La fausse rougeur de Sirius

Sirius est l'étoile la plus brillante du ciel. Aujourd'hui elle apparait blanche, et est en pratique la seule à scintiller en couleur, ce qui surprend parfois les témoins non prévenus.
Mais on prétend que diverses sources de l'Antiquité montrent qu'à cette époque sa couleur était rouge. Or, si on sait qu'il existe des étoiles rouges, on sait aussi qu'elles ne peuvent pas se transformer en étoiles blanches en moins de deux millénaires.
Nous allons voir qu'on a fait beaucoup d'erreurs dans l'analyse de ce problème, et que cette prétendue rougeur n'est qu'une légende savante.
Nous allons même devoir distribuer des bonnets d'ânes à de prétendus savants, manifestement moins savants qu'on ne le croyait.

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Le silence des égyptiens

Les égyptiens accordaient une grande importance à Sirius, qu'ils appelaient Sothis. En effet l'économie de l'Égypte était basée sur l'agriculture, qui étaient régulée par la crue du Nil. C'est pourquoi les égyptiens utilisaient le calendrier "nilotique", dont l'année commençait avec la crue du Nil, qui était annoncée par le "lever héliaque" de Sirius. Ce "lever héliaque" n'était pas, comme on le voit souvent écrit, le lever de Sirius en même temps que le soleil ( aucune étoile n'est plus visible quand le soleil se lève ), mais la réapparition pendant quelques minutes de l'étoile Sirius dans le crépuscule du matin, avant qu'elle ne se perde dans la lumière du jour.
Cependant, les égyptiens ne nous ont laissé aucune description qui nous renseigne sur la couleur de Sirius.

Les vieilles tablettes babyloniennes

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Les babyloniens ne nous ont laissé que très peu de représentations picturales du ciel qu'ils imaginaient, mais ils nous ont laissé de véritables inventaires des étoiles et des astérismes, qui, recoupés avec leurs textes astrologiques et astronomiques nous permettent de reconstituer assez bien la carte de leur ciel.
Il ne faut pas s'étonner que les constellations soient découpées différemment que celles que nous connaissons. En particulier, Sirius n'appartient pas à la constellation du Grand Chien, mais à celle de l'arc, dont il est la pointe de la flèche.

Homère et Sirius
On a prétendu voir Sirius briller comme le cuivre dans l'Iliade, d'Homère:
Homer's epic The Iliad compares Achilles' copper shield to the star
L'épique Iliade d'Homère compare le bouclier de cuivre d'Achille à l'étoile
(Gary A. David,The Orion zone, 2006 )
In The Iliad, Homer referres to Sirius gleaming like Achilles' copper shield.
Dans l'Iliade, Homère fait référence à Sirius brillant comme le bouclier de cuivre d'Achille.
( the-secret-is-sirius-black-sun-part-II )
Mais Homère ne fait référence à Sirius que dans deux passages, et encore indirectement.
D'abord dans le chant V:
δαῖ οἱ ἐκ κόρυθός τε καὶ ἀσπίδος ἀκάματον πῦρ
ἀστέρ᾽ ὀπωρινῷ ἐναλίγκιον, ὅς τε μάλιστα
λαμπρὸν παμφαίνῃσι λελουμένος ὠκεανοῖο·

Elle fait briller son casque et son bouclier d'une flamme incessante, semblable à l'astre d'automne, le plus brillant de tous, après s'être baigné dans l'océan
ensuite dans le chant XXII, où Homère décrit la mort d'Hector:
τὸν δ᾽ ὁ γέρων Πρίαμος πρῶτος ἴδεν ὀφθαλμοῖσι
παμφαίνονθ᾽ ὥς τ᾽ ἀστέρ᾽ ἐπεσσύμενον πεδίοιο,
ὅς ῥά τ᾽ ὀπώρης εἶσιν, ἀρίζηλοι δέ οἱ αὐγαὶ
φαίνονται πολλοῖσι μετ᾽ ἀστράσι νυκτὸς ἀμολγῶι,
ὅν τε κύν᾽ Ὠρίωνος ἐπίκλησιν καλέουσι.
λαμπρότατος μὲν ὅ γ᾽ ἐστί, κακὸν δέ τε σῆμα τέτυκται,
καί τε φέρει πολλὸν πυρετὸν δειλοῖσι βροτοῖσιν·
ὣς τοῦ χαλκὸς ἔλαμπε περὶ στήθεσσι θέοντος.

Le vieux Priam l'aperçoit le premier, lancé dans la plaine, et brillant comme l'astre, qui, se levant en automne, étincelle entre tous les autres dans l'ombre de la nuit, et que les hommes appellent le Chien d'Orion; le plus éclatant et le plus malfaisant des astres, qui annonce une chaleur brûlante aux misérables mortels: ainsi brillait l'airain sur sa poitrine au milieu de sa course.
On comprend bien que l'astre d'automne, c'est Sirius, et qu'Homère le prend comme étalon de comparaison pour quelle chose qui brille vivement, mais on ne peut vraiment pas en déduire que Sirius a la couleur du cuivre.

vers 440 AC. Euripide parle de Sirius.
Euripide aussi parle de Sirius, dans sa tragédie, Hécube, quand Polymestor se lamente après s'être fait crever les yeux.
Ἀμπτάμενος οὐράνιον ὑψιπετὲς ἐς μέλαθρον,
Ὠαρίων ἢ Σείριος ἔνθα πυρὸς φλογέας ἀφίησιν ὄσσων αὐγάς,

Polymestor:
M'élancerai-je au haut des cieux, où Orion ou Sirius lancent de leurs yeux des rayons enflammés?
Note: On reconnait ici une métaphore poétique, d'où on serait bien en peine de tirer un renseignement d'ordre astronomique.
(Euripide, Hécube )

vers 275 AC. Aratos décrit la constellation du grand chien.
Aratos de Soles, poête grec du troisième siècle avant notre ère, est surtout connu pour son poême "les phénomènes", où, bien que n'étant pas versé en astronomie, il décrit les constellations du ciel nocturne. Son poême eut le plus grand succès après ceux d'Homère, et fut traduit plusieurs fois en latin. Voici le passage ou apparait l'étoile Sirius.
Τοιος οι και φρουρος αειρομενω υπο νωτω Φαινεται αμφοτερισι κυων υπο ποσσι βεϐηκως ,
Ποικιλος , αλλ ου παντα πεφασμενος , αλλα κατ αυτην Γαςερα κυανεος περιτελλεται , η δε οι ακρη
Αςερι βεϐληται δεινη γενυς , ος ρα μαλιςα Οξεα σειριαει και μιν καλεουσ ανθρωποι Σείριος

Tel paraît aussi le Chien qui le garde, placé derrière son dos plus élevé.
Il est fort varié, n'étant pas également éclatant sur tout son corps, car son ventre est sombre, mais l'extrémité de sa mâchoire remarquable à une étoile ardente que les hommes appellent Sirius.

(Aratos de Soles, Les Phénomènes, traduction de l'abbé Halma )
Note: C'est la constellation du chien qui est variée, et non Sirius, et pourtant, on prétendra se baser sur Aratos pour lui faire dire que Sirius étéit rouge!

vers 100 AC. Sima Qian décrit Sirius blanche, mais changeant de couleur

bouton Sima Qian
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Sima Qian, fut le premier historien chinois, à écrire l'histoire de la Chine depuis sa création. Dans son oeuvre majeure, le Shiji, ou Mémoires historiques, il nous donne tant une histoire qu'une description des moeurs, et même une description du ciel.
Dans un chapitre intitulé "les gouverneurs du ciel", il décrit, non seulement les constellations, mais aussi l'aspect des astres, et les pronostics annoncés par leur variation apparente de couleur. L'abondance des descriptions de la couleur de "la grande blanche" (Vénus) et des pronostics associés, nous fait bien comprendre que, dans le cas de Sirius, il ne s'agit pas non plus de changements réels de la couleur de l'étoile, qui autrement est décrite parfaitement blanche.
Quoiqu'aient pu en dire les poètes européens de la même époque, en Chine, Sirius était vue bel et bien blanche.

vers 60 AC. Cicéron traduit Aratos


Cicéron
Dans sa jeunesse Ciceron traduisit dans sa propre langue, donc en latin, le magnifique poême d'Aratos. Bien qu'assez libre, sa traduction semble encore être, pour l'époque, celle qui prend le moins de libertés avec le poême original.
Namque pedes subter rutilo cum lumine claret fervidus ille Canis, stellarum luce refulgens. Hunc tegit obscurus subter praecordia venter.
En effet, sous ses pieds ce fameux chien flamboyant brille d'une lumière ardente, resplendissant de la lumière de ses étoiles. Sous sa poitrine son ventre obscur le couvre.
(Ciceron, Ex Arato Phenomena )
Note: Ciceron ne parle pas de Sirius mais seulement du grand chien. "rutilo" peut aussi bien signifier "éclatant" que "rouge vif" et c'est pourquoi divers auteurs ont prétendu trouver Sirius rouge chez Cicéron.

vers 40 AC. Cicéron décrit les présages qu'annoncent la canicule
Etenim Ceos accepirnus ortum Caniculae diligenter quotannis solere seruare coniecturamque capere, ut scribit Ponticus Heraclides, salubrisne an pestilens annus futurus sit: nam si obscurior quasi caligit nosa stella exstiterit, pingue et concretum esse caelum, ut eius adspiratio grauis et pestilens futura sit; sin inlustris et perlucida stella apparuerit, significari caelum esse tenue purumque et propterea salubre.
Nous savons que les habitants de Céos observent chaque année avec attention le lever de la canicule et fondent sur cette observation, comme l'écrit Héraclide du Pont, une conjecture relative à ce que sera l'année : saine ou pestilentielle. Quand l'éclat de l'étoile s'obscurcit et qu'elle paraît entourée de vapeurs, le ciel se charge, l'épaississement de l'air le rend malsain à respirer, pernicieux. Si, au contraire, l'astre est clair et brillant, c'est signe que l'air est pur et léger, salubre en conséquence.
Note: En parlant de la "canicule", Ciceron ne nous dit rien de sa couleur, il ne fait que citer un usage des habitants de Ceos, qui observent chaque année le "lever héliaque" de Sirius pour en tirer un présage météorologique. Encore le fait il dans la première partie de son ouvrage, ou il donne la parole à son frère Quintus pour exposer le point de vue des stoïciens, qui, eux, croient aux prodiges.
(Ciceron2, livre I, ch. 57)

vers 30 AC. Géminos de Rhodes explique que Sirius annonce la canicule mais ne la provoque pas
Le traité de Géminos de Rhodes, ΕΙΣΑΓΩΓΗ ΕΙΣ ΤΑ ΦΑΙΝΟΜΕΝΑ , Introduction aux phénomènes (célestes), traduit en latin sous le titre Elementa astronomiae, est un précieux témoignage sur les conceptions astronomiques du premier siècle avant notre ère. Basé sur les idée d'Hipparque, c'est plutôt un ouvrage de vulgarisation, et ses explications nous montrent aussi quelles croyances couraient de son temps, à propos des astres, et ici, de Sirius.
Ainsi donc ces changemens accompagnent les levers des astres qui se font en des temps bien déterminés, non comme si ces astres avoient quelqu'influence sur les vents et les pluies, mais comme servant de marques qui nous annoncent les accidens de l'air. Car de même qu'un flambeau allumé n'est pas la cause des opérations militaires auxquelles il sert, mais n'est employé que comme signal à la guerre, les levers des étoiles ne sont pas non plus la cause des changemens qui se passent dans l'air, mais ne font que les annoncer.
...
C'est le parti qu'il faut prendre quant à l'élévation du chien. Tout le monde croit qu'elle a une vertu qui lui est propre, et qu'elle produit des chaleurs excessives quand il s'élève avec le soleil. Mais cela n'est rien moins que vrai. C'est parce que cette étoile se lève dans la saison la plus chaude de l'année, qu'on a marqué par son apparition le passage de la température à une chaleur ardente. C'est le soleil seul qui est la cause de cet excès de chaleur.
...
Ainsi, les poëtes et les philosophes, qui attribuent au chien le pouvoir de rendre les chaleurs plus vives, sont bien loin de la vérité et la connoissance des causes physiques; car cette étoile n'est pas d'une autre nature que les autres. Car soit qu'ils soient d'une matière de feu, ou d'une matière éthérée, elles ont toutes la même vertu, et celle qui émane du chien doit être absorbée, par la multitude des autres étoiles. Car celles ci surpassent infiniment le chien en grandeur et en nombre.

Note: Geminos s'applique à démystifier la légende de la canicule, et il y consacre plusieurs pages, ce qui nous montre que la croyance à la canicule provoquée par l'apparition de Sirius était solidement ancrée. Mais il ne nous dit absolument rien de la couleur de Sirius. A coup d'erreurs de traduction, on prétendra cependant lui faire dire que Sirius est rouge.
(Géminos, Eisagoge, Traduction de L'abbé Halma, Paris, 1819, ch. XIV, page 70-73 )

29 AC. Horace évoque la rouge canicule dans une satire
ire domum atque pelliculam curare iube; fi cognitor ipse, persta atque obdura: seu rubra Canicula findet infantis statuas, seu pingui tentus omaso Furius hibernas cana niue conspuet Alpis.
En même temps, renvoie le chez lui, bien se soigner, et te voilà son mandataire, ni relache ni repos: que la rouge canicule fende les muettes statues, ou que la panse gonflée, Furius couvre les Alpes de la blanche neige de l'hiver.
( Horace, Satires, livre 2, satire 5: l'art de s'enrichir )
Note: C'est Tirésias qui explique à Ulysse, un moyen de s'enrichir. L'expression "infantis statuas" signifierait: "les statues de l'enfant", car statuas est un accusatif pluriel, et infantis un génitif singulier. Il faut donc plutôt lire "infantes statuas". Horace emploie ici une expression tombée dans l'oubli. Aujourd'hui nous dirions plutôt "été comme hiver", ou en exagérant comme Horace, "qu'il fasse une chaleur à crever, ou qu'il gèle à pierre fendre". En tous cas, "rubra" parait n'être qu'un épithète convenu pour "canicula", qui d'ailleurs, chez Horace, peut aussi bien signifier la constellation du grand chien que l'étoile Sirius. Et nous venons de voir avec Géminos que le lever héliaque de Sirius était suffisamment associé à la canicule pour en paraître la cause. Comme il s'agit d'une satire l'exagération poêtique est de mise, et il n'est pas étonnant qu'Horace dise "rouge" au lieu de "rougeatre". Furius est inconnu des dictionnaires, et même de la liste des vents donnée par Pline l'ancien. Il pourrait être un autre nom pour l'un des vents de secteur nord. Il est donc bien difficile de lire une description de la couleur de Sirius dans cette plaisante métaphore.

29 AC. Virgile fait briller Sirius pour rien.

Clio, Virgile, et Melpomène
Publius Vergilius Maro, auteur de l'immortelle "Eneide", avait aussi écrit "les Bucoliques", et "les Georgiques", dont un passage fait allusion a Sirius.
Iam rapidus torrens sitientes Sirius Indos
ardebat, caelo et medium sol igneus orbem
hauserat; ...

Déjà, brulant impétueusement les indiens assoiffés, Sirius étincelait au ciel et le soleil enflammé avait achevé la moitié de sa course,...
( Virgile, Georgiques, livre 4, 424-426, Aristée se saisit de Protée )
Note: L'allusion au soleil est là pour donner l'heure, mais celle à Sirius n'est ni utile, ni logique. Comment l'étoile Sirius peut elle briller au ciel s'il est environ midi?
Mais là encore, on tentera d'utiliser Virgile pour lui faire dire que Sirius était rouge.


vers 10 AC, Hyginus parle de blancheur éclatante
Grammairien de l'époque d'Auguste, et chargé par lui de la bibliothèque Palatine, Caius Julius Hyginus est l'auteur d'une oeuvre assez disparate, qui le fait paraitre comme un simple compilateur, et non un véritable auteur.
Son De astronomia, qui se voudrait une initiation à l'astronomie, est une compilation de sources grecques et latines, mélangeant les légendes aux connaissances de son temps. Voici ce qu'il dit de Sirius.
Sed canis habet in lingua stellam unam, quae ipsa Canis appellatur, in capite autem alteram, quam Isis suo nomine statuisse existimatur et Sirion appellasse propter flammae candorem, quod eiusmodi sit, ut prae ceteris lucere videatur. Itaque quo magis eam cognoscerent, Sirion appellasse.
Mais le Chien a sur la langue une étoile, qui s'appelle elle-même Chien, et sur sa tête un autre qu'Isis est censée avoir mis sous son propre nom, et l'avoir appelé Sirius à cause de la blancheur éclatante de sa flamme, en sorte qu'elle semble briller plus que le reste. Et ainsi, pour qu'on la reconnaissent mieux, elle l'appela Sirius.
(Caius Julius Hyginus, de astronomia, II, 35 )
Note: Il y a ici une certaine confusion, car, sachant que Sirius est aussi appelée le chien, et qu'elle se trouve dans la gueule du grand chien, il nous faudrait ici admettre qu'il y a deux étoiles brillantes dans la tête du grand chien, dont l'une est appelée le chien, et l'autre Sirius. Ceci nous montre bien qu'Hyginus n'est pas un astronome, et qu'il n'a fait que recopier d'autres textes, sans bien les comprendre. Néanmoins, pour Hyginus, Sirius brille plus que les autres étoiles, d'une blancheur éclatante.

vers 15, Marcus Manilius décrit Sirius bleu sombre.
Marcus Manilius, poète latin et astrologue, écrivit un poème didactique ,dans les dernières années du règne d'Auguste. Ce fut "les astronomiques".
Subsequitur rapido contenta canicula cursu, qua nullum terris violentius advenit astrum.
Hanc qui surgentem, primo cum redditur ortu, montis ab excelso speculantur vertice Tauri, proventus frugum varios, et tempora discunt; quæque valetudo veniat, concordia quanta.
Bella facit, pacemque refert, varieque revertens sic movet, ut vidit mundum, vultuque gubernat.
Magna fides hoc posse, color cursusque micantis In radios : vix sole minor; nisi quod procul haerens Frigida caeruleo contorquet lumina vultu.
Cetera vincuntur specie, nec clarius astrum Tinguitur oceano, coelumve revisit ab undis.

Voici la traduction d'Alexandre Guy Pingré:
La canicule (2) le suit, fournissant sa carrière avec une promptitude extrême: il n’est point de constellation dont la terre doive plus redouter la première apparition.
Ceux qui observent son lever de la cime élevée du mont Taurus, en augurent l’abondance ou la disette des fruits de la terre, la température des saisons, les maladies qui régneront, les alliances qui devront se conclure.
Elle est l’arbitre de la guerre et de la paix: variant les circonstances de sa première apparition, elle produit des effets relatifs aux aspects qu’elle prend alors, et nous gouverne par son seul regard.
Qu'elle ait ce pouvoir , nous en avons pour garant sa couleur, sa vivacité , l’éclat de ses feux : presque égale au soleil, elle n’en diffère qu‘en ce qu'étant beaucoup plus éloignée , elle ne nous lance que des rayons azurés , dont la chaleur est fort affaiblie. Tous les autres astres pâlissent devant elle; de tous ceux qui se plongent dans l’océan et qui en ressortent pour éclairer le monde il n’en est aucun dont l'éclat soit comparable au sien.
(2) Le grand chien, ou plutôt l'étoile de sa gueule, dite Sirius

(Marcus Manilius, astronomica, livre I)
Note: La traduction de Pingré est assez libre, car caeruleus signifie bleu sombre. Manilius nous dit donc que du fait de l'éloignement, la lumière de Sirius est froide et bleu sombre, ce qui parait encore une exagération poêtique.

vers 15, Germanicus Caesar traduit assez librement Aratos
Germanicus Caesar, fils de Drusus, le vainqueur des germains, et frère ainé de l'empereur Claude fut un général romain très populaire. Sa popularité lui fut d'ailleurs fatale, car elle faisait de l'ombre à l'empereur Tibère. Ami du poête Ovide, il traduisit le poême d'Aratos plus librement que Cicéron.

Germanicus
Talis ei et custos aderit canis ore timendo; ore vomit flammam; membris contemptior ignis; Sirium hunc graii proprio sub nomine dicunt. Cum tetigit solis radios, accenditur aestas. Discernitque ortu longe sata; vivida firmat; At quibus assutae frondes, aut languida cervix, exanimat; nullo gaudet majusve minusve agricola: et sidus primo speculatur ab ortu.
Tel aussi son gardien fidèle, le Chien vomit le feu par sa gueule redoutable, mais il est moins remarquable par le reste de son corps. Les Grecs le nomment Sirius. Aussitôt qu'il a touché les rayons du soleil, l'été s'allume, son lever opère deux effets différents dans les productions de la terre ; il fortifie celles qui sont vigoureuses, mais il tue les faibles rameaux greffés ou entés, et les plantes qui penchent languissamment la tête. Aucun astre ne réjouit ou n'attriste davantage, aucun n'est observé plus que lui, dès qu'il commence à paraître.
(Les Phénomènes d'Aratus par Germanicus Caesar, traduction de l'abbé Halma )
Note: L'étoile Sirius étant situé dans la gueule du chien, il est clair que c'est elle qui vomit le feu. Mais derrière cette image poétique, on peut bien comprendre qu'elle est très brillante, étincelante, éclatante, mais pas forcément rouge. Et de toutes façons, il ne s'agit que de la traduction d'un poème.

62. Sénèque trouve la couleur de la canicule plus vive que celle de Mars.

Sénèque
Lucius Annaeus Seneca, ou Sénèque, est plus connu comme philosophe, et encore comme dramaturge, mais est aussi l'auteur des "Questions naturelles", où il fait parfois preuve d'un modernisme étonnant. Le passage suivant a été souvent invoqué pour affirmer la couleur rouge de Sirius dans l'Antiquité, mais nous allons voir qu'il peut s'expliquer autrement.
Nec mirum est si terræ omnis generis et varia evaporatio est, cum in cælo quoque non unus appareat color rerum, sed acrior sit Caniculæ rubor , Martis remissior, Jovis nullus in lucem puram nitore perducto.
Rien d'étonnant que l'évaporation de la terre est de de toutes sortes et variée, alors que dans le ciel aussi la couleur des choses n'apparait pas unique, mais que le rouge de la Canicule soit plus vif, celui de Mars plus pale, celui de Jupiter nul, amenant une pure lumière.
( Sénèque, Questions naturelles, livre 1, ch. 1 )
Note: la Canicule, c'est bien sûr Sirius, mais ce que nous allons lire chez Pline l'ancien montre que c'est en fait Sirius observé lors de son "lever héliaque" (c'est à dire la réapparition dans le crépuscule du matin), donc très bas sur l'horizon, et donc rougi comme l'est le soleil à son lever. Dans ces conditions, il n'y a plus lieu de penser que Sénèque affirme que Sirius est rouge: il ne l'est que dans son role de "canicule", annonciateur des chaleurs de l'été.

vers 73. Pline l'ancien mentionne les effets de la Canicule mais pas sa couleur.
Pline l'ancien, ou le naturaliste, est l'auteur de la plus monumentale encyclopédie de l'Antiquité classique, qui fut pendant des siècles une référence incontournable. Ce qu'on ne trouve pas chez lui a peu de chances de figurer dans une oeuvre antérieure.

Pline l'ancien
XVI ... suus quidem cuique color est: Saturno candidus, Ioui clarus, Marti igneus, Lucifero candens, Vesperi refulgens, Mercurio radians,
XVI ... Chaque planète a pourtant sa couleur, blanche pour Saturne, claire pour Jupiter, ignée pour Mars, blanchissante pour l'étoile du matin, flamboyante pour l'étoile du soir, radieuse pour Mercure,
XL. Nam caniculae exortu acendi solis uapores quis ignorat? cuius sideris effectus amplissimi in terra sentiuntur: feruent maria exoriente eo, fluctuant in cellis uina, mouentur stagna.
XL. Quant à la Canicule, qui ignore que, se levant, elle allume l'ardeur du soleil? Les effets de cet astre sont les plus puissants sur la terre: les mers bouillonnent à son lever, les vins fermentent dans les celliers, les eaux stagnantes s'agitent.
XLVII. ... ardentissimo autem aestatis tempore exoritur caniculae sidus sole primam partem leonis ingrediente, qui dies XV ante Augustas kalendas est. huius exortum diebus VIII ferme aquilones antecedunt, quos prodromos appellant. post biduum autem exortus iidem aquilones constantius perflant diebus XL quos etesias appellant.
XLVII. ... C'est dans les plus grandes chaleurs de l'été que se lève la Canicule, au moment où le soleil entre dans le premier degré du lion : ce jour est le quinzième avant les calendes d'août (le 18 juillet). Le lever de cet astre est précédé, pendant environ huit jours, par des Aquilons (nord-est) qu'on appelle précurseurs. Deux jours après ce lever les mêmes vents, soufflant avec plus de constance, reçoivent le nom de vents Étésiens pendant les jours caniculaires;
Note: le lever de la Canicule, c'est manifestement le "lever héliaque" de Sirius. Comme Pline l'explique, il a lieu à la fin du mois de Juillet, c'est à dire au début des chaleurs de l'été. Mais Pline ne dit rien de sa couleur. On peut penser que venant de parler de la couleur des Planètes, il eut mentionné que la couleur de la canicule est encore plus ignée que celle de Mars, si Sirius avait réellement été rouge.
( Caius Plinius Secundus, Historia Naturalis, Livre II )

Pline l'ancien mentionne l'influence de Procyon à propos de l'agriculture.
LXVIII... XVI kal. Aug. Assyriae procyon exoritur, dein post triduum fere ubique confessum inter omnes sidus ingens, quod canis ortum uocamus, sole partem primam leonis ingresso. hoc fit post sox XXIII die. 270 sentiunt id maria et terrae, multae uero et ferae, ut suis locis diximus. neque est minor ei ueneratio quam discriptis in deos stellis, accenditque solem et magnam aestus obtinet causam.
LXVIII... le 16 des calendes d'août (le 17 juillet), Procyon se lève pour l'Assyrie; et le lendemain presque pour tous les lieux, époque d'une signification reconnue de tous, à laquelle nous donnons le nom de lever du Chien, et qui coïncide avec l'entrée du soleil dans le premier degré du Lion. Ce lever a lieu vingt-trois jours après le solstice d'été; l'influence en est ressentie par les mers, par les terres, et même par beaucoup d'animaux, comme nous l'avons dit en son lieu. Cet astre n'est pas moins révéré que les étoiles comptées au rang des dieux ; il rend le soleil plus ardent, et il entre pour beaucoup dans les chaleurs de l'été.
( Caius Plinius Secundus, Historia Naturalis, Livre XVIII )

vers 150, Claudius Ptolemaeus dans la Μαθηματικη συταξις (l'Almageste) n'a jamais dit: rougeâtre.

bouton Ptolémée
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Ptolémée, qui ne se prénommait pas Claude, est souvent taxé d'avoir écrit, dans son Almageste, que Sirius était rouge, ou du moins rougeâtre.
Mais ceux qui répètent cette légende n'ont jamais lu l'Almageste dans le texte grec, et ne sont pas tombés dans le Bailly étant petit. Ptolémée attribue effectivement une couleur à Sirius, mais pas celle attendue: il qualifie Sirius de jaunatre (ὐπόκιῥῤος)
Ce n'est pas tout, dans le Tetrabiblos, Ptolémée ne cite plus que trois étoiles colorées: Antarès, Arcturus, et Aldébaran, et n'attribue plus de couleur à Sirius.
Pire, dans le livre I de ce même Tetrabiblos, la planète Mars est qualifiée de πυρὠδης, donc couleur de feu, mais dans le livre II, elle est aussi qualifiée d'ὐπόκιῥῤος, donc jaunâtre.
Si on ajoute que, dans ses étoiles colorées, Ptolémée ne mentionne pas α Hydrae, de la même couleur qu'Arcturus, ni l'aspect bleuâtre de Rigel, on comprend qu'on peut oublier les couleurs citées par Ptolémée.
Ainsi, Ptolémée n'a jamais parlé de la rougeur de Sirius, il l'aurait qualifié arbitrairement de jaunâtre, et même sous-jaunâtre ( ὐπό-κιῥῤος ), sans même qu'il s'agisse d'une couleur observée.
Autant dire que l'histoire de Ptolémée qualifiant Sirus de rougeâtre n'est qu'une légende.

vers 360, Avienus en rajoute dans ses Aratea phaenomena

bouton Avienus
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Rufus Festus Avienus, poête latin du temps de l'empereur Constance II (?), traduisit en hexamètres dactyliques latins plusieurs poêmes grecs, mais il s'agissait en fait de paraphrases, car la longueur du texte s'en trouvait doublée.
Voici sa "traduction" des Phénomènes d'Aratos, ou plutôt sa paraphrase, assez "audacieuse" pour ne pas dire fantaisiste.
Tremblez, bonne gens!

vers 580. Grégoire de Tours mentionne le lever d'Arcturus.

bouton Gregoire
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Grégoire de Tours (538 - 594) est surtout connu par sa monumentale Histoire des Francs (Historia Francorum), qui l'a fait surnommer "le père de l'histoire de France", mais il a aussi écrit divers livres liturgiques, dont l'un, De cursu Stellarum ratio, indique comment déterminer l'heure des prières et litanies en observant la position des étoiles.
On a du mal à identifier les étoiles mentionnées, mais l'une d'entre elles, qualifiée de rubeola est assez facilement identifiable, par ses heures de lever et de coucher. Cependant, ce n'est pas Sirius, mais Atcturus.

vers 964, Al Sufi explique les différents noms de Sirius.

Abd-al-Rahman Al-Sûfi, astronome et horloger persan, vécut à Ispahan à la cour de l'émir Adud ad-Daula, et traduisit des ouvrages grecs d'astronomie, dont l'Almageste de Ptolémée. Il fut le premier à tenter de faire correspondre les noms grecs et arabes traditionnels des étoiles et des constellations qui ne se superposaient pas. Voici ce qu'il dit de Sirius:

Constellation al-kalb al-âkbar, le Grand Chien.

  La 1re de ses étoiles est la brillante et grande qui se trouve sur la bouche, que l'on marque sur l'astrolabe et que l'on nomme al-jamânija, du Yémen; elle est de la première grandeur.
...
Les Arabes nomment la brillante et grande qui se trouve sur la bouche, ab-schira al-abûr, Sirius qui a passé à travers, aussi al-schira al-jamânija, Sirius du Yémen. Elle s'appelle al-abûr, parce qu’elle a passé à travers la Voie lactée dans la région méridionale. Or, on dit que les deux Sirius al-schira-jan étaient soeurs de suhaïl et que suhaïl épousa al-djauzâ: mais lorsqu'il tomba sur elle, il lui brisa les vertèbres et le dos, c’est pourquoi, craignant d’être obligé de rendre compte de la vie d’al-djauzâ, il s'enfuit vers le sud, ne voulant pas se faire voir un milieu du ciel. C’est pourquoi al-abûr passa à travers la Voie lactée vers suhaïl. Elle est nommée al-jamânija, du Yémen, parce qu’elle se couche dans la direction du Yémen. On nomme al-abûr seule kalb al-djabbâr le Chien du Géant, parce qu'elle suit toujours al-djauzâ. Ils nomment la 9e qui précède al-jamânija mirzam al-abûr, ou al-schira. On dit que cette étoile s’appelle al-kalb, le Chien.

Note: On serait bien en peine de trouver ici une allusion à la couleur de Sirius. On y voit plutôt des incursions de la mythologie arabe, qui n'a rien à envier ici à la mythologie grecque.
(Abd-al-Rahman Al-Sûfi, Description des étoiles fixes, traduction H.C.F.C. Schjellerup, St.-Petersbourg, 1874 )

Arrivé ici, nous venons de voir tous les auteurs dont on a prétendu qu'ils avaient décrit Sirius rouge. Plusieurs textes la décrivent rouge ou rougeâtre, mais, soit il s'agit de poêmes, soit il s'agit d'observations de Sirius à son lever, quand sa lumière est effectivement rougi. Aucun astronome ne décrit Sirius rouge, ou rougeâtre quand elle est en plein ciel. Au contraire, certains la décrivent blanche.
Il y aura ensuite plusieurs siècles de silence, avant que quelqu'un ne s'avise qu'il n'était pas normal de décrire Sirius rougeâtre, et encore un siècle pour que cette prétendue rougeur soit prise au sérieux et subisse des tentatives d'explications.

Le temps de la confiance aux anciens

1632 Libert Froidmont ne s'en laisse pas compter.

Libert Froidmont
Libert Froidmont, ( 1587 - 1653 ) est un théologien et scientifique de l'université de Louvain, qui a joué un role dans l’évolution des positions de l’Église face à la révolution copernicienne. Ouvert à la discussion, mais apeuré à l'idée de voir le dogme catholique remis en cause par la science, il fut intéressé par l'héliocentrisme, mais se trouva contraint de le réfuter. Connaissant bien les langues anciennes, mais attaché à l'Aristotélisme, il se méfie des nouveautés, même si elles datent de l'Antiquité.
Il fut ainsi le premier à remarquer l'anomalie de la couleur rougeatre de Sirius, chez Sénèque:
« As-tu jamais regardé Sirius, Sénèque? Je l’ai fait, et sa flamme est plus proche de l’argent ou de l’acier que du bronze».
( Commentarii in libros Quaestionum naturalium Senecae )
Note: Froidmont s'étonne de l'erreur de Sénèque, mais n'a manifestement pas compris que la canicule, ce n'est pas Sirius en tant qu'étoile, mais Sirius à son "lever héliaque", annonçant la période des chaleurs

1759 Thomas Barker lance la légende, en utilisant le sens figuré quand ça l'arrange

bouton Barker
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Thomas Barker, "esquire" du village de Lyndon, Rutlandshire, semble le premier à avoir défendu l'antique rougeur de Sirius, dans un article de 7 pages, des Philosophical Transactions. Mentionnant les variations d'éclat des étoiles au cours des siècles, il passe au problème des variations de couleur, et à celle de Sirius en particulier:
Et Barker de citer les poètes antiques que nous avons vu plus haut, et d'essayer de nous convaincre que le "rutilo" de Ciceron était bien à prendre au sens de rouge.
Puis il passe à des auteurs savants, cite Sénèque, et nous assène Ptolémée.
Mais comme Hyginus dit que Sirius est d'une blancheur éclatante, Barker, essaye de le contredire, en citant quatre auteurs qui disent le contraire, puis en faisant valoir que candor signifie brillant, et non blanc.
Ainsi Thomas Barker accumule les sophismes: Il prend pour argent comptant des textes poétiques, utilise l'argument d'autorité, et prend au sens propre les mots évoquant le rouge et au sens figuré les mots évoquant le blanc.

1764. Lalande demande de meilleures preuves.


Lefrançois de Lalande
Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande, astronome, membre de l'académie des sciences de Berlin à 21 ans, éminent calculateur, membre du collège de France, était déjà une autorité lorsqu'il publia son Astronomie. Le livre III, y traite des étoiles et des constellations.
535. Le changement de couleur qu'on prétend être arrivé dans Syrius, paroît encore une chose bien singulière: Barker a remarqué ( Trans. Phil. 1760, p. 498. ) d'après les témoignages d'Aratus, de Sénéque, d'Horace, de Ptolémée, que cette étoile était autrefois très-rouge, quoiqu'elle soit aujourd'hui d'une blancheur décidée sans aucune teinte de rouge; cependant je n'oserois croire que les preuves soient suffisantes pour admettre un fait aussi extraordinaire.
Note: Lalande semble ici d'accord qu'un fait extraordinaire demande des preuves extraordinaires.
( Lalande, Astronomie, 1764, tome I, p. 212 )

1792. Lalande s'accomode d'une explication.
Le changement de couleur qu'on prétend être arrivé dans Sirius, paroît encore une chose bien singulière: M. Barker a remarqué d'après les témoignages d'Aratus, de Sénéque, d'Horace, de Ptolémée, que cette étoile était autrefois très-rouge, quoiqu'elle soit aujourd'hui d'une blancheur décidée sans aucune teinte de rouge; ( Philos. Transact. 1760, p.498. ). M. Bailly explique ces changemens de couleur, par les différens degrés d'incandescence (Hist. de l'Astr. mod. II, 709).
Note: Bailly fait effectivement un discours sur ce sujet, mais ne l'applique pas expressément à Sirius. Mais pour Lalande, le fait n'est plus extraordinaire, puisqu'il a une explication possible.
( Lalande, Astronomie, 1792, p. 267 )

1804. Friedrich Theodor Schubert imagine des étoiles à deux faces

bouton Schubert
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Friedrich Theodor von Schubert, astronome allemand, fut surtout un vulgarisateur. Avant Arago, Flammarion et d'autres, il publia une Astronomie populaire en 3 volumes, traitant aussi bien d'histoire de l'astronomie, que d'astronomie théorique, ainsi que des astres et de l'univers. Au vu de ses hypothèses, il fait bien reconnaitre qu'il a un esprit très ouvert. Ce n'est pas Arago ou Flammarion qui auraient osé imaginer une étoile avec une face rouge, une face blanche et une période de rotation de 1500 ans!

1839, John Herschel imagine un nuage cosmique absorbant

bouton John Herschel
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Sir John Frederick William Herschel, fils de l'illustre William, fut aussi, en plus d'être astronome, un pionnier de la photographie, et s'occupa encore de physique, de météorologie, et même de la vision des couleurs. Il rédigea pour diverses revues de nombreux articles philosophiques et scientifiques, dont bien sûr, beaucoup étaient consacrés à l'astronomie. Connaissant le problème de l'antique rougeur de Sirius, il imagina une solution qui, malheureusement, ne tient pas compte de toutes les données du problème.

1842, Arago admet la rougeur mentionnée par Sénèque et Ptolémée

bouton Arago
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Savant réputé, vulgarisateur hors-pair, secrétaire de l'académie des sciences, directeur de l'observatoire de Paris, François Arago, aussi actif que débordé, trouvait encore le temps d'écrire de copieuses notices scientifiques pour l'annuaire du bureau des longitudes, consacrées aussi bien à la foudre qu'à la biographie d'un astronome.
Dans celle consacrée à William Herschel, il nous parle du supposé changement de couleur de Sirius.

1843. Francis Baily justifie l'examen des textes anciens par la rougeur de Sirius
Francis Baily, venu à l'astronomie en 1825, fut l'un des fondateurs de la Royal Astronomical Society et premier observateur des grains de Baily. Il fut plusieurs fois recompensé pour ses travaux touchant à l'aplatissement et à la masse de la Terre et s'intéressa aussi à la correction des éphémérides et des anciens catalogues.

Francis Baily
It is evident, therefore, that we have even in this country several sources of original information, of which we might avail ourselves, to render the catalogue of PTOLEMY more perfect than it is: and I much regret that I have not the time or opportunity for a personal examination of these records, in a manner which their importance requires. But, lest it might be supposed that this would be an useless labour at the present day, when the state of the heavens is so much better known, I would remark that it is on this very account that more accurate information is required ; since we now know that many minute and gradual changes are going on, which were not suspected or thought of in former times, and which are only perceptible after a lapse of many centuries. Thus, Sirius is described in all the printed documents that I have seen, as υποκιρρος, subruffa, reddish ; whereas at the present day, it is remarkable for its freedom from all colour.
Il est donc évident que nous avons même dans ce pays plusieurs sources d'informations originales, dont nous pourrions nous servir, pour rendre le catalogue de Ptolémée plus parfait qu'il ne l'est: et je regrette beaucoup que je n'ai pas le temps ou l'opportunité pour un examen personnel de ces documents, d'une manière que leur importance exige. Mais, de peur qu'il ne soit supposé que ce serait un travail inutile à l'heure actuelle, lorsque l'état des cieux est tellement mieux connu, je remarquerais que c'est sur ce compte rendu que des informations plus précises sont nécessaires; Puisque nous savons maintenant que de nombreux changements minutieux et progressifs se déroulent, qui n'ont pas été soupçonnés ou pensés autrefois, et qui ne sont perceptibles qu'après un certain nombre de siècles. Ainsi, Sirius est décrit dans tous les documents imprimés que j'ai vus, comme υποκιρρος, subruffa, rougeâtre, Alors qu'à l'heure actuelle, il est remarquable pour son absence de toute couleur.
( Francis Baily ,The catalogues of Ptolemy,..., Memoirs of the Royal Astronomical Society, vol.13, 1843, p. 8 )

1844. William Henry Smyth expose la théorie de Barker
Marin de formation, William Henry Smyth s'intéressa à l'astronomie après avoir rencontré l'astronome Piazzi à Palerme en 1817. Il fonda son propre observatoire en 1825, et se retira de la Royal-Navy en 1846, avec le grade de contre-amiral. Parmi ses publications, une des plus connues est A Cycle of Celestial Objects, de 1844.

W.H. Smyth
Mr. Barker, of Lyndon, in the fifty-first volume of the Philosophical Transactions, considered that Sirius has changed colour, from red to white, in the lapse of ages; and quotes Aratus, Cicero, Virgil, Ovid, Seneca, Horace, and Ptolemy, in proof. The ancients, however, used the names of colours with the utmost latitude. Splendescere, purpurascere, signified to shine brightly; ποικιλος of Aratus expresses a glittering object; and the rubra Canicula of Horace may allude to heat. Mr. Barker’s evidence for the mutation has therein more learning than point; but Seneca has an admission that the redness of Sirius was so strong as to exceed that of Mars; and Ptolemy says it was of the same colour as Cor Scorpii. These witnesses, both men of character and trust, are directly Opposed to Hyginus, who asserts that the star was white, flammoe candorum. This Barker gets over, by considering that candor may he used for brightness, without regard to colour; and he might have called in Eratosthenes, a witness of high credit, to prove that Sirius at first signified bright, glittering, sparkling, and was afterwards given exclusively as the name of the most brilliant of the fixed stars. At all events, such a variation would be the more remarkable, since the other principal stars are unchanged in colour. Ptolemy calls Arcturus, Aldebaran, Pollux, Betelgeuze, and Antares, υποκιρρος , or reddish, as they now actually are.
M. Barker, de Lyndon, dans le cinquante et unième volume des Philosophical Transactions, a estimé que Sirius a changé de couleur, de rouge à blanc, au cours des temps; et cite Aratus, Ciceron, Virgile, Ovide, Sénèque, Horace et Ptolémée, comme preuve. Les anciens, cependant, utilisaient le nom des couleurs avec la plus grande latitude. Splendescere, purpurascere, signifiait briller vivement; ποικιλος d'Aratus exprime un objet scintillant; et le rubra Canicula d'Horace peut faire allusion à la chaleur. Les preuves de M. Barker pour le changement sont plus anecdotiques que factuelles; mais Sénèque admet que la rougeur de Sirius était si forte qu'elle dépassait celle de Mars; et Ptolémée dit qu'il était de la même couleur que Cor Scorpii (Antarès). Ces témoins, hommes de caractère et de confiance, sont directement opposés à Hyginus, qui affirme que l'étoile était blanche, flammoe candorum. Barker franchit ceci, en considérant que candor peut être utilisée pour la luminosité, sans égard à la couleur; et il aurait pu en appeler à Eratosthène, un témoin de haute crédibilité, pour prouver que Sirius a d'abord signifié brillant, scintillant, étincelant, et fut ensuite donné exclusivement comme le nom de la plus brillante des étoiles fixes. En tout cas, une telle variation serait plus remarquable, puisque les autres étoiles principales n'ont pas changé de couleur. Ptolémée appelle Arcturus, Aldebaran, Pollux, Betelgeuse et Antares, υποκιρρος , ou rougeâtres, comme elles le sont actuellement.
Note: Smyth, qui écrit ici en vulgarisateur, ne vérifie pas le sens de υποκιρρος.
( William Henry Smyth ,Cycle of Celestial Objects, London, 1844, vol. 2, p. 160 )

1850. Alexander von Humboldt admet la rougeur sans vérifier.
Naturaliste, géographe et explorateur allemand, Alexandre de Humbold avait d'abord commencé comme ingénieur des mines, avant de s'orienter vers les sciences naturelles, et la géographie qu'il érigera en science moderne. Combinant les lumières du siècle précédent à la rigueur scientifique du 19e siècle, Humboldt correspondra avec beaucoup de savants et fera la synthèse de ses conférences dans son oeuvre majeure Kosmos – Entwurf einer physischen Weltbeschreibung ( le Cosmos - Essai d'une description physique du Monde ) où il parle aussi d'astronomie.

Humboldt
Ptolemaus nennt in seinem Firstern-Catalog 6 Sterne υποκιρρος feuer-rötlich: nämlich Arcturus, Aldebaran, Pollur, Antares, α des Orion (die rechte Schulter) und Sirius. Cleomedes vergleicht sogar Antares im Scorpion mit der Röthe des Mars, der selbst bald πυρρος , bald πυροειδης genant wird.
  Von des 6 oben aufgezählten Sternen haben 5 noch zu unserer Zeit ein rothes oder röthliches Licht. Pollur wird noch als rötlich, aber Castor als grünlich aufgeführt. Sirius gewährt demnach das einzige Beispiel einer historisch erwiesenen Veränderung der Farbe, denn er hat gegenwärtig ein vollkommen weißes Licht.

Ptolémée cite, dans son catalogue, 6 étoiles υποκιρρος , rouge-feu, à savoir: Arcturus, Aldébaran, Pollux, Antarès, α d’Orion (l'épaule droite), et Sirius. Cléomède compare même la couleur rouge d’Antarès à celle de Mars, auquel on donnait tantôt l’épithète de πυρρος , tantôt celle de πυροειδης .
Des 6 étoiles que nous venons de citer, 5 ont encore aujourd'hui une lumière rouge ou du moins rougeâtre. On range encore Pollux au nombre des étoiles rougeâtres, mais Castor est vert-pâle. Sirius offre donc l’unique exemple d'un changement de couleur constaté historiquement, car la lumière de Sirius est aujourd'hui d’une blancheur parfaite.

Note: Pas plus que les autres, Humboldt n'a pensé à vérifier le sens de υποκιρρος , qui se traduirait en allemand par untergelblich.
( A.v.Humboldt, kosmos, 1851, tome III, p. 169 )

1854, Hervé Faye mentionne Sirius comme la seule étoile ayant changé de couleur.

Hervé Faye
Membre de l'académie des sciences, découvreur de la quatrième comète périodique observée, l'astronome Hervé Faye écrivit plusieurs cours d'astronomie, et défendit contre vents et marées sa théorie des cyclones. Dans ses Leçons de cosmographie il adopte l'idée convenue à l'époque.
Étoiles variables - En fait de couleur, il n'y a guère que Sirius qui paraisse avoir varié. Il est aujourd'hui et depuis bien des siècles d'une blancheur parfaite; autrefois il était rougeatre, car les anciens lui donnaient souvent l'épithète de rubra (rubra canicula), et Ptolémée le compte, dans son Catalogue, au nombre des étoiles qu'il nomme υποκιρρος .
Note: Il n'y a guère qu'Horace pour employer le mot "rubra", et encore s'agit il d'une satire. Quant à la "canicula", c'est bien Sirius, mais seulement à son lever héliaque, quand elle elle est rougie par l'épaisseur de l'atmosphère.
( Hervé Faye, Leçons de cosmographie, 1854, p. 391 )

1854, Arago admet le possible changement de couleur de Sirius.
Les anciens n'ont parlé que d'étoiles blanches et rouges. Ils mettaient dans cette dernière classe Arcturus, Aldébaran, Pollux, Antarès et α d'Orion qui sont rougeâtres encore. A leur liste, et cette circonstance est digne de remarque, ils ajoutaient Sirius, dont la blancheur frappe tous les yeux. Il semblerait donc qu'avec le temps certaines étoiles changent de couleur.
( François Arago, Astronomie populaire, tome 1, 1854, p. 459 )

1859, le révérend Thomas William Webb admet aussi le changement

T. W. Webb
Pasteur anglican depuis 1829, T. W. Webb s'intéressait aussi au ciel des astronomes. Nommé en 1852 à la paroisse de Hardwick, il y installa lunettes et télescopes de plus en plus puissants jusqu'à un télescope de 225 mm à miroir argenté. Parallèlement il écrivit en 1859 ,à l'intention des astronomes amateurs, un guide d'observation, encore utilisé un siècle plus tard.
CANIS MAJOR
α (Sirius) is the leader of the host of heaven: a glorious object, in all likelihood either far greater or more splendid than our Sun. Its colour has probably changed. Seneca called it redder than Mars; Ptolemy classed it with the ruddy Antares ( α ). I now see it of an intense white, with a sapphire tinge, and an occasional flash of red.

α (Sirius) est le chef des hôtes du ciel: un objet glorieux, vraisemblablement bien plus grand ou plus splendide que notre Soleil. Sa couleur a probablement changé. Sénèque l'appela plus rouge que Mars; Ptolémée l'a classé avec la rougeâtre Antares ( α Scorpion ). Je le vois maintenant d'un blanc intense, avec une teinte de saphir, et un éclair occasionnel de rouge.
Note: Mais Sénèque parlait de l'étoile de la canicule, et Ptolémée décrivait Antarès blanc-jaunatre.
( T.W.Webb, Celestial Objects for common telescopes, London 1859, p. 178 )

1865. Amédée Guillemin confirme la rumeur de Sirius rouge

Amédée Guillemin
Amédée Guillemin, d'abord journaliste, fut un grand vulgarisateur scientifique. Ayant commencé sa carrière en Savoie, il revint à Paris pour tenir la chronique scientifique de l'Avenir national et commenca d'écrire des livres de vulgarisation encore recherchés aujourd'hui. Le Ciel, publié d'abord en 1864, eut de splendides éditions, dont certaines illustrations en lithographie sont encore reproduites.
Il paraît certain qu'à la longue certaines étoiles changent de couleur. Sirius est le premier exemple constaté de cette modification. Les écrits des anciens le représentent comme une étoile rouge, tandis qu'aujourd'hui ce soleil se distingue par son éclatante blancheur.
Note: Avec ce "les écrits des anciens" Guillemin fait l'étalage d'une rumeur plutôt que de la vulgarisation, et ces "anciens" qu'il ne cite pas ont tout au plus parlé d'une étoile rougeatre, et non vraiment rouge.
( Amédée Guillemin, Le Ciel, 1865, p. 438 )

Le temps du doute

Arrivé ici nous venons de voir des vulgarisateurs, des savants, des astronomes, tant professionnels qu'amateurs, qui ont tous accepté que Sirius ait été jadis rouge, soit parce qu'ils y voyaient une explication, soit d'après l'autorité de Sénèque et de Ptolémée.
Mais après un siècle d'acceptation, le doute s'installe.

1874. Schjellerup réfute la légende dans sa traduction d'Al Sûfi.

bouton Schjellerup
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Hans Carl Frederik Christian Schjellerup, astronome danois est le premier a avoir réfuté la légende de Sirius rouge. Il faut dire qu'il avait dressé un catalogue des étoiles rouges, ce qui l'avait conduit à s'intéresser à la prétendue rougeur de Sirius. Ayant traduit (et en français, sil vous plait!) le catalogue d'Al Sûfi, qui, quoique basé sur la catalogue de Ptolémée, ne dit absolument pas que Sirius est rouge, il en profite pour faire dans son introduction, une mise au point dont les arguments seront repris par Flammarion.

1877. La Royal Astronomical Society discute d'un catalogue d'étoiles rouges et du cas de Sirius
And everyone is familiar with the fact that Sirius was in ancient times described as red,* while it now appears as a decidedly bluish star; there are also many other instances in the Catalogue in which a decided change of colour seems to have been established. Mr. Birmingham remarks that the periodic variation of tint in many of the red stars goes far to disprove the singular conceit which has been frequently advanced as to the redness of a star showing that it has cooled down, and belongs, on the assumption of the nebular hypothesis, to a later stage of development.
* It should be mentioned, however, that Schjellerup, in his preface to Al Sûfi, Description des Etoiles fixes, discusses the evidence with regard to Sirius having formerly shone as a red star, and comes to the conclusion that it is doubtful

Et tout le monde est familier avec le fait que Sirius était autrefois décrit comme rouge *, alors qu'il apparaît maintenant comme une étoile décidément bleutée; il y a aussi beaucoup d'autres cas dans le catalogue où un changement de couleur manifeste semble avoir été établi. M. Birmingham remarque que la variation périodique de la teinte dans beaucoup d'étoiles rouges est loin de réfuter la vanité singulière qui a été fréquemment avancée quant à la rougeur d'une étoile montrant qu'elle s'est refroidie et se rallie à l'hypothèse de la nébuleuse, à un stade ultérieur de développement.
* Il convient toutefois de mentionner que Schjellerup, dans sa préface à Al Sûfi, Description des Etoiles fixes, discute de la preuve concernant Sirius ayant précédemment brillé comme une étoile rouge , et vient à la conclusion que c'est douteux.

( Monthly notices of the Royal Astronomical Society, vol 38, 1877-1878, Birmingham's Catalogue of Red Stars, p. 212 )

1882. Camille Flammarion suppose une transposition de la métaphore d'Horace.

bouton Flammarion
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Camille Flammarion fut le plus célèbre vulgarisateur de son temps, mais pas toujours le plus compétent, car il lui est arrivé d'écrire quelques bêtises, comme d'affirmer que l'étoile des mages n'était probablement que la planète Vénus. Nous allons même voir plus loin qu'il a accusé Shiaparelli (qu'il respectait, pourtant) d'avoir affirmé la rougeur antique de Sirius, alors qu'il avait démontré le contraire!
Cependant, dans Les étoiles et les curiosités du ciel, il réfute la rougeur de l'étoile Sirius, mais pour de mauvaises raisons.

1887, William Thynne Lynn confirme Schjellerup et passe à coté de la solution.

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William Thynne Lynn, bien qu'il ne fut jamais qu'assistant à l'observatoire de Greenwich, abreuva, pendant sa retraite, les revues scientifiques, et en particulier The Observatory, revue de l'observatoire où il avait travaillé, de communications, signées W.T. Lynn.
Bon vulgarisateur, il fit de nombreuses mises au point, concernant souvent l'histoire de l'astronomie.
Ici, il se penche sur le problème de l'antique rougeur alléguée de Sirius.

1890, Chambers ne se mouille pas trop


G. F. Chambers
George Frederick Chambers, initié à l'astronomie par son oncle, publia son premier livre A Handbook of Descriptive and Practical Astronomy, à l'age de 19 ans. Il fit des études de droit, mais finit par se consacrer à la vulgarisation scientifique en écrivant de nombreux livres d'astronomie. Il construisit son propre observatoire, et en 1889, publia une dernière édition en 3 volumes de son "Handbook".
Ptolemy and Seneca expressly declare that in their time Sirius was of a reddish hue, whereas now, as is well known, it is of a brillaint white.
Ptolémée et Sénèque déclarent expressément que, de leur temps, Sirius était d'une teinte rougeâtre, alors que maintenant, comme on le sait, elle est d'un blanc brillant.
Note: Ptolémée déclare que Sirius est un peu jaunâtre, et Sénèque que l'étoile de la canicule est plus rouge que Mars.
( Chambers, Astronomy, tome III, The starry heavens, 1890, p. 39 )

1890. Agnes M. Clerke se méfie.

bouton Clerke
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Agnes Mary Clerke, passionnée d'astronomie dès son plus jeune âge, fut plus une vulgarisatrice et une historienne de l'astronomie qu'une véritable astronome. Elle rédigea nombre de biographies, puis publia en 1885 A Popular History of Astronomy during the Nineteenth Century, qui connaîtra quatre éditions jusqu’à sa mort.
En 1890, elle publie "the system of the stars", ou elle ne peut manquer de parler de Sirius, et du problème de son antique rougeur.

1892. Thomas J. J. See veut prouver envers et contre tous l'antique rougeur de Sirius.
Avec sa monumentale accumulation de preuves en toc, pardon, antiques, de l'ancienne rougeur de Sirius, Thomas Jefferson Jackson See a réussi a créer un clivage entre éruthro-zététistes (sceptiques quant au rouge) et éruthro-pistes (qui croient au rouge). Nageant à contre courant, il va sortir du placard tous les écrits antiques pour prouver que Sirius était bien rouge.
Ce qui parut en avril et mai 1892, n'était qu'un résumé du manuscrit préparé à Berlin dès 1891. En bon martyr de la Science, l'auteur vit son manuscrit disparaître dans l'incendie qui frappa sa bibliothèque le 14 septembre 1897. Heureusement il réussit à le récupérer d'une façon lisible. Nous verrons plus loin le détail de son argumentation, dans l'article paru en 1927.
En 1892, See attire encore la critique, et Schiaparelli ne se génera pas pour attaquer sa théorie dès qu'il en aura connaissance, mais en 1927, après une petite salve de critiques la même année, on ne se donnera même plus la peine de lui répondre.

1896 Shiaparelli montre l'absence de preuves de la rougeur de Sirius.

bouton Shiaparelli
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La théorie de la rougeur antique de Sirius a passé un mauvais moment sous la plume de Giovanni Shiaparelli. Oui, c'est bien l'homme des "canaux de Mars", mais il fut aussi un historien de l'astronomie.
En 1896, il rédige sur la couleur de Sirius un mémoire intitulé "Rubra Canicula". Il commence par citer l'opinion de plusieurs savants avant d'attaquer le sujet et de consacrer de nombreuses pages à démystifier l'interprétation des textes de Ptolémée, d'Horace, et de Sénèque, pui évoque d'autres auteurs qui évoquent la couleur blanche ou la couleur bleue.
L'année suivante, Il montre que rien dans Homère ou Géminos de Rhodes ne permet de conclure à la rougeur de Sirius, et que les égyptiens ne disent rien de l'aspect de leur Sothis.

1897. M. Souleyre imagine le passage d'un compagnon rouge.
Etoiles - M. LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL présente une intéressante discussion de M. Souleyre, Ingénieur des Ponts et Chaussées, à Constantine, sur la question de savoir si Sirius, a changé de couleur depuis Erastosthènes, Cicéron et Sénèque, qui le signalent comme rouge et si l'on peut voir des planètes autour de ce soleil. L'auteur pense que les changements de coloration qui ressortent des témoignages de l'Antiquité, peuvent s'expliquer par le passage d'un compagnon rouge, comme cela a été démontré pour Algol.
(Bulletin de la Société Astronomique de France, novembre 1897, p. 428 )

1900. Le Nouveau Larousse Illustré atteste la variation de couleur de Sirius.
SIRIUS (uss: - mot lat.: du gr. seirios) n. m. Etoile de première grandeur. qui fait partie de la constellation du grand Chien : SIRIUS est la plus brillante étoile du ciel.
  - Poétiq. Canicule.
  - SYN. Sothis, Aliemini, Alhabor.

  - ENCYCL. Le système binaire de Sirius ( α grand Chien), découvert en 1862 par Clark, constitua un appoint important à l'astronomie stellaire; vers 1890, la distance apparente du compagnon devint inapprociable, mais celui-ci fut revu a Greenwich en 1896. La masse de ce système est 3,2 fois celle du Soleil, et la distance du compagnon égale 21,1, un peu plus que la distance d'Uranus au Soleil; le compagnon a sensiblement la même masse que notre Soleil.
  Sirius constitue donc un système très important : la variation de sa couleur est attestée par les plus anciennes observations;

Note: Mais que faut-il entendre par variation de couleur?
( Nouveau Larousse illustré, tome VII, 1900, p. 713 )

1902 Polémique dans The Observatory

bouton Observatory
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William Thynne Lynn, dont nous avons vu qu'il avait déjà taté du problème de l'antique rougeur de Sirius, remet le couvert en ayant découvert une nouvelle hypothèse dans l'article de Shiaparelli: l'étoile de la canicule ne serait pas Sirius mais Procyon.
Il est dommage de constater qu'après avoir frolé la solution, en évoquant le rougissement atmosphérique, W. T.Lynn s'en éloigne, en déplaçant le problème vers une autre étoile, ce qui ne résout absolument rien, comme un contradicteur ne se génera pas pour lui faire remarquer.

1906. G-V. Callegari étudie la chute d'astres sur Sirius.
  Et rejetant la théorie trop incertaine et impossible du nuage cosmique d’Herschel, il reste seulement, à notre avis, celle de la chute des planètes ou d’une comète, ou bien la chute d’un extraordinaire essaim d‘uranolithes sur l'astre géant.
  Le choc de deux masses bien que froides, dans un milieu quelconque, produit de la chaleur, comme tout le monde le sait; le degré atteint dépend de la vitesse des masses des corps.
  On peut ainsi expliquer les apparitions soudaines de certaines étoiles, très nombreuses depuis les premières observations chinoises et grecques, jusqu’à nos jours. On peut donc imaginer Sirius devenu rougeâtre après avoir versé pendant des milliers de siècles son éclatante lumière et sa chaleur sur son compagnon et sur les planètes, qui très probablement, tournent autour de lui. Il devait alors ressembler a Antarès ou Betelgeuse, astres mourants, rubis Splendides du ciel.
  La colossale attraction de l’astre géant, dont la masse est plus de 2 600 fois celle de notre Soleil, peut avoir attiré un de ses compagnons arrivé à la fin de sa vie individuelle, et alors le choc épouvantable des masses a entamé l’écorce semi-fluide de Sirius et une chaleur effrayante a pu rendre jusqu'à la couleur blanche les astres réunis.
Note: Voila qui ressemble à une rêverie d'amateur d'astronomie ignorant la mécanique céleste. Heureusement M. Callegari ne s'y tient pas.
  Le phénomène n‘est pas rare dans le ciel, et nous pouvons noter beaucoup de ces cas, par exemple l’étoile de Cassiopée, que Tycho a pu admirer, la première fois, le soir du 11 novembre 1572, qui fut visible pendant un an et qui, de blanche, en deux mois devint jaune, puis rouge comme Aldébaran, reprenant sa couleur primitive au mois de mai de l'année suivante.
  Dans le cas actuel, au contraire, la chute des corps, ou du corps sur Sirius aurait pu produire un incendie propre à rendre l'astre blanc pendant plusieurs siècles!
  Un phénomène pareil est-il possible? Nous aimons donc mieux nous rallier aujourd’hui à l’opinion de M. Schiaparelli, comme étant la plus probable, pour expliquer le changement de couleur d’une étoile, nos connaissances actuelles ne nous permettant pas de pousser plus loin les hypothèses.

G.-V. CALLEGARI,
membre de la. Société, à Padoue.
Remarque. - L’affirmation de M. Schiaparelli d’après laquelle Sirius, au début de l’ère chrétienne, aurait offert une couleur rouge n'est pas appuyée par des témoignages historiques suffisants et le contraire est beaucoup plus probable. Les mots ardent, rayonnant, rutilant, flamboyant, rouge feu, peuvent avoir été employés en littérature comme presque synonymes, sans grande précision, et s’appliquer à l'éclat de Sirius à l'horizon.
C. F.
( Bulletin de la Société Astronomique de France, mai 1906, p. 234 )
Note: La conclusion de Callegari était prudente, mais quand Camille Flammarion se trompe, il n'y va pas de main morte: Il reprend les arguments mêmes de Schiaparelli en disant que Sirius n'a jamais été rouge, mais accuse Schiaparelli d'avoir dit qu'elle était rouge.
Voila qui est un peu fort! Et un bonnet d'âne pour Camille Flammarion. Un!

1911. L'Encyclopaedia Britannica a deux éditions de retard.


Arthur S. Eddington
L'Encyclopaedia Britannica est une prestigieuse institution qui en était ici à sa onzième édition. Elle confia la rédaction de l'article "star" à Arthur Stanley Eddington, qui se rendit célèbre ensuite en vérifiant la relativité généralisée. Mais en 1911 son savoir était encore très relatif.
A possible change of colour in the case of Sirius is noteworthy. In modern times Sirius has always been a typical white or bluish-white star, but a number of classical writers refer to it as red or fiery. There is perhaps room for doubt as to the precise significance of the words used; but the fact that Ptolemy classes Sirius with Antares, Aldebaran. Arcturus, Betelgeux and Procyon as " fiery red " (ὐπόκιῥῤος) as compared with all the other bright stars which are " yellow " (ξανθός) seems almost conclusive that Sirius was then a redstar.
Un possible changement de couleur dans le cas de Sirius est remarquable. Dans les temps modernes, Sirius a toujours été une typique étoile blanche ou bleuâtre, mais un certain nombre d'écrivains classiques le désignent comme rouge ou ardent. Il y a peut être de la place pour le doute quant à la signification précise des mots utilisés; Mais le fait que Ptolémée classe Sirius avec Antares, Aldebaran. Arcturus, Betelgeuse et Procyon comme " rouge feu " (hypokirros) par rapport à toutes les autres étoiles lumineuses qui sont " jaunes " (xanthos) semble presque concluant que Sirius était alors une étoile rouge.
Note: Et un bonnet d'âne pour Sir Arthur Eddington, auteur de l'article.
- Ce n'était pas Procyon, mais Pollux.
- hypokirros ne signifie pas rouge feu, mais un peu jaunâtre.
- Ptolémée ne qualifiait pas les autres étoiles de jaunes. Ce n'était qu'une couleur conventionnelle pour son globe céleste.
Et dire que Sirius était autrefois rouge était encore admissible dans la 9e édition de 1875, mais plus dans la 11e de 1911.

( Encyclopaedia Britannica, tome XXV, 1911, p. 788, article "Star" )

1925. Félix Boquet ne croit pas trop aux anciens.
  Les Anciens, Ptolémée notamment, ont signalé Sirius comme étoile rouge. Al-Sûfi ne nous parle pas de la couleur de cette splendide étoile, mais il classe Algol dans les étoiles rouges. Sirius actuellement n'est pas rouge, tant s'en faut. L'était-elle autrefois? Schiaparelli (1835-1910) incline à penser que le mot employé par les astronomes de l'Antiquité doit signifier brillant plutôt que rouge. Quoiqu'il en soit constatons que, dès le Xe siècle, les observateurs s'occupaient plus sérieusement de la couleur des étoiles.
( Félix Boquet, Histoire de l'astronomie, Payot, 1925, p. 179 )

1927. Le dernier combat de Thomas J. J. See.

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Nous avons vu plus haut que Thomas J. J. See avait publié dès 1892, une étude prétendant prouver l'antique rougeur de Sirius, perdu son dossier, et l'avait reconstitué. Il va falloir attendre 1927 pour qu'il se décide à le publier, mais c'est un combat d'arrière garde, car le vent a tourné, et la rougeur de Sirius n'est plus guère de mode.
See commence par faire un historique de ses recherches, puis balance une savante salade, où il mêle astronomes, philosophes, poètes et même coutumes anciennes.
Il donne une haute autorité aux sources qui lui donnent raison, minimise celles qui le gènent, cite des anciens textes sans en donner la traduction (et sans les avoir bien compris), et finalement prétend avoir trouvé vingt auteurs qualifiant Sirius de rouge (ce qui est faux), ce qui donne une "immense probabilité" au fait que Sirius ait été rouge.
Mais tous ses sophismes sont réfutables, et See n'a rien prouvé (ni rien compris).

Le retour de la rumeur

1959. Zdenek Kopal ressucite la discussion sur Sirius rouge.

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Zdenek Kopal, astronome d'origine tchèque, travailla à Cambridge et à Harvard, et fut même consultant pour le projet Apollo. Spécialiste des étoiles doubles et variables, en étudiant les proches systèmes stellaires doubles, il ne pouvait manquer de s'intéresser à Sirius, dont le compagnon est une naine blanche, et qui pouvait donc avoir été autrefois une géante rouge.
Il étudie donc l'hypothèse du compagnon de Sirius en tant que géante rouge, mais reste prudent quant au temps du passage de géante rouge à naine blanche.

1961. Hugh M. Johnson n'a pas lu la source qu'il cite.

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Hugh Mitchell Johnson, fut un chercheur prolifique en astronomie optique, radio et à rayons X. Passionné par l’astronomie dès son adolescence, il construisit trois télescopes, et publia plusieurs articles, bien avant de de recevoir son doctorat en astronomie. Affilié à l’observatoire de Yerkes, il devint en 1960, professeur et astronome associé à l'Université d'Arizona. C'est donc un astronome chevronné qui, en traitant de l'origine des naines blanches dont le compagnon de Sirius fait partie, va aborder le problème de la rougeur de Sirius. Malheureusement on peut être chevronné en astrophysique, sans l'être en histoire de l'astronomie, et Johnson va faire appel à un ouvrage qu'il n'a manifestement pas lu.

1968. Dietmar Lauterborn fait confiance à See mais abandonne.
Dietmar Lauterborn semble un des rares auteurs capables d'abandonner rapidement la théorie d'un Sirius B rouge, devenue bancale.
Ne trouvant pas ses communications originales nous devons faire confiance à R. C. Ceragioli qui nous apprend qu'à une première conférence que Lauterborn donna à Trieste, il affirma que le travail de See avait définitivement réglé la question en faveur de la rougeur de Sirius, que le passage de géante rouge à naine blanche ne prenait qu'un millier d'années, et que la rougeur de Sirius B aurait bien pu s'expliquer parce qu'elle aurait été entourée d'une enveloppe rouge pendant un millier d'années, avant de redevenir une naine blanche.
Mais à une conférence donnée à Elsinore l'année suivante, Lauterborn répétant sa théorie d'une évolution de géante rouge à naine blanche en un millénaire, fut confondu par B. Paczynski qui montra qu'à la fin du processus la température de la naine blanche nécessitait un million d'années pour revenir à la température actuelle de Sirius B.
Lauterborn se le tint pour dit, et ne remis plus la rougeur de Sirus sur le tapis.
( R. C. Ceragioli, the debate concerning 'red' Sirius, Journal for the History of Astronomy, 8-1995, p. 216)

1974. Des mesures photoélectriques ressucitent la rougeur.

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La technique moderne ayant envoyé l'observation visuelle des astres aux oubliettes, c'est tout naturellement par des mesures photo-électriques que K. D. Rakos, de l'Institute for Astronomy de Vienne, fit, avec le télescope de 1 m de l'ESO à La Silla, des mesures photométriques de Sirius B. Le résultat indiquant une température étonnament élevée, il crut pouvoir en déduire que Sirius B était une naine blanche récente, ce qui ravivait l'hypothèse de Sirius rouge dans l'antiquité.
Malheureusement, l'année suivante, son collègue Irving. W. Lindenblad montra l'incohérence de ses résultats, et remis l'hypothèse de la rougeur au placard.

1981. Science & Vie hors-série s'interroge.
  - L'énigmatique Sirius.
...
  Mais la véritable énigme de Sirius remonte à un passé beaucoup plus lointain, quelque 3000 ans en arrière.
  En effet, alors que nous voyons Sirius briller d'un éclat blanc-bleu dans nos cieux d'hiver, toutes les chroniques d'époque plus ancienne de 3000 ans av. J.-C. jusqu'à 200 ap. J.-C. nous disent qu'elle était rouge. Il ne s'agit pas de textes obscurs, mais bien de textes de référence comme les travaux d'Hipparque (133 av. J.-C.), de Sénèque (25 av. J.-C.) ou de l'Almageste de Ptolémée (150 ap. J.-C.) qui ont servi de base à nos catalogues modernes d'étoiles.
  Nous savons que les étoiles peuvent changer de couleur au cours de leur évolution, mais elles mettent des millions d'années pour le faire.
  Alors que s'est il passé pour Sirius?

( Science & Vie hors-série, n°137, décembre 1981, p. 50)

1984. Sirius la rouge s'invite dans Nature.
Red Sirius
Several ancient authors call Sirius red, even though it is white with a slight bluish tint. This is another object which seems to have been called red even though blue would have'been a better description.
Göran H. I. JOHANSSON
Land Observatory

It is well-known by astronomers that in Ptolemy’s Almagest, Sirius is described as a red star, and there is no explanation on modern astrophysical grounds for such obvious disagreement.
CARLOS ALBERTO P.C.O. TORRES
Observatério Astrofisico Brasileiro

La rouge Sirius
Plusieurs auteurs anciens appellent Sirius rouge, même s'il est blanc avec une légère teinte bleutée. C'est un autre objet qui semble avoir été appelé rouge même si le bleu aurait été une meilleure description.
Göran H. I. JOHANSSON
Il est bien connu des astronomes que, dans l'Almageste de Ptolémée, Sirius est décrit comme une étoile rouge, et il n'existe aucune explication sur les bases astrophysiques modernes d'un désaccord si évident.
CARLOS ALBERTO P.C.O. TORRES

(Correspondence, Red Sirius, Nature, 6 septembre 1984, p. 8 )

1985. Schlosser et Bergmann invoquent Grégoire de Tours pour prouver l'ancienne rougeur de Sirius.

bouton Schlosser
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Wolfhard Schlosser et Werner Bergmann ont travaillé à l'université de Bochum. Après le rappel du problème de la rougeur de Sirius, l'année précédente, par Johansson et Torres, ils s'invitent dans la partie en ayant cru déceler un argument chez Grégoire de Tours: Sirius serait qualifiée de rubeola, rougeaude. Leur démonstration va convaincre la revue Science & Vie. Malheureusement, ils se sont trompés d'étoile: rubeola n'était pas Sirius, mais Arcturus.

1986. Heck et Manfroid laissent planer le doute avant d'abattre la rumeur.

bouton Heck
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André Heck, à l'époque, de l'observatoire de Strasbourg, et Jean Manfroid, de l'université de Liège, n'ont pas l'honneur de figurer dans Wikipédia. Ce sont pourtant des scientifiques, qui s'y connaisent en astronomie stellaire, ce qui leur a permis, en s'intéressant au cas de Sirius, de "remettre les pendules à l'heure" quant au problème de sa rougeur.
Dans un article paru dans Le Ciel, ils résument les anciens textes, et mentionne l'étude, alors récente, de Schlosser et Bergmann sur la "rubeola" de Grégoire de Tours, sans la réfuter et laissent donc planer le doute.
Mais à la fin, ils abattent leur carte maitresse: une étude, non moins récente sur les vieux textes chinois de la dynastie Han, montre sans ambiguité que Sirius était bel et bien blanche dans l'antiquité.

1987. Ciel et Espace nous fait rêver.
Ciel et Espace ne fait que reprendre, avec des intertitres différents, l'article de Heck et Manfroid, mais admirez donc ce texte qui le chapeaute. On le croirait sorti de "La science mystérieuse des pharaons" de l'abbé Moreux.


Ciel et Espace n° 215
Sirius, qui illumine nos nuits d’hiver, est la plus brillante étoile du Ciel. Très proche de la Terre, l'étoile du Grand Chien n’en garde pas moins de nombreux secrets : Sirius était-elle d'une couleur rouge éclatante lorsque les Anciens Egyptiens attendaient au bord du Nil son apparition dans les lueurs de l'aurore? Sirius. dont on connait la compagne naine blanche depuis 1862, posséde-t-elle un troisiéme satellite invisible? Dans les pages qui suivent, Jean Manfroid, André Heck et Daniel Benest apportent des éléments de réponses à ces questions. Jean-Louis Heudier, enfin, éclaire notre lanterne sur la notion de couleur en astronomie. Quant a Sirius l'étincelante... elle continue de nous cligner de l'oeil avec malice, jetant ses feux sur la neige de nos montagnes comme sur les sables Egyptiens. Si elle n'annonce plus les crues du Nil, l'étoile du Grand Chien est toujours veillée par un fidéle admirateur, le grand fauve allongé de Gizeh. Pourrait-on déchiffrer les secrets de Sirius dans le regard impénétrable du Sphinx?
( Ciel et Espace, n° 215, janvier 1987, p. 30 )

1987. McCluskey et Van Gent montrent que Grégoire de Tours parlait d'Arcturus.

bouton McCluskey
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La théorie de Schlosser et Bergmann va être démolie dans les colonnes de Nature.
D'abord par Stephen C. McCluskey qui démontre, après examen des manuscrits et des éditions imprimées, et de l'étude de J. F. Galle, que l'étoile "rubeola", dont parle Grégoire de Tours, est en réalité, Arcturus, et non Sirius, qui elle, appartient au groupe d'étoiles nommé "Quinio".
Puis R. H. Van Gent, démontre à l'aide de graphiques de visibilité de Sirius et Arcturus, que "Rubeola" est bien Arcturus, et que les heures utilisées par Grégoire de Tours sont bien des heures d'égale durée, et non des heures "saisonnières", de durée différentes le jour et la nuit.

1987. Schlosser et Bergmann persistent et signent.

bouton Schlosser
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Messieurs Schlosser et Bergmann n'étaient pas hommes à reconnaitre leurs erreurs, même le nez devant l'évidence. Aussi répondirent ils à Gent et McCluskey dans les mêmes colonnes de Nature, en prétendant que la durée de visibilité de "Rubeola" correspond mieux à Sirius qu'à Arcturus.
Nous allons voir que c'est parfaitement faux, ce qui rend leur obstination suspecte de mauvaise foi.

1987. Paul Baize fait le point.

bouton Baize
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Paul Baize (1901-1995), médecin pédiatre de profession, fut aussi un astronome amateur d'assez grande pointure pour avoir maintenant une rue et un astéroïde à son nom. La même année 1931 où il obtint son doctorat en médecine, il fit un article sur Sirius dans les colonnes de "L'Astronomie". C'est donc un vétéran qui sait de quoi il parle, qui va faire le point sur le système de Sirius. Accessoirement il mentionne le problème du changement de couleur de Sirius.

1990. Jean-Marc Bonnet-Bidaud et Cécile Gry découvrent la description de Sima Quian.

bouton Bonnet-Gry
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A en croire nos deux auteurs, c'est en Chine que l'un d'entre eux a découvert l'oeuvre de Sima Qian, ce en quoi il est allé cherché bien loin ce qui était disponible en traduction française dès 1899.
Leur premier article "Sirius and the colour enigma", parut dans la prestigieuse revue "Nature" du 18 octobre 1990. Cet article est introuvable en ligne, mais heureusement un article similaire et accessible, par les mêmes auteurs, est paru dans Astronomy & Astrophysics l'année suivante, et un troisième, en français, en 1992
Nous allons voir que nos auteurs n'ont rien compris au texte de Sima-Qian.

1993. JIANG Xiao-yuan remet les choses à leur place.


JIANG Xiao-yuan
[6] Gray, C. and Bonnet-Bidaud, J.M., Nature, 347 (1990) 625, is such a case. Based on the statement in SJ that [if the] Wolf [star grows] horns [and] changes colour, [then there will be] much banditry [and] thieving, the authors argued that Sirius was at the time in the course of changing its colour. This is a complete misunderstanding of the real meaning of the text.
[6] Gry, C. et Bonnet-Bidaud, J.M., Nature, 347 (1990) 625, est un tel cas. Sur la base de la déclaration dans SJ que [si les] cornes [de l'étoile] loup [grandissent et] changent de couleur, [alors il y aura] beaucoup de banditisme [et de] voleurs, les auteurs ont soutenu que Sirius était à l'époque en cours de changement de couleur. C'est une incompréhension totale du sens réel du texte.
Note: SJ = Shiji, c'est à dire le livre de Sima-Qian que nous avons vu plus haut, et dont nous avons vu qu'il n'avait jamais dit que Sirius avait changé de couleur.
On peut penser qu'à voir sa photo, son nom, et la revue où il publie, JIANG Xiao-yuan connait sûrement mieux le chinois que nos auteurs

(CHINESE ASTRONOMY AND ASTROPHYSICS, 1993, 17, 2, 223-228 )

1995. Science Illustrée ressort le nuage d'Herschel.
Quand Sirius vire au blanc
Des textes anciens décrivent Sirius comme une étoile rougeoyante marchant sur les talons d'Orion. Pourtant, cet astre nous parait aujourd'hui blanc bleuté.
Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel. Située à 8,7 années-lumière de la Terre, elle possède un éclat blanc bleuté. Mais, curieusement, elle a été décrite comme une étoile rouge jusqu’au début du Moyen Age. Ptolémée la nommait d'ailleurs Hipokkiros, la rougeâtre.
Note: c'est "hypokirros", jaunâtre.
  Pourquoi cette étoile a-t-elle ainsi changé d’aspect? En théorie, l’évolution stellaire, très lente, ne peut générer de telles modifications que sur quelques centaines de milliers d‘années. Certains pensent que ce phénomène est lié au fait que Sirius est une étoile double; on a en effet découvert en 1862 qu’une naine blanche, Sirius B, gravite autour de l’astre géant Sirius A.
  Une autre interprétation a cependant été proposée: un nuage interstellaire aurait jadis masqué Sirius, filtrant sa lumière et la faisant paraître rouge. D‘après les calculs, un nuage s’étirant sur environ 0,1 année-lumière et se déplaçant à moins de 8 années-lumière de notre planète, aurait un diamètre apparent équivalent à celui de la pleine Lune. S'interposant entre Sirius et la Terre, il pourrait susciter le virage du blanc bleuté au rouge, puis à nouveau au blanc. Un tel phénomène se déroulerait sur quelque l l00 ans: très progressif, il ne serait pas immédiatement détectable.

Note: mais l'éclat de Sirius en serait non seulement rougi, mais très affaibli. Or Ptolémée dit bien que Sirius est l'étoile la plus brillante de toutes.
(Science Illustrée, n° 2, février 1995, p. 63 )

1995. Roger Charles Ceragioli expose le dossier de A à Z.

bouton Ceragioli
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Pour connaitre l'ensemble du dossier de la rougeur de Sirius, on pourrait se contenter de lire les 40 pages de l'article de R. C. Ceragioli, de l'université de Houston. Il déballe toute l'histoire du débat depuis Thomas Barker, l'inventeur de la legende, jusqu'à son époque. Il cite donc John Herschel et son explication physique, suivie de plusieurs décennies d'acceptation, qui verront Arago, Baily, Smyth , Humboldt, Faye, Webb et Guillemin, accepter la rougeur comme un fait. Puis il réfute l'opinion de Schjellerup, reprise par Flammarion, par W.T.Lynn, et par Agnès Clerke.
Il descend ensuite en flammes T. J. J. See, ses pompes et ses oeuvres, présente le gros travail de Shiaparelli, en regrettant qu'il soit moins connu que celui de See, et constate qu'au siècle suivant, Shiaparelli va faire des émules, et l'explication atmosphérique de la rougeur faire son chemin.
Il mentionne le réveil de T.J.J.See, suivie d'une génération de silence, puis la réapparition du problème, et l'occurence de nombreux articles basés sur See, bien que dans les années 80, l'étude de la littérature chinoise de l'antiquité ait montré que les chinois associaient bien Sirius au blanc.
Ceragioli conclut que le débat est tombé dans le discrédit d'une vulgarisation négligente. Là, nous somme bien d'accord!

2006. Ciel & Espace ressucite la rougeur de Sirius.

bouton Ciel & Espace
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On aurait pu croire qu'après les 40 pages de Roger Charles Ceragioli, l'affaire était entendue: Sirius n'a jamais été rouge, et ceux qui le répètent encore sont de mauvais vulgarisateurs?
Hé bien non! L'autorité de Jean-Marc Bonnet-Bidaud et Cécile Gry a suffi pour faire oublier, ou ne pas chercher, l'article de Ceragioli, qui a eu le tort d'écrire un article trop long et trop savant, dans une revue trop spécialisée. Que n'a-t-il écrit dans Nature!
Philippe Hénarejos va donc ressuciter la rougeur de Sirius, et même faire sortir de leur tombe les arguments de T.J.J See, avec les honneurs de la couverture, en plus!
Il semble avoir oublié que sa revue disait le contraire 19 ans plus tôt.

2008. Le Ciel raille la reprise de la rumeur.
  Sirius vaut la peine d’une anecdote impliquant la Société Astronomique de Liège.
L’actuel Rédacteur de cette revue et un ancien Président de la SAL avaient publié en ces pages1 un article établissant, à partir de chroniques chinoises alors récemment exploitées, la stabilité de la couleur de Sirius à l’échelle historique (contrairement à de prétendues variations avancées par certains). Cet article fut jugé si intéressant qu’il fit reproduit un peu plus tard dans la revue française Ciel et Espace2 Bien des années plus tard cependant, des chercheurs parisiens - peu, disons, attentifs à ce qui était déjà paru sur la question redécouvrirent ces chroniques chinoises et en firent leurs choux gras personnels dans la très sérieuse revue anglaise Nature3 ! Une histoire fumeuse.

1 « L’énigme de Sirius », par Jean Manfroid & André Heck, Le Ciel 48 (1986), pp. 310-313.
2 Ciel et Espace, janvier-février 1987, pp. 30-33.
3 Nature 347 (1990), p. 625.

(Le Ciel, janvier 2008, p. 25 )

2011. Quatre savants grecs décortiquent les anciens textes.

bouton savants grecs
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Quoi de mieux qu'un savant grec pour comprendre les écrits d'un autre savant grec?
Deux savants grecs, évidemment! Alors, avec quatre savants grecs, vous pensez bien que les vieux textes grecs à propos de Sirius ne devraient plus montrer aucun mystère.
Nous promenant dans la mythologie grecque, à travers des auteurs classiques, et des auteurs bien moins connus, ils nous montrent Sirius associé à différents mythes. Passant aux auteurs latins, ils confirment que pour eux Sirius est l'étoile du chien, et que sa réapparition était associée à la période des chaleurs. Puis ils prétendent, que la plupart des auteurs anciens, dont Aratos, mentionnent la couleur de l'étoile comme rouge, ce qui est faux.
Heureusement, nos auteurs se rachètent, en présentant les explications possibles: Une géante rouge, l'absorption par un nuage interstellaire, et le rougissement atmosphérique.
Et c'est la troisième qu'ils jugent la plus probable. Ouf!

Analyse:
Aujourd'hui, du grand public (quand il veut bien y jeter un coup d'oeil), aux astronomes (qui la classe comme une étoile de Type A, donc blanche), tout le monde est bien d'accord que l'étoile Sirius n'est pas rouge.

Tout au plus la voit on scintiller en couleurs quand elle n'est pas trop haute sur l'horizon. C'est qu'alors la turbulence de l'atmosphère selon le rayon visuel, et donc la scintillation, est plus importante.

Sirius scintille en couleurs
L'indice de réfraction de l'air, quoique proche de l'unité, n'est pas le même pour les différentes longueurs d'onde. Comme dans le cas du verre, Il est plus important pour le bleu que pour le rouge. Comme la réfraction relève l'image des astres, cette image est plus relevée pour le bleu que pour le rouge.
En conséquence, observée au télescope, Vénus est affublée d'un liseré bleu vers le haut, et d'un liseré rouge vers le bas. C'est ce qu'on appelle le "chromatisme atmosphérique".
Quant à Sirius, sa blancheur lui fait contenir toutes les couleurs du spectre, et la turbulence, en déplaçant aléatoirement les surfaces d'onde, fait apparaitre tantôt le rouge, tantôt le vert, tantôt le bleu, comme on peut le voir sur l'image ci-contre.

Pour ce qui est des anciennes mentions de la couleur de Sirius, il faut distinguer les textes poêtiques, et les affirmations des savants.

Si nous faisons confiance aux textes poêtiques (et à rien d'autre), nous pouvons bien croire avec Horace, que Sirius était rouge, ou à l'inverse, avec Manilius, qu'elle était bleue, mais nous devons aussi croire aux dieux de l'Olympe, au devin Tirésias, ou au fait qu'on entende les crissements stridents de Sirius à son lever.
Heu...

Les affirmations des savants, elles, sont censées basées sur des observations. Et nous en avons deux types:
- Celles qui décrivent Sirius blanche, avec Sima Qian ou Hyginus, en mentionnant aussi qu'elle change de couleur à l'occasion (la scintillation en couleurs que nous venons de voir plus haut). C'est bien l'étoile Sirius que nous connaissons.
- Celles qui décrivent Sirius rougeâtre, mais qui décrivent alors "l'astre de la canicule".
L'astre de la canicule, c'est encore Sirius, mais observé lors de son "lever héliaque", donc à ras de l'horizon. Sirius est d'ailleurs la seule étoile observable dans ces conditions. Véga, tout aussi blanche est trop affaibli pour être visible.

Vénus rougie à 2.5° de l'horizon
Or il suffit d'avoir souvent observé le lever des astres, comme le soleil, la lune, et la planète Vénus, pour savoir qu'à ras de l'horizon les astres sont rougis. Leur lumière est rougie par la diffusion Rayleigh, qui diffuse préférentiellement les courtes longueurs d'onde, donc le bleu et le vert (ce qui donne sa couleur au ciel diurne) en diffusant peu le rouge, ce qui rend le soleil orange près de l'horizon, et parfois franchement rouge quand on ne voit plus que la moitié de son disque. De même la planète Vénus, la "grande blanche" des chinois, parait une étoile rougeâtre quand elle vient de se lever, au point qu'on ne la reconnaisse pas tout de suite. On comprend que le même phénomène intervient pour Sirius à son retour crépusculaire, alias "lever héliaque", et que ce qui aurait été bizarre est que l'astre de la canicule soit décrit blanc et non rougeâtre.
Quant à la couleur rougeâtre, voire rouge, qu'aurait mentionné Ptolémée, nous avons vu que ce n'est qu'une légende savante que nous pouvons donc oublier.

En outre, il y a les erreurs de traduction, et malheureusement beaucoup d'auteurs font confiance à des traductions du 19e siècle, qui ne valent souvent pas tripette. Qu'on y ajoute les mentions faites de mémoire, et on se retrouve avec un Aviénus qui dit que Sirius lance des rayons azurés, alors qu'il dit seulement que le ventre du chien est obscur.

Finalement, en ne se fiant qu'aux traductions les plus exactes, des auteurs mentionnant des observations, et nons des légendes convenues, il est clair que Sirius a toujours été ce qu'elle parait aujourd'hui: blanche, rougeâtre à l'horizon, et scintillant en couleurs par forte turbulence. Tout ce qu'on a pu écrire depuis Thomas Barker pour prétendre que Sirius était autrefois rouge, n'est au mieux que rêveries d'auteurs insuffisamment documentés.

D'abord les explications physiques de la rougeur de Sirius, qui ont pourtant emporté l'adhésion de certains savants ne tiennent pas debout:
- Le changement de degré d'incandescence, emprunté à Bailly par Lalande, impliquerait un violent réchauffement, alors qu'on s'attendrait plutôt à un lent refroidissement.
- La rotation de Sirius sur son axe, imaginé par Schubert, implique une face rouge, une face blanche, et une période de rotation de plusieurs millénaires, ce qui n'est qu'une fantaisie absurde.
- Le rougissement par un nuage interstellaire, qu'on l'appelle "globule de Bok" ou autre, implique une absorption diminuant l'éclat de plusieurs magnitudes. Or, en parlant de la construction de la sphère des fixes, à propos du choix d'une origine, Ptolémée est formel:
Nous prendrons pour la première, la plus brillante de ces étoiles, qui est celle de la gueule du chien
(Composition Mathématique de Claude Ptolémée, Par M. L'abbé Halma, tome 2, Eberhart, 1816, page 94 ).
La gueule du chien, c'est à dire Sirius. Donc Sirius était comme de nos jours l'étoile la plus brillante du ciel et n'a pas subi d'affaiblissement.
- L'étoile géante rouge, à l'inverse, aurait été d'un éclat tellement supérieur à celui de Sirius qu'on l'aurait vu en plein jour, ce que personne n'a jamais signalé. En plus, la naine blanche qui en serait résulté, n'aurait pas eu le temps de se refroidir depuis l'Antiquité pour atteindre sa température actuelle.

Ensuite il est curieux qu'on ait attendu la fin du 19e siècle pour découvrir que la réapparition de Sirius dans le crépuscule du matin, comme étoile de la canicule, se faisait au ras de l'horizon, Sirius étant alors rougie.

Et enfin, il est lamentable de voir qu'il ait fallu attendre 1995, pour que quelqu'un se soucie enfin du sens exact du mot grec ὐπόκιῥῤος, et que jusque là, tout le monde ait fait confiance aux auteurs précédents pour dire que ce mot signifiait "rougeatre" ou "reddish", et même parfois "rouge" ou "red".

Ainsi, le seul élément objectif de ce dossier est d'ordre socio-psychologique: C'est l'historique de la construction, de la disparition et de la réapparition de cette rêverie. Cet historique a d'ailleurs fait l'objet de plusieurs articles, comme celui de R. C. Ceragioli, qui semble malheureusement n'avoir eu que peu d'écho en France, où les revues de vulgarisation lui préfère l'interprétation de J.-M. Bonnet-Bidaud.

Fais nous rêver, Sirius la rousse...

D'abord Sirius a fait réver les poètes. On la voyait blanche, mais on la disait rouge ou on la disait bleue. L'important était de respecter la mythologie en cours et d'évoquer des images puissantes.

Et puis, elle paraissait maléfique au bon peuple, provoquant les chaleurs de l'été, avec toutes leurs conséquences. Pourtant, elle aurait du bien plutôt provoquer les froidures, tronant majestueusement dans le ciel du soir au début de l'hiver. Mais ceci est un raisonnement, consécutif à une observation et n'a pas le même poids que la rumeur publique.

Mais ensuite, et c'est plus étonnant, elle a fait réver les savants, ou ceux qui se croyaient tels.
D'abord, il y a les érudits de province, tous fiers d'en savoir plus que les autres. C'est le cas de Thomas Barker.

Il y a les génies méconnus, incompris, atteints du "syndrome de Galilée", sûrs d'avoir raison contre tous les autres. C'est le cas de T. J. J. See.

Il y a les "cranks", en général. incapable de maitriser l'ensemble d'un dossier, ils "flashent" sur un élément spectaculaire, quelque soit sa probabilité, et refusent ensuite de changer d'avis, quelques preuves qu'on puisse leur apporter. vous pouvez vous amuser à chercher qui correspond à ce profil dans ce dossier.

Elle a aussi fait réver les journalistes. Eux, ne pouvant juger sur pièces, doivent faire confiance à ceux qui sont censés savoir.
Le problème, c'est que si ceux qui savent se reconnaissent entre eux, ceux qui ne savent pas ne peuvent pas distinguer ceux qui savent de ceux qui prétendent savoir. Et ils sont nombreux les journalistes qui font confiance à ceux qui prétendent savoir

Et puis, quel merveilleux rêve que d'imaginer le ciel d'autrefois:
Qui donc nous restituera le ciel d'antan? (G.M. Science & Vie 896, p. 83)

Dernière mise à jour: 02/10/2018

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