelle a été , le premier, dupe des hyperboles du poète qui avait chanté la victoire de Josué. Ecoutons M. Reuss, disant au sujet de ce récit:
  C'est là l‘un des passages de l'histoire biblique qui a donné le plus de mal aux commentateurs, depuis que la critique a osé manifester des doutes à l'égard des miracles par trop étonnants. Nous n'avons garde de reproduire toutes les explications malsaines qui ont été données de celui-ci. Nous nous bornerons à faire remarquer que le rédacteur [du livre de Josué] puise ce qu‘il raconte dans une vieille poésie, insérée dans une anthologie d‘anciens chants guerriers...1. Et il lui est arrivé ce qui arrive encore à quelques exégètes de nos jours, il a pris la poésie pour de l‘histoire 1.
  M. Reuss affirme, il ne prouve pas. Ce que nous avons déjà établi plus haut sur l‘antiquité du livre de Josué suffit pour démontrer que ce qu’il avance est faux, car il suppose, contrairement a la vérité, que l‘auteur qui s’est ainsi mépris sur le caractère du chant conservé dans le Yaëar vivait environ mille ans après l‘événement. La seule raison qui le pousse à parler comme il fait, c’est, en fin de compte , qu‘il serait nécessaire d’admettre un miracle en prenant les mots dans leur sens naturel, et c‘est à quoi il ne peut se résoudre.
Les rationalistes mitigés et un certain nombre de protestants , auxquels il faut joindre de rares catholiques que le miracle effarouche, soutiennent une opinion tout apposée à celle de M. Reuss; ils pensent que ni le poète ni l‘historien n‘ont vu aucun prodige strictement dit, dans ce qu‘on appelle improprement l'arrêt du soleil, et que, par conséquent, les lecteurs d‘aujourd‘hui n'y doivent découvrir non plus aucune merveille.

(Fulcran Vigouroux, Les livres saints et la critique rationaliste, 1890, t.IV, p 18)

1926 Le dictionnaire apologétique de D'Alès doit revoir sa copie

MOÏSE ET JOSUÉ
...
225. - c) L'arrêt du soleil (Jos., x, 9-14). - α) La première partie du récit (9-11), que l’on attribue au Deutéronomiste (D2), est très simple. Josué, qui est monté de Galgala pendant la nuit, fond subitement sur les rois amorrhéens (vers. 9). En même temps, Yahweh les trouble devant Israël et (celui-ci) les frappe d'un grand coup à Gabaon et il les poursuit sur la voie de la montée de Béthoron et il les frappe jusqu'à Azéca et Macéda (10). Cependant, comme ils fuient devant Israël à la descente de Béthoron, Yahweh fait tomber du ciel sur eux de grandes pierres jusqu’à Azéca, et ils meurent; plus nombreux sont ceux qui meurent par les pierres de grêle que ceux que les Israélites tuent par l'épée (11), - β) Il est incontestable que le récit qui précède se suffirait pleinement à lui-même et qu’il a toute apparence d’être terminé. Néanmoins on lui a rattaché un épisode nouveau. Il importe de discerner les éléments de ce supplément. La première partie est renfermée dans les vers.12 et 13. Le centre en est dans une petite strophe qui chevauche sur les vers. 12 et 13:

Soleil, arrête-toi sur Gabaon,
et toi, lune, dans la vallée d’Ajalon.
Et le soleil s’arrêta et la lune demeura
jusqu’à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis.

Une petite note (13) nous apprend que cette strophe est extraite du Livre du Yasar, recueil de vieilles poésies se rapportant aux temps de l’exode et de la conquête, et peut-être accompagnées de petites notices en disant l’occasion. C’est peut-être une pareille notice qui est reproduite vers. 12a : « Alors Josué parla à Yahweh au jour où Yahweh livra l’Amorrhéen devant les fils d’Israël. » C’est cette notice en tout cas qui établit le lien entre la strophe et le récit qui précède. - γ) Si on la lisait toute seule ou même avec la notice qui précède, il serait très difficile de dire quelle est la portée exacte d’une strophe poétique ainsi conçue, dans laquelle on fait à la fois appel au soleil et à la lune, dans laquelle le soleil et la lune s’arrêtent de concert. Mais le vers.13b fournit un commentaire. Il n'y est plus question que du soleil: Et le soleil s’arrêta au milieu des cieux (en plein midi) et il ne se hâta pas de s’en aller, environ un jour entier. » Et le vers.14 continue: « Et il n’y eut pas comme ce jour, ni avant lui ni après lui, pour qu’Yahweh entende [ainsi] la voix d’un homme; car Yahweh combattait pour Israël. » - δ) Inutile de remarquer que cette distinction des documents peut avoir son rejaillissement sur l’interprétation du récit.
...
J. Touzard.
(D'Ales, éd. 1926, tome III, col 819-820)
Note: L'auteur laisse entendre, prudemment, que les trois versets qui parlent de l'arrêt du soleil ne sont pas à comprendre avec le récit historique. Cependant l'article MOÏSE ET JOSUE, dont est extrait ce passage, fit l'objet d'une censure du Saint Office le 20 avril 1920.
respondendum decreverunt: negative Réponse décrété: négatif
Aussi le dictionnaire se fendit il d'un nouvel article:

PENTATEUQUE ET HEXATEUQUE
...
  Contre la vérité historique, on ne doit pas objecter les miracles étonnants rapportés dans le livre de Josué. La nécessité ou du moins la souveraine convenance de ces prodiges apparait pour peu que l‘on considére combien un peuple de pasteurs incultes, tel que les Israélites, était incapable de vaincre, par ses propres forces, les Chananéens, instruits et cultivés. Plusieurs auteurs expliquent le miracle du soleil par une prolongation miraculeuse de la réfraction des rayons solaires.
  Cf. Schenz, Einleitung, 75 ; PELT, Histoire de l'A.T., I, 379 n. 2; HETZENAUER, Theologia Biblica, I, 143 sq. L’hagiographe expose certainement un miracle. Mais comme les auteurs sacrés, dans la description des phénoménes physiques, se conforment non a la nature intime des choses visibles, mais aux apparences extérieures (LEON XIII, Encycl. Providentissimus Deus), ce miracle ne doit pas s’entendre d’un arrét réel du Soleil (ou plutot de la terre) au milieu de sa course. Longues considérations chez HUMMELAUER, Comm. in Jos,, 237-248 : il croit à une gréle violente accompagnée d'épaisses ténébres qui cachaient tout : en apparence, le soleil s’était couché. Devant la chute des ténébres, Josué s’écrie « Soleil, arréte-toi sur Gabaon! » La gréle prodigieuse passe et le soleil reparait. Donc, ce jour-là, le soleil s’était levé deux fois, et d’un jour avait fait comme deux jours (Eccli., XLVI, 5). Cf. BRUCKER, Etudes, 5 févr.1904. Cette explication n’agréera pas à tout le monde; Cf. LAMY, L’arrét du soleil par Josué ; Le Prétre, 7 juin 1906; LESÊTRE, Les récits de l'histoire sainte; Josué et le soleil, Rev. prat. d’Apol., II, 351-6 (1907), dit que Dieu, ménager des moyens, satisfit par une gréle au désir de Josué. Cf. Le surnaturel dans la Bible, ib., (1910), 892 sq. I. BOURLIER, L’arrét du. soleil par Josué, Rev. du Clergé fr, XII, 44 sqq. (1897) : Dieu, par une gréle violenle, détruit autant d’ennemis que les Israélites en auraient pu détruire en deux jours; cf. ib., XXXIX, 575-594 (1904) et XLII, 95-97 (1905). Selon A. VERONNET, ib., XLI, 583-603 (1905), ce texte poétique. relatif au miracle du soleil, emprunté au « livre des justes », aurait été inséré postérieurement au livre de Josué. F. X. KUGLER, S. I. ,Astronomische u. meteorologische Finsternisse, Z. S. d. Deutsch. Morgen. Gasellschafl, LVI, 60 sqq. (1902), attribue les ténébres à l’effet de la gréle. Voir aussi VAN MIERLO, S.I.,Das Wunder Josues, Z.S.f. Kath. Theol., XXXVII, 895-911 (1913).
...
Hildebrand Hoepfl O.S.B.
Note: ce passage est nettement moins clair que le précédent. On a plutôt l'impression que l'auteur essaye de "noyer le poisson". Sutout, il se défausse en se contentant de citer les différentes opinions.
(D'Ales, éd. 1926, tome III, col 1919)

1931 Le professeur Sidersky remplace l'arrêt du soleil par une éclipse.

  GABAON, l’ancienne cité royale des Hévéens, est presque unanimement identifiée avec la localité appelée , EL-DJIB" (près Ramah), dont la position geographique est marquee par 35° 10’ longitude (a l'est de Greenwich) et de 31° 50’ latitude boréale. - D’après les récits bibliques, la bataille de Gabaon a eu lieu dès le début de la pénétration des Israelites en Canaan, peu de temps après la prise de Jericho, et c'est la connaissance de l’époque exacte de cette dernière qui nous permettra de fixer approximativement la date de l’événement qui avait inspiré notre poéte.
...
Ayant eu lieu peu de temps aprés la prise de Jericho, la bataille de Gabaon devra done étre située vers le commencement du XIVe siécle avant J.C. Cette considération va nous permettre d’expliquer de la maniére suivante le miracle de Josué.

trajet de l'éclipse de 1399 AC
Un calcul astronomiquc nous apprend que le 2 mars 1399 avant J.C. s'est produite une éclipse de soleil qui fut totale au nord de l'Egypte et partielle en Palestine. A Gabaon, au nord de la courbe centrale, l’éclipse ne fut que partielle; mais sa grande phase avait atteint 10.5 digiti, soit environ 88 % du diamètre du soleil, obscurcis par le cône d'ombre de la lune interposée. Commencée a 13 heures 16 minutes, 1e milieu de la grande phase arriva a 14 heures 34 minutes. Puis, le disque solaire se dégagea graduellement, et à 15 heures 48 minutes l'eclipse était finie, mais le soleil ne se coucha qu'a l7 heures et demie.
Dans l'hypothése qu’a cette date du 2 mars 1399 av. J.C. avait eu lieu la bataille de Gabaon, on s‘explique aisément que les guerriers israélites avaient du étre effrayés par l’arrivée du crépuscule avant la fin de la bataille. C'est alors que Josué, ayant remarqué que le soleil était encore tres élevé au-dessus de l’horizon, avait tranquillisé ses guerriers, en leur promettant que le soleil ne se coucherait qu’aprés qu’ils auraient triomphé de leurs ennemis. En effet, le coucher du soleil n’eut lieu qu’environ trois heures après la grande phase de l'éclipse.

(Actes du XVIIIe congrès international des orientalistes. - 1931 p 505)
Note: Une éclipse! Comment n'y avons nous pas pensé plus tôt. Malheureusement, non seulement cela ne correspond pas au texte biblique, mais cela ne correspond pas à la chronologie. Si on admet la classique chronologie Biblique, l'éclipse aurait eu lieu 50 ans plus tard, et si on admet la chronologie des archéologues, elle aurait eu lieu deux siècles trop tôt. De plus, le soleil ne fut obscurci qu'à 86%, ce qui parait trop faible pour inquiéter des soldats, trop occupés pour regarder le soleil

1936, Harry Rimmer retourne la charge de la preuve comme une chaussette.


Harry Rimmer
En 1936, dans The Harmony of Science and Scripture, Harry Rimmer réinterprète à sa façon la bataille de Gabaon. Il commence par lui donner une signification historique où se mèlent la naissance du Christ, celle des Etats Unis d'Amérique, et même la bataille de Waterloo. Puis il attaque les critiques modernes contre l'authenticité du livre de Josué, en retournant la charge de la preuve: il n'est pas prouvé falsifié, donc il est authentique.
Pour analyser le miracle, il y va d'une interprètation très personnelle: Le soleil au milieu du ciel signifie que le soleil était au zénith de Gabaon ( ce qui est impossible, Gabaon n'étant pas sur le tropique ). Quant à la lune, elle ne paraissait pas à l'aplomb du val d'Ajalon. Elle était dans le val d'Ajalon! Il affirme alors que la bataille eut lieu au solstice d'été, alors que Totten la plaçait au solstice d'hiver, ce qui ne l'empèche pas de récupérer les calculs de Totten.
Ensuite il réfute l'argument de l'impossibilité du miracle dans le sytème héliocentrique, en retournant encore la charge de la preuve: il n'est pas prouvé que Josué ignorait le système héliocentrique ( il n'est pas prouvé non plus qu'il ignorait la relativité ).
Puis il trouve une nouvelle signification au miracle, en sa basant sur la traduction littérale du texte hébreu ( "soleil, tais toi" ). En effet il estime que la température devait être entre 105 et 120 °F, chaleur oppressante pour les soldats hébreux, déjà fatigués par leur marche nocturne. Aussi, à l'injonction de Josué, un épais nuage vint opportunément obscurcir le soleil, et ce nuage est aussi celui qui fit tomber la grèle sur les ennemis d'Israël. Mais alors, il reste à expliquer l'allongement du jour, et l'auteur est bien obligé d'accumuler les sophismes, n'hésitant pas à comparer les lois physiques avec les lois humaines, et à affirmer que, puisque nous ne sommes pas censés connaître toutes les lois, il n'est pas prouvé qu'il n'y en ait pas une qui explique le miracle.
Enfin, histoire de prouver sa mauvaise foi, Rimmer réécrit l'histoire du travail de Totten: Selon lui, Un astronome, collègue de Totten, lui révéla que la Terre avait un horaire décalé de 24 heures. Totten lui conseilla d'en chercher la cause dans la Bible, et l'astronome trouva que Josué avait retardé le soleil de 24 heures, alors que ses calculs indiquaient 23 heures 20 minutes, et donc que la Bible s'était trompé de 40 minutes. Mais Totten fit remarquer que la Bible parlait seulement d'un retard de près d'un jour. L'astronome continua ses recherches et trouva les 40 minutes manquantes dans le retardement du cadran solaire d'Ezéchias, au livre d'Isaïe.
En réalité, tout ceci n'est qu'une légende, dont on ne trouve aucune trace dans le livre de Totten. Malheureusement, plusieurs sites ne connaissent le travail de Totten qu'à travers cette légende.

1943 La science s'en()mèle.

L'intérèt pour la réalité du miracle de Josué, s'essoufle au cours des siècles, mais en 1943, Jean Bosler imagine de remettre le miracle au goût du jour, en lui trouvant une explication scientifique.

MÉTÉOROLOGIE + Sur une averse de météorites mentionnée dans la Bible.
Note de M. Jean Bosler.

On s'est souvent demandé quel avait bien pu être le phénomène objectif ayant donné naissance à ce qu'il est convenu d'appeler le miracle de Josué, l'arrêt apparent du Soleil dans sa marche diurne, au cours d'une bataille entre les Israélites et les Chananéens.
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chute de Pultusk
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Si nous nous reportons au passage en question de l'écriture, nous voyons qu'il ne parait pas y avoir eu nécessairement un arrêt effectif du Soleil sur la sphère céleste, ce qui eut impliqué une interruption de la rotation terrestre, mais plutôt une simple prolongation de la durée du jour, prolongation seule nécessaire à l'achèvement de la victoire de Josué. Flavius Josèphe, l'historien profane le plus ancien ayant traité de cette époque, ne parle d'ailleurs que d'une durée exceptionnelle du jour, sans faire aucune allusion à un arrêt quelconque du soleil, et ce silence mérite d'être signalé.
Or la Bible nous dit expressément que peu auparavant ( le jour même sans doute ) une abondante grêle de grosses pierres s'abattit sur les Chananéens et fit parmi eux de nombreuses victimes. Il ne peut s'agir que d'une grêle de météorites, analogue par exemple à celle tombée à Pultusk en Pologne, le 30 janvier 1868, où plus de 100 000 pierres ont couvert toute une région de nombreux aérolithes dont la plupart des musées possèdent les échantillons. Mais ces chutes de pierres s'accompagnent parfois ( et c'est là pour nous le plus important ) de nuits claires, c'est à dire d'une prolongation inaccoutumée de la durée du jour.

Note: La chute de Pultusk est effectivement un cas d'école, mais elle montre justement l'inadéquation de l'hypothèse des météorites à la grêle qui tua les Chananéens. En effet les 100 000 météorites de Pultusk tombèrent sur une zone de 127 km², soit moins de 10 météorites à l'hectare. C'est même 5 à 6 météorites à l'hectare qu'il faut compter avec le chiffre plus récents de 68780 météorites. Or on ne signala aucun blessé.
D'ailleurs, connaît on des chutes de météorites avec de nombreux blessés? Le 15 février 2013, les médias annoncèrent près d'un millier de blessés, à la suite de la chute d'une grosse météorite au dessus de Tcheliabinsk, près de l'Oural. Mais en réalité, personne ne fut blessé par la chute d'un fragment. La désintégration s'étant terminée à une altitude de quelques kilomètres, le bolide terminant sa course dans la troposphère à vitesse supersonique, avait provoqué un violent bang sonique qui fit voler en éclat des milliers de vitres, d'où des centaines de blessés par éclat de verre. La météorite elle même, n'y avait donc rien à voir.
En fait, c'est bien plutôt 100 000 météorites à l'hectare qu'il eut fallu pour provoquer cette hécatombe de Chananéens. Une telle densité n'est pas compatible avec ce que nous savons des météorites, mais elle est bien compatible avec ce que nous savons des chutes de grèle. C'est donc l'interprétation classique par d'énormes grélons qui reste la meilleure.
Par contre, l'hypothèse d'une "nuit claire", où de la poussière météoritique ou cométaire est éclairée par le soleil dans la haute atmosphère, est moins fantaisiste. Seulement, les nuages noctiluques, ainsi créés, ne permettent guère qu'un allongement de la durée du jour de quelques dizaines de minutes, et non de près d'un jour entier. De plus, nous avons déja vu que la prolongation du jour n'était pas nécessaire, après que les Chananéens eussent été exterminés par les grélons. Donc, il n'y a pas plus besoin de poussière cométaire que de météorites, pour la bataille de Gabaon.

(C.R.A.S. 3 mai 1943, p 597)

1950 Velikovsky récupère la fable.

Jean Bosler ne se doutait peut être pas que son idée allait être récupérée dans une optique beaucoup moins scientifique. En 1950, Immanuel Velikovsky, va la réutiliser, en faisant une confiance aveugle au texte biblique: Pour sa théorie des mondes en collision, la Terre qui s'arrète, c'est du pain bénit. (nous donnons directement la traduction française de 1951).

Immanuel Velikovsky

La plus incroyable des histoires
La plus incroyable histoire de miracles est racontée à propos de Josué, fils de Noun, qui, poursuivant les rois de Chanaan à Bethoron, supplia le soleil et la lune de s'immobiliser.
« Il dit, en présence des Israélites
« Soleil, arrête-toi sur Gabaon,
« Et toi, lune, sur le val d'Ajalon. »
Et le soleil s'arrêta et la lune se tint immobile, jusqu'à ce que le peuple se fût vengé de ses ennemis. Cela est écrit dans le livre du juste. Le soleil s'arrêta au milieu du ciel et ne se hâta pas de se coucher pendant presque un jour entier. (Josué 10-12, 13.)
Cette histoire paraît incroyable, même aux personnes les plus pieuses ou les plus imaginatives. On pourrait admettre qu'une mer déchaînée ait anéanti une armée, et en ait épargné une autre; que la terre-se soit ouverte, engloutissant des êtres humains; que le cours du Jourdain se soit trouvé bloqué par l'effondrement d'une partie de sa rive; que les murs de Jéricho aient été abattus, non par la clameur des trompettes, mais par un tremblement de terre.
Mais que le soleil et la lune aient interrompu leur course à travers le firmament, voilà qui est pur produit de la fantaisie, image poétique, métaphore, monstrueuse invraisemblance, qui défie le sens commun, invention méprisable qui peut-être même trahit une sorte d'irrespect à l'égard du Créateur. Pour la science de notre temps, et non pour celle de l'époque où furent écrits le livre de Josué et le livre du juste, pareil événement impliquerait que la terre cessât, un certain temps, de tourner, sur sa route assignée.
(Velikovsky, p 35)
Note: Vélikovsky a l'air d'ignorer que la rotation de la Terre sur elle même, n'a rien à voir avec sa révolution sur son orbite ( "sa route assignée" ). Il va se mettre à chercher des confirmations dans les légendes du monde entier, sans se préoccuper de ce problème, pourtant incontournable: Comment la terre s'est elle remise à tourner 24 heures plus tard?
Dans le livre de Josué, deux versets avant le passage où il évoque l'arrêt du soleil pendant plusieurs heures, nous trouvons ces mots : « comme ils (les rois de Chanaan) fuyaient devant Israël, à la descente de Béthoron, le Seigneur lança sur eux du ciel une averse « de grosses pierres » jusqu'à Azéca; et ceux qui moururent sous cette averse de grêle (pierres de barad) furent plus nombreux que ceux que les Israélites firent périr par l'épée ». (Josué 10-11.)
L'auteur du livre de Josué ignorait certainement la relation entre les deux phénomènes. On ne peut prétendre qu'il ait possédé la moindre connaissance de la nature des aérolithes, des forces d'attraction entre les corps célestes et autres lois semblables. Étant donné qu'il relate ces phénomènes comme simultanés, il est improbable qu'ils aient été inventés.
Les météorites tombèrent sur la terre en torrents. Ils durent tomber en très grand nombre, car ils frappèrent plus de guerriers que les épées des adversaires. Pour tuer des guerriers par centaines ou par milliers sur le champ de bataille, il fallut que s'abatte une vraie cataracte de pierres. Pareille averse de grosses pierres suggère qu'une traînée de météorites, ou une comète, venait de frapper notre planète.

(Velikovsky, p 37)
Note: En reprenant l'idée de Jean Bosler, Velikovsky en endosse aussi la réfutation: Une grèle de météorites assez dense pour tuer les Amorrhéens, tout en épargnant les Israélites, est absurde.
Manifestement, Velikovsky ne s'y connait pas plus en météorites, qu'en comètes, et en astronomie en général.


1969, l'ordinateur de la NASA aurait prouvé l'existence du "jour manquant".

Fin 1969 (donc, juste après l'arrivée de l'homme sur la Lune), la légende lancée par Totten connut un nouvel avatar: les calculs de la NASA avait prouvé qu'il existait bien un jour manquant. Cette nouvelle légende dit que, pour faut éviter que les satellites artificiels ne s'engagent sur des orbites où ils risqueraient de s'écraser sur le soleil, la lune et les planètes, il fallait déterminer avec exactitude les positions respectives que ces astres occuperaient durant les 100 ou les 1000 prochaines années. ( cette affirmation est déja absurde, la position future des astres est connue depuis qu'on connaît les lois de la mécanique céleste, et des tables des positions futures des planètes avaient déjà été établies dès l'antiquité ). Les programmeurs de la NASA chargèrent alors l'ordinateur de calculer les coordonnées célestes en remontant le cours des siècles. ( seconde absurdité: on ne se propose évidemment pas d'envoyer des sondes spatiales dans les siècles passés ). Soudain, la machine se bloqua: elle avait reçu une information fausse, à moins qu'il ne s'agit d'un désaccord entre les résultats de ses calculs et l'observation astronomique des faits. Mais la machine fonctionnait parfaitement. Il manquait une journée sidérale dans le déroulement des temps passés. C'est alors qu'un membre de l'équipe se souvint de l'histoire de Josué. En reprogramment la machine, pour en tenir compte, le désaccord se trouva réduit à 40 minutes. Enfin l'explication de ces 40 minutes fut trouvée dans le miracle du cadran solaire d'Ezéchias. ( troisième absurdité: on ne risque pas de trouver un désaccord entre les calculs, et des observations qui n'existaient pas. mais la légende décalque les affirmations de Totten, revues et corrigées par Rimmer ).

1974, Harold Hill prétend donner une leçon aux hommes de science au nom de Dieu.


Harold Hill
La légende de la NASA cautionnant le jour manquant a été largement relayée en 1974, dans How To Live Like A King's Kid, par Harold Hill, de la Curtis Engine Company, et prétendu consultant de la NASA. Il en concluait, lui qui ne connaissait manifstement rien à la Science, que Dieu donnait une leçon aux hommes de science.
Mais la NASA nia qu'Harold Hill ait jamais éré consultant chez elle. Elle nia aussi avoir jamais fait un tel calcul, ce qui bien logique, vu les absurdités énoncées plus haut.
Harold Hill était en fait un écrivain et orateur, genre télévangeliste, et n'a jamais été capable de citer sa source. Manifestement, la rumeur colportée par Harold Hill, n'était qu'une réactualisation, à la sauce spatiale, de la théorie de Totten-Rimmer.
Il suffit néanmoins de chercher sur Google bible+"arret du soleil", pour constater que des dizaines de sites web, se recopiant les uns les autres, continuent de propager cette absurdité, qui pour leurs auteurs est vraie, puisqu'elle confirme ce qu'ils pensent.

2007 Ariel Alvarez Valdès prend du recul.

L'auteur, professeur d'écriture sainte, dont nous allons résumer le texte, commence par évoquer en des termes poignants, la condamnation de Galilée, coupable d'avoir professé l'héliocentrisme, alors que la Bible dit expressément que Josué arréta le soleil, et non la Terre.
Puis il évoque les quatre théories que les Biblologues ont imaginé pour rendre compte de ce fameux miracle solaire.
1) L'arrèt réel du soleil, admis par l'église jusqu'au 16e siècle.
2) Une prière poêtique ou Josué prie le soleil et la lune de s'arréter pour contempler sa victoire.
3) Une impression psychologique qu'ont eu les hébreux à qui cette journée parut interminable.
4) Un phénomène atmosphérique qui aurait provoqué la grêle et obscurci le ciel.
Mais ensuite l'auteur montre que le poême du livre du juste, seul passage où Josué arrête le soleil, est cité hors contexte et ne fait pas partie du récit de la bataille. Ainsi Galilée avait raison, et l'écriture jamais vraiment dit que le soleil se soit arrété. Il fallut cependant attendre le 20e siècle pour que l'église admette qu'il ne fallait pas interpréter la Bible au pied de la lettre, et le 21e pour que le miracle de Josué soit définitivement enterré. Citons tout de même une phrase de l'auteur (dans la traduction de P. Emonet):
Le soleil de Gabaon continue de briller pour tous du fond de l'histoire, comme pour rappeler les souffrances que peut générer une lecture littérale de la Bible.
(Ariel Alvarez Valdès, Le soleil de Gabaon, Choisir, Septembre 2007)

Analyse:

Nous avons vu que l'arrêt du soleil, qui n'avait meme pas été mentionné par Flavius Josèphe, qui se contentait de la prolongation du jour, a été plus tard, admis et enseigné par les écclésiastiques du XVIe au XIXe siècle, servant au passage à condamner le système de Copernic, dont le livre fut mis à l'index, puis Galilée qui dut abjurer son système.
Mais au nom de quoi considérait-on l'arrêt du soleil comme un fait avéré, et donc le système de Copernic comme hérétique?
Pas au nom de la science. Certes la science fut d'abord sceptique sur le système de Copernic, qui semblait moins correspondre aux apparences que le système de Ptolémée, mais elle l'admit progressivement, et définitivement avec Newton. Mais la science n'avait rien à dire sur le miracle de Josué, aussi incompatible, sans intervention divine, avec le système de Ptolémée qu'avec celui de Copernic, parce que les miracles sont du domaine de la foi, et non de la science.
Non, l'arrèt du soleil était, pour les ecclésiastiques du temps de Galilée,un fait intangible, parce qu'il est écrit dans la Bible, et que la Bible était prétenduement la parole de Dieu, qui ne peut se tromper.
Mais l'homme, lui peut se tromper, en particulier, en croyant la Bible inspirée par Dieu. D'où vient alors cette croyance?. Même pas de la Bible, qui dit seulement que Dieu donna l'ordre d'écrire tel ou tel livre. Il n'est pas dit qu'il les dicta. Encore moins que plus tard, il en dicta les traductions. Donc, même si on suppose que l'initiative est divine, le travail d'écriture est bien humain, d'autant plus que plusieurs traditions, parfois incohérentes furent assemblés en un seul livre. De ce seul point de vue, les trois versets décrivant l'arrèt du soleil, aussi absurdes qu'incohérents, ne peuvent être imputés à un Dieu omniscient, mais bien à l'esprit de syncrétisme d'un copiste, qui les rajouta au livre de Josué, parce qu'ils parlaient de la même bataille.

Le blasphème du livre de Josué.

Le blasphème
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Même en supposant que les trois versets apocryphes aient bien fait partie du livre de Josué, on ne devrait y voir aucune contradiction entre l'écriture dite sainte, et le système de Copernic, tout simplement parce que le livre de Josué n'a pas droit au titre de sainte écriture. C'est une litanie de crimes abominables, prétenduement commis sur l'ordre de Dieu, et avec son aide, au point que le Yahvé de Josué n'est comparable qu'à Satan lui-même. Or, dans le cadre du dogme chrétien, où Dieu est amour, puissance et miséricorde, une telle comparaison est un blasphème. Et dans ces condition, un livre qui blasphème ne devrait être au canon des écritures saintes. Il devrait bien plutôt être mis à l'index.
Or, d'un point de vue théologique, les prodiges cités dans un livre non canonique ne peuvent avoir valeur de vrai miracle, et rien de ce que contient ce livre ne devrait pouvoir servir à aucune démonstration apologétique. Le livre de Josué, incompatible avec la foi chrétienne, n'auraient donc jamais jamais du pouvoir servir aux ecclésiastiques adversaires de Galilée.

L'incohérence du passage décrivant l'arrêt du soleil.

Du point de vue bibliographique, les versets 1 à 11 du chapitre 10 du livre de Josué, décrivent la bataille d'une façon peu vraisemblable (des grélons tuent les ennemis), mais cohérente
Par contre, les versets 12 à 14 réécrivent la bataille de Gabaon d'une façon incohérente, et incompatible avec les versets précedents.
Incohérence interne: Si Josué demande au soleil de s'arrêter sur Gabaon, c'est que le soleil paraissait à l'aplomb de Gabaon. Mais alors, si c'était à midi, comme le croient certains exégètes (le soleil s'arréta au mileu du ciel), le soleil étant au sud, Josué se serait trouvé au nord de Gabaon, alors que son parcours le menait de Gabaon à Beth-Horôn (à l'ouest). Si c'était un peu avant le coucher du soleil (ce qui expliquerait la nécessité pour Josué de l'arréter), le soleil était à l'ouest, alors que Josué se trouvant du coté de Beth-Horôn, Gabaon était dans son dos, à l'est.
Incohérence avec les versets 1 à 11: Après que l'ennemi ait dépassé Beth-Horôn, Dieu extermine les fuyards à coup de gélons. La bataille est donc terminée et ne nécessite pas un allongement de la durée du jour. Les versets 12 à 14 sont donc manifestement un ajout ultérieur, à partir d'un livre n'ayant qu'une valeur poétique

L'absurdité scientifique de l'arrêt du soleil.

Du point de vue scientifique, c'est la catastrophe. Que le Soleil et la Lune s'arrêtent dans le ciel pendant près d'une journée, signifiait dans l'antiquité un arrêt total de l'univers, censé tourner autour de la terre, mais signifie aujour'hui un arrêt du mouvement diurne, impliquant un arrêt de la rotation terrestre pendant le même temps, suivi d'une remise en rotation. Or non seulement cet arrêt est incompatible avec les lois de la mécanique, qui ne permettent pas au moment cinétique terrestre de s'annihiler (où serait passée la colossale énergie cinétique?), mais il est incompatible avec le texte biblique, puisqu'alors, la rotation terrestre stoppant net, tous les objets situés à sa surface, les soldats hébreux et les Amorrhéens, et l'atmosphère elle même, auraient du partir vers l'est comme des boulets de canons, ce que la bible ne décrit pas, sans compter l'énorme tsunami qui aurait noé les continents. Ce n'est pas tout: il n'est dit nulle part que Josué remit le soleil en marche! On peut donc être sûr que le Terre ne s'est pas arrétée de tourner, donc que le mouvement diurne ne fut pas stoppé, et que donc le Soleil et la Lune continuèrent leur mouvement apparent dans le ciel jusqu'à se coucher.
Mais les versets 12 à 14, extraits du "livre du juste", affirment expressément que le soleil s'arréta. La conclusion est alors que le "livre du juste" nous raconte des conneries (avec l'excuse qu'il s'agit d'un livre poétique), et que ce passage n'aurait jamais du être ajouté au livre de Josué.

Les absurdes tentatives d'explication.

Il est remarqueble, qu'en général, placé devant un phénomène d'apparence miraculeuse, à tout le moins prodigieuse, mais allégué par une grande autorité, on retrouve les mêmes comportements:
- Les croyants, soumis à cette même autorité acceptent le fait prodigieux, confortés qu'ils sont par l'hypothèse de la toute puissance de Dieu (ou d'une autre divinité). Ici, l'autorité est celle de la Bible, dite sainte, et du XVIe au XXe siècle, nous avons vu les écclésiastiques défendre bec et ongles le texte biblique.

- Les sceptiques essayent de trouver une explication naturelle, mais ne se préoccupent pas de l'aspect quantitatif du problème, et ne se rendent pas compte que leur hypothèse ne marche pas. Ici nous avons vu:
  La réfraction exceptionnelle, invoquée par Spinoza, mais qui ne prolongerait le jour que de quelques minutes.
  L'arrêt de la croute terrestre, qui constituerait, en fait, un miracle géophysique
  L'éclipse de soleil, qui ne s'accorde pas du tout avec l'injonction de Josué, qui ne vaudrait que pour une éclipse totale, et ne provoque pas d'allongement de la durée du jour.
  L'épais nuage de grêle qui fait disparaitre le soleil, pour le laisser réapparaitre ensuite, sans allonger non plus la durée du jour.
  Les poussières météoriques dans la haute atmosphère, qui pourraient, à la rigueur provoquer un allongement du crépuscule de quelques dizaines de minutes.

- Les concordistes, qui ménagent l'intervention de Dieu en lui faisant manipuler des phénomènes naturels. Ici nous avons vu:
  Galilée qui prétend montrer que l'arrêt du soleil est compatible avec le système de Copernic.
  Dom Calmet qui utilise les tourbillons de Descartes
  Lindsay qui invoque une réfraction surnaturelle (il faut bien ça pour allonger le jour de près d'un jour entier!)

Mais il a fallu attendre le XXIe siècle pour qu'on accepte l'évidence: l'arrêt du soleil ne vient que d'un rajout apocryphe, et n'a donc pas besoin d'explication.
Une mention spéciale pour l'astronome bruxellois qui fait s'arréter la croute terrestre, et donne raison à Cicéron qui écrivait, il y a 21 siècles:
sed nescio quo modo nihil tam absurde dici potest quod non dicatur ab aliquo philosophorum.
Mais je ne sais comment rien de si absurde ne peut être dit qui n'ai été dit par quelque philosophe
(Ciceron2, tome II, ch LVIII)

Conclusion:

Aujourd'hui, l'église de Rome ne demande plus de croire au miracle de Josué, ni de prendre les textes bibliques au pied de la lettre, bien que selon Benoit XVI, ces textes furent bien inspirés par Dieu. Quant à la science, elle s'est débarrassée depuis longtemps des hypothèses tirées de la Bible. L'arrèt du soleil par Josué n'est donc plus qu'une fable, mais cette fable a fait couler beaucoup d'encre, et fait du tort, tant à l'Eglise qu'à la Science. Galilée en a su quelque chose.

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Dernière mise à jour: 12/06/2016